Journal documentaire

dimanche 24 juillet 2016

survivre en Espagne, 4

golondrina-fosforos

Journée en stand-by, repos et petites affaires. Le matin j’ai acheté dans le bazar d’à côté un autre carnet, que j’aurai d’avance, d’un modèle assez pareil à celui de l’autre jour, et surtout de jolies boîtes d’allumettes Golondrina, version espagnole de la marque hollandaise De Zwaluw. Elles ont quand même une autre allure que les Tres Estrellas. Il y avait près du fleuve grand marché, d’aliments et de vêtements, de plus ou moins bon goût. Pour blaguer j’évoquai la possibilité de m’acheter un de ces pantalons de survêtement qu’affectionnent les opprimés, avec jambes larges et molles comme un pyjama, et bandes fluo sur le côté, mais mon coach ne trouvait pas ça drôle. Nous achetâmes du pain fort dense et lourd, à un marchand si généreux que nous fîmes deux repas avec le seul morceau qu’il nous offrit en échantillon supplémentaire. En rentrant du marché nous eûmes la surprise de tomber enfin sur une boutique qui vendait quelques cartes postales. Peu de modèles, et la plupart datant de plus ou moins longtemps, dont une probablement des années 70, au vu des petites voitures blanches stationnées le long d’une plage. Il y avait même deux cartes de petit format ancien, en noir et blanc, remontant sûrement au franquisme, figurant des vues assez indistinctes de l’Avenida de José Calvo Sotelo et de la Calle de José Antonio Primo de Rivera, dont j’ignore les appellations actuelles. Sur les documents de l’époque le nom de Noia, que le régionalement correct n’avait pas encore galicianisé, s’écrivait à la castillane : Noya. J’achetai quelques unes de ces cartes pour les envoyer aux copains, espérant les amuser, ou les intriguer. Je fus visiter la belle église San Francisco qui campe sous nos fenêtres, mais j’y fis maigre pêche. Les églises que je rencontre au cours de ce voyage se divisent en trois catégories : églises fermées, églises ouvertes mais sans vitraux, et églises avec des vitraux mais peu nombreux et non légendés, ni signés, ni datés, ou à inscription illisible. Dans l’après-midi nous avançâmes jusqu’à un vieux pont situé à quelque distance du centre. J’ai du mal à m’orienter dans cette petite ville, dont la carte Michelin ne me permet pas de connaître la disposition, et le petit plan offert par la mairie, qui n’indique pas l’orientation, aide à peine. Il m’a fallu trouver sur un plan mural, dans la rue, le nom des deux rivières, Traba et Tallara, au confluent desquelles est sise Noia, au fond d’une baie. L’on voit dans les eaux de cette ría et de ces ríos, comme dans celles du port de Cudillero, des bancs d’énormes muges, qui ne seraient sans doute pas difficiles à prendre, mais ils ne doivent pas être recherchés, car on n’en voit pas à vendre. La ría est un type de baie qui se distingue du fjord en ce que celui-ci est doté de rivages plus abrupts. Quant à la température de l’eau, la différence est sans doute négligeable, si j’en juge par le bain glacial que j’ai pris en fin d’après-midi, sur une plage de la rive Sud. La température de l’air, qui depuis hier est très chaude, passant trente degrés, n’affecte en rien celle de l’eau. J’ai eu le plus grand mal à m’y plonger, et je n’ai pu m’y maintenir que brièvement. En revanche j’ai ressenti que cette immersion douloureuse m’apportait un sensible bien-être, une fois ressorti. Le soir, comme pour nous punir d’être infidèles au Baixa-Mar, nous nous fîmes anarquer dans un bar à tapas où une horrible sorcière nous servit des charcuteries moyennes, du fromage sans goût et un vin fruité minable, avec en outre surprises du chef à l’addition. En considérant plusieurs paramètres, dont l’absence d’étrangers, la rareté des cartes postales, l’eau imbaignable et les rues désertes, mon coach en vint à se demander si nous n’avions pas choisi de prendre nos vacances dans la ville la moins touristique d’Espagne. Ce n’est pas impossible, qui sait. Mais la ville a ses petits charmes. Le soir, avant de me coucher, je contemple la silhouette massive de l’église San Francisco, dont le flanc abrite une statue de Nuestra Señora de las Dádivas y del Buen Parto (Notre Dame des Dons et du Bon Accouchement?) à la tête auréolée d’étoiles électriques rouges.

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samedi 23 juillet 2016

survivre en Espagne, 3

Nous passâmes la matinée à glander dans le quartier pour faire connaissance. Il y a Avenida da Corunha probablement le plus grand pied de troène que j’aie jamais vu, il doit faire pas loin de dix mètres de haut. Le cabanon d’information touristique restant résolument fermé, nous sommes allés nous renseigner dans le seul bureau ouvert de la mairie-monastère voisine, où il y avait en effet une pile de plans de la ville posée sur un coin de placard. L’employée nous en a donné, avec un curieux mélange de sécheresse et d’amabilité. Dans la rue ou dans les commerces, beaucoup de Galiciens présentent un air sérieux, limite maussade, pas du tout méditerranéen, qui me plaît assez. Les villes abritent généralement deux grandes populations d’oiseaux urbains, moineaux et pigeons, mais il y a ici en outre une population de goélands de belle taille, peut-être un mètre d’envergure, et assez sonores, moins toutefois que ceux de Cudillero. Nous consacrâmes l’après-midi à parcourir la péninsule située au Sud de Noia, jusqu’à la ville de Ribeira, laquelle nous parut si problématique et encombrée que nous en prîmes la fuite sans y avoir posé le pied. Toutefois chemin faisant entre l’aller et le retour, nous nous arrêtâmes pour regarder divers bâtiments remarquables : le pont médiéval de Xuño, le dolmen d’Axeito, le phare de Corrubedo, construit au dix-neuvième siècle, et le castro néolithique de Baruña. Les deux premiers sont installés dans des bois paisibles, les deux autres au bord de la mer, sur d’énormes éperons rocheux battus par les flots et le vent qui décoiffe. Les indications chronologiques les plus sommaires suffisent à apaiser ma curiosité, je n’ai ni besoin ni envie d’étudier ces bâtiments, j’entends juste exercer mon droit au tourisme et profiter de ce que je suis dans le coin pour contempler ce qu’il a de mieux à montrer. J’ai remarqué, parmi les maisons visibles depuis la route, la mode assez répandue par ici de construire des toitures dans lesquelles, au lieu que les deux pans se rejoignent au faitage, l’un des deux s’élève au-dessus de l’autre et le dépasse d’un demi-mètre. Le soir, après avoir envisagé de lui être infidèles, nous retournâmes dîner au Baixa-Mar. Cette fois-ci, pour ma part, croquettes maisons et escalope milanaise, correctes, quoique sans comparaison avec le menu de la veille. Dans la rue, comme nous rentrions, nous croisâmes un homme qui venait de sonner à la porte d’un immeuble. Comme nous passions, nous entendîmes une voix féminine demander dans l’interphone : Amigo o enemigo? A quoi l’homme répondit sans hésiter : Gente de bien…

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vendredi 22 juillet 2016

survivre en Espagne, 2

fosforos-madera-tres-estrellas-cajita-de-40-fosforos

Ce jour-là poursuivant notre route, nous fîmes une halte pour déjeuner, déjà en Galice, dans le village de Goiriz, à l’écart de l’autoroute. Nous nous installâmes dans le préau de l’église où, bien qu’abrités du vent, nous avions froid. Il y avait tout près un étrange cimetière ancien, tout construit de petits bâtiments hérissés, comme nous allions en revoir ici et là. Il y avait tout autour, et un peu partout au bord de la route, des croix et des calvaires omniprésents, ne laissant aucun doute sur la religion du pays. Il y eut un instant magique où, tout en saucissonnant, j’aperçus que se trouvait sur une corniche, à portée de main, un pétard bien roulé, déposé en évidence, peut-être comme une offrande destinée au réconfort de quelque pèlerin. Ma directrice de conscience fut d’avis que je n’y touche pas. Malgré quoi je l’enfouis discréto dans ma poche, et je verrai bien si je trouve à en faire bon usage.
Arrivés à destination trop tôt pour l’heure convenue, nous poursuivîmes notre route au-delà de Noia, jusqu’à Porto do Son, où il faisait aussi froid. Nous fîmes quelques courses en chemin. S’il y a quelque chose que j’ai plus encore plaisir à visiter qu’un supermarché, c’est un supermarché étranger. J’achetai entre autres quelques boîtes d’allumettes Tres Estrellas, d’aspect banal mais suffisant à garantir la touche d’exotisme que j’aime trouver dans mon austère cuisine de La Croix.
En fin d’après-midi nous rencontrâmes la logeuse, qui nous remit les clés de l’appartement à Noia. Il est situé à un deuxième étage de la rúa de Galicia, lumineux quoique tourné vers le Nord, et donne agréablement sur un jardin public et un ensemble architectural comprenant l’église (igrexa) de San Francisco et les bâtiments annexes d’un ancien monastère abritant maintenant la mairie. Il était prévu qu’il n’y ait pas d’accès internet, et j’envisageais de faire une cure de désintoxication, mais en fait on est bel et bien connecté, et je peux bloguer le journal de mon séjour, en m’accordant toutefois un léger différé. Quand nous eûmes passé un moment à nous promener dans les rues du quartier, je remarquai que nous n’avions vu nulle part de cartes postales à vendre. Je demandai alors à une dame, qui tenait un kiosque, si elle n’en avait pas. Este año no, pas cette année, me répondit-elle étrangement, d’un air gêné, et nous en conclûmes que nous faisions du tourisme dans un endroit peu touristique. Nous dînâmes ce soir-là au Baixa-Mar, que nous avait recommandé Esperanza, et qui propose en effet un bon rapport qualité-prix avec son menu à neuf euros comprenant entrée (en l’occurrence de succulents couteaux à la plancha), plat (excellents filets de merlu avec des frites), dessert (un flan moins à mon goût) et une boisson (sans hésiter la bière locale Estrella Galicia).

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jeudi 21 juillet 2016

survivre en Espagne, 1

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Nous partîmes de bonne heure et fîmes bonne route, à part un bref embouteillage au péage de Biriatou. Il faisait un temps idéal pour rouler, gris mais sans pluie, ni chaud ni froid. Le réseau espagnol est maintenant organisé de telle manière que l’on peut aller jusqu’en Galice sans quitter l’autoroute, ce qui est un avantage. D’autant que l’autoroute en question était généralement en bon état, peu fréquentée, gratuite sauf quelques portions au Pays basque, et traversait un paysage assez agréable à regarder (campagne, montagnes, forêts d’eucalyptus, quelques aperçus du bord de mer). Un inconvénient est que l’Espagne n’a visiblement pas la «culture» française des stations-service et des aires de repos, de sorte que si l’on veut s’arrêter, ne serait-ce qu’une minute pour consulter la carte, il faut d’abord quitter l’autoroute. Très faible présence policière, c’est tout juste si nous avons croisé deux ou trois voitures de police dans toute la journée. J’ai remarqué que le panneau routier avertissant de possibles intrusions d’animaux sur la chaussée, figure comme en France un cerf de profil, bondissant de droite à gauche, mais dans un dessin légèrement différent, la silhouette de l’animal étant un peu plus trapue, ou plus épaisse, et la posture peut-être un peu plus verticale. Et quelquefois c’était le modèle français qui apparaissait, mystérieusement. Ce jour- là nous vîmes un seul de ces panneaux de publicité pour le brandy Osborne, représentant une grande silhouette noire de taureau, qui sont maintenant classés dans le patrimoine culturel du pays. 
Nous avions prévu de n’accomplir le premier jour que les deux tiers du trajet, environ six cents kilomètres sur neuf cents et quelques. Nous avions pour cela réservé une chambre dans une pension de Cudillero, village situé peu après le grand trio urbain Gijón-Oviedo-Avilés. Le choix de ce petit port de pêche dans les Asturies, tenait à ce que c’était une des premières localités côtières figurant près du bord droit de la carte Michelin du Noroeste de l’Espagne, plus précise (1 cm pour 4 km) et plus récente (2014) que l'atlas routier européen qui nous avait servi jusque là. Cudillero ne manque pas de charme, avec son ambiance portuaire et ses vieilles maisons étagées en amphithéâtre. Les points faibles sont les quartiers périphériques peu reluisants (comme partout), les rues en pente forte, et la criasserie omniprésente et incessante, y compris la nuit, des goélands. Pour la réservation j’avais traité par mail avec une dame au nom bien espagnol, mais nous avons été accueillis et n’avons eu à faire qu’à un jeune homme anglais, David, très serviable.
En me promenant le soir j’ai trouvé un magasin où acheter un carnet de notes, car le mien avait besoin d’un remplaçant. Le nouveau est parfait, assez petit pour entrer facilement dans la poche si besoin, 80 pages à très petits carreaux (4 mm), une couverture rigide noire et grise, et une reliure à ressort sur le petit côté. Au bar El Remo, comme nous buvions une bouteille de cidre, nous avons commandé deux rations de chipirones frits. Leur faible prix (8 euros) nous avait fait penser qu’il s’agirait de simples amuse-gueule, mais on nous en a servi deux pleines assiettes, dont nous avons fait notre dîner. Le cidre «authentique» m’a paru fadasse, mais les calmars étaient succulents.

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mercredi 20 juillet 2016

radio, départ

J’écoutais distraitement la radio, tout en faisant du ménage, quand une voix a annoncé la rubrique «France-Info, Tout Eco». Un instant j’ai bien cru que j'avais entendu «France-Info, tout est faux», et sur le moment je trouvais la formule à peine surprenante.

Hélas, amis lecteurs, voici que je vais devoir vous quitter quelque temps, car je m’apprête à courir les routes, au péril de ma vie, pour joindre le port de Noia, tout au fond de la Galice, en seule compagnie de mon aide de camp. Et quand je songe que «vamos para Noia», je n’en mène pas large, pour tout dire. Priez pour moi, si c’est possible. Et si Dieu le veut, à bientôt.

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mardi 19 juillet 2016

bruxelles-tolède 1501-1502

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Durant l’hiver 1501-1502, un couple princier, l’archiduc Philippe de Habsbourg (qui devait par la suite régner brièvement sur la Castille en tant que Philippe Ier le Beau) et sa femme Jeanne (plus tard dite la Folle) dut quitter sa résidence de Bruxelles pour se rendre à Tolède, afin d’y assister à une prestation de serment. Après avoir envisagé de gagner l’Espagne par bateau, ils optèrent finalement pour un voyage par voie de terre, devant ainsi traverser tout le territoire français. Le roi de France Louis XII avait donné des ordres pour que les archiducs soient bien accueillis partout où ils passeraient. Monseigneur voyageait à dos de cheval et Madame en voiture. Ils étaient accompagnés d’autres nobles, de serviteurs, et d’une escorte de quelque quatre cents lanciers, si bien que le tout formait un convoi d’une certaine importance. Le voyage dura 185 jours (du 3 novembre au 7 mai). Il en existe paraît-il au moins trois relations, dont une, anonyme, dite Chronique de Vienne (où le manuscrit est conservé) a été publiée l’an dernier par une universitaire, María Concepción Porras Gil, dans un volume présentant parallèlement le texte original, rédigé dans un français pas toujours bien clair à nos yeux, et en regard une traduction en espagnol d’aujourd’hui (De Bruselas a Toledo : El viaje de los archiduques Felipe y Juana, Ediciones Doce Calles). Pour l’établissement du texte, l’historienne dit s’être basée sur une transcription qui en avait été faite au XIXe siècle, et avoir ponctuellement consulté le codex lui-même, pour éclaircir les passages douteux.

Un mystère de ce document est son anonymat. Madame Porras observe dans son introduction que l’auteur ne faisait probablement pas partie des nobles de haut rang, dont il parle avec distance. Il était cependant très proche du prince, qu’il ne quittait pas, comme en attestent les détails qu’il fournit sur ses faits et gestes, ses repas, son hébergement, etc. Comme il ne manque pas de s’intéresser à l’habillement des personnages et à la décoration des maisons, elle en déduit que c’était peut-être un aposentador, un maître d’hôtel. Un autre mystère est que le récit s’interrompt brusquement au 9 mai, deux jours seulement après l’arrivée des voyageurs à destination, alors que l’importante cérémonie qui avait motivé le déplacement n’a pas encore eu lieu. Une hypothèse est que la fin du texte soit perdue, définitivement ou temporairement. Comme il est écrit sur deux cahiers, il se peut qu’un troisième ait été détruit, ou seulement égaré, auquel cas il pourrait ressurgir un de ces jours. Cependant, la dernière feuille du deuxième cahier étant restée vierge, il semble que le rédacteur ait réellement interrompu son activité, et comme on ne voit pas quelle raison il aurait eue de s’arrêter volontairement, on se demande s’il n’est pas tout simplement mort à ce moment là, suite à quelque maladie, accident, ou autre mauvais coup du sort.

J’ai lu quelques passages de ce curieux mémoire, et je me suis intéressé en particulier à la période où les voyageurs ont traversé les régions qui me sont familières, c’est à dire les Charentes et le Bordelais. J’indique ci-dessous le calendrier des étapes (avec entre parenthèses les graphies originales) :

Le 23 décembre 1501 : Poitiers - Ménigoute («Menigoutte»).
Le 24 décembre : Ménigoute - Melle.
Le 27 décembre : Melle - Aulnay («Onay»).
Le 28 décembre : Aulnay - Beauvais (aujourd’hui Beauvais sur Matha).
Le 29 décembre : Beauvais - Cognac («Coingnac»).
Le 3 janvier 1502 : Cognac - Barbezieux («Barbezins»).
Le 4 janvier : Barbezieux - Montlieu («Monlieu», aujourd’hui Montlieu la Garde)
Le 5 janvier : Montlieu - Guîtres («Ghystres»).
Le 7 janvier : Guîtres - Castillon («Chastillon», aujourd’hui Castillon la Bataille).
Le 8 janvier : Castillon - Cadillac («Cadilya»).
Le 10 janvier : Cadillac - Langon («Largion?»).
Le 13 janvier : Langon - Captieux («Capsien?»). Etc.

On voit sur ce calendrier que la troupe ne voyage pas tous les jours, mais reste parfois se reposer sur place un jour ou deux, et le prince en profite pour aller chasser, et voir ses fauconniers faire voler leurs oiseaux. A chaque jour de déplacement, le chroniqueur termine rituellement son compte rendu par une estimation de la distance parcourue : «L’on compte de (la ville de départ) à (la ville d’arrivée) x lieues (en moyenne cinq). Comme il dit qu’il y a 5 lieues de Melle à Aulnay, et comme le trajet s’est probablement fait sur la même route en ligne droite qui relie encore les deux villes, distantes d’un peu plus de 25 kilomètres, on peut considérer que l’auteur compte en lieues de 5 kilomètres. Et les jours où l’on reste sur place, il conclut par «Ainsi se passa cette journée».

Le rédacteur du mémoire ne cache pas toujours ses sentiments sur les lieux visités. Melle est «assez petite» et «point belle», Beauvais un «beau gros village», Saint-Emilion (qu’ils traversent, entre Guîtres et Castillon) une «bonne villette», Langon est «assez belle et petite».

Je ne sais que penser du rendu des toponymes. Il est vrai que jadis on avait souvent une orthographe relâchée, et qu’il n’est pas rare de trouver dans les textes de cette époque le même nom, y compris un nom commun, écrit deux fois différemment dans une même page. Mais en l’occurrence, je me demande quelle peut être la part d’erreur de l’érudit autrichien qui a transcrit le manuscrit dans les années 1840, et qui connaissait sans doute le français, mais pouvait ne pas être familier de la toponymie du Sud-Ouest. Ainsi le nom de Captieux, que le rédacteur de 1502 aurait écrit Capsien, ce dont je doute. N’a-t-il pas écrit tout simplement Capsieu, et le transcripteur, ignorant ce toponyme, a pris le u final pour un n, comme il arrive souvent que les deux lettres se ressemblent dans l’écriture manuscrite. De même pour le nom de Langon, que l’anonyme aurait écrit Largion, ce que j’ai du mal à croire. Etc. A ces incertitudes, et probables inexactitudes, s’ajoutent les bizarreries de la version en espagnol moderne. Dans son ouvrage, l’historienne maintient dans le texte français les toponymes tels qu’ils sont censés apparaître dans le manuscrit, et les remplace dans sa traduction par les noms actuels des villes et villages (Cognac, Barbezieux, Langon etc) mais dans certains cas elle ne s’en donne pas la peine, et maintient les graphies du texte original (Monlieu sans t, Ghystres, Chastillon…), on ne sait pourquoi. Le cas le plus étrange est celui d’Onay, que l’emplacement et la prononciation permettent d’identifier sans aucun doute : il s’agit d’Aulnay, dit aujourd’hui Aulnay de Saintonge. Or l'éditrice croit pouvoir y lire Anais. C’est en effet le nom de deux communes de la région, mais situées l’une à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Surgères, l’autre à la même distance au nord d’Angoulême, soit bien en dehors du trajet des archiducs.

En suivant leur itinéraire sur une carte routière d’aujourd’hui, on constate qu’il est assez logique et rectiligne dans l’ensemble, allant en direction de Bayonne, mais il s’écarte parfois de ce qui nous semblerait le plus droit chemin. On s’attendrait ainsi à ce que l’étape entre Poitiers et Melle soit le bourg de Lusignan, et non l’obscure Ménigoute. De même, il paraîtrait naturel que l’étape suivant Aulnay soit Saint-Jean d’Angély ou Matha, plutôt que ledit Beauvais, en quoi l’on reconnaît l’actuel village de Beauvais sur Matha, bien à l’écart des grands axes. Je ne saurais dire si cela tient à la différence du tracé des routes ou de l’importance relative des agglomérations, il y a de cela cinq siècles, ou bien à des obligations ou des recommandations particulières, de se rendre dans tel ou tel endroit. Un détour bien expliqué, par contre, est l’évitement de la ville de Bordeaux, via Guîtres, Castillon, Cadillac : c’est qu’alors  sévissait dans Bordeaux une «mortalité», c’est à dire la peste.

Je reviendrai à l’occasion sur les mystères de ce livre.

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lundi 18 juillet 2016

portraits, rangement, noix

 

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En avisant l’autre jour dans Wikipédia un portrait de Philippe le Beau (1478-1506) par le Maître de la légende de Madeleine, j’ai été frappé de sa ressemblance avec un de mes «amis» de Facebook, à qui aussitôt j’ai fait part de ma découverte. Je trouvais au prince plutôt bonne mine malgré son air boudeur, et j’aurais jugé la comparaison flatteuse, mais mon correspondant n’en paraissait pas enchanté, et je n’ai pas insisté. Malgré tout, après la découverte en août 1997 d’un portrait de Bob Dylan par Rembrandt (cf Ld 240), puis celle en février 2010 d’un portrait de Serge Gainsbourg par Zurbarán, je crois bien que j’avais sous les yeux un troisième cas de ce que le savant Michel Ohl a défini comme peinture «préfigurative». A part ça, je poursuis mes travaux de réinstallation, je range peu à peu mon fichu bataclan. J’ai effacé du répondeur les 69 «nouveaux appels en absence». Mon noyer paresseux, qui pousse et m’encombre depuis plus de quinze ans sans donner pratiquement rien, produit cette année une avalanche de noix, qui tombent hélas prématurément. J’en ai ramassé environ soixante-dix, qui traînaient dans l’herbe, vertes, noires, et inutiles. Cet arbre pourrait bien finir en bûches, si ça continue.

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dimanche 17 juillet 2016

nouvelles du jour

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En feuilletant les nouvelles, ce matin : l’Eté menace de devenir estival et le Gros Blond serait prêt à cogner comme un Sourd. Au Pakistamboul, la starlette Qandeel Baloch a été étranglée par son frère parce que celui-ci n’aimait pas les selfies de sa soeur. C’est ce qui s’appelle un «crime d'honneur», chez les cultures différentes. Je n’invente rien. En Amérique du Sud, ce nouvel indice des succès du socialisme : la frontière du Venezuela ayant été entrouverte après un an de fermeture, des dizaines de milliers de Vénézuéliens se sont rués en Colombie pour se procurer de la nourriture et des médicaments. Google News n’annoncera pas la mort subite hier soir du doyen de mon bassin, un poisson qui se distinguait du reste du banc par sa plus grande taille, entre 15 et 20 centimètres, et parce qu’il était le seul de couleur jaune. Je l’avais pourtant vu encore en pleine forme dans la journée. J’étais au jardin à la tombée du jour quand j’ai entendu des bruits d’éclaboussure. En m’approchant, j’ai vu que c’était lui qui se débattait, couché sur le flanc parmi les herbes aquatiques. Et bientôt il n’a plus bougé. Je ne sais s’il lui est arrivé quelque chose de particulier, ou si simplement l’heure était venue. (Ci-dessus une photo datant de la fin mai, click to enlarge). Mis à part ce triste épisode, j’ai passé comme la veille une excellente soirée, jusque vers minuit, dans le jardin éclairé par la lune, à ranger tranquillement ma collection de pierres et de dalles. Dans l'après-midi, j'étais allé faire des courses à Saint-Jean. D'abord à Noz, où entre autres bizarreries exotiques, je me suis procuré un paquet de «bites», comme annonce l'emballage (il faut prendre le mot au sens anglais, en fait ce sont des Bruschette, des croûtons à l'ail bulgares, mais «Italian style»). Ensuite à Brico, où j'ai pris un pot de peinture blanche, comme si je me sentais capable de m'en servir. Enfin à Inter, où j'ai acheté des vivres, parmi lesquels une dizaine d'amandes de mer, que j'ai fait ouvrir sur la braise hier soir, et un filet de merlan, que je ferai frire ce midi, si Dieu le veut.

 

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samedi 16 juillet 2016

nice

Avant-hier soir un chauffeur tunisien a tué au moins 84 promeneurs à Nice (Alpes Maritimes), en leur fonçant délibérément dessus avec son camion. Ce nouvel attentat me désole, naturellement, mais je ne peux pas dire qu’il m’étonne. On n’est plus surpris que par les détails (le moment, l’emplacement, la façon d’opérer) mais pour le reste, on commence à avoir l’habitude. La France est en train de devenir un pays arabo-musulman comme les autres, et va de plus en plus mener la vie normale de ces pays, où le massacre est chose banale. Et ce n'est pas en dessinant des coeurs, en allumant des bougies, ou en se mettant une plume au cul, que l'on va y changer quelque chose. Les controverses qui font suite à la tuerie n’ont rien d’inattendu, elles non plus, et m’inspirent plus de perplexité que de certitude. En l’occurrence, un seul point me paraît indéniable : si cet étranger indélicat, et bourré de haine, avait été foutu dehors dès le premier méfait dont il s’était rendu coupable sur le territoire, il n’aurait pas été là l’autre soir pour accomplir ses exploits.

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jeudi 14 juillet 2016

ma vie palpiteuse, suite

Hier matin j’ai trouvé, entre les pages d’un recueil de poésies imprimé à Buenos Aires en 1889, une mouche aplatie et sèche, écrasée là depuis longtemps. Je me suis demandé si elle aussi venait d’Amérique, et datait du dix-neuvième siècle. Puis je me suis levé de mon bureau et j’ai défenestré le corps de l’insecte, qui sera mieux à sa place dans le gazon du campus. Denn alles Fleisch, es ist wie Grass.

En milieu de journée, j’ai enfin pu appareiller vers le Septentrion, pour prendre mes quartiers d’été dans mon hacienda. Comme souvent, le départ en vacances, et surtout l’arrivée sur les lieux, ne me procure guère d’euphorie, ou de soulagement, mais plutôt l’accablement de songer aux problèmes que je vais encore devoir régler avant de pouvoir souffler. Le premier étant de trouver l’énergie de ranger toute la paperasse, la livrasse, la fringuerie, enfin tout l’équipement que j’ai trimballé avec moi, lequel est d’autant plus abondant que, mon sur-locataire s’étant définitivement fixé Outre-mer, et devant rendre l’appartement qu’il me sous-louait à Pessac ces dernières années, il m’a fallu enlever de là tous mes biens (et il me faut songer à la perspective encourageante de chercher une nouvelle crèche à la rentrée). Parmi les réjouissances au programme, en attendant : la visite semestrielle à mon médecin, l’offrande annuelle à mon garagiste pour faire vidanger ma voiture, et l’approche rituelle de mon maçon, pour le prier de bien vouloir s’occuper de ma toiture, qui n’en finira jamais d’avoir besoin d’être reprisée.

Un grand défi, devant lequel je me débine depuis des lustres, serait de repeindre mes chambres à coucher. Au moins une des deux. Au moins certains pans. J’ai l’idée d’évoquer publiquement cette perspective, pour moi effrayante, parce que j’espère qu’ainsi la honte de ne rien faire sera plus forte que la flemme de m’y mettre. On verra ce que cela donne.

Comme je m’étais absenté cette dernière fois plus longtemps que d’habitude, pas moins d’un mois et demi, les objets que j’ai retrouvés moisis sont un peu plus nombreux, et le courrier un peu plus abondant, parmi lequel trois lettres qui m’ennuient. D’abord une facture d’eau, peu élevée, mais qui était à payer avant le 29 juin, j’espère que le retard ne me vaudra pas d’ennuis. Ensuite des écologistes du Périgord, assez bien subventionnés, si j’en juge aux décorations polychromes des quatre pages qu’ils m’adressent pour me prier de leur envoyer des sommes, afin qu’ils entretiennent les rives de mon bois de Sansou. Je les trouve intrusifs mais peu persuasifs. Enfin le pompon, la Poste Bancale, je veux dire la Banque Postale, qui répond à ma récente demande d’un nouveau chéquier, en venant d’abord s’assurer que, «sauf erreur» de sa part, je ne dispose pas «actuellement de 81 chèques», alors qu’il m’en reste 7 (sept). Retenez-moi. Il y a aussi une carte mystérieuse, à la signature illisible, mais je crois deviner qui est la personne, me remerciant du Voyage de Mocquet, et s’interrogeant sur la part du nègre Bergeron dans la rédaction du texte, donnée pour moi nouvelle et intéressante.

Est-ce par l’effet des soucis, ou du temps austère, ou de leur conjonction, je me suis réveillé sur les trois heures du matin avec ce qui ressemblait à un début d’angine, en tout cas c’était bien imité, mais grâce à Dieu j’ai pu le conjurer en m’emmitouflant de lainages, en avalant un thé brûlant, et en suçant des pastilles.

Enfin il y a deux bonnes nouvelles : j’ai retrouvé la lampe électrique que j’avais égarée la dernière fois, et la première ministre anglaise a embauché Boris Johnson comme diplomate en chef.

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lundi 11 juillet 2016

haïku protectionniste

Produit du terroir,
Mis en bouteille au château,
Fabriqué en France.

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dimanche 10 juillet 2016

twitter et tumblr

Je n'ai pas beaucoup le temps de m'amuser avec les réseaux sociaux, parmi lesquels ma préférence va à la déesse Facebook, mais j’ai quand même trouvé moyen, ces dernières années, de m’inscrire dans deux autres, Twitter et Tumblr.

J’avais pris un compte Twitter par curiosité, et j’ai bientôt failli y renoncer : cela ressemble à Facebook mais en moins confortable, en plus austère, et cela fait en grande partie double emploi (je me demande quelle politique suivent au juste ceux qui pratiquent à la fois Fb et Tw, comment ils se répartissent l’usage de chaque). C’est l’ami Lucien Suel qui m’a soufflé l’idée de m’en servir pour y publier mes notes les plus brèves, celles qui peuvent tenir dans ce gabarit. Hélas je n’ai pas le temps de suivre tout ce que mes suiveurs ou mes suivis twittent à longueur de temps. Pour ma part j’utilise simplement ce cadre comme un album où conserver mes brièvetés (qui sont aussi reproduites dans mon blog). Je me suis pris au jeu : rien n’est plus addictif que d’avoir au départ une phrase un peu trop longue, et de la menuiser patiemment pour la faire entrer dans le cadre étroit des 140 caractères. 

Quant à Tumblr, qui est également un site de micro-blogage, mais se prête mieux aux images, je m’en suis aussi servi comme d’un album, où j'ai présenté un assortiment de mes collages. J'en parle au passé car j'ai perdu la clé, je n'arrive plus à y accéder pour y intervenir ou pour m'en défaire, mais cette petite exposition virtuelle reste pour l'instant visible. (On peut aussi le regarder en défilant).

(On peut retrouver les liens vers ces sites dans la marge ci-contre à droite, dans la section Annexes).

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samedi 9 juillet 2016

judéo-espagnol

La moins convaincante, mais non la seule des manies bizarres de ceux qui cultivent le judéo-espagnol, est ce besoin de remplacer les C et les Qu de l’espagnol normal par des K : karo, kada, kedar, porke? N’est-ce pas tirer l’orthographe par les cheveux pour donner à bon compte à ce dialecte un air plus exotique qu’il ne l’est réellement? Il n’a pas besoin de telles coquetteries pour avoir son petit charme, et je trouve plutôt qu’elles lui en ôtent.

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mercredi 6 juillet 2016

nouvelles Pages

Je voudrais signaler aux lecteurs que ça intéresse un petit aménagement technique dans ce blog.
Je me suis aperçu que mon hébergeur met maintenant à notre disposition une nouvelle modalité.
Outre les pages ordinaires du blog, qui s’accumulent comme une pile de feuilles, de sorte que les dernières seules sont aisément accessibles, nous pouvons désormais produire aussi des pages à « contenu statique », qui restent accessibles en permanence.
J’ai décidé d’en créer deux dans un premier temps, et plus tard sans doute une ou deux autres.
On les trouve dans la marge ci-contre à droite, sous l’intitulé Pages.
Dans l’une d’elles j’ai replacé les Archives que je laisse à disposition du public, et qui faisaient jusqu’à présent l’objet d’un blog à part, que j’ai donc supprimé.
Dans l’autre, intitulée Bloguerie, je propose une série de liens externes, pour l’information ou le divertissement.
Que aprovechen!

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lundi 4 juillet 2016

vin rouge de Stettin

 DBPB_1952_94_Theodor_FontaneEn feuilletant un "roman autobiographique" de Theodor Fontane (Meine Kinderjahre, 1894, Mes années d’enfance) j’ai découvert une phrase citant Bordeaux, dont la teneur m’intrigue. C’est dans un passage du chapitre VI, où l’auteur évoque le vieil aristocrate Flemming, qui était une des principales personnalités de la ville portuaire de Swinemünde, sur la Baltique. «Toutes les tables s’en tenaient strictement au vin rouge de Stettin, mais le vieux Flemming faisait venir le sien directement de Bordeaux, ce qui lui coûtait cher et ne lui valait guère de gratitude.» (Je mêle dans cette phrase les deux traductions françaises que j’ai trouvées). Je ne comprends pas ce que peut être ce «vin rouge de Stettin» (aujourd’hui Szczecin, en Pologne), ville elle-même située non loin de Swinemünde et de la Baltique, c’est à dire sous des latitudes peu favorables à la production de vin, rouge qui plus est. Un ami polonais, contacté avec difficulté, a pu me dire qu’ «il s’agit plutôt du chêne de Stettin, dont on faisait des barriques pour le vin de Bordeaux. Le port de ma ville natale était grand importateur du vin d’ici.» Qu’est-ce à dire, au juste? Je n’en sais pas plus. Est-ce que l’on buvait plus communément du bordeaux moins cher, que la ville importait en vrac, alors que Flemming se faisait livrer des bouteilles?

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vendredi 1 juillet 2016

sardinha

Je ne connais que ces deux phrases, du poète portugais António Sardinha (1887-1925) : «Nous ne sommes pas patriotes parce que nous sommes monarchistes. Nous sommes plutôt monarchistes parce que nous sommes patriotes.»

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jeudi 30 juin 2016

martin gil

martin_gilJ’ai passé un bon moment à me promener dans le recueil d’articles Mirar desde arriba («regarder d’en haut») qu’avait fait paraître à Buenos Aires, en 1930, un certain Martín Gil, essayiste, météorologue et astronome. Il y fait le point et donne son avis sur diverses questions, par exemple pourquoi les icebergs se mettent-ils à dériver certaines années, pourquoi la lune nous présente-elle toujours la même face (c’est qu’elle est animée d’une rotation orbitale, et non axiale) ou que faire en cas d’orage (selon lui, autant il est dangereux de se réfugier sous un arbre isolé, autant on ne risque rien en pleine forêt). J’y ai appris au fil des pages des choses que j’aurais aussi pu trouver ailleurs, mais qui se présentaient très bien là, entre autres que les hispanophones nomment les étoiles filantes «estrellas fugaces», ou que le Pôle Sud, deux fois plus froid que le Nord, comprend des montagnes et des volcans se dressant jusqu’à 4000 mètres. L’auteur pratique la vulgarisation, mais une vulgarisation distinguée, s’élevant graduellement à des altitudes où j’avais du mal à le suivre, et j’ai abandonné plus d’une piste, n’étant que d’humeur à flâner. Gil dévoile à l’occasion les points de vue philosophiques où le conduisent ses observations scientifiques. Par exemple, je traduis, «L’égalité dans la nature, comme en tout, est un cas particulier, un accident, quelque chose de passager (il songe au fait qu’il n’y a que deux fois par an, où la longueur du jour égale celle de la nuit). Au contraire la loi du contraste, de l’inégalité, est celle qui règne, celle à quoi est due toute la grande harmonie de l’univers, du monde, de la vie» (p 49). Il voit dans les Etats-Unis une «nation-école», auprès de qui des pays comme l’Argentine auraient à prendre des leçons «de discipline, d’organisation et d’ordre, de travail, de justice…» (p 142). Pas comme le nôtre, qui n’a besoin de rien…

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lundi 27 juin 2016

poignée

La poignée de main est un geste parfait, qu’aucune simagrée ne saurait remplacer.

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vendredi 24 juin 2016

nu

L’adjectif «nu» est si bref et abrupt, qu'il répugne au diminutif : on n’est jamais nuet, ou nuette.

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mardi 21 juin 2016

bordeaux, ses maires et ses ruisseaux

1183-1958-blason-bordeaux

En cherchant des renseignements sur Bordeaux, je suis tombé sur la liste de ses maires. On en compte maintenant quelque 240, depuis 1208. Le plus durable aura sans doute été Chaban, qui a occupé le poste pendant presque cinquante ans (1947-1995). En épluchant la liste, je me suis aperçu que bien des noms, qui jusqu’alors n’étaient pour moi que des noms de rues, étaient en fait ceux de maires, surtout du XIXe siècle (Lafaurie de Montbadon, Gourgue, David Johnston, Duffour-Dubergier, Antoine Gautier…). Mais c’est parmi ceux du XIIIe siècle que j’ai trouvé les plus curieux : Jean de Lalinde, Thomas de Sandwich, Vital Pansa…
Par ailleurs je m’interroge sur le nom d’une des deux rivières sur l’embouchure desquelles la ville a été fondée : la Devèze, qui coule depuis Mérignac (l’autre étant le Peugue, venant de Pessac). Elle donne son nom à la rue de la Devise. J’avais entendu dire et je voulais bien croire que ce nom, comme celui d’autres cours d’eau, venait de ce qu’elle avait servi à diviser, c’est à dire à marquer la limite entre des territoires (la Devise est ce qui distingue). Mais je lis dans Wiki que Devèze dériverait du latin Defensum, qui «se disait autrefois d’un bois et plus souvent d’un pâturage communal dont l’utilisation était interdite et règlementée» (l’explication n’est pas sourcée). Voilà qui change tout, et je ne sais qu’en penser.

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