Journal documentaire

mercredi 26 août 2015

foule

En quelle proportion la foule, qui applaudissait de Gaulle au bord des rues en 1944, était-elle la même qui avait acclamé Pétain : 80, 90 %?

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mardi 25 août 2015

châtaigniers et serpents

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Hier matin je me suis forcé à rendre visite au petit bois de Volebière 2, dans lequel je n’avais pas mis les pieds de l’été, ni depuis je ne sais quand. Mon peu d’entrain à m’y rendre tient à ce que c’est la moins accessible de mes parcelles, car elle est enclavée au sein d’un massif, et que j’en avais un mauvais souvenir, depuis que les deux petites pousses de châtaignier que j’y avais plantées, ont été broutées l’été dernier par quelque herbivore navrant. Quelle n’a pas été ma surprise, en découvrant que ces deux plantes revivaient et survivaient, malgré les longues chaleurs et mon abandon. Elles avaient quelques feuilles, quatre l’une, l’autre six, c’est peu de chose, mais cette résurrection m’a enchanté. Et j’ai passé un bon moment à entasser du bois mort dans le coin nord-est, principalement des troncs de noisetiers à moitié pourris, et d’autres branchages tombés ou suspendus, qui encombraient la place.

Dans l’après-midi, tandis que j’élaguais un buis dans le jardin, je me suis aperçu que la chatte Minnie jouait avec quelque chose dans l’herbe, et j’ai tout de suite supposé qu’elle avait trouvé quelque proie, souris ou papillon. En m’approchant j’ai vu que c’était un petit serpent, qui se tenait immobile. J’ai éloigné la chatte et soulevé le serpentin en passant sous le milieu de son corps le manche de mon sécateur. Je suis allé le déposer d’abord dans une cuvette qui se trouvait là, puis, comme je craignais qu’il s’échappe, je l’ai mis dans un grand seau, dont il ne pourrait sortir, pensais-je. La rencontre et la capture de cet animal me posaient deux problèmes.

Le premier est que je ne savais pas l’identifier assurément. Ne s’agissant ni d’un orvet ni d’une vipère, ce ne pouvait être qu’une des six espèces de couleuvre que l’on trouve dans le quart sud-ouest du pays. C’était visiblement un jeune spécimen, au corps très fin, plus mince qu’un crayon, mais long de bien 25 centimètres. Mon hypothèse est que cette bête appartenait à l’espèce dite Couleuvre d’Esculape (Elaphe longissima ou Zamenis longissimus), dont il possédait la peau uniformément brun vert,  mais pas tachetée comme le sont, selon mon guide, les jeunes individus. Sa tête émaillée de jaune clair faisait penser à celle d’une Couleuvre à collier, mais justement sans collier. Le point qui me décide le plus en faveur de la Couleuvre d’Esculape est cette qualification de «longuissime», correspondant bien à la silhouette que j’avais sous les yeux. Du reste j’avais déjà opté pour la même identification, quant à un serpent sur lequel nous étions tombés, avec mon aide de camp, une fois que nous visitions le bois de Volebière 1, à un ou deux kilomètres de là. Lisant maintenant la notice à son sujet, je remarque un trait de comportement que nous avions en effet observé : «Lorsqu’on l’approche, il tient souvent tête». Le serpent très mince et long, mais beaucoup plus grand que le serpentin du jardin, nous avait impressionnés par son attitude : tout en grimpant dans les branches d’un arbuste pour s’enfuir, il marquait des poses et se tournait pour nous dévisager, comme par défi. Ce n’était pas le cas du petit prisonnier, qui faisait profil bas, et bougeait peu. Il ne paraissait pas blessé, mais il était sans doute épouvanté par la rencontre de la chatte, puis de l’homme (il ne pouvait pas deviner qu’il avait affaire à un gars raisonnable).

Le deuxième problème était : que faire maintenant de cet animal? Bien que ces serpents ne soient pas dangereux, je ne tiens pas à favoriser la coexistence de proximité avec eux, d’autant qu’ils pénètrent volontiers, paraît-il, dans les habitations. J’ai déjà suffisamment de bestioles indésirables qui prennent ma maison pour une terre d’asile, quand ce n’est mon propre corps pour une piste d’atterrissage. Je ne voulais donc pas le remettre en liberté dans le jardin, ni le tuer. Restait la solution de la déportation. Tout en priant pour que le petit serpent ne s’échappe effectivement pas du seau, que j’ai posé sur le siège passager de ma voiture, je l’ai conduit au bois de Volebière, où je l’ai relâché dans les caillasses de la lisière sud. Si ça se trouve, je le reverrai un jour.

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lundi 24 août 2015

ma vie palpiteuse, suite

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«Du temps que les gens de gauche n’avaient pas encore fait de moi un homme de droite…» Je redécouvre avec joie la présence dans mes étagères de l’exquis petit recueil de Reflets et réflexes, c’est à dire d’aphorismes et autres brièvetés, de Pierre Gripari.
J’ai rêvé que j’étais en voiture avec ma mère, et qu’elle était au volant. Qui plus est en pleine ville, dans Bordeaux. Cela m’étonnait et m’inquiétait un peu (en réalité elle est bien incapable de conduire, depuis des années). Mais elle était pleine d’entrain, sûre d’elle et de bonne humeur.
Hier soir à la nuit tombée j’avais commencé de me déshabiller, quand j’ai pensé que la pluie aurait fait sortir les escargots, et je suis allé faire un tour du jardin demi nu, en T-shirt, pull et sabots en caoutchouc, avec ma lampe électrique, j’en ai attrapé plus de soixante-dix en quelques minutes.
La sécheresse de cet été est cause que mes raisins sont bons à manger depuis la mi-août, alors que d’habitude il faut attendre courant septembre, et ce sont les merles qui en profitent à ma place. A l’orée des bois aussi les mûres sont déjà mûres.
Je me sens dans chacun de ces bois comme dans un grand appartement dont je connais plus ou moins bien les couloirs, les pièces, les recoins.

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samedi 22 août 2015

on ne sait jamais

Hier après-midi, un Marocain déjà fiché comme islamiste, et muni d’un fusil mitrailleur, d’un pistolet et d’un cutter, a été maîtrisé dans un train alors qu’il commençait à agresser les passagers. Aujourd’hui à midi, France Info déploie encore tous les conditionnels possibles pour estimer s’ils pourrait s’agir d’un acte terroriste. On ne sait jamais : c’était peut-être tout simplement une activité récréative.

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des nouvelles de majorque

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Une lettre, aujourd’hui, c’est un événement. Un correspondant nous envoie des nouvelles de Majorque. Une simple feuille pliée en quatre et scotchée sur les bords, sans enveloppe. «8 2015. De chez Tomeu C... Ph, t’espère aller bien. Tomeu raconte les voleurs d’ici. Ils vendent très cher des bouts de fruits (pastèque, ananas etc) sur les plages aux touristes qui ont chaud. Ils repèrent de quel sac l’acheteur sort son portefeuille et le disent à un complice, qui, lorsqu’il ira se baigner, laissera son sac à la portée du voleur. Le soir ils font de même en vendant des fleurs! A Paris ce sont les mineurs (- de 18 ans) qui en bande, volent. Ils ne sont + repérables à leurs vêtements puisqu’ils portent aujourd’hui les mêmes que ceux des jeunes de leur âge. Et surtout ils n’ont peur de rien, ni personne, et sont d’un nihilisme «amoral, total»… Une sauvagerie réelle, incroyable et incompréhensible. Produit de ce monde «fou»? Tomeu a ici deux puits très anciens, dont un de 25 m de profondeur, et qui fonctionnent. L’un d’eux avec une pompe récente. Il a un réservoir de 1000 litres pour la maison. Pluie (…) et puits. Tomeu dit aussi que les néons et les ampoules Led sont les + économiques. Il lave ses canettes afin d’éviter les insectes, comme toi. Tomeu ne retrouve + ses enveloppes! C’est ce qui me vient à l’esprit à ce moment précis. Porte-toi bien. Bruno.»

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vendredi 21 août 2015

entretiens de papon

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En rangeant mes papiers, je retrouve une feuille de notes dont je n’ai jamais rien fait, notes sur le livre de Maurice Papon, La vérité n’intéressait personne, paru en 1999, mais que j’ai lu dans la version en pdf mise en ligne par une université du Québec. Comme indique le sous-titre, il s’agit d’un recueil d’Entretiens avec Michel Bergès sur un procès contre la mémoire. Il n’est pas indifférent que l’auteur y ait pour interlocuteur l’historien attentif qui, par ses découvertes documentaires, avait été à l’origine d’un procès retentissant (dont la procédure devait durer quatorze ans, de 1983 à 1997), mais qui, tout bien considéré, avait finalement pris le parti de l’accusé. Le livre ne concerne pas seulement la période du procès, mais retrace toute la vie du fonctionnaire. On y découvre une personnalité autrement subtile et nuancée que l’épouvantail dont la presse à peu près unanime a dressé la caricature. C’était un politicien plutôt modéré («radical», puis gaulliste) et un intellectuel, auteur par exemple d’une pièce de théâtre sur la Saint-Barthélémy, restée inédite (p 245 du livre / 287 du pdf). Les propos permettent de connaître assez précisément la situation de Papon au moment des faits qui lui ont été reprochés, avec ses problèmes personnels (la maladie de sa femme, la mort de son père) et l’ambiguïté de son rôle (rester à son poste, c’était certes «collaborer», mais c’était aussi obéir aux consignes de la résistance gaulliste, et se maintenir en position de sauver des vies, en refusant la déportation de telle ou telle personne pour telle ou telle raison). Parmi les nombreux personnages évoqués au fil des pages, figure le grand rabbin Joseph Cohen, lui aussi un grand ambigu, maréchaliste, en bons termes avec l’archevêque, et dont la fuite soudaine entraîna des arrestations massives (p 142/168, 208/245, et autres). On voit aussi paraître, inévitablement, l’accusateur acharné Michel Slitinsky (1925-2012), dont la propre soeur faisait partie des personnes que Papon avait pu faire libérer, mais qui n’en était pas moins vindicatif. J’ai moi-même rencontré une fois Slitinsky, dans les premières années 2000, à l’époque où j’habitais rue Saint-Joseph, à Talence. Un jour que je montais au tabac-journaux situé tout en haut, au coin de la rue Sévène, je trouve Slitinsky là, près du magasin, oisif et jovial. Habitait-il le quartier? En me voyant arriver, il a tendu la main vers la boutique et m’a dit : «Entrez… libre!» Nos relations se sont arrêtées là, je n’ai rien répondu. Pour en revenir au livre de Papon, je voudrais encore signaler une scène apolitique mais très frappante (p 14/17), quand un beau soir de septembre, alors qu’il a une vingtaine d’années, rentrant tard chez lui, il se réveille en sursaut dans le train de banlieue et croit avoir entendu sa mère l’appeler, en rêve. Mû par un pressentiment, il finit le trajet en courant, pour la trouver morte à la maison. Cette sorte de télépathie m’a rappelé la vision qu’avait eue Jünger au moment de la mort de son père en janvier 1943 (cf ma note du 23-II-12).

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jeudi 20 août 2015

bagatelles revisitées

 

celine_bagatelle

N’ayant rien de spécial à lire cet été, je me suis amusé par moments à revisiter, en ouvrant chaque fois les pages au hasard, Bagatelles pour un massacre. Livre méchant, parfois bête, souvent drôle, superbement écrit. Ayant parcouru naguère la correspondance de Guy Debord, qui déplorait à la fin de sa vie la destruction du Paris qui l’avait enchanté au milieu du siècle, je suis d’autant plus frappé de retrouver sous la plume de Céline une description apocalyptique du Paris des années 30, «ce terrible infernal ramassis, cet effrayant conglomérat de pourritures organiques, inhalantes, expirantes, chiatiques, fermenteuses, fébricilantes, virulogènes» (p 237 et suivantes de ma «90e édition», 1938). J’aime bien les passages russes, où l’auteur raconte des souvenirs sinistres de son voyage à Leningrad. Il y a notamment une évocation de l’hôpital des maladies vénériennes, visité sous la conduite du docteur «Toutvabienovich» (p 117 sq) et vers la fin du livre plusieurs scènes se déroulant dans la même ville (la présentation d’un projet de ballet aux autorités culturelles réticentes, la rencontre d’une vieille pianiste revenue d’exil, la terrible engueulade avec la guide-interprète Nathalie, qui ne laissait pas Ferdine indifférent («Je l’estimais… Je l’aurais bien ramenée à Paris…»). Pour qui a connu les chansons de jadis, il y a une coïncidence troublante entre ce personnage de jeune femme (nom, fonction, situation, charme) et la Nathalie chantée par Bécaud, sur des paroles de Pierre Delanoë. Céline n’a pas connu cette chanson, lancée en 1964, trois ans après sa mort. Il n’en aurait sans doute pas fait grand cas, mais elle lui aurait peut-être arraché un sourire, ou un ricanement.

(PS. Cherchant une illustration, je vois que le texte est disponible en ligne à cette adresse. On y trouvera les passages que je cite aux pages 153 (sur Paris), 76 sq (l'hôpital), 220 (la présentation), 226 (la pianiste), 228 (l'engueulade).

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mercredi 19 août 2015

brocante, Charente, plantes

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Après avoir raté toutes les brocantes de la saison, soit par impossibilité d’y être, soit à cause du mauvais temps, soit simplement par manque d’entrain, j’ai fini par participer à celle des Touches de Périgny, samedi dernier le 15 août, en compagnie de mon aide de camp, qui était venue me rendre visite quelques jours. C’était une brocante banale, moyenne, pas désagréable, dont j’ai tiré profit moins par le gain financier (assez modeste, en ce qui me concerne, dans les 80 euros) que par la satisfaction d’avoir donné à quelques objets un destin plus utile que de rester en ma possession. Un gentilhomme, à qui j’ai vendu un livre pour deux euros, et à qui je faisais remarquer que le nom de doublon convenait à la pièce de cette valeur, a franchement acquiescé, au lieu de me regarder avec des yeux de merlan frit, comme plusieurs personnes à qui j’ai fait part de cette observation, dans le passé.

Le soir de ce jour-là, un voisin aimable m’a fait visiter son jardin. J’admirais les platebandes, bien fournies et bien entretenues. Avisant un joli buisson, tout couvert de petites fleurs bleues, que je ne connais pas, j’en ai demandé le nom. Pour toute réponse, le maître des lieux m’a dit que c’était une pousse qu’il avait récupérée dans les environs, «et tu sais, ça fait des fleurs bleues». Certes. Ce n’est pas pour me vanter, mais je me serais douté que cette plante, qui faisait des fleurs bleues, était une plante qui fait des fleurs bleues.

Rarement les vacances d’été m’auront mis d’humeur aussi peu autobiographique. Mais il est vrai que je n’ai pas grand chose à raconter, passant l’essentiel de mon temps à tailler mes arbres et mes arbustes, tâche infinie. Les seringats ne sont pas faciles à affronter, avec leur ramification par touffes hirsutes de branchettes, très semblable à celle du chèvrefeuille. Je croirais volontiers qu’il sont de la même famille, si les livres ne disaient qu’il n’en est rien. Au bois de Volebière, je me suis occupé d’élaguer quelques arbres de lisière, dont des branches s’étendent au-dessus du champ voisin, et sont massacrées chaque année par la machine qui vient rectifier la bordure. Je coupe autant que possible à ras du tronc les moignons déchiquetés,  afin que ces branches ne gênent plus, ni ne soient de nouveau maltraitées. Je me suis occupé entre autres de ce qu’on appelle par ici un Ager, c’est à dire un érable de l’espèce dite de Montpellier (Acer monspessulanum), au bois très dense, dur à scier, même vert. Je me demande si le mot patois tire son origine du nom latin, comme il est possible. Je me suis déjà posé la question, et peut-être ai-je déjà su la réponse, oubliée depuis.

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mardi 18 août 2015

mises à jour

J'ai enfin eu le temps de mettre à jour l'index de mon Journal documentaire, en y incluant les données de 2014. Le voici : journal_index.

Par ailleurs j'ai complété le texte de ce journal de 2014, auquel manquaient encore quelques éléments : journal_2014.

Rappelons que mes journaux, ainsi que d'autres documents, sont publiés à cette adresse.

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jeudi 13 août 2015

bouger

J’entendais l’autre jour une conversation dans laquelle il apparaissait que mes concitoyens éprouvent encore et toujours le besoin, la manie,  l’honneur et la joie de «bouger». Décidément, l’immobilité ne plaît pas beaucoup à l’homme moderne. Sa devise pourrait être : «Je me meux».

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mercredi 12 août 2015

la parole à onfray

En voiture la semaine dernière je suis tombé sur quelques passages de la série d’émissions de Michel Onfray, sur France Culture. J’ai le meilleur souvenir de celle, très chronologique et détaillée, où il exposait la vie et les oeuvres de Jankélévitch. J’ai le moins aimé ses interminables réponses aux questions du public. Il a le don d’une belle voix, et d’une grande énergie, mais sa volubilité l’entraîne parfois au moulin à paroles.

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lundi 10 août 2015

l'été meurtrier

 

Carassius_auratus-1

Il y a quelques années (cela me surprend mais je n’ai gardé aucune trace de la date, ou je n’en retrouve pas), l’été, les fruits ont été particulièrement abondants. Et comme je n’avais pas élagué le prunier Pissard depuis longtemps, ses longues branches s’étendaient jusqu’au dessus du bassin, surchargées de prunes, qui régulièrement s’en détachaient pour tomber à l’eau. Ploc. Cela ne me plaisait pas beaucoup mais je ne m’en inquiétais pas plus que ça. Il faisait chaud. Le bassin, profond d’une quarantaine de centimètres, a perdu un quart, peut-être un tiers de son eau. Il y avait à l’époque une dizaine de «poissons rouges», c’est à dire de carassins, longs comme un doigt, dont certains vraiment rouges, ou orange, d’autres de leur couleur naturelle gris vert. L’un d’eux, entièrement décoloré, était d’un blanc vaguement teinté de rose. Il me répugnait. Si j’avais alors fait une rafle, pour éclaircir les rangs, en prenant quelques spécimens pour aller les lâcher à la rivière, comme il m’arrive tous les deux ou trois ans, j’aurais voulu que ce pâlot en fasse partie. Peu à peu l’eau s’est gâtée de plus en plus évidemment, à cause des prunes qui fermentaient dedans. Elle a pris des reflets huileux et il s’en dégageait une odeur d’égout. Un beau jour j’ai aperçu que deux poissons étaient morts et flottaient le ventre en l’air. En m’approchant, j’ai découvert qu’il y avait en fait quatre morts. Il fallait prendre des mesures. Contrairement à ma règle, qui est d’attendre autant que possible qu’un bon orage vienne remplir et renouveler le bassin, j’ai branché un tuyau d’arrosage et tiré de l’eau du robinet, pour faire remonter le niveau, pensant que cet apport suffirait à assainir la situation. C’était une illusion. Les jours suivants, les poissons ont continué de crever les uns après les autres, jusqu’à ce que je me décide à vider entièrement le bassin de son eau, de ses herbes, de ses habitants, de sa vase et de ses prunes pourries. Le seul carassin à survivre a été justement le blanc, qui du coup a gagné ma sympathie. Sa robustesse m'épatait. Depuis lors, le bassin s’est repeuplé. Dernièrement il y avait deux grands poissons d’une quinzaine de centimètres (ce même blanc et un jaune) et neuf plus petits, entièrement ou partiellement rouges. Avant-hier matin, quand je suis allé nourrir la tribu, le blanc n’était pas avec les autres. J’ai pensé qu’il n’était pas d’humeur et restait planqué parmi les plantes, comme il arrive. Mais quelques heures plus tard, en repassant dans le coin, je l’ai trouvé mort dans l’herbe, à deux mètres du bord. Que s’est-il passé? A-t-il sauté hors de l’eau? Cela n’est pas dans les habitudes des rougets, d’un naturel très calme. Un chat l’a-t-il chopé? Ce serait aussi inhabituel. Est-il mort dans l’eau, de sa belle mort, et un chat s’en est-il saisi alors? Je ne le saurai pas. En tout cas il a fini sa course et ça me contrarie, mais c’est ainsi. Et ce matin à six heures et demie, il y avait un petit lérot mort déposé sur le trottoir juste devant la porte de la maison. Là pas de doute, c’est la basse oeuvre d’un chat, probablement cette conne de Minnie elle-même. Quand j’ai rouvert la porte une heure après le cadavre avait disparu. Tant mieux. Il s’en passe et il s’en repasse, de ces petites horreurs, dans un jardin, surtout l’été.

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samedi 8 août 2015

une semaine en Ardèche

rollier

Après avoir lu ma note du 14 août de l’an dernier, consacrée à l’ornithologue Jean Roché, et après avoir ensuite consulté son site personnel, où il apparaissait que le savant louait des chambres d’hôte dans sa maison de Banne, en Ardèche, c’est à dire dans le Vivarais, mon aide de camp a suggéré que nous y prenions quelques jours de vacances, cet été. L’idée me paraissait inattendue mais pas mauvaise, et nous venons de passer une semaine dans les lieux, du dernier jeudi de juillet au premier d’août.
Banne est un petit village perché dans les collines au sud du département, à une trentaine de kilomètres au nord d’Alès (et à 630 km de notre point de départ). Son chapelet de maisons s’étire bizarrement entre deux pôles, deux places, situées sur deux hauteurs, accueillant l’une l’église, l’autre les ruines d’un château, et les deux une fontaine. La demeure du naturaliste est une maison d’architecte assez spacieuse, la dernière que l’on trouve en quittant le bourg en direction de Saint-Paul-le-Jeune, un village un peu plus important, se trouvant en contrebas, sur la route principale. La maison est entourée d’un parc arboré, dont la plus grande partie est un flanc de coteau façonné en terrasses. Un loriot y sifflait chaque matin, mais je ne l’ai aperçu que deux fois. J’en étais assez content, bien que ce ne fût qu’une femelle aux couleurs ternes, et non un beau mâle jaune. Notre fenêtre donnait sur un vaste panorama, s’étendant jusqu’à de lointaines montagnes. Un grand confort de l'endroit est qu'il n'y avait pas de moustiques.
Le maître des lieux était seul dans les murs, avec une famille de jeunes Anglais, qui louaient des pièces à l’arrière de la maison, et que nous ne croisions jamais. Nous les avons invités un soir à prendre l’apéritif, pour faire leur connaissance : le psychothérapeute Greg, d’origine chypriote, aux traits nettement méridionaux, sa femme Christina, lithuanienne, boulangère et très blonde, et leurs jumeaux de cinq ans, Castor et Gabriel. Le plus souvent nous rencontrions Jean Roché le matin, selon la formule du Bed and Breakfast, et à un moment ou un autre de la journée, quand nous étions là. Je ne suis pas familier des chambres d’hôte, dont je faisais l’expérience pour la première fois. Il y a quelque chose de fantomatique dans la présence discrète ou incertaine du propriétaire. Celui-ci passait beaucoup de temps retiré dans son bureau, où il travaillait sur son ordinateur et téléphonait. C’est un homme âgé de quatre-vingt-quatre ans, de haute taille, avec quelque chose de juvénile dans le regard, et dans son allure dégingandée.
Malgré notre intérêt commun pour les oiseaux, je n’avais pas spécialement de questions à lui poser, et lui-même est d’un naturel plutôt réservé. Nous avons quand même un peu discuté de son métier de preneur de son (il a la réputation d’être ou d’avoir été le plus grand spécialiste européen de l’enregistrement des chants d’oiseaux). Il a évoqué quelques souvenirs de Jean Rostand (qu’il a fréquenté une quinzaine d’années, et avec qui il jouait aux échecs) et d’Olivier Messiaen, qu’il a rencontré quelques fois, chez lui et à la messe, où le musicien jouait de l’orgue. Messiaen serait venu peut-être trois fois chez lui étudier ses enregistrements. Travailleur acharné, il arrivait à huit heures du matin et passait la journée à écouter les bandes magnétiques et à noter les chants d’oiseaux en sténo. Vers midi, Roché lui passait une assiette avec un bout de poulet et une tasse de café. Et sur les cinq heures, il partait précipitamment, sans avoir touché à l’assiette ni au café. J’ai évoqué Jacques Delamain, dont j’avais repéré dans une des bibliothèques de la maison le recueil de Portraits d’oiseaux (Stock, 1938). Roché m’a dit ne l’avoir pas rencontré, mais avoir visité sa maison peu de temps après sa mort (en 1953) et enregistré dans le jardin des cris d’alytes, les crapauds accoucheurs.
Il y avait dans la bibliothèque du salon toutes sortes d’ouvrages, romans, manuels de sciences naturelles, guides de voyage, cartes routières, albums, et beaucoup de livres de newagerie (médecine douce, santé par les plantes). Une étagère était remplie d’oeuvres du  père de Jean, l’écrivain Henri-Pierre Roché, avec des traductions dans de nombreuses langues de Jules et Jim et de Deux Anglaises et le continent. Il y avait aussi la thèse consacrée à ce personnage par Xavier Rockenstrocky (Lyon, 1996). Je n’ai jamais lu cet auteur, qui ne m’attire pas.
Jean Roché m’a aimablement fait visiter les bureaux où il conserve ses archives sonores et m’a donné libre accès à sa bibliothèque spécialisée, une dizaine d’étagères où est rassemblée une collection de guides zoologiques, principalement sur les oiseaux, des régions les plus diverses, dont la plupart des pays d’Amérique du Sud, bien sûr presque tous en anglais. Il m'a également fait découvrir le remarquable Handbook of the birds of the world, publié à Barcelone par Lynx Edicions, et qui serait la référence la plus complète en la matière (je veux bien le croire : dix-sept volumes énormes, parus à partir de 1992, coûtant paraît-il dans les deux cents euros chacun).
Je n’avais moi-même rien apporté à lire que le dernier numéro de L’Angérien libre, que je n’achète plus guère qu’occasionnellement, et je n’y ai rien trouvé qui m’intéresse, à part les mots croisés. A des moments perdus j’ai quand même lu, puisqu’ils étaient là, quatre des trente-deux Portraits d’oiseaux de Delamain (loriot, tourterelle des bois, rouge-queue et sittelle). Mais nous n’avions pas beaucoup le temps de lire : nous faisions du tourisme.
Pour moi la grande affaire fut justement, par coïncidence, la vision d’un volatile, le premier jour, dans la fin du trajet, au bord de la route menant de Montpellier à Alès : surgissement instantané, et disparition aussitôt après, d’un étonnant tourbillon de plumes d’un beau bleu métallique, avec au milieu une tache de rouille orangée : un Rollier. Je n’en avais jamais vu que dans les livres. Le spécialiste m’a confirmé que j’avais eu de la chance, car ces oiseaux se montrent peu. Pendant le séjour, la seule autre apparition d’oiseau notable fut celle d’un Circaète, survolant la maison une fin d’après-midi.
Comme la vie réserve des surprises, que la fiction dédaignerait, nous sommes tombés sur Maya, de Bergerac, au marché des Vans.
Nous nous sommes beaucoup promenés par monts et par vaux, sur des routes souvent belles et souvent dangereuses, mais pas toujours en même temps. La découverte la plus mémorable a été celle de la bambouseraie d’Anduze, dans le Gard voisin, un parc créé au XIXe siècle par un héritier inspiré, avec grandes allées de bambous géants, arbres centenaires, canaux, serres, bassins, et quelques friandises comme des huttes laotiennes, avec enclos où grognent de petits cochons noirs. Nous avons vu deux belles arches enjambant l’Ardèche, l’arche naturelle du Pont d’Arc, et le vieux pont de pierre dit Pont du Diable, à Thueyts. Nous avons inévitablement visité quelques unes de ces bourgades que l’on classe ici comme «villages de caractère» (Labeaume, Naves, Balazuc…), ce qui ne doit pas beaucoup plaire aux autres, jugés par là comme sans caractère. J’ai remarqué un toponyme, le serre d’Avène, près d’Alès, et supposé que ce «serre»  était un cousin occitan de la «sierra» espagnole et de la «serra» portugaise. J’ignore si le nom d’Olivier de Serres, qui était de la région, a la même origine. Sur une carte routière, j’ai cru voir mentionné le Parc Atrocity, mais c’était en réalité le Parc Aérocity, où je ne suis pas allé.
Par défi, pour nous prouver en somme que nous étions encore capables de nous remuer, nous avons loué un canot et passé une matinée à descendre les gorges du Chassezac, affluent de l’Ardèche, sur une dizaine de kilomètres. Il y avait des années que je ne m’étais pas amusé à ça. Mais mon grand plaisir aquatique a été de me baigner ici et là dans les rivières. J’ai pu acheter un assez bon masque de plongée, avec jupe et lanière en silicone noir, parfait pour regarder les poissons nageant dans l’eau claire, sur fond de galets. Cela me ramenait des sensations de jeunesse. Je devrais le faire plus souvent.

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mardi 28 juillet 2015

ma vie palpiteuse, suite

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Cet été je garde sur ma table, pour y réfléchir, une fiche en bristol où j’ai recopié la liste des sept péchés capitaux, avec des variantes et des traductions, et les vertus chrétiennes qui leur sont opposées. En résumé :

Orgueil (Superbia, Pride) / Humilité.

Luxure (Luxuria, Lust) / Chasteté.

Gourmandise (Gula, Gluttony) / Tempérance.

Avarice (Avaritia, Greed) / Charité (Générosité).

Paresse (Acedia, Sloth) / Diligence (Industria).

Colère (Ira, Wrath) / Patience.

Envie (Invidia, Envy) / Humanité (Gentillesse).

Thomas d’Aquin a fait remarquer que ce ne sont pas exactement les péchés (il n’y a ni le vol, ni le meurtre, par exemple) mais les vices, c’est à dire les mauvais penchants, qui conduisent aux péchés. Les «penchants capitaux», d’une certaine façon. Cette liste, esquissée jadis par Evagre le Pontique, est  bien vue. L'essentiel est déjà là.

Hier, Wyn est passé pour la dernière tonte de la saison. Je lui ai aussi fait tronçonner un vieux prunier, deux lauriers de quinze ou vingt ans, et des branches de fusain japonais, qui devenaient gênantes. De sorte que je me suis retrouvé avec trois tas de branchage, et j’ai ensuite passé de longues heures à trier les bûches que je scierai, le petit bois valable, et ce que je ne conserve pas, principalement les rameaux, car j’ai déjà des réserves de fagot relativement inépuisables. Comme le fusain est toxique, j’évite de m’en servir pour les grillades, je n’en garde que des bûches pour la cheminée. Je coupe ce que je veux jeter en bouts assez petits pour bien s’entasser dans les sacs à verdure. J’aime beaucoup ce travail, qui m’absorbe et m’apaise. Hier soir je n’ai arrêté que vers 10 h 10.

S’il y a quelque chose de philosophique à faire des bûches, ou disons quelque chose d’inquiétant, c’est qu’on ne sait jamais assurément pour qui on les fait. Surtout celles de bois vert, qui doivent sécher quelques années. Dieu sait si on les brûlera, ou qui les brûlera, si elles brûlent jamais.

La pluie revient peu à peu, cela ne fait pas de mal. L’eau du bassin est remontée presque au bord. En voyant dans l’herbe des escargots, j’ai réalisé que je n’en ai pas ramassé cet été, contrairement à mon habitude, car ils ne sortaient pas, à cause de la longue sécheresse. J’en prendrai peut-être le mois prochain.

Je vais devoir m’absenter une huitaine, pour partir en expédition dans le Vivarais, avec mon aide de camp. S’il ne m’est pas possible d’alimenter ce journal sur place, je rendrai compte au retour.

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dimanche 26 juillet 2015

ma vie palpiteuse, suite

mire

Cet après-midi, comme j’éprouvais le besoin de faire quelque chose de pas ordinaire, je suis allé à la piscine. La piscine municipale de Loulay, 3 euros l’entrée. Cela m’a fait grand bien. J’y étais à l’ouverture, à 14 h 30. Il faisait plutôt frais, et le ciel entièrement couvert d’un beau gris pommelé paraissait propre à décourager les ardeurs populaires. En effet, j’étais quasiment seul dans l’eau. J’y suis resté un peu plus d’une heure. C’était bien.

Cette semaine, j’ai embauché une cousette du lumpen-paysannat, dont j’avais gardé le prospectus, pour réparer mes deux vestes favorites, les bavaroises. La grise, dont la doublure se défaisait à une manche, et la verte, celle que je mets dans les bois, dont les deux poches étaient percées. Elle demandait un prix si bas que j’en étais gêné, et je l’ai priée d’accepter le double.

J’ai aussi reçu la visite-surprise d’une dame qui venait de la part du fisc, vérifier si vraiment je ne possédais pas de télévision. Je lui ai permis d’entrer pour constater par elle-même que j’appartiens en effet à la minorité des citoyens qui s’en passent.

Ces jours-ci, j’ai pris presque tous mes repas en écoutant des podcasts, notamment de l’émission d’histoire de Jean Lebrun. Sa belle voix me rappelle l’époque où je l’écoutais tôt le matin, sur France-Culture, il y a longtemps.

Il y a eu un jour où j’ai encore fait le coup de quitter la maison en fermant soigneusement la porte à clé, pour m’apercevoir en revenant des courses que j’avais laissé la fenêtre à côté grande ouverte.

Je ne sais pas si c’est une impression ou si vraiment cette année il y a plus d’araignées que d’habitude, et par consolation plus de belles chicorées bleues au bord des chemins, et même au milieu.

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samedi 25 juillet 2015

sur ramon eder et d'autres aphoristes espagnols

Pensarporlobreve

La troisième de mes lectures parallèles du printemps a été Pensar por lo breve (comment dire : Penser sur le mode bref?), Aforística española de entresiglos, une anthologie d’aphorismes espagnols publiés entre 1980 et 2012, réunis et introduits par le professeur José Ramón González (Ediciones Trea, 2013). Les aphorismes sont extraits des recueils de cinquante auteurs, lesquels sont présentés dans l’ordre chronologique de leur date de naissance, allant de 1922 à 1980. Il semble, pour qu’un tel ouvrage soit possible, que le genre de la pensée brève soit très en vogue chez nos voisins d’outre-Pyrénées. La savante préface évoque plusieurs maîtres du genre, hispanophones et autres, parmi lesquels il m’étonne de ne pas voir mentionner le Colombien Gómez Dávila, mais peut-être me fais-je une idée exagérée de sa notoriété parmi les écrivains de langue espagnole, y compris parmi les aphoristes.

J’ai lu ce livre longuement, pendant des mois, parce que j’avais peu de temps à y consacrer, parce que je n’étais pas pressé, et aussi parce que les aphorismes, si chacun d’eux est vite lu, demandent une grande concentration, de par le changement perpétuel de sujet. En outre je me suis amusé à compléter cette lecture par les recherches que l’on peut faire aujourd’hui en ligne, pour trouver les sites personnels ou les blogs de certains auteurs, des photos d’eux, etc. Quelques uns ne m’ont pas du tout plu, notamment …, non, je ne vais citer personne, mais dans l’ensemble j’ai lu le livre avec plaisir et intérêt.

J’ai recopié à mon usage, sur une longue page, mes pensées préférées, et j’en traduirai ici une pincée, par exemple «Que faire, pour que nul ne puisse se féliciter de notre mort?» (d’Angel Crespo), «L’horreur rôde constamment, l’horreur n’a pas de repos» (celle-là peut-être la plus terrible, d’Alvaro Salvador), «Il y a des jours où l’on peut chasser les idées au vol, et d’autres où l’on ne peut que les déterrer lentement, avec la méticulosité des archéologues» (de Lorenzo Oliván), ou celle-ci, très actuelle, «Le Village Global aussi, a ses idiots du village» (de Carmen Camacho).

L’auteur qui m’a le plus intéressé, celui dont j’ai recopié le plus de phrases, est un certain Ramón Eder, né en Navarre en 1952. De lui aussi je traduirai ici quelques sentences, à l’intention de mes propres lecteurs:
«On ne peut penser sérieusement qu’en cachette.»
«Ceux qui ne nous aiment pas, sans le vouloir, nous perfectionnent.»
«Il n’y a rien de plus embarrassant que de tomber sur quelqu’un qui pense plus ou moins comme nous, mais avec fanatisme. Cela donne envie de changer d’idées.»
«Il faut se recouper la vanité de temps en temps, comme les ongles.»
«Le secret du style, c’est d’être exact.»

Il y a quelques temps, au hasard de mes recherches en ligne au sujet de ces auteurs, j’avais découvert une maxime que j’ai ensuite regretté de ne pas avoir notée sur le moment, et que je désespérais de retrouver (voir ci-dessus au 9 juin). J’ai fini par la repérer, justement dans le profil Facebook de ce même Ramón Eder. Elle dit exactement : «Cuando vamos de viaje hay que llevar por lo menos dos libros : uno muy bueno y otro por si no nos apetece leer el muy bueno.» Ce que l’on peut tourner en français dans ces termes : «En voyage, il nous faut emporter au moins deux livres : un très bon, et puis un autre, au cas où l’on n’aurait pas envie de lire le très bon.»

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jeudi 23 juillet 2015

la terreur sous lénine

 

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Une autre de mes lectures de printemps a été La terreur sous Lénine (1917-1924), recueil d’une dizaine de documents et de témoignages, rassemblés par un certain Jacques Baynac (Le Sagittaire, 1975, 381 pages, reparu depuis en format de poche). Le point de vue du préfacier et celui de plusieurs des auteurs (mais pas de tous) est un point de vue d’extrême gauche, ce qui n’enlève rien au terrible contenu informatif de l’ouvrage, réduisant à néant la légende du bon léninisme qui aurait précédé le vilain stalinisme. Les bolcheviks s’emparent du pouvoir en octobre 1917, la Tchéka (la Gestapo communiste) est créée deux mois plus tard, et aussitôt commence dans toute la Russie une répression féroce et souvent arbitraire : fusillades innombrables, noyades, déportations, frappant aussi bien les ennemis de droite que les rivaux de gauche, sans compter les innocents pris dans des rafles de représailles ou d’intimidation. On évoque également, en fin d’ouvrage, les premières années de fonctionnement du bagne des îles Solovski, dans l’océan glacial Arctique, qui sera l’embryon du Goulag. Comme à chaque fois que je lis un livre sur le sujet, je reste sidéré par le relatif silence qui entoure les atrocités de l’histoire communiste, alors qu'elles dépassent en ampleur et en durée celles de tous les fascismes réunis. Et pourtant, dans le débat public comme dans la production de fictions télévisuelles et cinématographiques, par exemple, que représente la dénonciation des crimes du communisme par rapport à ceux du fascisme : un centième? un millième? un dix-millième?

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mercredi 22 juillet 2015

correspondance de guy debord

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Parmi mes lectures de ce printemps, mis en train par la biographie de Guy Debord, je me suis aventuré dans sa Correspondance. Elle a paru chez Fayard de 1999 à 2008 en 7 volumes, couvrant la période de 1957 (année de création de l’Internationale situationniste) à 1994 (année de la mort de l’écrivain), auxquels s’est ajouté en 2010 un volume supplémentaire, numéroté 0, comprenant les lettres de 1951 à 1957, avec des lettres retrouvées entre temps et un index général des noms cités. Il s’agit d’une correspondance active, ne reprenant que les lettres de Debord sans celles de ses correspondants, mais avec parfois des notes précisant de quoi il parle.

J’ai d’abord consulté le volume zéro, surtout parce que je voulais parcourir l’index, long d’une centaine de pages. Les lettres de ce volume ne sont pas folichonnes. Beaucoup sont adressées au surréaliste belge Marcel Mariën, qui publiait Debord dans sa revue Les lèvres nues. C’était un personnage intéressant mais assez louche, d’après ce qu’en dit Wiki (voleur, escroc, faussaire, trafiquant et communiste, toutes choses qui ne déplaisaient peut-être pas au chef situationniste). Les seules lettres qui m’ont amusé sont celles adressées à des administrations (au maire de Cosio d’Arroscia en août 57, au président d’un tribunal en mars 70 et juin 71, au percepteur du 3e arrondissement de Paris en 1973, ces dernières laissant supposer que les relations financières avec Michèle Bernstein n’ont pas toujours été sans problème). Il y a dans une lettre de 1956 une allusion désobligeante à Asger Jorn («les conversations que j’ai eues avec lui m’ont grandement ennuyé») qui fait planer un doute sur la franchise de leur amitié. En explorant le copieux index, il m’est apparu que la plupart des noms qui m’intéressaient renvoyaient au volume VII, celui des lettres les plus récentes (1988-1994), et c’est donc le seul autre que j’ai lu.

Les lettres de Guy Debord sont en général bien écrites, mais d’un intérêt variable, naturellement, selon ce qu’on y cherche. Certaines, contenant de longues explications à l’intention de ses traducteurs, seront précieuses pour qui veut étudier ses oeuvres, ce qui n’est pas mon cas. Il y a vraiment des moments où il se la pète un peu trop, avec ses «idées dangereuses» (sans blague) et son auto-satisfaction inlassable. Or à considérer ces écrits sans complaisance, il s’en dégage une image de leur auteur pas toujours très brillante. Par exemple dans ses rapports hypocrites avec les fils Lebovici, une fois leurs parents morts. Il les méprise et ne peut les encadrer, mais pendant un temps continue de leur passer de la pommade, tout en disant sur eux pis que pendre dans ses lettres à autrui. D’une manière générale, on remarquera qu’il est volontiers injurieux et cassant avec les gens dont il n’a pas ou plus besoin, mais à l’inverse étrangement compréhensif et accommodant, voire mielleux, avec ceux qu’il a intérêt à ménager, au premier rang desquels son nouvel éditeur Jean-Jacques Pauvert (qui lui sert de précieux intermédiaire avec Gallimard) et son médecin Michel Bounan (qui pratique la sorcellerie homéopathique et défend une théorie délirante sur le sida, lequel ne serait pas vraiment un virus mais un mal mystérieux causé par le vilain capitalisme).

Ni Debord ni les éditeurs de sa correspondance ne font mystère de la maison de campagne qu’il possédait à Champot, en Auvergne. Il n’en va pas de même pour le «château de la subversion» (p 337, ne riez pas) appartenant à son beau-frère, château que Guy et Alice vont «squatter» chaque hiver. Par prudence, les éditeurs remplacent par des points de suspension les indications toponymiques trop précises du révolutionnaire : «La Rivière se rencontre à quelques kilomètres de (…), localité guère plus distante de la ville de (…)» (p 334). Moi-même, ne souhaitant pas troubler la tranquillité de ces rebelles bien installés, j’ose à peine mentionner que les lieux se situent en Nor(…)die.

En décembre 90, l’auteur qualifie d’«escroquerie médiatique» un livre qui vient de paraître sur «Gérard». Pour ma part, je ne définirais pas autrement ses propres Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici, de 1985, qu’il aurait été plus juste d’intituler Considérations sur mon incomparable nombril.

Quant à la question de savoir si Debord s’était quelque peu remis en question dans les dernières années, je n’y crois pas beaucoup, malgré la fameuse lettre de mai 1992 à Benoît Duteurtre, dans laquelle il qualifie ses propres théories d’«extravagantes» (cette lettre laudative, quand j’y repense, quelle extraordinaire assurance-vie littéraire pour le destinataire, s’il en avait eu besoin). Il reste jusqu’au bout le farouche ennemi d’un «système» aux contours mal définis (on a souvent l’impression que toute personne qui le contrarie ou ne lui obéit pas au doigt et à l’oeil est aussitôt désignée comme un agent du «spectacle»). Malgré quoi il est frappant de constater qu’à diverses reprises, c’est avec une certaine déférence, sans leur manquer de respect, qu’il fait allusion à de signalés réacs (Céline, Bloy, Aymé…). Le cas le plus étrange est la lettre de mars 93 à son ami Ricardo Paseyro (écrivain pas spécialement de gauche) dans laquelle il fait l’éloge d’un livre de Georges Laffly (journaliste et critique littéraire très à droite). En décembre 1990, il s’avoue stupéfié que les émeutiers de Montfermeil aient eu l’idée d’attaquer délibérément des pompiers qui ne leur avaient rien fait. En bon marxiste, il s’abstient de leur en tenir rigueur, mais on sent qu’il est troublé. Que dirait-il aujourd’hui, où les incendies d’écoles, de bibliothèques et d’autres biens publics, sont devenus monnaie courante? Je relève en tout cas dans une lettre du 21 avril 93 cette pique bien sentie contre le politiquement correct, et qui reste d’actualité : «… les actuels moutons de l’intelligentsia (…) ne connaissent plus que trois crimes inadmissibles, à l’exclusion de tout le reste : racisme, anti-modernisme, homophobie.» Il y a de ça, en effet.

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mardi 21 juillet 2015

Vivre près de la nature m'a ouvert l'esprit. Avant, je n'aurais jamais compris que l'on veuille bétonner tout un jardin. Maintenant, si.

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lundi 20 juillet 2015

als ich kann

fragon

Je ne fais rien de bien remarquable ces jours-ci. Je partage mon temps comme je peux, «als ich kann» (je lis en ce moment un livre sur van Eyck, dont c’était la belle devise), entre mes papiers, la maison, le jardin, les bois et le reste. Samedi j’ai consacré l’après-midi à un grand safari de courses dans les magasins de Saint-Jean, pour me ravitailler en café, biscuits, vin blanc, légumes, etc. Au téléphone, ma directrice de conscience m’a traité de radin après que je lui eus raconté que le matin, allant à la camionnette du charcutier à Villeneuve, je lui avais acheté une seule merguez. Mais enfin, si je voulais n’en manger qu’une, je n’allais pas en acheter un chapelet, juste pour avoir bonne mine. Et puis, il n’a pas à se plaindre, je lui ai aussi pris une belle tranche de grillon.
Hier j’ai déjà fini de ranger mes bagages, deux jours seulement après mon arrivée. La grande affaire fut que j’ai enfin eu le courage de trier trois sacs de linge, rapportés de chez ma mère il y a plus de deux ans. J’ai considéré les pièces une à une, et décidé de celles que j’allais jeter tout de suite, celles que je devrais donner ou vendre dès que possible, et celles que je conserverai pour l’instant, bien qu’un nouvel écrémage soit à envisager (vu mon train de vie, il n’est pas très utile que je me retrouve propriétaire de quinze taies d’oreiller carré, par exemple, et de tout autant de taies de traversin. Il y a par contre deux vieilles nappes joliment brodées de fleurs, dont je n’ai pas l’usage, mais que je garderai pour le plaisir). Puis j’ai huilé tous les gonds de la maison, et rempli des sacs de fagot cassé en petits morceaux.

En cherchant des renseignements pour un copain, j’ai rouvert le bon guide agricole d’Olivier de Serres (Théâtre d’agriculture et ménage des champs, 1600) dont j’avais acheté jadis une réédition de chez Actes Sud (voir mon Journal en juin 1997 et la Ld n° 234). J’ai découvert, car j’avais complètement oublié, que j’avais alors perfectionné l’ouvrage en le dotant d’une Table des matières, qui lui manquait, et d’un «Index approximatif des plantes». En feuilletant le livre je suis tombé sur un passage (VII, 7) où l’auteur parle de la plante que l’on nomme aujourd’hui le Fragon (Ruscus aculeatus). Il l’appelle Brusc, ce qui ressemble à l’espagnol Brusco, où l’on reconnaît le nom latin augmenté d’une initiale. C’est un buisson toujours vert qui donne des boules rouges comme celles du Houx, mais a de plus petites feuilles et ne prend jamais les proportions d’un arbre. C’est pourquoi on l’appelle aussi Petit Houx, et de Serres donne le synonyme Housson, qui n’est pas mal.

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