Le Nouvel Obscurantiste

Le blog de Philippe Billé, misanthropologue. Contenant son Journal documentaire (des notes de lecture, et des notes du reste) ainsi que de belles Lettres documentaires, etc.

mercredi 23 décembre 2009

Lettre documentaire 477

poupeeVILLES EXOTIQUES : PIGNON (HAITI)   par Crad Kilodney

Vos vacances en pays vaudou vous attendent! Vous vous dirigez vers la destination touristique la plus effrayante des Caraïbes : Pignon, en Haïti! Vous allez y voir des choses dont vous n'auriez pas soupçonné l'existence - par exemple, des zombies! Ils se tiennent dans les montagnes. Et quand vient le soir, ils descendent en quête de victimes. Ah, vous ne croyez pas à ce genre de choses? Le père Antoine Laperrière n'y croyait pas non plus, quand le gouvernement haïtien l'a envoyé à Pignon en 1945 pour y établir une mission et faire cesser la pratique du vaudou. Il n'y est resté que deux jours et a quitté la ville en rampant littéralement sur les mains et les genoux. Il a déclaré que des mains invisibles étaient constamment en train de l’étrangler. Il a perdu la tête et a fini ses jours dans un asile de fous. Mais vous n'avez pas peur n'est-ce pas? Non, vous êtes décidé à y aller. Rédigez quand même votre testament d'abord.

          Pignon n’est qu’un point sur la carte, niché dans l'intérieur montagneux de Haïti. La localité se trouve sur la route entre Hinche et Cap-Haïtien. Il y a un bus par jour entre les deux villes. Il vous faut demander au chauffeur de s'arrêter à Pignon, sans quoi il ne le fera pas. Il vous regardera d'un air surpris. C'est comme demander à être déposé à Newt, au Texas, ou au château de Dracula. Soyez chic, glissez-lui la pièce.

          Bon, je ne veux pas non plus exagérer. La plupart des voyageurs qui vont à Pignon en reviennent sains et saufs. Ceux qui ne reviennent pas ont probablement été transformés en zombies. Mais ça ne dérange pas les zombies, d'être des zombies. Ils ne sont pas conscients d'être des zombies. Ils sont juste comme les habitants de Toronto.

          Pignon n'a qu'un hôtel, le Kawada. Son directeur John Marko donne des conseils à ses hôtes : «Ne sortez jamais tout seul. Ne rentrez jamais après minuit. Ne cherchez pas des prostituées. Ne buvez pas du thé amer local. Prenez tous vos repas à l'hôtel.»

          Marko croit au vaudou. «Il ne faut pas en avoir peur. Il faut juste le comprendre. Le vaudou peut être une magie noire ou une magie blanche. Les poupées vaudou et les zombies font partie de la magie noire. Le zombie est dans une sorte d'état somnambulique. Le bokor, qui est le prêtre mercenaire engagé pour pratiquer la magie noire, utilise la toxine du poisson-globe Sphoeroides testudineus, à doses très mesurées, pour transformer une personne en zombie et la maintenir dans cet état. La toxine provoque un quasi-arrêt de l’activité de l’organisme et la perte de la volonté. Alors le zombie peut être commandé comme un esclave. Certains zombies sont employés à travailler. D'autres à tuer. On en voit quelquefois en plein jour. Les gens d'ici les repèrent immédiatement, mais les touristes pas forcément.»

          Le rituel vaudou est la seule chose qui vaille d'être vue, à Pignon. Les touristes peuvent y assister, mais il vous faut verser de l'argent au houngan, le prêtre vaudou (pas tout à fait le même que le bokor). Le rituel se déroule chez lui. Une prêtresse, ou mambo, est souvent présente, ainsi que quelques autres assistants, ou hounsis.

          Le houngan commence par jeter un peu d'encens dans un pot de charbon chauffé au rouge sur le sol. Il peut invoquer les esprits du bien ou ceux du mal, mais pas les deux à la fois. Les esprits du bien sont sollicités si quelqu'un a besoin d'aide, ceux du mal pour obtenir une vengeance ou une punition. Dans ce dernier cas, de loin le plus spectaculaire, on apporte un grand serpent et on lui coupe la tête. Le sang est recueilli dans un bol. Une jeune fille, d'environ 16 ou 18 ans, est déshabillée et allongée sur une table. Le sang du serpent est versé sur son corps nu. Le houngan prend maintenant une pipe de tabac et en tire une bouffée de fumée, qu'il souffle dans le vagin de la fille au moyen d'un bambou. Puis on fait entrer un zombie. Il est commandé par le houngan. Le zombie suce les seins et la vulve de la fille nue, qui doit rester sur la table aussi calme que possible. Le zombie se couche alors sur elle pendant plusieurs minutes et se frotte à elle comme s'ils avaient des rapports (bien qu'il en soit incapable). Le houngan peut maintenant avoir des rapports, réels ou simulés, avec la mambo. Après quoi le zombie est reconduit à sa place (généralement une sorte de placard). Le houngan prend maintenant une poupée ou une effigie représentant la personne haïe et y plante des épingles en prononçant des paroles magiques. Ce procédé assure que les esprits mauvais parviendront à trouver la victime et, suppose-t-on, à la tuer. Le houngan mène maintenant la congrégation en chantant, en dansant et en hurlant, puis tout le monde est pris de folie est se met à sauter et à tournoyer sauvagement. Les femmes peuvent se déshabiller complètement et danser nues. Des pichets de rhum ou de vin fort passent de main en main jusqu'à ce que tout le monde soit complètement ivre. Les hounsis font éclater des pétards et jouent du tam-tam, et la mambo peut procéder à des attouchements sexuels sur n'importe quel homme qui lui plaise. C'est tout un spectacle!

          Pignon produit plus de 90 % des authentiques poupées vaudou utilisées dans le monde. Elles sont fabriquées par la société Pignon Dollworks, dont les ouvriers sont d'habiles artisans. Ils fabriquent aussi un petit pourcentage des poupées Barbie de la société Mattel. En fait, Mattel va bientôt sortir une édition limitée de Barbie Vaudou, qui sera manufacturée en exclusivité par Pignon, pour une distribution limitée aux Caraïbes.

          Oui, vous pouvez acheter une poupée vaudou de la marque Dollworks, pour environ 20 dollars. Cependant le directeur de l'hôtel, John Marko, m'a averti qu'elles ne marchaient pas avec n'importe qui, vous devez être un praticien du vaudou dûment entraîné.

          Le Kawada est un assez bon hôtel, pas luxueux mais potable. Les chambres coûtent environ 30 dollars par jour, sans compter le prix des repas. La plupart des cartes de crédit sont acceptées. Un grand portier hideux interdit l'entrée aux zombies, aux mendiants et aux autres indésirables. L'équipe de nettoyage vous vendra une sorte de charme pour vous protéger. Bien sûr, c'est une imposture, mais vous avez intérêt d'être bien gentil et de l'acheter, sinon vous risquez de trouver quelque chose qui rampe dans votre lit. Le chef est dément et peut très bien ignorer votre commande et décider lui-même ce que vous devez manger. Sa cuisine est de fait assez bonne. Mais sa spécialité, c'est le serpent.

          La plupart des gens à Pignon ne parlent pas anglais, mais vous pouvez vous débrouiller avec vos souvenirs de français du collège. Le français haïtien est assez horrible, comme le québécois.

          Quelques célébrités ont visité Pignon, parmi lesqueles Mary-Kate et Ashley Olsen, Marie Osmond, le général Colin Powell, Kobe Bryant, José Canseco, Don King, Tyra Banks, l'ancien gouverneur de New York Eliot Spitzer, le professeur Henry Louis Gates (docteur de l'université de Harvard) et Sacha Baron Cohen (Cohen a commencé à jouer au rituel vaudou comme Ali G. mais il a bien failli s’y laisser prendre.)

          Un groupe d'étudiants de L'Université Muhlenberg d'Allentown  (en Pennsylvanie) s'est rendu à Pignon récemment pour y rechercher des fossiles. Des autochtones leur ont fait une blague en leur donnant un crâne de chien et en leur disant que cela provenait d'une espèce inconnue. Les étudiants l'ont rapporté avec eux et n'ont probablement toujours pas réalisé de quoi il s'agissait.

          Pignon est jumelée avec la ville de Poughkeepsie, dans l'Etat de New York. Le maire John C. Tkazyik, qui adore les minorités, veut que «ces pauvres Haïtiens» sachent qu'ils ont un ami à Poughkeepsie. Il leur a personnellement envoyé un grand don humanitaire contenant plusieurs bouteilles de sa sauce barbecue favorite, quelques chemises de l’Armée du Salut, une vidéo de gymnastique de Jane Fonda, des jouets bon marché fabriqués en Chine, un livre illustré sur le comté de Dutchess (dont Poughkeepsie est le chef-lieu) et un portrait encadré de lui-même. A Pignon, maintenant, on le désigne comme le «fils de pute» (une marque de respect, j'imagine) et son portrait se trouve entre les mains d'un houngan.

          (Vaccins recommandés : Sprue tropicale, Maladie d’Ollier, Lèpre).

("Exotic cities, part eleven : Pignon (Haiti)", in New writings, 3 août 2009, trad Ph Billé).

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jeudi 17 décembre 2009

Lettre documentaire 476

capibaraVILLES EXOTIQUES : FILADELFIA (PARAGUAY)

par Crad Kilodney

          J'étais en train de déjeuner avec la députée Nancy Pelosi à l'Opéra Plaza Sushi de San Francisco, voilà quelque six mois, quand elle me dit : «De temps en temps, j'ai besoin de prendre de la distance. Je veux aller là où personne ne me connaît, là où je peux me détendre et changer de décor. Alors je vais à Filadelfia, au Paraguay. C'est un endroit merveilleux. Vous devriez y aller.» C'est ce que j'ai fait.

          Filadelfia est encore très à l'écart des sentiers battus. Presque tout le tourisme au Paraguay est concentré sur la capitale, Asunción, que je ne dédaigne certes pas. C'est un excellent endroit pour acheter des produits de luxe à bon marché (grâce à la contrebande), et où les filles sont chaudes. Mais Asunción n'est pas le Paraguay exotique. Pour cela, il vous faut aller à Filadelfia.

          Il n'y a qu'un bus par jour, d'Asunción à Filadelfia. Le trajet prend la journée, départ le matin et arrivée le soir, alors préparez votre casse-croûte. Et ouvrez l'oeil, si vous voulez voir des célébrités, car plus d'une suit l'exemple de Nancy Pelosi.

          A mesure que vous vous éloignerez vers le nord en partant de la capitale, vous verrez le paysage passer des fermes et des prairies à la forêt d'arbustes persistants du Chaco Boréal, qui recouvre toute la moitié occidentale du Paraguay. C'est le pays où des cow-boys prennent des bouvillons au lasso et tirent sur des serpents à sonnette (ou vice-versa), où d'étranges cactus du désert sont couverts de centaines de mygales mortelles, où les gens parlent l'étrange langue guaranie (qu'eux seuls peuvent comprendre), et où des sorcières édentées égorgent des poulets pour jeter des sorts à leurs ennemis. Des créatures inconnues laissent des traces mystérieuses sur le sable, des homosexuels pendent aux gibets, des voyous s'amusent à s'arracher les yeux et des meutes de chiens sauvages hurlent sous la pleine lune. C'est assez dépaysant.

          En arrivant à la gare routière, vous remarquerez aussitôt l'influence allemande qui marque toute la ville de Filadelfia. La gare a été construite dans le style Sonntags Geschlossen, si prisé du roi Louis II de Bavière, et qui trouve son évolution la plus aboutie dans la gare routière Greyhound de Sudbury, dans l'Ontario. En face de la gare routière de Filadelfia, naturellement située sur l'avenue Hindenburg, vous verrez l'unique statue au monde de Fred Astaire. Astaire était en fait allemand (né Fred Austerlitz) et son père était né à Linz, en Autriche, non loin du Braunau am Inn natal de Hitler. Les deux familles se connaissaient, d'ailleurs.

          Un vieux bus marqué «Westin Filadelfia» se tient prêt à emmener les nouveaux arrivants vers l'unique hôtel de la ville. Le directeur de l'hôtel, Michael Czarcinski (sans rapport avec Kazimierz Czarcinski, lequel a ouvert la première clinique du cérumen en Pologne, dans la ville de Cracow, en 1959) accueille en personne chaque nouvel hôte. L'hôtel n'est jamais assez plein à son goût, et il est le principal instigateur du tourisme local. «En fait, nous ne sommes pas affiliés à la chaîne hôtelière Westin, avoue-t-il. J'ai piqué leur nom pour faire chier le monde. De toute façon, qu'est-ce qu'ils peuvent contre moi?» Il laisse entendre avec un clin d'oeil malicieux qu'il a d'assez bons contacts dans la capitale pour que jamais personne ne puisse lui créer aucun ennui.

          Le Westin Filadelfia n'est pas un mauvais endroit. C'est tout à fait bon marché, seulement 35 dollars la nuit. Il n'y a ni télévision, ni air conditionné, mais il y a des chasses d'eau et les femmes de chambre sont dévouées (pour quelques dollars, elles viennent vous border la nuit, si vous voyez ce que je veux dire.) Le mobilier, de haute qualité, est produit localement par l'importante communauté allemande mennonite, qui a la haute main sur Filadelfia.

          Les mennonites ont commencé à arriver dans les années 20 et se sont construit un beau lotissement, qui se trouve dans les faubourgs de la ville. Ils ont une vie communautaire, et leur économie est basée sur l'agriculture et l'artisanat. Un autre afflux d'immigrants allemands a suivi dans les années 40, et nombre d'entre eux sont encore vivants, octogénaires ou nonagénaires. De sorte que Filadelfia est  à tous points de vue une ville allemande. La seule autre population d'importance significative est celle des Indiens locaux, les Guaranis, qui travaillent principalement comme domestiques ou comme vendeurs dans la rue, vivant modestement du commerce avec les touristes.

          La Taverne de Werner ouvre tard, pour accueillir les nouveaux arrivants qui ont besoin d'un bon dîner, totalement composé d'excellents aliments allemands, et arrosé de la bière locale Fila, qui est brassée par les mennonites. C'est vraiment là le seul endroit où traîner à Filadelfia. Werner Missgeburt, le patron, est un grand gaillard jovial qui sert au bar et qui aime rire et raconter des blagues salées. Il lui plaît de dire qu'il n'a jamais besoin d'expulser quiconque de l'établissement, car il est plus simple de les laisser mourir de vieillesse sur place.

          La Taverne est gaiement décorée d'objets datant du nazisme, dont la réplique en demi-format d'un bombardier Stuka. C'est ici que les vieux Allemands se retrouvent tous les soirs pour entonner ces bons vieux chants patriotiques du Troisième Reich - mais ils insistent tous sur le fait qu'ils n'ont jamais été membres du parti nazi, ni n'ont pris part à aucune atrocité.

          L'ancien président, le général Alfredo Stroessner, venait de temps en temps à Filadelfia boire de la bière avec les Allemands. Ils se souviennent tous de lui comme d'un bon ami, et il y a sur les murs plein de photos encadrées pour le prouver. «Toutes les filles guaranies le draguaient, dit Werner, et il faisait son choix.»

          Les femmes guaranies sont en effet assez belles, pour des Indiennes. Elles ont de gros seins et se font payer pour poser torse nu sur des photos avec les touristes. C’est en réalité une imposture. Habituellement, elles ne se promènent pas torse nu, mais les touristes croient que si, et ils paient rituellement 5 dollars pour être photographiés à côté d'une femme à demi nue avec de gros nichons. (C'est le genre d'initiative de libre entreprise dont les Indiens canadiens pourraient s'inspirer, sauf qu'ils ont tous l’air si minable que personne ne voudrait les photographier - habillés ou pas).

          Les Guaranis ont aussi un faux festival pour touristes, intitulé le Festival de la Bière, qui a lieu plusieurs fois par an. L'attraction principale est la danse de la bouteille de bière, qu'une femme exécute avec un pack de dix canettes sur la tête, les canettes étant placées l'une au-dessus de l'autre! Evidemment, elles sont en fait fixées dans cette position, mais c'est tout de même un bel exercice d'équilibre. Des musiciens indiens jouent aussi de la fausse musique indienne, et des marchands vendent des haricots et du riz, ainsi qu'un ragoût de capybara, qui est un rat géant. (Je n'en ai pas goûté, mais les Boches disent que c'est assez bon, si vous avez beaucoup de bière pour le faire passer.)

          Comme je l'ai mentionné, des célébrités ont été de temps en temps aperçues à Filadelfia. Elles font semblant d'être de simples touristes et passent le plus souvent inaperçues, puisque qu'il n'y a pas de télévision. Jack Black, Teri Hatcher, Cindy Crawford, Bono, Peter Tork et Pete Wentz ont été vus l'année dernière, selon  Michael Czarcinski. Mais ils se présentent tous sous de faux noms, et il n'y a donc aucune preuve écrite.

          Mais qu'est-ce qui peut bien attirer ces personnalités à Filadelfia, où il n'y a pas grand chose à faire? «C'est simplement un endroit différent, explique le directeur de l'hôtel. Ils peuvent traîner avec les Allemands, boire de la bière et manger des schnitzels. Ils peuvent faire du cheval. Ou ils peuvent louer un fusil, sortir de la ville et faire un peu de tir, bien qu'il n'y ait là pas grand chose qui vaille d'être empaillé pour poser sur votre cheminée.»

          Czarcinski a toutefois le projet d'une attraction touristique - une sorte de parc à thème qui serait la réplique d'un camp de concentration. «Vous venez pour une semaine, mettons, et vous devez dormir sur des paillasses dégarnies et subsister avec des rations de survie. On vous force à faire des travaux pénibles et on vous frappe si vous n'êtes pas coopératif. Et il y aurait une fausse chambre à gaz - juste un truc qui fait de la fumée. On pourrait mettre un peu de piment en attachant les femmes en slip et en soutien-gorge à des chevalets, pour les fouetter. Mais les mennonites sont contre, et ce sont eux les plus influents, dans le coin.»

          Le Westin abrite de mystérieux résidents permanents, qui occupent tout l'étage supérieur. On m'a dit que c'étaient d'anciens mennonites qui avaient quitté la communauté et s'étaient acoquinés avec les autres Boches. Ils ont des portables et la wifi dans leurs chambres, où ils se consacrent à des activités financières, mais ils ne disent jamais exactement ce qu'ils font, ni pour qui. Je soupçonne donc qu'il y a dans Filadelfia un lourd secret dont le reste du monde n'entend jamais parler.

          L'un des vieux Boches de la clique à Werner affirme avoir participé à une expédition polaire nazie secrète en 1938-39. C'était alors un marin de 18 ans, à bord du navire scientifique Schwabenland, commandé par le capitaine Alfred Kothas. L'expédition a exploré une partie de l'Antarctique et en a rapporté des informations scientifiques de valeur. Ce monsieur m'a montré un écusson naval portant l'inscription «Deutsche Antarktische Expedition» et une esquisse de l'Antarctique avec un drapeau marquant une zone nommée Neu-Schwabenland. Le Schwabenland transportait deux hydravions nommés le Boréas et le Passat.

          A ma grande joie, un autre écrivain canadien est arrivé à Filadelfia pendant mon séjour. C'était Lorette Luzajic, de Toronto, qui faisait une tournée de promotion pour son nouveau livre, Etranges monologues pour une vie pluvieuse (divagations irrévérencieuses de la fin du monde). Le directeur de l'hôtel l'avait invitée à venir depuis Asunción dans l'espoir d'apporter un peu de culture à Filadelfia, tout en promouvant le tourisme local. Il avait opportunément négligé de lui préciser qu'il n'y avait sur place ni librairie, ni bibliothèque. Mais tout s'est quand même bien passé. Quand elle s'est présentée chez Werner et que les vieux Boches ont appris qu'elle avait des ancêtres allemands, elle est immédiatement devenue la «petite amie» de tout le monde. Tous les vieux croulants l'ont prise chacun à leur tour sur leurs genoux, lui ont dit combien elle était belle et l'ont traitée comme une déesse. Elle a vendu tous les exemplaires de son livre qu'elle avait apportés, et regrettait de ne pas en avoir pris plus. (Pour en savoir plus sur Lorette et son livre, voir sur le site www.thegirlcanwrite.net).

          Filadelfia est jumelée avec une ville des Etats-Unis. Serait-ce Philadelphie, à tout hasard? Vous avez deviné! Le maire Michael Nutter m'a dit: «Nous n'avons pas de Paraguayens, à Philly, mais ils sont bienvenus, du moment qu'ils se payent le voyage. Nous les emmènerons manger de bons sandwiches à la viande d'ici.» Cet arrangement a été conclu par Michael Czarcinski, bien entendu, dans l'espoir de stimuler le tourisme. Il m'a dit: «Quand vous publierez votre article, les touristes seront bien plus nombreux à venir. Cela me mettra peut-être en position de faire passer ce projet de camp de concentration.» Eh bien, bonne chance!

          (Vaccins recommandés: Peste bovine, Syndrome de Bowen-Hutterite, Virus de la verrue de Chombley.)

("Exotic cities, part ten: Filadelfia, Paraguay", in New writings, 21 juin 2009, traduction Ph. Billé)

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dimanche 13 décembre 2009

Lettre documentaire 475

burka1MON RENDEZ-VOUS AVEC SULTAANA FREEMAN

par Crad Kilodney

          Un ami commun m'avait arrangé un rendez-vous avec Sultaana Freeman. Je suppose qu'on peut parler de rencontre à l'aveugle, car personne, à part ses parents, n'avait idée de ce à quoi elle ressemblait.

          Comme j'approchais de chez elle, je l'aperçus qui se tenait au bord du trottoir, couverte d'une draperie et d'un voile noirs. Seuls ses yeux étaient visibles. Je descendis et la saluai avec un entrain exagéré. Elle répondit par un formel «Comment allez-vous?»

          Dans la voiture, elle accrocha sa ceinture et regarda droit devant elle. Je voulais lui raconter une blague mais je l'avais oubliée. «Où m'emmenez-vous? demanda-t-elle.

          - J'ai pensé que nous pourrions aller dans un drive-in.

          - Qu'est-ce qui est au programme?»

          Je ne voulais pas lui avouer que c'était un film porno soft. «C'est un drame.

          - Un drame sur quel sujet?

          - Euh... l'hygiène.

          - L'hygiène?

          - Oui.» Tandis que nous roulions, je m'efforçais de faire la conversation. «Alors, qu'est-ce que tu portes sous ce, heu, cette chose noire?

          - Que voulez-vous dire?

          - Je veux dire, tu portes des trucs normaux comme un soutien-gorge et une culotte?»

          Elle me regarda froidement. «Je suis tout à fait normale.

          - Ah, c'est parfait. Qu'est-ce que tu dirais de bas et d'un porte-jarretelles?»

          Elle me lança un regard furieux. «Des bas!

          - Et tu préfères une petite culotte ou un string?

          - Vos questions sont impertinentes. J'espère que vous comprenez que ceci est une simple rencontre amicale.

          - Oh bien sûr, pourquoi pas, ha, ha.»

          Lorsque nous arrivâmes à l'entrée du drive-in, la caissière, une quinquagénaire très maquillée, demanda:

          «Cette jeune dame a dix-huit ans?

          - Oui, répondit Sultaana sur un ton irrité.

          - Montrez-moi votre permis de conduire, exigea la caissière.

          - Elle n'en a pas, expliquai-je. Elle est en procès avec l'Etat.»

          Sultaana fouilla dans son sac et en sortit un morceau de papier usé, qu'elle déplia et tendit à la caissière. Cela ressemblait à un certificat de naissance. La caissière le regarda brièvement et le lui rendit. «Dix dollars, s'il vous plaît.»

          Je payai et pris les tickets, puis nous nous engageâmes dans le parking, qui était à moitié plein. Le ciel venait juste de s'assombrir. Je me garai au dernier rang. «Voilà, dis-je. Heu, tu veux qu'on s'installe à l'arrière? On sera plus à l'aise.» Je me disais que si j'arrivais à l'attirer à l'arrière, je pourrais au moins me faire branler. Il y eut un moment d'hésitation, puis elle défit sa ceinture et sortit. Je repoussai la banquette avant et m'installai avec Sultaana à l'arrière.

          Quand le film commença, elle remua nerveusement et détourna son regard de l'écran. Je me rapprochai d'elle et passai mon bras autour de ses épaules rigides. J'examinai son corps emmitouflé, en essayant de deviner si ses seins méritaient le déplacement. «Tu n'as pas de boutonnière sur le devant de ce truc? demandai-je.

          - Non, alors pas la peine de chercher.»

          J'avais passé mon bras gauche autour de son cou et je rapprochai ma main de son nichon gauche. «Tu sais, vraiment j'admire ton courage, dis-je. Je veux dire, de lutter pour tes droits religieux. Peu de gens ont le cran de, heu, de rester fidèle à leur  foi.

          - Oui.»

          Je m'aventurai à poser ma main droite sur sa cuisse. «Je pourrais devenir musulman, moi-même.

          - Vous devrez lire le Coran tous les jours.» Elle prit ma main droite et l'écarta de sa cuisse. Je commençais à bander.

          Je lui pris la main et, après avoir fait mine de ne plus bouger pendant une minute, je la tirai lentement vers mon entre-jambes.

          «Qu'est-ce que vous faites? dit-elle sèchement, tout en dégageant sa main.

          - Tu voudrais pas me branler? dis-je effrontément. J'ai la trique comme un poteau.

          - Vous êtes insolent!»

          Je toussai nerveusement et me tins tranquille une minute. Puis j'entrepris d'ouvrir ma braguette aussi discrètement que possible. Je serrai Sultaana contre moi. «Tu pourrais me sucer sous ton voile, personne ne verrait.

          - Vous êtes dégoûtant!» dit-elle en s'écartant de moi. Mais je me rapprochai aussitôt d'elle.

          «Oh, il y a un dollar par terre» dis-je en feignant la surprise. Je me penchai vers ses pieds et tentai furtivement d'enfoncer ma main sous sa burka.

          «Arrêtez! dit-elle en repoussant ma main.

          - Hou, mais t'as combien d'épaisseurs, là-dessous? T'as peur des rayons cosmiques, ou quoi?

          - Ne pensez-vous donc qu'au sexe?

          - Non, bien sûr que non...» Je réfléchis un instant. «Je pense aussi à la violence.

          - Je pratique les arts martiaux», dit-elle en me regardant à travers la fente de son voile. Je retombai en arrière, momentanément découragé. Okay, certains rendez-vous partent du mauvais pied, cela arrive.

          Il fallait changer de vitesse. «Tu veux que j'aille chercher quelque chose au bar?

          - Oui. Je voudrais des cacahuètes et du Coca light.

          - Parfait, je reviens.» Je sortis et marchai à grands pas vers le bar, en souriant d'un air désinvolte pour donner l'impression que je prenais du bon temps. Au retour, je trouvai Sultaana en train de lire le Coran sans s'occuper du film. Je lui tendis la collation.

          «Tu sais, si tu en as marre, on peut aller chez moi. On regardera une vidéo, proposai-je.

          - Quel genre de vidéo?

          - J'ai des trucs très intéressants, du B & D allemand.

          - Qu'est-ce que c'est que ça?» demanda-t-elle, tout en mastiquant ses cacahuètes et en sirotant sa boisson par-dessous son voile.

          «Bondage et Domination, répondis-je d'un air sérieux. C'est au sujet de la lutte du peuple par le bondage.»

          Elle me regarda avec perplexité. «C'est un documentaire?

          - Heu, oui, c'est un documentaire, filmé tel que ça s'est produit. Ca parle d'hommes qui oppriment des femmes.

          - Comment ça?

          - Eh bien, ils les fouettent, tout ça.»

          Elle arrêta de mâcher et reposa son verre. «Et ces femmes sont nues, à tout hasard?

          - Hum, eh bien, pour ainsi dire, oui.»

          Elle posa sa barquette par terre. «Vous êtes un cochon dégoûtant. Ramenez-moi chez moi tout de suite.»

          Impulsivement, je la pris par la poitrine. «Fais-moi juste voir tes nichons, poupée, allez!» Elle me gifla. J'abandonnai et descendis. Elle ne se donna pas la peine de quitter la banquette arrière.

          Je repris le volant, les couilles douloureuses de déception. Dans le rétroviseur, je la voyais lire son Coran.

          Quand nous arrivâmes chez elle, elle descendit de voiture et claqua la portière derrière elle. Je me penchai et l'appelai par la fenêtre. «Si on se voyait samedi prochain? On ferait une longue promenade! Tu pourras me parler de l'islam! Je te boufferai comme ça ne t'est jamais arrivé!»

          Elle entra dans la maison, ferma la porte et éteignit la lanterne.

          Ah!... Sultaana Freeman... Il y a des gonzesses comme ça. Mais c'est de la comédie, vous savez. Il vous suffit de trouver le bon bouton et d'appuyer dessus. Et là, vous en faites ce que vous voulez. Croyez-moi. Je connais bien les femmes.

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("My date with Sultaana Freeman", in Dead man talking, mai 2003, trad Ph Billé).

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lundi 18 mai 2009

Lettre documentaire 464

LA VIE SANS DRAME
par Crad Kilodney

            Il ne se réveilla pas dans une étrange chambre d’hôtel, avec une bouteille vide traînant par terre et une belle femme dormant à côté de lui.

            Il ne mit pas un pistolet dans sa poche avant de sortir.

            Il n’avait pas rendez-vous dans un bar obscur, avec un puissant représentant d’une organisation secrète.

            Au travail, il ne trouva rien d’inhabituel sur son bureau. Il n’y avait pas de décision difficile, ni de problème éthique à affronter. Il n’avait aucun pouvoir sur les autres. Il ne fut pas convoqué à une réunion importante. Il ne reçut de coups d’œil langoureux d’aucune collègue. Il ne surprit aucune conversation importante dans les toilettes. Il n’eut aucune confrontation avec son supérieur, dans laquelle il l’aurait surpris par son assurance.

            Il ne s’absenta pas dans l’après-midi pour un rendez-vous avec une femme riche et célèbre.

            En rentrant chez lui, il ne se battit pas avec un agresseur, ni ne secourut des enfants au premier ou deuxième étage d’un immeuble en feu.

            Il ne fut pas pris dans une fusillade entre la police et des gangsters.

            Il ne trouva pas une mallette pleine d’argent, de bijoux ou de documents secrets.

            Aucun homme en noir ne lui remit des instructions codées afin qu’il prenne le premier vol pour Tanger, Amsterdam, Paris ou Moscou.

            Il ne rencontra pas une belle femme assise seule dans un bar à la lumière tamisée, qui lui aurait fait un sourire séduisant.

            Son portable ne sonna pas une seule fois.

            Les gens ne firent pas attention à lui dans la rue, et personne ne le suivit.

            Il n’éprouva aucune sensation physique inhabituelle, et aucune idée, frayeur ou souvenir ne lui vint tout à coup à l’esprit.

            Quand il fut arrivé, il constata que personne n’avait forcé et saccagé son appartement, dans lequel rien ne manquait.

            Il n’y avait rien d’important au courrier, ni de messages sur le répondeur.

            Ressortant plus tard acheter des cigarettes, il ne fut le témoin d’aucun crime ni accident, ni n’eut la chance de croiser une belle femme en quête de protection et d’un endroit où se cacher.

            Ses numéros de loterie ne sortirent pas.

            Lorsqu’il regarda au dehors par la fenêtre, il ne vit que des immeubles et des voitures.

            Il n’entendit aucun bruit bizarre en provenance de l’appartement d’en face.

            Quand il se mit au lit, il n’eut aucun mauvais pressentiment, ni n’eut à réfléchir à aucune affaire importante à traiter le lendemain.

            Il ne fit aucun rêve qui se révèlerait prophétique.

            Inutile de préciser qu’il ne se réveilla pas dans une étrange chambre d’hôtel, avec une bouteille vide traînant par terre et une belle femme dormant à côté de lui.

Life without drama», in Suburban chicken-strangling stories, 1992, ici traduit par Ph Billé).

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vendredi 27 février 2009

Lettre documentaire 456

RACINES DE LA PHILOSOPHIE ALLEMANDE : ARTHUR SCHOPENHAUER (1788-1860)
par Crad Kilodney

ArthurSchopenhauer est de loin mon philosophe allemand préféré, parce que je peux m’identifier à lui. C’était un reclus, un élitiste, un grognon mais aussi un excellent écrivain. Il détestait la plupart des gens mais il adorait ses chiens. Moi aussi, je déteste la plupart des gens mais j’aime bien les chiens des autres (sauf ceux qui aboient sans arrêt). Schopenhauer pensait que l’aspect le plus important de la nature humaine était la motivation individuelle. (C’est aussi ce qui rend mes histoires si brillantes.) Il préférait l’aristocratie à la démocratie et pensait que le meilleur moyen de réaliser l’Utopie était de stériliser les imbéciles et d’apparier les mâles et les femelles supérieurs. Hegel le vainquait d’avance. Ils enseignaient tous deux la philosophie à l’Université de Berlin. Schopenhauer considérait Hegel comme un imposteur et il ne comprenait pas pourquoi la salle de cours de Hegel était toujours pleine, tandis que la sienne était pratiquement vide. Ce qu’il ignorait, c’est que Hegel s’était arrangé en secret pour qu’une femme aux gros seins viennent assister à ses cours, sachant que tous les étudiants mâles s’y présenteraient, rien que pour la regarder. La famille de Schopenhauer était prospère. Elle possédait une chaîne de solderies gérée par des Indiens. Mais ces Indiens étaient d’une caste supérieure aux zigotos qui tiennent les solderies d’aujourd’hui, et ce fut par leur intermédiaire que Schopenhauer eut connaissance des Upanishads, une œuvre philosophique qui eut une influence sur son propre livre, Le monde comme volonté et comme représentation (1819). Si vous étiez déjà de ce monde dans les années 60, vous entendiez de temps en temps des gens faire allusion aux Upanishads, mais de nos jours vous ne le trouverez plus dans aucun magasin. Et si vous entrez dans une solderie et demandez aux Indiens s’ils connaissent les Upanishads, ils croiront que vous parlez d’une sorte de volets roulants. Alors, n’en parlons plus. Essayez juste de vous élever au-dessus des désirs humains et d’atteindre à l’illumination par le détachement. Si ça ne marche pas, regardez plein d’idioties à la télé et tâchez de bloquer le monde extérieur à l’extérieur de votre esprit. A l’extérieur, il n’y a que des conflits causés par les volontés antagoniques, tout n’est que souffrance et frustration, et vous ne parviendrez à aucune sorte de plénitude, surtout à Toronto, où il n’y a plus de femmes normales avec qui coucher. (Ne pensez même pas aux putes blanches droguées de Sherbourne Street.) Schopenhauer serait totalement d’accord avec moi. Il était quelque peu misogyne, mais on ne peut pas lui en vouloir. Il a été poursuivi en justice par cette pute nommée Marquet, qui savait qu’il avait de l’argent et qui l’a provoqué jusqu’à ce qu’il la gifle, après quoi elle a prétendu avoir été sévèrement battue. Elle avait une amie qui est venue témoigner pour elle au tribunal. C’était un coup monté, et Schopenhauer a dû payer. Pareil qu’au Canada. Ici ça aurait fait la une du Toronto Star : Une femme battue par un philosophe riche. (L’article à côté : Un enfant infirme retrouve son petit chien.) Quand j’aurai fini de construire ma machine à remonter dans le temps, je vais aller régler son compte à cette pute. On dit que Schopenhauer était athée, mais il avait trouvé une obscure secte religieuse qui adorait les animaux, et comme il était un ami des bêtes, il s’y était affilié, mais juste pour le contact social, pas tellement pour la théologie. Il avait connu cette secte par l’intermédiaire d’une prostituée qui aimait les chiens, mais d’une autre manière. Cette secte, qui n’avait pas de nom, adorait une tortue géante, et certains cinéphiles pensent que ce fut le modèle du monstre japonais Gammera. Quelqu’un pourrait sûrement obtenir une bourse du Gouvernement Canadien pour étudier la question. Récemment, un professeur d’économie à San Francisco a publié un article expliquant la philosophie de Schopenhauer comme un «prolégomène au concept actuel d’indistinction». C’est là un exemple de ce que les Français appellent «vouloir péter plus haut que son cul». Quiconque utilise le mot «prolégomène» a lui-même un grave problème d’indistinction. Seules les têtes de nœuds utilisent le mot «prolégomène». Après sa mort, Schopenhauer eut une plus grande influence sur le monde que Hegel (ce qui est une bonne revanche pour l’épisode berlinois). Il est bon de se venger, même à titre posthume. Les gens de gauche aujourd’hui aiment Schopenhauer parce qu’il a écrit quelques textes en faveur des droits des animaux, des droits des femmes, et des gens de couleur. Personnellement, je pense qu'ils en abusent un peu, mais qui suis-je pour toucher à sa réputation ? Ah oui, et j’ai failli oublier : Schopenhauer a inventé l’omelette occidentale. Il mettait des œufs, du jambon haché, de l’oignon, du poivre vert, et des champignons (mais pas de lait ni de fromage). Non, je n’ai pas de source à ce sujet. Mais vous pouvez le répéter à tous les gens que vous connaissez.
Bibliographie :
1. La métaphysique junior en action, par J. C. Tressler. D. C. Heath & Co, 1956.
2. Le philosophe mis à nu, par Pénélope Ashe. Lyle Stuart, Inc, 1969.
3. Brume sur Weimar, par Hedwig Fliege. Alliance Féministe de Plattsburgh, 1988.

Roots of German philosophy », 6/10, in New writings, 21 octobre 2008)

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lundi 23 février 2009

Lettre documentaire 455

CRAD FANTôME

par Crad Kilodney

imagesMon âme a quitté mon corps au moment de mon choix – un privilège seulement accordé à certains réincarnés. Il y avait une lueur au-dessus de moi, dans laquelle j’étais censé pénétrer. Mais j’ai choisi de ne pas y aller. Nul n’est obligé de franchir le pas, voyez-vous. Nous disposons du libre arbitre sur tous les plans. Si une âme préfère rester sur le plan terrestre, elle peut. Elle devient un fantôme.

Certains fantômes restent sur terre parce qu’ils sont désorientés et ne comprennent pas qu’ils sont morts. D’autres ont un fort attachement à un lieu particulier. Dans mon cas, je n’étais simplement pas pressé de passer de l’autre côté.

Comme je m’y attendais, personne ne s’est inquiété de ce que je devenais, tant qu’on ne s’est pas aperçu que mon loyer était impayé. (J’avais toujours payé mon loyer très ponctuellement.) Mon propriétaire chinois a trouvé mon corps. Il était ennuyé. Il a appelé sa femme et lui a parlé en chinois. Puis il a appelé la police. Mon corps a finalement été incinéré, comme personne ne venait le réclamer.

Le lendemain, le propriétaire et sa femme sont revenus avec un stock de caisses, pour emballer mes biens. Sur mes étagères, bien en évidence, il y avait un grand dossier noir où était inscrit TESTAMENT. Impossible de le rater. Il contenait une copie de mon testament et des instructions pour appeler mon avocat. La femme du propriétaire a mis ce dossier dans une caisse sans même remarquer ce qui était marqué dessus. Charmante femme, mais stupide.

Le propriétaire a essayé d’appeler quelques uns des numéros de téléphone de mon carnet d’adresses, qui était un fouillis d’indications récentes et anciennes, mais il n’est parvenu à contacter aucun de mes parents et amis, et je ne lui en veux pas.

Mes propriétaires n’ont jamais su que j’étais écrivain, donc ils ont jeté tous les papiers imprimés qu’ils ont trouvé, y compris quelques livres et documents qui auraient mérité d’être conservés. Heureusement, j’avais depuis longtemps transféré pratiquement tout ce qui concernait ma carrière littéraire à la bibliothèque universitaire, mais dans ce qu’ils ont jeté, il y avait quelques éléments qui auraient intéressé cette institution.

Mon avocat, Peterson, n’a appris ma disparition que presque un an après, et tout à fait par hasard. Mon testament a finalement été exécuté mais avec beaucoup de retard, et une certaine confusion en ce qui concerne les transferts d’argent.

Quand mon appartement a été vidé, des ouvriers chinois sont venus et ont remplacé la fenêtre vieille de 120 ans (chose que j’avais longtemps réclamée sans jamais l’obtenir), installé une nouvelle moquette et repeint les murs.

J’ai passé mes premières journées comme fantôme à aller et venir dans Sherbourne Street, à essayer d’ennuyer les gens que je n’aimais pas (principalement des drogués petits-blancs et des prostituées), mais il faut longtemps pour apprendre à concentrer son énergie à cet effet.

Mon appartement a été loué à un étudiant coréen. Il parlait bruyamment au téléphone et avait un rire haut perché qui ne me plaisait pas, et il faisait une cuisine malodorante. Alors j’ai décidé de me débarrasser de lui. J’étais capable de faire des choses simples, comme de renverser de petits objets dans la salle de bain. Au bout d’un certain temps, il a déménagé. Je ne sais au juste s’il était inquiet ou simplement ennuyé.

Le locataire suivant était un noir, que j’ai tout de suite détesté. Je ne supportais pas son allure. J’ai tapé sur les murs, perturbant ainsi son sommeil plusieurs nuits de suite. Il devenait fou à essayer de comprendre d’où provenaient les coups. Une nuit, pendant qu’il dormait, je suis arrivé à ouvrir la porte du frigo. Quand il l’a vue en se réveillant, il a paniqué et a aussitôt déménagé.

Après lui, c’est une jeune fille philippine quelconque, qui a pris sa place, et elle m’a assez plu pour que je la laisse tranquille. Elle est encore là.

Bien que j’aie vécu 22 ans dans cet appartement sur Isabella Street, je ne m’y sens pas fixé. Alors je me promène aux alentours, je circule invisiblement parmi les personnes physiques sans avoir aucune interaction significative, tout comme je le faisais quand j’étais en vie. Ce qui me ferait le plus grand plaisir, ce serait de trouver des gens qui jouent de la planchette Ouija, de sorte que je pourrais communiquer avec eux, mais les planchettes Ouija ne sont plus très populaires. Toutefois, j’ai le projet à long terme de pénétrer dans toutes les habitations de Toronto, rue après rue, bâtiment par bâtiment, jusqu’à ce que je trouve quelqu’un qui possède une planchette Ouija. Je n’ai pas idée du temps que cela prendra. Si j’entre chez vous, ne vous en faites pas. Vous ne saurez même pas que je suis là. Je serai reparti quelques secondes plus tard.

Je vois d’autres fantômes de temps en temps, mais d’ordinaire nous nous croisons sans nous parler, ce qui peut paraître bizarre. C’est peut-être à cause de moi. Je n’ai jamais été très sociable.

Tout compte fait, devenir fantôme est un progrès. Je ne suis plus d’aussi mauvaise humeur que je l’étais. Je n’ai plus besoin de prendre de pilules pour mon dos . Je n’ai pas d’impulsions sexuelles. Je n’ai plus besoin de manger, de boire, ni de dormir. J’ai assez bonne mine, comme quand j’étais dans la trentaine. Et je ne m’ennuie jamais. Je peux entrer gratuitement dans tous les cinémas.

Je pense que la principale raison pour laquelle je continue de traîner sur le plan terrestre, c’est que je veux voir se déployer ma renommée posthume. Car cela va arriver. Croyez-moi. Les bibliothécaires de l’Université sont en train de passer au crible tous les paquets que je leur ai remis, et qui ne devaient pas être ouverts avant ma mort. L’Université a hérité de beaucoup plus d’argent qu’elle n’aurait jamais imaginé obtenir d’un pauvre couillon qui passait son temps à colporter ses propres livres dans la rue. Il n’y a rien comme un legs à six chiffres pour faire causer dans les cercles littéraires et académiques. Or mon testament stipulait que tous mes droits d’auteur seraient automatiquement reversés dans le domaine public. Quelque Chinois décidera de faire de l’argent en piratant tous mes vieux livres, mais ce sera alors légal, et la Chine sera envahie par toutes les mauvaises traductions de Crad Kilodney qui se vendront comme du chop suey dans tout le pays. (ALORS les éditeurs canadiens voudront me publier !)

C’est là ce que l’on désigne communément sous le nom d’ «immortalité». Pour un écrivain, c’est la seule chose qui vaille. Mais il vous faut être mort, pour en profiter.

Ghost Crad », in New writings, 30 juillet 2008, ici traduit par Philippe Billé)

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dimanche 22 février 2009

Lettre documentaire 454

TROUS de VER
par Crad Kilodney

allumettesLes savants (et quand je dis « les savants », je me réfère, bien sûr, aux savants) n’ont pas encore examiné l’existence d’un phénomène que nous avons tous remarqué depuis longtemps.

Il y a dix minutes, une boîte d’allumettes, qui aurait dû se trouver sur la table basse devant moi, a complètement disparu. Je l’ai cherchée partout, sans pouvoir la retrouver. Or quelque cinq minutes plus tard, elle était de retour, à l’endroit exact où elle devait être.

C’est arrivé à tout le monde. Vous cherchez un simple objet – un peigne, un bouton, un stylo, un billet – qui se trouvait juste devant vous un moment avant, et qui n’y est plus. Vous le cherchez, mais vous ne pouvez pas le trouver. Puis, pendant que vous ne regardez pas, il revient mystérieusement au bout de quelques minutes, parfois plus longtemps. Soit l’objet est exactement à sa place, ou dans les environs, soit, dans les pires cas, dans des endroits totalement inexplicables (derrière le frigo, sous le canapé, dans la salle de bain, sur le bord de la fenêtre, etc.).

Vous avez probablement pensé que votre vue baissait, ou que vous avez juste eu un dérangement psychique passager. Mais ce n’est pas l’explication. En vérité, l’objet a disparu dans un «trou de ver».

Un «trou de ver» est une espèce de distorsion de l’espace-temps, qui fait en quelque sorte irruption dans votre existence pour des raisons inconnues. Il a deux bouts, comme un tube, et pour ainsi dire il flotte ou volette de-ci de-là. Si un bout vient à passer devant un objet, hop ! il disparaît. Au bout d’un moment, il ressort à l’autre bout, puis le trou de ver se referme et disparaît à son tour.

Vous me demanderez, s’il en est ainsi, pourquoi est-ce que votre chien ou votre femme ne disparaissent pas ? Eh bien, c’est très simple. Ils sont trop gros pour passer par le trou de ver.

Et je ne veux pas entendre d’objections de psychologues, comme quoi cela ne serait qu’une illusion, à laquelle chacun est sujet de temps en temps. Je m’attends bien à cet argument. Ils veulent nous faire croire que nous avons un problème psychologique, parce que c’est leur gagne-pain. Ils n’admettront jamais l’existence des fantômes, des ovnis, ou des phénomènes parapsychiques. C’est juste notre esprit faillible, qui nous joue des tours !

Eh bien, laissez-moi vous raconter, un ami à moi a perdu ses clés. Il les avait posées sur sa commode, et il était allé se brosser les dents dans la salle de bain. Quand il est revenu dans sa chambre, les clés avaient disparu. Il a fouillé toute la pièce, en vain. Deux heures après, il a retrouvé ses clés... dans la cuisine, et plus précisément dans la litière du chat ! Alors que le chat avait été dehors pendant tout ce temps ! Expliquez-moi ça, Monsieur le Je-Sais-Tout Psychologue !

Worm holes », in New writings, 8 mai 2008, ici traduit par Philippe Billé)

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vendredi 13 février 2009

Lettre documentaire 450

RACINES DE LA PHILOSOPHIE ALLEMANDE : OSWALD SPENGLER (1880-1936)
par Crad Kilodney

spenglerOswald («Ozzie») Spengler naquit à Blankenburg, dans les montagnes du Hartz, une région infestée par les canaris. Les canaris, cependant, étaient utiles dans les mines des environs. Le père de Spengler commença sa carrière comme technicien des mines, mais la termina comme employé de la Poste. C’est probablement ce qui amena Spengler à considérer que l’Occident était en déclin, sujet sur lequel il devait écrire plus tard. Il avait l’habitude de marcher en descendant les collines, mais jamais en les montant, ce qui lui valut d’évidents ennuis. Dans sa jeunesse, il souffrait de migraines et d’angoisse, et à l’âge de 25 ans il fit une dépression nerveuse. Pendant la période de vie en solitaire qui s’ensuivit, il s’essaya à l’écriture et produisit un conte pour enfants intitulé «Ludwig, le gentil cachalot». Cette histoire resta inédite, mais elle était prophétique du fait que l’auteur devait plus tard se lier d’amitié avec Ludwig Wittgenstein, lequel avait en effet une allure de cachalot. Spengler enseigna au lycée de 1908 à 1911. Il enseignait la grammaire et entraînait aussi l’équipe de volley, qui avait de bons résultats. A la mort de sa mère en 1911, il sombra dans la dépression et déménagea à Munich, où il vécut frugalement, restant chez lui à lire des livres. Il resta vierge jusqu’à la parution de son grand ouvrage Le déclin de l’Occident, en 1917. Ce fut un énorme succès, pour un livre de philosophie, ce qui lui donna tout d’un coup la cote avec les dames. C’est à cette époque que Wittgenstein devint son ami et l’emmena dans tous les bordels de Munich. Le déclin de l’Occident dit en gros que toutes les civilisations suivent un processus au long duquel elles mûrissent, puis commencent à pourrir et à tomber en décadence. Mais si l’Occident était déjà en déclin en 1917, pourquoi donc tous ces rastaquouères du Tiers-Monde veulent-ils maintenant immigrer ici ? Nous devrions peut-être les avertir, «Hé, nous sommes en déclin ! Retournez au Sri-Lanka !» Quoiqu’il en soit, le livre de Spengler fut très en vogue auprès des beatniks américains et d’écrivains comme Kerouac, Burroughs et Ginsberg. Il eut aussi une forte influence sur Alice Cooper, Ricky Nelson (fils d’Ozzie, bien sûr !), les Herman’s Hermits, et Bobby Darin. Le magicien d’Oz, de L. Frank Baum, était en réalité une fable basée sur Le déclin de l’Occident, «Oz» étant dérivé d’ «Ozzie» (Spengler). Spengler écrivit aussi un livre d’aphorismes intitulé Années décisives, dans lequel on trouve celui-ci : «Va toujours à l’enterrement des autres, sinon ils n’iront pas au tien.» La propriétaire de Spengler à Munich l’appelait «le Marsupial triste de la philosophie allemande», car il transportait ses livres et ses affaires dans un sac pendu sur son ventre et avait toujours un air lugubre (avant la parution de son livre et son déniaisement). Elle déclara également, juste avant de mourir, qu’elle avait retouché le manuscrit du Déclin de l’Occident en coupant les passages ternes, mais les chercheurs n’y croient guère, car les passages ternes s’y trouvent encore bel et bien. On peut voir une statue de Spengler devant le North Residence Hall de l’Université Dordt, à Sioux Center, dans l’Iowa, où le philosophe a encore de nombreux enthousiastes.

Bibliographie :

1. Hommes singes de la forêt pétrifiée, par Billy Bob Heilbutt. Oglethorpe Univ. Press, 1980.

2. Tyrans teutoniques et essor du révisionnisme, par Helmut Blatz-Piranha. Société Anthropologique du Bassin Amazonien, 1997.

3. Munich souterrain : la zone interdite, par Harvey Agapopolis. Winkie Books, 1973.

Roots of German philosophy» (2/10), in New writings, 12 septembre 2008, ici traduit par Philippe Billé)

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lundi 9 février 2009

Lettre documentaire 449

LE JARDINAGE POUR LES HANDICAPES

par Card Kilodney

fauteuilMême si vous êtes, mettons, complètement hors service et dans un fauteuil roulant, vous pouvez cependant jardiner, ok ? Des millions de handicapés croient qu’ils ne peuvent pas, mais c’est seulement parce que personne ne leur a dit comment s’y prendre, et c’est ce que je vais essayer de faire.

Bon, la première étape, c’est de semer des graines. Attendez qu’il ait fini de pleuvoir, que le sol soit bien ramolli. Prenez un long bâton (comme un manche à balai) et vos graines, et sortez dans le jardin avec votre fauteuil roulant. Essayez de farfouiller le sol au maximum, pour ameublir la surface, et jetez vos graines. Puis remuez  la terre à l’aide du bâton et tâchez de recouvrir les graines pour que les oiseaux ne les mangent pas. Une autre façon de semer les graines et d’en répandre partout sur vos vêtements, puis laissez-vous tomber du fauteuil roulant et vautrez-vous par terre. Les graines devraient se coller à la terre humide. Vous pouvez alors essayer de vous débrouiller pour les recouvrir d’humus et pour regrimper dans votre fauteuil roulant. Je ne sais pas si ça marche vraiment, mais vous pouvez toujours essayer.

La deuxième étape, c’est de surveiller de temps en temps, par exemple en arrosant, en écrabouillant les bestioles, tout ça. Bien sûr, plus vous sortez souvent, plus vous courez de risques de vous enliser, et si vous vivez dans un voisinage comme le mien, personne ne fait attention à quelqu’un qui crie. Alors vous feriez peut-être mieux de rester à l’intérieur et d’espérer que tout se passe bien.

La troisième et dernière étape, c’est de récolter vos légumes. (Si vous avez semé des fleurs, c’était idiot, parce que vous auriez pu les faire pousser en pot à l’intérieur et les installer sur le bord de la fenêtre.) Maintenant il vous faut sortir et aller déterrer ces légumes, parce que vous ne vous attendez tout de même pas à ce que ce soit toujours les autres qui vous nourrissent, hein ? Bon, alors sortez et essayez de les déterrer. Je me demande comment vous pourriez manier une pelle. Vous pourriez sûrement prendre un de ces outils en forme de griffe (je ne sais pas comment ça s’appelle), l’attacher au bout de votre long bâton et essayer d’arracher les légumes du sol de cette façon.

Le premier vice-président de Lincoln, Hannibal Hamlin, fut le premier Américain notable à jardiner depuis un fauteuil roulant. Ca n’intéressait pas Lincoln, au lieu de ça il est allé au théâtre et s’est fait tirer dessus, ce qui est mal.

Un autre conseil à donner, pendant que j’y pense, c’est d’éviter absolument de vous déplacer en fauteuil roulant près d’une projection de film, parce que si vous avez un accident et que vous n’arrivez pas à vous relever, tout le monde pensera que vos cris font partie du film, et personne ne s’occupera de vous.

Le fait d’être en fauteuil roulant aiguise vos autres sens, donc vous n’avez aucune excuse pour ne pas jardiner. Si vous êtes prétendument handicapé mais PAS en fauteuil roulant, vous n’avez pas besoin de cet article, et vous ne devriez pas mendier de la sympathie. Vous ne méritez pas votre pension d’invalidité, mais votre médecin véreux vous a fait une attestation, et maintenant Jojo le Contribuable est piégé.

Pour les autres, que ces critiques ne concernent pas, j’espère que j’ai un tant soit peu amélioré votre vie de handicapé.

Gardening for the disabled», in New writings, 4 février 2009, ici traduit par Philippe Billé)

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dimanche 25 janvier 2009

Lettre documentaire 447

LES PIRES CHOSES POUR VOUS

par Crad Kilodney

pureeJ’ai établi la liste des dix choses les plus mauvaises pour vous, d’après différentes autorités scientifiques :

1. La purée en flocons.

2. L’eau du robinet.

3. L’eau en bouteille.
4. Le sucre.
5. Le sel.
6. Les édulcorants artificiels.
7. Le porc.
8. Les plats cuisinés.
9. La lumière du soleil.
10. Les plastiques souples.

Et voilà. J’aurais cru que peut-être le cyanure, la ciguë, la strychnine, le gaz neuroplégique, ou le plutonium seraient les pires choses pour vous, mais de toute évidence ils n’entrent même pas dans le top ten. D’un autre côté, le tabac et l’alcool non plus, ce qui est une bonne nouvelle.

La purée en flocons est la plus grosse surprise. Un ami, expert en programmation informatique, m’assure que la purée en flocons accélère le métabolisme par l’apport massif d’hydrates de carbone. C’en est trop pour votre organisme, qui se dérègle, et vous mourez. J’ai pensé alerter les gens, quand je vais dans mon supermarché habituel, mais je veux pouvoir continuer d’y faire mes courses.

L’eau du robinet contient des tas de vilains produits chimiques supposés la rendre potable ou prévenir les caries, mais si vous voulez savoir ce que vous buvez réellement, regardez ces taches de rouille sur le mobilier de votre salle de bain. Vous ne pouvez pas vous en débarrasser.

L’eau en bouteille, c’est juste de l’eau du robinet avec une étiquette par-dessus. Je tiens cela de nombreuses sources incontestables, y compris un épicier chinois.

Le sucre vous donne du diabète et des maladies cardiaques, sans compter que ça vous pourrit les dents. Il y a aussi une corrélation à 90 % entre l’addiction au sucre et le comportement violent (Voir la Revue de l’Alimentation et de la Violence, Sept. 2004).

Le sel est mauvais pour votre cœur et pour la circulation sanguine. Ca détruit aussi vos cellules nerveuses. Si vous laissez vos enfants manger des amuse-gueule salés, vous êtes un assassin.

Les édulcorants artificiels provoquent d’horribles mutations chez les souris, comme l’ont prouvé les expériences en laboratoire à l’université d’Ornskoldrik, en Suède, qui s’est spécialisée dans ce genre de choses. Le savant qui a fait cette découverte a été cité pour le Prix Nobel, ou quelque autre.

Le porc ne contient pratiquement que du gras, qui vous bouche les artères, et vous tombez raide mort sans vous y attendre. (Si les cochons eux-mêmes ne tombent pas raides morts, c’est qu’ils sont habitués.)

Les plats cuisinés sont pleins de conservateurs – nitrates, nitrites, ou des trucs dans ce genre. Les explosifs aussi sont à base de nitro-quelque chose. Tout ce qui contient n’importe quelle sorte de nitrogène, soit d’azote, est mortel car – croyez-le ou pas – il n’y a pas d’antidote à l’azote !

La lumière du soleil provoque le cancer de la peau, donc vous ne devriez pas sortir du tout pendant la journée. La lune reflète la lumière du soleil, donc elle est tout aussi mauvaise. Et les étoiles sont également des soleils, donc leur lumière est exactement la même. Recouvrir  tout votre corps de crème solaire très haute protection réduit le danger d’environ 15 %, ce qui est toujours mieux que rien.

Les plastiques souples contiennent ce qui s’appelle des phthalates, qui donnent le cancer aux bébés et vous détruisent les reins. Les rideaux de douche en émettent sous l’action de l’eau chaude, et vous ne pouvez pas vous en débarrasser. Ca vous traverse carrément la peau.

La bonne nouvelle, c’est que l’alcool est réellement bon pour le cœur, que la caféine stimule le cerveau, et que la nicotine est un régulateur de l’humeur. Les Mormons, toutefois, proscrivent les trois, ce qui explique pourquoi leur espérance de vie est si brève, qu’ils ont besoin de convertir d’autres gens pour maintenir leur population (Voir la Revue des Etudes Alimentaires et Religieuses, Juillet 1997).

("The worst things for you", extrait de New writings, 6 mai 2008, ici traduit par Philippe Billé)

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