Journal documentaire

jeudi 21 février 2019

lettrines de gracq

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Dans le sillage des Terres du couchant, j'ai emprunté un autre Gracq, son volume de Lettrines (1967) dont la forme naturellement m'attire : des notes brèves et détachées, quoique pas toutes sans ordre, mais parfois regroupées par proximité de sujet (jugements littéraires, souvenirs de jeunesse et d'enfance, impressions géographiques) avec ici et là quelques observations et anecdotes ponctuelles. Ces notes m'ont touché inégalement.
L'auteur évoque une paire de fois Céline (p 80 & 152), avec un respect d'autant plus notable qu'il ne va pas de soi, vu leur différence de style. Il charrie méchamment Flaubert, dont il compare la prose à l'avancée d'un «convoi pesant» (90).
Dans ses allusions historiques et politiques, il ne se prive pas d'évoquer les tyrannies de gauche (75, 94 et ailleurs).
Il a quant aux Hébreux cette remarque bizarre, presque incongrue, «j'ai vu pendant la guerre l'étoile jaune donner soudain port, noblesse, et je ne sais quel feu ensorcelant à certaines Juives» (89) et quant à l'islam ce constat sévère, selon lequel «le monde où la civilisation s'est faite n'a connu véritablement que deux fléaux absolus ... : le déluge et la conquête turque» (90).
Il y a deux évocations de rêve (93, 156). Dans la seconde l'auteur croit avoir visité «la petite ville de Berthet (?) dans le Périgord». C'était une occasion, il y avait longtemps que je n'avais rouvert mon Atlas Michelin, selon lequel il n'existerait aucune commune de ce nom en Dordogne ni ailleurs en France, tout juste un Berthez en Gironde, dans le Bazadais.
J'ai bien aimé la comparaison des rues étroites de Venise à des «couloirs de maisons» (99).
J'ai aimé et photocopié pour deux amis les pages évoquant la passion d'enfance pour le boomerang (112-117) et le beau «Tableau de la Bretagne» (189-197), brillant mais conclu par un méchant trait sur la «laideur accablante de Paimpol», qui paraît injustifié au vu des photos que j'en ai trouvé.
En voyant évoquée p 112 la personne d'un parrain, je me suis dit que voilà bien un type social en régression, de nos jours, y a-t-il encore des parrains et où se cachent-ils?
Je n'ai pas aimé l'affirmation que les pinèdes des Landes sont «laides» (210), elles ne me font cette impression ni vues de loin, ni de près.
Pas bien compris non plus le parti pris de Julien pour Nantes et contre Bordeaux : il se sent «à l'aise dans (s)a cité» de Nantes, pour lui d'essence campagnarde et où il goûte le muscadet, «petit vin paysan», mais il déclare à propos de Bordeaux, qu'il ne nomme même pas, se contentant de métonymies hautaines : «je ne me plairai jamais aux bords de la Garonne, dans la ville aristocratique du Pavé des Chartrons» (216). Pour ma part, plébéien fortuit des Chartrons, cette rhétorique me laisse froid.
Un bénéfice appréciable de cette lecture a été de découvrir p 140-141 une contribution indirecte à ma vieille enquête visant à établir sur quels arbres les Anciens faisaient monter la vigne. Dans un paragraphe sur l'île joliment nommée Batailleuse, située dans le coin de l'auteur, en amont de Nantes, il observe «Çà et là des plants de vigne abandonnés, redevenus sauvages, qui grimpent encore et s'entrelacent aux ormeaux», ce qui conforte les données que j'avais déjà réunies sur le binôme vigne-orme.

(Sur la vigne & l'orme, voir à la fin du premier paragraphe de cette Ld).

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mardi 19 février 2019

pey-berland

Il y a dans l'angle sud-est de la place Pey-Berland, entre la rue du Loup et le cours Alsace-Lorraine, une belle façade large de huit fenêtres. Entre certaines de celles du premier étage figurent de grands médaillons ovales vides, au pourtour gravé, qui semblent destinés à accueillir une décoration, pour l'instant absente, peut-être pour toujours.

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samedi 16 février 2019

rêve

Rêvé de cette phrase, la nuit dernière : «Il pue le look, Marx».

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samedi 9 février 2019

archer

SEIX-BARRAL

J'aime bien les silhouettes de bonshommes que l'on trouve dans les dessins primitifs ou préhistoriques, comme le petit archer qui sert de logo aux éditions Seix Barral, à Barcelone. Celui-ci m'intrigue car il semble courir vers la gauche mais en tendant ses armes vers la droite. Je me demande si l'image a été choisie pour cette posture paradoxale, ou façonnée à partir d'un modèle différent.

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jeudi 7 février 2019

alexandria

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Avec ses grands yeux, ses gros sourcils, ses grandes narines, sa grande bouche, ses grosses dents, son front bas, et ses grosses idées, la députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez présente un mélange effrayant d'idiotie et de pleine forme.

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mardi 5 février 2019

néomots

Mes néomots ces derniers temps : sous-soleil, végéterranéen, printempérie.

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lundi 4 février 2019

tendances

J'ai l'impression que les réseaux sociaux sont de plus en plus envahis par la pub (le harcèlement sponsorisé). Et par ailleurs de plus en plus fliqués par la censure (le harcèlement humaniste). Je me demande s'il y a un rapport entre les deux tendances.

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samedi 2 février 2019

gracq

Ces derniers temps les livres s'accumulent sur ma table de chevet plus vite que je ne peux les lire, et ce n'est pas me rendre service que de m'en apporter de nouveaux, malgré quoi je suis reconnaissant au bienfaiteur, ignorant cet état de choses, qui m'a offert naguère Les terres du couchant, de Julien Gracq, que j'ai lu en priorité, par politesse d'abord, puis pour le plaisir de son style peu banal. Le narrateur raconte comment il quitte sa ville, peut-être la capitale du pays, pour rejoindre au terme d'un long voyage une région reculée, frontalière, en butte aux assauts d'une armée barbare. Il s'agit d'une publication posthume (Corti, 2014) et l'on a peine à croire qu'un texte aussi ouvragé n'ait pas été jugé assez abouti par son auteur pour le publier de son vivant. Il s'en dégage une impression étrange, d'une part à cause de l'imprécision spatiale et temporelle, les lieux étant irréels et l'époque mal définissable, d'autre part à cause de la forme peu balzacienne de ce roman, d'où les dialogues sont absents et où l'action se résume à peu de choses, l'essentiel du discours tenant dans la description d'objets et l'évocation d'ambiances, avec un foisonnement d'images et de comparaisons, souvent inattendues. J'ai remarqué un procédé consistant en ce que de temps à autre un détail brutal (les envoyés empalés, p 19, les oreilles coupées d'un serf, p 61, etc) nous fait soudain écarquiller les yeux, mais n'est suivi d'aucun développement. Un trait que je n'ai pas aimé est le tic de l'auteur mettant ici et là, toutes les quelques pages, un mot en italique, à chaque fois j'ai l'impression qu'il nous tend un écriteau disant «Attention, profondeur». Il y a aussi parfois quelque naïveté, comme dans l'évocation p 89 sq de femmes circulant sans être inquiétées dans une région hors la loi. Mais dans l'ensemble cette lecture dépaysante est très appréciable.

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lundi 28 janvier 2019

faux

Curieux destin de l'adjectif «faux». Depuis l'affaire des «vrais-faux passeports», remontant aux années 80, un certain esprit français, qui a la simplicité en horreur, ne pouvait plus se contenter du seul «faux» et mettait du «vrai-faux» à toutes les sauces. Avec le temps la mode passe, mais voilà maintenant qu'un courant anglomane, sourd au «faux», ne parle plus que de «fake». Plus de fausses nouvelles, place aux «fake news», et ainsi de suite.

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vendredi 18 janvier 2019

spengler

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Quelques pensées d'Oswald Spengler (1880-1936) extraites de ses oeuvres, traduites par Henri Plard, lues la semaine dernière dans un vieux numéro de Nouvelle Ecole (n° 33, été 1979) :

Le libre-arbitre n'est pas un fait, mais un sentiment.

Tout acte est un destin qui se déguise en un vouloir.

L'amertume la plus profonde, dans la vie, c'est de devoir dire qu'on n'est pas à la hauteur d'une tâche, qu'on n'est pas un grand savant, un grand soldat, un grand artiste. Mais la dignité intérieure exige cet aveu.

C'est la souffrance seule, qui révèle le rang d'un être humain : sous les coups du destin, dans la détresse, sur les ruines de ses plans et de ses espoirs.

Une âme, tout le monde l'a. Mais la personnalité - l'âme véritablement importante - est rare.

En compagnie d'un feu, l'homme ne se sent jamais seul. La flamme peut être une compagnie.

Le contraire de noble, ce n'est pas pauvre, mais vil.

La proximité, si elle n'est nécessaire, engendre la haine.

L'adolescent sait tout. L'homme fait doute de tout. Seul le vieillard parvient à cette certitude, qu'il ne sait rien.

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mercredi 16 janvier 2019

gilets jaunes, suite

jpegSamedi dernier j'ai rejoint une deuxième fois les Gilets jaunes. Sans mon gilet, d'ailleurs, je l'avais oublié, j'ai défilé deux heures avec eux en manteau noir. Et sans grande conviction non plus, je dois dire. L'imprécision des objectifs ne m'aide pas à adhérer. Qui veut quoi, au juste? Parfois ce mouvement me fait l'impression d'un vaste foutoir aux mille nuances, dont certaines contradictoires, où tout un chacun peut trouver sa place, ou l'illusion d'une place, un peu comme un Mai 68 en plus terre à terre. Mais décidément je ne me sens pas bien à ma place au milieu de ces gens, même si beaucoup sont calmes, je ne supporte pas ici et là les brames, les coups de sifflet. Quel triste désert, dans l'âme du pauvre type qui trouve intéressant de souffler dans un sifflet. Le plus consternant, c'était peut-être les gars qui faisaient des doigts d'honneur en direction de l'hélicoptère, survolant la ville. On est là très en dessous du seuil de pauvreté mentale.
Je me suis demandé encore qui dirigeait les opérations, qui décidait de mener le troupeau ici ou là. Je n'ai pu voir la tête du cortège, mais je suppose que je n'y aurais encore trouvé que des inconnus, dont je n'aurais rien su.
Je me sens solidaire entre autres du côté proprement routier du mouvement, symbolisé par le gilet jaune. L'essence est chère en effet, et la part de taxes exorbitante dans son coût, mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi le prix de l'autoroute, par exemple. Je ne dois pas beaucoup polluer en montant une fois par mois dans ma campagne, mais chaque aller-retour me coûte une bonne cinquantaine d'euros, entre le péage et le carburant. Quand on a mes ressources, on ne prend pas le volant inconsidérément. Il y a encore les exigences de plus en plus draconiennes du «contrôle technique» obligatoire et, sous prétexte de sécurité, le racket inouï des amendes, genre une centaine d'euros pour avoir traversé à 57 à l'heure un village désert. Cette pression fiscale routière n'a pas d'importance pour les gens friqués, qui ont de toute façon les moyens de se déplacer comme ils veulent, ni pour ceux, pas forcément riches, qui mènent une existence totalement urbaine. Mais il y a toute une population de ruraux et de rurbains pauvres ou pas très riches, qui en pâtissent, et que cela n'incite pas à voter pour les partis, de droite ou de gauche, qui appuient ce système.
La violence provenant des manifestants est vraiment condamnable. Le vandalisme, parce qu'il est inutile et nuisible : il ne fait qu'aggraver les problèmes financiers du pays au lieu de les réduire, il est source de pollution massive, et surtout il discrédite le mouvement au lieu de le servir. Les excités qui restent sur place après la dispersion, dans le but stérile de se donner des sensations en agressant les flics, sont des imbéciles, et je ne pleure pas sur ceux d'entre eux qui se font secouer les puces. De l'autre côté il existe une «violence policière» incontestablement inhabituelle, exercée parfois sur des gens qui n'avaient rien fait pour justifier un tel traitement. Les premiers temps on aurait pu croire à de simples bavures, mais depuis lors le nombre de blessés graves, notamment à la tête, ne laisse pas de doute quant au fait qu'il y a là un degré de répression systématique et volontaire, que l'on n'avait guère vu appliquer aussi rudement contre les milices antifas et les bandes ethniques, quand il aurait fallu. Grosse différence aussi dans la réaction inexistante des autorités vis-à-vis des victimes. Cela est d'autant plus frappant, si l'on se rappelle en comparaison la sollicitude répugnante d'un François Hollande se précipitant au chevet du truand ethnique Théo. Il y a là des camps distincts, sans aucun doute.
Un trait significatif, et qui me rend les Gilets jaunes sympathiques, c'est le silence massif et très évidemment méprisant du monde cultureux à leur égard. Ces gens d'ordinaire si prompts à la pleurnicherie humanitaire ont la charité sélective : Ouin-Ouin a ses préférences.
Tous ces événements seraient dans l'ensemble assez ennuyeux s'il n'y avait de temps à autre des épisodes pittoresques. Ainsi l'assaut du boxeur Dettinger, qui ne manquait pas d'allure, et les sorties hilarantes des «experts», comme l'historien Sylvain Boulouque prenant le drapeau picard pour une bannière monarchiste, ou le sociologue socialiste Michel Wieviorka déclarant que le A encerclé des anarchistes est un «symbole d'extrême-droite». Cela met un peu de sel.

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dimanche 13 janvier 2019

horace

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Il n'est vraiment pas mal, le petit livre de Xavier Patier sur Horace à la campagne, il est même tout à fait charmant. On y évoque le peu que l'on sait de la vie de ce poète du premier siècle avant Jésus, né humble fils d'affranchi, devenu l'ami des princes, à qui son mécène Mécène offrit un petit domaine à la campagne. On y devise sur ce qu'a pu être sa conception du monde. L'auteur connaît son Horace sur le bout du doigt, le cite volontiers mais sans nous assommer, et en ayant la politesse de le traduire à chaque fois. Lecteur érudit, il se réfère aussi à différents auteurs de la même et d'autres époques. Le livre est savant mais le ton reste simple, parfois même confidentiel, quand interviennent des souvenirs personnels. Les dernières pages sont un dialogue imaginaire très amusant entre Horace et Patier. Il paraît que la première édition de l'ouvrage, en 2000, a disparu en grande partie dans l'incendie qui a ravagé un entrepôt des Belles Lettres. J'ai lu ce Horace dans la réédition de 2003 dans la collection de poche de La Table Ronde, nommée La Petite Vermillon, et non La Tablette Rondelette. Une allusion de la page 138, (le poète) «se moque des pertes d'argent, des fuites d'esclaves, des incendies», après au moins une autre sur le même sujet, m'intrigue et je me demande ce qu'il en était au juste, de ce destin volatil des esclaves.

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vendredi 11 janvier 2019

arnaque

J'ai reçu hier un mail d'un ami, m'avisant qu'il avait des problèmes de santé, qu'il était injoignable par téléphone, et me demandant si j'aurais le temps de lui rendre service. Cela pourrait paraître banal. «J'espère que tu passes un bon réveillon» me dit-il aussi. Il serait temps de s'en inquiéter, le 10 janvier. Cela pue l'arnaque, bien sûr. Cependant le détail le plus suspect est que cet ami est mort depuis bientôt dix ans. Il n'est pas rassurant de se sentir approché par les escrocs qui rôdent sur le net, mais on se console en les sachant mal renseignés.

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jeudi 10 janvier 2019

think tank

Mésaventures de l'expression anglaise «think tank» dans la prononciation française, où l'on entend des «sink tank», «fink fank», et autres variantes improbables.

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mercredi 9 janvier 2019

sous-bocks

49721761_224586428421384_4172091593081225216_nHier soir avait lieu à Paris le vernissage où je ne pouvais être, de l'exposition de sous-bocks illustrés, organisée par maître Lolmède, avec deux cents de ses propres oeuvres et celles de plus de deux cents participants. Grâce aux photos passées sur Facebook par des visiteurs, j'ai pu avoir quelques vues de l'événement, et même y reconnaître mon oeuvrette, dont je n'avais pas pris soin de garder une reproduction. C'est une tête hybride comme j'en fais souvent, celle-ci avec un regard coloré de modèle imposé sur un visage de statue romaine.
Ci-dessus une photo empruntée à Néel Beausonge, où mon collage apparaît dans le quart en bas à droite. Je vois que les sachets des sous-bocks sont dotés de gommettes de couleur, qui je suppose correspondent aux prix de vente fixés à l'avance (60, 90 et 120 euros). J'ai naturellement opté pour l'estimation la plus basse, qui est tout de même au-dessus du prix moyen auquel je vends mes collages, quand on a la charité de m'en acheter.
L'expo se tient donc chez Arts Factory, 27 rue de Charonne, du lundi au samedi, de 12:30 à 19:30, jusqu'au samedi 19 janvier.
Ci-dessous une vue d'ensemble, prise par Lomède lui-même?

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lundi 7 janvier 2019

révolution mexicaine

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Des cours sur la révolution mexicaine suivis lorsque j'étais étudiant, j'avais gardé l'impression que je n'y comprenais pas grand chose. Où étaient les bons et les méchants, y avait-il pas des méchants un peu partout, qui était vraiment contre ou avec qui, à quoi tout cela rimait-il? Récemment la lecture de l'excellent La révolution mexicaine, 1910-1940, de Jean Meyer (édition 1973) m'a confirmé que je n'y comprendrai sans doute jamais rien. Quelle période confuse. J'en tire cependant quelques enseignements :
Il y a comme dans toute révolution le mystère de ses origines. On peut facilement trouver des causes, et tout aussi facilement les mettre en doute. Pourquoi en ce lieu et à ce moment? Ce moment était-il le pire de l'histoire du pays, la situation était-elle pire ou moins pire que celle des pays voisins? Ce ne fut pas un soulèvement des plus basses classes, mais de petits fonctionnaires, petits propriétaires, petits commerçants, simples bandits. «La révolution ne fut le fait ni du désespoir, ni de la misère» (p 37). «Le mécontentement populaire n'a pas fait cette révolution» (47). Beaucoup d'anciens instituteurs parmi les généraux révolutionnaires (16). Le «peuple» (pour ce que cela veut dire) a moins fait la révolution qu'il ne l'a subie (103).
C'est après Madero, «chef de gouvernement le plus honnête» (41) et le plus paisible (il ne fusillait personne, 44) que le pays sombre dans la guerre civile et l'anarchie, et l'on assiste à la «division à l'infini des factions» (62) et à la «partition du pays en fiefs appartenant aux seigneurs de la guerre» (78). Ceux «qui avaient crié ... contre les riches, la première chose qu'ils firent fut de s'enrichir» (155). «La révolution a engendré une caste de généraux grands propriétaires» (247, 268).
La violence fut effroyable. «Les gens s'habituaient à la tuerie» (62). Le livre donne quelques aperçus du pillage, du vandalisme, des massacres. Viols de femmes devant les maris, exécutions en musique (91), outrages infligés aux cadavres (130), mourants que l'on châtre (156).
L'auteur dresse les portraits de différents personnages, dont les célèbres Villa et Zapata. Le premier sans surprise brute épaisse, qui «massacrait sans pitié tous les prisonniers» (52) et installera un «banditisme endémique» (66). Le second plus subtil que je n'aurais imaginé. Zapata respecte la hacienda (75) et «a veillé à la sécurité de ses anciens employeurs» (236). Son idéal est la petite propriété, un «monde où chacun aurait ses quatre hectares» (77).
Zapata vouait un culte à la Vierge de Guadalupe et protégeait les prêtres. Carranza fut le principal artisan de la répression anti-religieuse (incendies, fusillades, lois tyranniques). L'anticléricalisme carranciste, impopulaire parmi la petite paysannerie, entraînera la révolte des Cristeros, à la fin des années 20, dont l'auteur est un spécialiste.
Je n'aborderai pas la question compliquée mais très intéressante de la réforme agraire. Je note la bonne formule pointant un des problèmes récurrents, le «processus de pulvérisation par voie d'héritage» de la propriété foncière (19). Le livre est bien écrit et agréable à lire, ce qui n'est pas toujours le cas des livres d'histoire. Je terminerai en citant cette jolie tournure, à propos des routes médiocres, «bonnes seulement pour les oiseaux et les daims» (22).

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dimanche 6 janvier 2019

mail à daniel b

«Cher Daniel, j'avais failli te mailer pour te dire finalement de n'apporter que le moins de livres possible. Le problème est que j'ai le book-appeal et que les bouquins m'arrivent sans cesse de partout et s'accumulent chez moi plus vite que je ne les revends (pour ceux que je revends). J'ai parfois l'impression qu'ils envahissent la maison et y stationnent comme une armée d'occupation. Mais bon, c'est une occupation aimable, et puis quand je serai à la retraite avec 450 euros par mois, il vaudra mieux que j'aie des réserves de marchandise. Merci donc pour ces vingt livres. J'ai noté que je devrai te rendre le Reclus et les deux J Perret, mais ne veux-tu pas récupérer aussi le Tuset? Quant aux autres, après en avoir pris connaissance, j'aviserai si je les conserve pour moi, si je les destine au commerce, ou si je les offre au peuple via les boîtes ad hoc. Après un premier tour d'horizon j'ai déjà vu que je ne ferai rien du Viguerie, ni du Honorez. J'ai parcouru les promenades de Michel Déon et Les Charentes à vol d'oiseau d'Onésime Reclus, tous deux très stylés mais dans des styles très différents. Le premier vraiment charmant, son «A la recherche d'Ulysse» en particulier. Onésime est élégant et clair mais un peu soporifique, je n'ai lu en entier que la partie sur Oléron et Ré, je l'ai même relue. J'aurais pu l'apprendre ailleurs mais c'est à cette occasion que j'ai réalisé certaines différences et ressemblances des deux îles, comme le fait que la surface d'Oléron soit à peu près le double de la maigrelette Ré, ou que ni l'une ni l'autre ne possède aucun cours d'eau. Je me demande d'où les habitants tirent l'eau potable, j'imagine qu'ils la puisent dans le sous-sol? Ces pages m'ont plu pas seulement pour leur qualité mais aussi pour les mille souvenirs qu'elles me rapportaient des visites annuelles à l'île de Ré avec mon aide de camp, et qui jusqu'à présent, par chance, sont de bons souvenirs. Maintenant j'ai commencé de lire le Horace à la campagne de Xavier Patier. J'aime beaucoup, ce Patier m'épate. Il va me servir de livre de tram cette semaine, quand je serai rentré en ville. Bien à toi, cher pourvoyeur, à bientôt. Ph.»

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samedi 5 janvier 2019

vénère

Unknown

Dans le tabloïd Vénère... mais courtois n° 1 (décembre-janvier), sur le thème «Faut-il brûler les riches?», ma page préférée est peut-être celle où Johann Zarca répond que c'est «la fausse bonne idée».

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vendredi 4 janvier 2019

ps

J'ajoute un post-scriptum à ma note de l'autre jour sur la notion de misanthropologue.

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jeudi 3 janvier 2019

reflet

Après avoir vu sur une photo bien horrible les têtes des deux malheureuses touristes scandinaves, qui ont été égorgées et décapitées le mois dernier par des sauvages dans les montagnes du Maroc, je relis par hasard l'information telle qu'elle était annoncée par le journal 20 minutes, citant l'AFP, le 20 décembre : les deux jeunes femmes «ont été retrouvées mortes ... avec des traces de violence à l'arme blanche sur le cou». Sur un autre sujet, plus récemment, on a pu observer le même zèle de la presse à ménager notre sensibilité, dans les très vagues murmures faisant état des centaines de voitures incendiées à l'occasion du réveillon par nos sauvages de proximité. Il est maintenant d'usage que la médiaterie nous rapporte les faits à peu près comme la députerie représente nos opinions : de sorte que le reflet se présente comme une distorsion du réel, ou si possible comme son inversion.

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