Journal documentaire

jeudi 19 septembre 2019

titres

Idée de titre : Euros et Thanatos.

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mercredi 18 septembre 2019

pancol

GeorgesPANCOL

Suivant une suggestion j'ai fait venir et j'ai feuilleté un recueil, peut-être le seul existant, de textes d'un certain Georges Pancol, écrivain charentais-bordelais mort jeune à la guerre, en 1915. Je cherchais dans ces pages une phrase pour ma collection de citations sur Bordeaux, et si possible une aussi pour ma collection jumelle de citations en Je suis né. Il y en avait plusieurs sur le premier sujet, et celle que j'ai choisie a en commun avec la seule sur le second, qu'il est question dans les deux cas d'une vieille maison : «Autrefois, avant de me coucher, dans notre vieille maison de Bordeaux ...» et «... ça m'a rappelé la vieille maison où je suis né, en Charente.» Il habitait 12 rue Margaux, j'y passerai en hommage lors d'une prochaine excursion en ville. Ce volume contient j'imagine l'oeuvre à peu près complète du jeune homme. Quelques poèmes, un journal intime et des lettres à sa fiancée anglaise. Les poèmes ne m'ont pas accroché, le journal et les lettres m'ont plu, j'en ai lu plus que je ne comptais. Il a sur Balzac, Bergson et d'autres, une clarté de jugement remarquable, malgré son âge. Il raconte l'anecdote bizarre d'une coupure d'électricité pendant un cours de Bergson, devenu invisible mais continuant de parler dans l'obscurité. Il a des mots charmants sur sa copine : «Avec elle il est difficile d'être triste, aisé d'être sérieux et agréable d'être gai.» Il a des moments de méditation mélancolique sur le passage du temps : «Des garçons et des filles nous ont précédés dans la vie, sont morts, et d'autres, quand nous serons morts, nous y suivront. Ils nous ressemblaient, ils nous ressembleront ; ils étaient et ils seront jeunes comme nous le sommes ; ils ont eu, ils auront peut-être la couleur de nos yeux ou de notre bouche, la forme de nos lèvres, nos attitudes, nos gestes, quelques unes de nos pensées et beaucoup de nos désirs. Mais ils ne seront pas nous. O consolation misérable! (...)» Il était devenu nationaliste, et tout en respectant la civilisation allemande, ne pouvait plus encadrer le peuple allemand. Il tient ce propos, qui sonne étrangement aujourd'hui : «D'ailleurs moi je ne crois pas à l'internationalisme, je ne crois pas au communisme, je ne crois pas au socialisme universel, à la Nation Future. Je crois à l'individu, je crois aux différences, c'est à dire aux nations, je crois à la variété (...)» Pour lui la condition de la diversité était de surveiller les frontières, non de les ouvrir.

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mardi 17 septembre 2019

chimère

Dans le dernier numéro du mensuel Quimera, je lis un entretien de cinq pages avec une prof de ma connaissance, féministe déclarée. Je suis embarrassé et démoralisé par la teneur de ces cinq pages de pleurnicherie haineuse. S'il y a moins d'écrivaines et si elles ont moins de succès que les mecs, c'est parce qu'elles sont victimes des vilains préjugés répandus par la méchante domination masculine capitaliste. "Personne n'aime se sentir victime", dit-elle. Ah bon. Notons déjà qu'entre se sentir et l'être réellement, il peut y avoir de la marge. Et vous êtes sûre que nulle ne peut se complaire dans cette posture et en tirer un profit abusif? La dame est quand même professeur titulaire, dans une corporation qui n'est pas la plus à plaindre et qui est largement féminisée, dans une université dont la présidente est une femme. Elle et ses collègues ont tout le pouvoir de bourrer le crâne de leurs étudiant(e)s à longueur d'année avec leur venin idéologique. Il faut voir les programmes, j'ai ça sous les yeux sans arrêt. Et je suppose qu'il faut faire attention à bien réciter sa leçon au moment des exams. La moindre discussion m'est-elle possible avec une telle âme? Je crains que non. Cela n'a sans doute aucune importance, mais j'en suis désolé. Je lis aussi un article de six pages sur l'histoire du Relato de un náufrago (Récit d'un naufragé) de García Márquez. Article décevant, mais il me rappelle des souvenirs lointains. J'avais acheté ce petit livre de poche à la couverture dorée dans une librairie latino de Montréal, à la Noël 1975. Il y avait quarante centimètres de neige dans les rues. Ce n'était pas le premier livre de cet auteur que je lisais, ni même le premier que je lisais en espagnol. Je ne me doutais pas que ce thème du naufrage reviendrait plusieurs fois dans mes travaux, ultérieurement. Le texte m'avait plu. Je ne sais ce que j'en penserais aujourd'hui. Je dois avoir le mince volume chez moi, à la campagne, mais ce n'est pas l'exemplaire acheté jadis et perdu il y a longtemps, c'en est un récupéré depuis, acheté dieu sait quand, où et par qui. 

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lundi 16 septembre 2019

verbier

Mes néomots ces derniers temps : sortirer, bibliothéquerre, maratonnerre.

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mardi 10 septembre 2019

banlieues

Mordeaux et ses banlieues, Dègles, Balence, Fessac, Vérignac, le Rouscat, Truges, Formont, Lenon, Gloirac.

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lundi 9 septembre 2019

Les événements, de J Rolin

41jNm4uhEpLJ'ai lu avec grand plaisir Les événements, de Jean Rolin (POL, 2015). Un homme raconte son difficile voyage en voiture de Paris à la Méditerranée en temps de guerre civile, dans un pays déchiré entre milices gauchistes, nationalistes et islamistes, où l'ONU a dépêché une Force d'Interposition des Nations Unies en France (FINUF). A vrai dire c'est tantôt ce personnage qui parle, tantôt une voix off qui nous informe de ce qui advient au «narrateur». Ce petit truquage littéraire plaira peut-être aux profs de français mais me laisse froid. La grande idée par contre, à mon goût, est d'avoir imaginé ce que devient notre univers paisible et familier de villes et de campagne, de petites banlieues aux enseignes kitsch, quand il est plongé dans la violence de la guerre. Combien de bâtiments dont ce n'était pas la vocation sont soudain transformés en QG, en postes de guet, en hôpitaux, en prisons, en refuges. Il y a là matière à une rêverie inquiétante, dans la mesure où l'on sent bien que ce scénario imaginaire n'est pas inimaginable. Le texte est écrit avec élégance, sur un ton flegmatique. Le narrateur marque un certain détachement vis-à-vis des «événements» (le mot n'apparaît qu'une ou deux fois dans le livre) en se complaisant à décrire des détails de la topographie ou à faire des remarques sur les oiseaux et les arbres, qu'il a l'air d'assez bien connaître. Il ne semble pas adhérer ou s'intéresser à l'idéologie des belligérants, et raille à l'occasion les manies des uns et des autres, non sans humour, comme quand des gauchistes vénérant le «prolétariat ... cette chimère» (p 105) continuent d'organiser des causeries sur des thèmes comme «Transsexualité et lutte de classes» (184) ou «l'homoparentalité» (190), ou quand des djihadistes s'emparent d'un quartier de Marseille sous la bannière d'AQBRI, «Al Quaïda dans les Bouches-du-Rhône islamiques» (136) (encore un point sur lequel l'humour noir nous fait rire jaune, si l'on juge la plaisanterie prophétique). J'ai bien aimé aussi l'amusante allégorie du pin cérémonieusement planté par le cosmonaute soviétique Gagarine en 1967 et qui maintenant dépérit (158 sq). Si le protagoniste représente plus ou moins l'auteur, comme c'est souvent le cas, on observera qu'il conserve de la «sympathie ou admiration ... avec quelques réserves» pour le révolutionnaire espagnol Durruti (163), signe peut-être qu'il n'a pas tout à fait renié le gauchisme de sa jeunesse, mais par ailleurs il allume sans explication un cierge pour la Vierge Marie, après avoir glissé une pièce dans le tronc (184). Il est rare que je lise un roman, celui-ci m'a plu.

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samedi 7 septembre 2019

rêve

Rêvé cette phrase : «Et moi, faut que j'aille à tous les ans».

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mardi 3 septembre 2019

islamophobie

L'islamophobie, nouvelle province de la Victimocratie. J'ai beau chercher, je ne vois pas quelle critique de l'islam ne peut en aucun cas être soupçonnée ou accusée d'inspiration islamophobe.

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lundi 2 septembre 2019

pentes

L'appellation de haut Moyen Age, pour en désigner la période la plus ancienne, et celle de bas Moyen Age, pour la plus récente, suggèrent en quelque sorte l'idée que le temps, comme l'eau, s'écoule de haut en bas. De même dans l'histoire des Romains le Haut-Empire précède-t-il le Bas-Empire. Cette conception du temps comme axe descendant se trouve aussi dans l'expression «la plus haute Antiquité». Tout au contraire la grande période de la Préhistoire, le Paléolithique, commence par le Paléolithique inférieur et aboutit au Paléolithique supérieur, comme si le temps suivait à l'inverse une ligne ascendante. Pour accorder ces visions opposées, il faut imaginer vers le Néolithique un sommet chronologique, point de basculement à partir duquel le temps cesse de monter et se met à descendre.

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dimanche 1 septembre 2019

quatre sortes

J'ai trouvé sur le net cette blague anonyme en anglais, je traduis : «Il y a quatre sortes de communistes : 1) Ceux qui pensent qu'ils vont diriger quelque chose après la révolution. 2) Ceux qui pensent sincèrement qu'ils luttent pour la libération des travailleurs. 3) Ceux qui ne pensent pas du tout. 4) Ceux qui vont tuer les deux premiers et dominer le troisième une fois le pouvoir renversé.» C'est un peu cynique, mais pas mal vu.

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samedi 31 août 2019

rentrée

Je vois en ce moment de tout petits lézards. Apprentis minuscules, mais déjà très vifs, ils filent comme volant au ras du sol. Il y en avait dans le jardin à la Croix, il y a les mêmes dans la banlieue où je suis de retour. Je n'avais jamais vu le campus aussi envahi de Gitans. C'est à perte de vue, sur toutes les pelouses, les espaces verts. Ils ont même investi un des parkings réservés au personnel, normalement protégé par des barrières. Des caravanes, des voitures, des camionnettes, la plupart flambant neuves et de belles dimensions. Autour des campements, les satellites habituels : branchements suspects sur les réseaux d'eau et d'électricité, chiens attachés plus ou moins judicieusement, certains en plein soleil, j'en ai vu un borgne, constellations de détritus répandus dans l'herbe, étrons omniprésents le long des bâtiments, jusque dans certains escaliers. Une collègue m'a confié s'être fait agresser verbalement. Mais comme elle est humaniste, elle a ajouté que c'était pas bien méchant, quoique pénible. La direction s'est fendue d'un communiqué laconique, pour ne surtout pas faire de vagues : «Depuis quelques jours une occupation massive des pelouses par les gens du voyage impose une cohabitation compliquée. Afin d'éviter tout désagrément aux personnels et usagers de notre établissement et d'assurer la sécurité dans les bâtiments, l'université fermera ses portes exceptionnellement à 18 h jusqu'à vendredi inclus». Malgré la prudence de l'énoncé, les mots massive, compliquée, désagrément, sécurité, me laissent supposer qu'il y a eu des incidents dont je n'ai pas connaissance, et que les «cultures différentes», dont l'université fait d'ordinaire grand cas, lui paraissent tout à coup moins sympathiques.

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dimanche 25 août 2019

censure encore

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Le mois dernier je me suis fait suspendre 24 heures de Facebook pour avoir montré les nichons d'Anita Eckberg, cette fois-ci je suis bloqué trois jours pour avoir passé la tête à Hitler. Un trucage photographique bien fait, figurant Adolf en guitariste hippie. J'avais pris cette image je ne sais plus où sur le net, et j'aimerais en connaître l'auteur. Je la trouve drôle, c'est à dire à la fois bizarre et amusante. Mais Facebook ne trouve pas ça drôle du tout. Il doit penser que je suis un vilain facho très méchant. Cependant il y a deux faits étranges, et même absurdes, dans cette censure. Le premier est que j'avais passé cette image il y a des années, je ne sais plus quand, sans que cela dérange personne. Il y a quelques jours, c'est Facebook lui-même qui me l'a repassée dans ses «Memories» de «x years ago». A cette occasion, j'ai décidé de ranger ce beau collage dans ma collection de photos «Portraits». C'est alors seulement qu'est intervenue l'interdiction. La deuxième absurdité, c'est qu'il y a quelque temps, au printemps peut-être, j'ai reproduit dans la même collection un autre faux portrait de Hitler, cette fois-ci une peinture où il est grimé en homosexuel, dans un cadre rose, avec une mèche mauve. Mais cela n'est pas censuré. Pourquoi? Se peut-il que la censure qui me frappe intervienne non pas suite à un repérage de routine par un moteur de recherche, mais suite à une dénonciation? Une dénonciation venant par exemple d'un traître qui se serait glissé parmi mes «amis» de Facebook, dont beaucoup sont à vrai dire des inconnus. Il faudrait peut-être que j'envisage une petite purge de ce côté-là, façon Nuit des longs couteaux. En attendant, cherchant à faire des vérifications en ligne, je dégotte un autre faux portrait d'Adolf en guitariste, avec blue jean et tignasse, qui m'amuse aussi. Je le reproduis discréto, mais ne le répétez pas.

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samedi 24 août 2019

terreur imprévisible

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Ces derniers jours j'ai lu presque en entier l'intéressante étude d'un certain Richard Ballard, historien anglais installé en Charente, sur La terreur imprévisible : La Révolution en Aunis et Saintonge, version française (Editions Le Croît Vif, 2012) d'un livre paru en anglais (The unseen Terror) deux ans auparavant. A bien des égards la Révolution dans le département ne se distingue pas beaucoup de ce qu'elle fut dans le reste du pays : un soulèvement déclenché non par les pauvres mais par les nantis bourgeois, appuyé par les nobles aveugles illuminés ne voyant pas qu'ils creusaient là leur tombe, et débouchant sur une énorme foire d'empoigne où les plus malins s'en fourrent plein les poches sans se faire pincer. Dans les scènes d'émeute ou de tuerie, où le «peuple» a la bride sur le cou, le violence vient plus souvent des petits bourgeois, que des «plus démunis». Là comme partout ailleurs dans le pays, l'anarchie favorise l'ascension des fortes personnalités, notamment de personnalités tyranniques, issues de milieux très divers. Et là comme partout, la machine devenue folle finit par dévorer ses propres enfants. Il y a à ce sujet la délicieuse «loi des suspects», vers 1793 : «La loi des suspects était tellement imprécise que n'importe qui pouvait être traduit devant le tribunal révolutionnaire ... De nombreuses personnes furent emprisonnées sans savoir ce qui leur arrivait ... C'était au comité de surveillance de décider si on était suspect ou non ... Dans chaque commune, douze citoyens furent élus pour y servir. Ils ne devaient être ni anciens nobles, ni hommes d'église» (p 158-159). On voit là s'établir un de ces gigantesques systèmes de fliquage, dont les révolutions accouchent immanquablement, et auprès desquels l'Inquisition catholique a pâle figure. On notera au passage que la belle notion d'Egalité y est foulée aux pieds, de même que la révolution ne cessera de piétiner celles de Liberté et de Fraternité, dont elle avait pourtant plein la gueule. Un trait particulier à l'histoire de la région est son rôle dans la répression du clergé, puisque tous les prêtres qui n'avaient pas fui le pays ont été emmenés vers La Rochelle et Rochefort, d'où ils devaient être déportés en Guyane, mais où on les a fait crever misérablement. Il est à noter qu'à partir d'un certain moment les prêtres qui avaient prêté serment à la République ont été aussi mal traités que les réfractaires, et ont cumulé le déshonneur et la persécution. Des lois de mars et avril 1793 stipulaient que «tous les réfractaires trouvés sur le territoire de la République devaient être traduits devant le tribunal militaire pour subir la peine de mort dans les vingt-quatre heures. Tous ceux qui cachaient des prêtres, même si ces derniers faisaient partie de leur famille, encouraient la peine de mort» (222). Un intérêt du livre est de puiser à de multiples documents, qui permettent d'assister en quelque sorte au déroulement concret d'événements. J'ai été étonné du nombre d'émeutes déclenchées par de simples rumeurs sans fondement (on annonce par exemple qu'une armée de nobles avance en détruisant tout sur son passage, quand il n'en est rien, mais le bruit suffit à mobiliser les exaltés, p 52 et autres). On signale l'importance des protestants de La Rochelle et des francs-maçons de Rochefort parmi les nantis qui ont acheté les terres confisquées à l'Eglise et aux émigrés. L'auteur observe sans manichéisme l'action de plusieurs citoyens, et l'on constate qu'il y a des bons à qui il arrive d'être mauvais et, plus étonnamment, des mauvais à qui il arrive d'être bons. L'on donne également quelques aperçus du destin ultérieur de certains personnages : un tel finira ses jours à Madère, où son bateau était tombé en panne, tel autre périra noyé avec son fils lors d'un naufrage dans les eaux de l'Ohio (80), tel bouffeur de curé des années révolutionnaires  épousera vingt-cinq ans plus tard une ancienne abbesse née noble (148) ... L'ouvrage se conclut par un chapitre où est évoquée la personnalité de Regnaud de Saint-Jean d'Angély, avocat modéré, partisan de la monarchie constitutionnelle, qui échappera aux dangers de mort et fera le meilleur de sa carrière sous Napoléon, dont il fut conseiller et ministre. Ce brave homme a sa statue sur la grande place de la ville. Je me souviens d'avoir noté jadis que c'est grâce à lui, ou à cause de lui, que le nom de Saint-Jean d'Angély apparaît une fois dans les écrits de Marx. Je constate à cette occasion qu'il est difficile de se renseigner sur ce qu'il est advenu au juste des Editions Le Croît Vif, créées par François Julien-Labruyère et dirigées par lui pendant plus d'un quart de siècle, puis passées aux mains d'un successeur en 2015, avant le dépôt de bilan en 2018...

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jeudi 22 août 2019

le cinéma de A à E, suite

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A la troisième tentative, je suis enfin parvenu, non sans peine, à regarder en entier L'argent, de Robert Bresson (1983) sans m'endormir. A cet aveu somatique, on aura compris que l'oeuvre ne m'a pas subjugué. L'histoire n'est pourtant pas inintéressante, mais bon. J'ai remarqué au moins une incohérence du scénario : comment les propriétaires du magasin de photo peuvent-ils simplement nier qu'un employé d'une compagnie de fuel soit venu les livrer, puisqu'il y a une facture, sur laquelle la compagnie pourrait s'appuyer? Il y a aussi cette vision terrible, à 24'10, du protagoniste partant de chez lui sans débarrasser la table du petit déjeuner, où reste en évidence un paquet de sucre, au couvercle en carton déchiré en tous sens. Un homme qui éventre ainsi son paquet de sucre, et qui de surcroît ne le range même pas, est capable du pire, comme on voit par la suite. Désormais le suspense était fini pour moi. D.

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dimanche 18 août 2019

l'école

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J'ai lu et relu cette année L'école des cadavres, dans une édition pirate sans date (Editions du Rigodon, à Meudon, cela paraît fantaisiste). Autant Les beaux draps est d'un ton bien plus froid que les deux précédents pamphlets hérétiques de Céline, autant L'école tient la comparaison avec les Bagatelles, en vocifération exubérante.
L'oeuvre étincelle de style dès l'ouverture, avec cette formidable scène allégorique d'engueulade entre l'auteur et une sirène («Ah! que je lui dis, Navrante ordure...» (que symbolise-t-elle, cette sirène décatie et mal embouchée, la république française? l'idéologie politiquement correcte?)). Il y a çà et là des morceaux de bravoure, ainsi les deux pages où est prophétisé le Grand Remplacement («vos remplaçants, vos héritiers super-émancipants...»), l'invasion apocalyptique de la France par le Tiers-Monde («... la racaille arméno-croate, bourbijiane, valacoïde, arménioque, roumélianesque! toute la polichinellerie balkane en folle triomphale ventrerie! ... Ils sont encore des millions d'autres, et puis encore des millions d'autres, et puis encore des millions ... Toutes les vallées ouraliennes, budipestiques, tartariotes, verminent, regorgent littéralement de ces foisons d'opprimés! Et que ça demande qu'à foncer, déferler, irrésistibles, à torrents furieux...», p 88-89.). L'ouvrage abonde en néologismes savoureux, jamais remployés («J'éclatouille, j'explosille», 52). 
«Je suis pas très partisan des allusions voilées, des demi-teintes» (262) explique l'auteur, qui en effet ne mâche pas ses mots, on ne peut lui faire reproche de sournoiserie. Il montre d'ailleurs une morgue étonnante, qui ne manque pas de panache : «Moi je m'en fous énormément qu'on dise Ferdinand il est fol, il sait plus, il débloque la vache ...» (117), «J'emmerde le genre entier humain à cause de mon répondant terrible, de ma paire de burnes fantastiques ...» (198), «je l'ouvre comme je veux, où je veux, ma grande gueule, quand je veux ... Je dois être, je crois bien, l'homme le moins achetable du monde» (271). Il n'en dira pas tant quelques années plus tard.
L'ouvrage est mal réputé pour son fond outrageant, on connaît le sujet. Je comprends que sa verve ne soit pas du goût de tous, même si les Juifs, cible principale, ne sont pas les seuls visés : tout le monde en prend pour son grade, y compris le pape et ses ouailles, Hitler et ses Aryens, Maurras et ses Latins. Il est vrai que le propos est souvent outrancier : «Toutes les guerres, toutes les révolutions, ne sont en définitive que des pogroms d'Aryens organisés par les Juifs» (101), «Un soviet est une synagogue avant tout» (173). L'exagération, l'hyperbole est d'ailleurs un des traits comiques du livre, avec la satire féroce (les Juifs menant grand battage pour la comédie de leurs Terribles Malheurs et Merveilleuses Vertus, 103). Cela dit les condamnations offusquées ne me convainquent jamais tout à fait. Je prendrais plus au sérieux la critique qui inclurait les questions gênantes : tout ce que balance Ferdinand est-il faux? Par exemple le mépris de la goyerie, la furie métissante, l'appui au bolchevisme, ont-ils été si rares dans l'opinion juive? L'affirmation que «c'est pas Staline, c'est Hitler» qui «a fait le plus pour l'ouvrier» est-elle fausse? L'anti-communisme de Céline, ou de n'importe quel ami de la Liberté, est-il infondé ou légitime?
Un point sur lequel, n'étant pas classiste, et ne préjugeant donc pas de l'excellence ou de la médiocrité d'un homme en fonction de sa position sociale, je suis en désaccord avec l'auteur, c'est que lui a une opinion très arrêtée sur le peuple (au sens de plèbe) et la petite bourgeoisie. «Le Peuple c'est un vrai Musée de toutes les conneries des Ages, il avale tout, il admire tout, il conserve tout, il défend tout, il comprend rien» (136). Quel terrible verdict. Au contraire «C'est la petite bourgeoisie, en France, qu'est la classe sérieuse, pas mystique, mais consciencieuse. Le peuple il est rien du tout, que de la gueule et du moindre effort. C'est la petite bourgeoisie qu'a l'habitude de se priver ...» Mais il y a là matière à discussion.
Je terminerai en citant cette belle diatribe contre la presse, qui vaudrait encore pour la médiaterie d'aujourd'hui : «les journaux de droite, du centre et de gauche ... les façons qu'ils peuvent mentir, troufignoler, travestir, exulter, croustiller, vrombir, falsifier, saligoter le tour des choses, noircir, rosir les événements ...» (159).

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samedi 17 août 2019

mon coeur et un lérot

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J'ai enfin pu consulter hier dans la ville de Niort un cardiologue fort aimable, mais qui ne m'a pas appris grand chose. Mon coeur fonctionne bien, on se propose toutefois de m'observer avec un holter pendant vingt-quatre heures à quelque moment de l'automne, et quant aux «douleurs atypiques» mais bien réelles que j'ai éprouvées fin juin et début juillet, elles laissent la médecine sans voix, en tout cas sans explication.
J'avais commencé la journée en montant dès l'aube au grenier, où il y avait du raffut. Il s'est avéré que j'avais enfin pris, dans une nasse installée depuis quelques jours, l'animal qui par moments la nuit se faisait entendre au-dessus de ma chambre : un lérot. Ne sachant que faire de ma prise, je montai en voiture dans l'un de mes bois, sur les sept heures du matin, pour relâcher l'animal. Dès que la cage fut ouverte, il s'éloigna en quelques bonds, puis grimpa jusqu'en haut d'un tronc de noisetier quasi dénudé de branches et droit comme un mât. Je laissai là-dessus la bestiole à son sort.

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mardi 13 août 2019

al-Andalus

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Un universitaire de l'Illinois, Darío Fernández-Morera, a publié en 2016 un livre au long titre : The myth of the Andalusian paradise : Muslims, Christians and Jews under Islamic rule in medieval Spain, qui a été traduit l'an dernier en français (Chrétiens, Juifs et Musulmans dans al-Andalus : mythes et réalités, avec une préface de Rémi Brague) et en espagnol (El mito del paraíso andalusí : Musulmanes, cristianos y judíos bajo el dominio islámico en la España medieval, chez Almuzara, à Cordoue). C'est dans la version espagnole que je viens de prendre connaissance de ce fort volume bien documenté (340 pages de texte, 130 pages de notes, 20 pages de bibliographie). L'auteur s'amuse à introduire chacun de ses chapitres par des citations plus délirantes les unes que les autres mais authentiques, dans lesquelles des universitaires patentés dépeignent la période de domination musulmane en Espagne (pendant près de huit siècles, 711-1492) comme une ère de tolérance et d'entente cordiale entre les trois communautés. Au contraire il établit que l'expérience d'al-Andalus (nom que les Arabes donnèrent à la péninsule, et qui demeure dans celui de la province méridionale, l'Andalousie) fut un grand désastre : l'invasion fut une guerre de conquête religieuse (jihad), marquée par de nombreux massacres et destructions, notamment destruction systématique des églises, et aboutit à la soumission du pays à la loi musulmane, dite charia. Dans ce cadre les non-musulmans, juifs et chrétiens, étaient des citoyens de catégorie inférieure, avec le statut humiliant de dhimmis ("protégés") impliquant certaines interdictions (de porter une arme ou de monter à cheval, entre autres) et obligations (dont l'impôt spécial, que l'auteur compare justement au système de "protection" par la pègre : tu payes, sinon tu auras des ennuis). Il semble en outre que les lois spécifiques des différentes communautés favorisaient la séparation et non l'intégration. Le livre ouvre par endroits (p 62, 258, 267) des perspectives à vrai dire peu encourageantes sur le cycle du ressentiment entre juifs et chrétiens. Les Hébreux, mal vus et mal traités avant l'invasion arabo-berbère, trouvèrent l'occasion de se venger, et de se faire encore plus mal voir, en agissant comme collaborateurs des musulmans, assurant la garde des villes nouvellement conquises, et jouant parfois un rôle important dans l'administration des affaires publiques. L'auteur attire l'attention sur des aspects rarement mis en avant de la pensée d'intellectuels prestigieux, comme l'anti-christianisme du rabbin Maïmonide (p 280), ou les vues du juriste musulman Averroès, dissertant sur certains points de la charia, comme les modalités de la lapidation des femmes adultères (p 48, 116, 254). Une lecture pleine d'enseignements.

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lundi 12 août 2019

le monde tourne

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Je sais maintenant bien distinguer le chant stupide de la Tourterelle turque et le chant stupide du Pigeon ramier, assez semblables, mais ce dernier formé de cinq notes scandées puis répétées au lieu de trois, prononcées sur un ton plus grave, et généralement mais pas toujours suivies d'un point final marquant le retour au silence. Leur chant m'agace un peu mais je les aime bien. Je crois aussi reconnaître le pfiw-pfiw des ailes de la première et le flap-flap de celles du second. Ces deux oiseaux sont les plus corpulents des usagers habituels de mon bassin, comparés à la menue volaille des étourneaux, merles, moineaux, chardonnerets et autres. J'ai trouvé un chardonneret noyé dans le bassin début juillet, et un autre jour un autre oiselet. Je ne comprends pas comment ils ont fait. Etait-ce à la suite d'une attaque de chat? (Ce qui est plus sûrement l'oeuvre des chats, c'est l'hirondelle de cheminée trouvée morte dans la pelouse.) Quand un petit mort flotte ainsi à la surface du bassin, cela ne semble pas gêner le moins du monde les poissons, ils continuent à virevolter paisiblement. Cette indifférence de la nature nous est étrangère et nous écoeure, non? Dans le bassin la population des carassins est étrangement stable depuis au moins deux ans : quatre poissons vraiment rouges, et un rouge et blanc. Par contre l'autre espèce que j'héberge, les petites gambusies, pullule. Avec Flo de passage, jeudi dernier, je suis allé en rejeter un seau à la rivière, au lavoir de Saint-Séverin. La veille on avait fait un tour dans le vieux Saint-Jean. Je n'avais jamais remarqué que l'on a installé sur un contrefort de l'église, du côté sud, une croix de pierre qui viendrait du Sacré-Coeur de Montmartre, avec l'inscription Stat crux dum volvitur orbis. C'est paraît-il la devise des Chartreux : La croix demeure tandis que le monde tourne. Je songe à détourner cette belle formule : La Croix-Comtesse demeure tandis que le monde tourne.

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samedi 10 août 2019

en voyage (avec Mazarin)

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Mazarin consacre deux pages (107-108) de son Bréviaire des politiciens à la conduite "En voyage". Voici ces maximes, copiées et annotées.

Ne révèle à personne combien tu as d'argent sur toi. Au contraire plains-toi sans cesse de ne pas en avoir assez. (Sur le second point, on croirait entendre un syndicaliste. Pour ma part, si j'estime avoir assez de pèse, je ne m'en vanterai ni ne pleurnicherai.)

Si des indiscrets te demandent d'où tu viens, réponds évasivement. (Ou bien dis juste au curieux, Qu'est-ce ça peut te foutre?)

Ne confie à personne le but de ton voyage, mais tâche de savoir où vont les autres, et pose-leur adroitement toutes sortes de questions. (En général peu m'importe où vont les autres. Qu'ils aillent au diable si ça leur chante. Quant à rester discret sur le but de mon voyage, sans problème, d'autant que souvent je ne le connais pas moi-même.)

Ne t'approche pas de gens en train de se battre : il est fréquent que les voleurs simulent une bagarre afin d'attirer un voyageur pour le dépouiller et piller ses bagages. Si tu te fais traiter de lâche, fais comme si tu n'avais rien entendu. (Oui, la bagarre indique la direction dans laquelle il ne faut pas avancer. Surtout si ce sont des vermines qui se fritent entre elles. Il m'étonne que Mazarin se déplace sans une garde rapprochée, qui lui permette de mettre de l'ordre.)

Ne te fie pas aux inconnus trop bien vêtus et parés comme des personnages de haute naissance, ce sont souvent des voleurs déguisés. (Cela fait penser à la réflexion du marquis de Maricá, que Les riches se déguisent en pauvres pour ne pas être importunés, les pauvres en riches pour obtenir crédit et confiance.)

Ne te mets jamais au lit sans avoir d'abord inspecté les alentours. De même, sois très prudent avant de manger. (L'inspection me rappelle la fois où, hébergés dans une modeste demeure de la côte brésilienne, nous avions dû, une fois couchés, écraser une énorme blatte qui se présentait sur le sol près du lit. Réveillés plus tard dans la nuit, nous avions découvert quarante-cinq mille fourmis occupées à grignoter le cadavre.)

Ne laisse pas les domestiques de ton hôte se précipiter pour porter tes bagages, ils pourraient en profiter pour y mettre leur nez. (Cela est connu : Autant de valets, autant d'indiscrets, autant de voleurs.)

Emporte toujours un livre avec toi pour passer le temps. (Impossible de lire ce conseil sans penser à celui meilleur encore de l'ami Ramón Eder : Pour partir en voyage, il nous faut emporter au moins deux livres : un très bon, et un autre au cas où le très bon ne nous dirait rien.)

Ne voyage qu'avec des compagnons de confiance, et même ainsi, fais en sorte qu'ils te précèdent plutôt que de te suivre. (Bah, ça dépend, ça me rappelle quand j'ai fait du canoë dans l'Ardèche avec mon aide de camp. J'étais installé à l'arrière, parce que mes compétences me permettaient de gouverner l'esquif, et elle m'accusait de ne pas en foutre une ramée.)

Sur les routes glissantes ou très en pente, il est prudent de porter des souliers ferrés et de marcher sur la pointe des pieds. (Il manque là une gravure, du cardinal faisant des pointes.)

Parle le moins possible : c'est le meilleur moyen de ne pas mettre en péril ta bourse ou ta vie par des paroles imprudentes. (Excellent conseil, mais valable aussi dans d'autres circonstances qu'en voyage. Et puis il est connu que statistiquement, moins on parle et moins on dit de conneries.)

(En haut, buste de Mazarin visible au seuil de la Bibliothèque mazarine, à Paris. Photo D Berton)

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mercredi 7 août 2019

mazarin

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Au printemps j'ai lu un très petit livre, dont le format se prêtait bien au transport en tram, que je pratiquais encore, c'est le Bréviaire des politiciens, du cardinal Mazarin. Ce recueil de pensées est paraît-il une traduction du latin, par un certain François Rosso, publiée chez Arléa en 1997 avec une préface d'Umberto Eco. A vrai dire j'ai failli ne pas lire le mince volume, qui en le feuilletant me rebutait par plusieurs aspects. D'abord parce qu'il est imprégné d'un éloge général du secret, de l'hypocrisie, allant jusqu'à la justification du mensonge et de la fourberie : il faut à tout prix s'instruire d'autrui tout en cachant ce que l'on pense, voire ce que l'on est. Je comprends que cela puisse aider à l'occasion, mais enfin je ne me vois pas en faire une règle de vie, moi plutôt du genre Céline, «J'ai pas l'habitude de ruser, je suis d'un naturel assez simple, j'aime pas les mystères.» Le cynisme de l'auteur va jusqu'à encourager la malveillance : «Les serviteurs de celui dont tu recherches l'amitié, traite-les en amis, tu pourras les acheter plus facilement si tu as besoin un jour qu'ils trahissent leur maître» (p 36) et ce n'est qu'un exemple. En somme il ne faut se préoccuper que de savoir si un acte est profitable ou non, plutôt que s'il est juste ou injuste. Du reste, n'étant pas moi-même un politicien du XVIIe siècle, n'ayant pas à déplacer des troupes ou lever des impôts, j'avais souvent l'impression que ce texte ne s'adressait pas à moi. Par ailleurs il recèle çà et là de pures âneries, qui n'attirent pas la sympathie, ainsi ce conseil, «Méfie-toi des hommes de petite taille, ils sont butés et arrogants» (25). Enfin quelques détails m'ont fait douter de l'authenticité du document : un certain ton, dû peut-être à la traduction, aussi le fait que je n'aie pas réussi à identifier d'éditions anciennes de l'ouvrage, dont l'originale remonterait à 1684, en outre une allusion de la préface, comme quoi ce recueil de pensées ne serait peut-être qu'attribué à l'auteur, tout cela m'a amené à soupçonner qu'il pourrait s'agir d'un faux. Tout de même la bizarrerie de ce bréviaire m'a assez attiré pour le lire en entier. J'ai remarqué au passage ces quelques pensées. «Les gens qui connaissent beaucoup de langues sont souvent malavisés, car leur mémoire est tellement encombrée qu'elle en étouffe leur faculté de jugement» (26) : je n'irais pas jusque là, mais cela me rappelle avoir souvent pensé que 1) plus ou connaît de langues, moins on les connaît bien (qui trop embrasse mal étreint), 2) si nos facultés intellectuelles sont en quantité limitée, la part mobilisée pour connaître plusieurs langues n'est plus disponible pour autre chose. «Si un inférieur t'invite à sa table, accepte et ne te permets aucune critique. Fais preuve envers chacun d'une parfaite courtoisie. Mais, détendu dans la conversation, garde un brin de gravité dans ton maintien» (35) : cela paraît assez juste et délicat. «Tout le monde sait bien que promettre n'est qu'une façon de ne rien donner et de ne se montrer généreux qu'en paroles» (48) : c'est en effet parfois le cas, même si l'on ne peut généraliser. «N'attends jamais qu'on interprète favorablement tes actes ou tes propos. Dis-toi bien que personne en ce monde n'en est capable» (71) : surtout si tu fréquentes Facebook ou Twitter. «Ne méprise pas les dons d'argent, même les plus modiques et, autant que faire se peut, évite les dépenses en général. Pour tes gens et pour toi-même, sois strict sur la nourriture et le pain. Prends garde également à ne pas te laisser voler l'avoine de tes chevaux» (78-79) : sage conseil. Pour ma part les chevaux ne me coûtent pas cher, n'en ayant pas, mais je veille au grain. «Rien dans ce monde n'est jamais tout à fait assuré» (101) : comment mieux dire? «Pour offrir un cadeau ou donner une fête, médite ta stratégie comme si tu partais en guerre» (122) : que de fois j'aurais dû voir les choses ainsi. «Quoi qu'il arrive, cache tes colères : un seul accès de violence nuit plus à ta réputation que toutes tes vertus ne peuvent l'élever» : mmm, c'est en effet à méditer, selon le cas : on peut se discréditer en s'emportant, mais il y a des fois où il faut savoir remettre les pendules à l'heure. Mazarin donne ainsi quelques sujets de méditation. Prochainement j'examinerai plus en détail ses consignes pour le voyage.

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