Journal documentaire

vendredi 7 décembre 2018

désastre du tram bordelais

Unknown

La médiocrité du tram bordelais a battu tous les records entre lundi soir et mardi matin avec cette fois, fait sans précédent, toutes les lignes hors d'usage en même temps. «Incident technique important», annonçaient les panneaux lumineux, laissant supposer que les pannes habituelles sont jugées anodines, en comparaison. Il est très frappant et significatif de lire dans la foulée, le jeudi matin, dans le journal 20 minutes, un entretien avec le maire de Bordeaux entièrement consacré à la question des transports dans l'agglomération. Il n'y a strictement pas un mot sur l'énorme scandale des pannes à répétition du tram. Les politicos et la médiaterie ont un rapport très particulier avec ce truc, qu'on appelle la réalité.

Posté par Ph B à 08:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


mercredi 5 décembre 2018

shutter island

J'ai regardé un film de Martin Scorsese, Shutter Island (2010) presque en entier (à un moment je me suis endormi quelques minutes). C'est un film avec de beaux acteurs, de beaux décors et de beaux trucages, mais qui ne m'a pas captivé, peut-être parce qu'on m'en avait dit trop de bien auparavant. C.

Posté par Ph B à 22:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

lundi 3 décembre 2018

bartolomé bennassar

Le dernier livre de l'historien hispaniste Bartolomé Bennassar se trouvait sur mon bureau et je comptais le lire prochainement, quand j'ai appris qu'il venait de mourir le 8 novembre, à 89 ans. Ce volume de Pérégrinations ibériques, esquisse d'égo-histoire, paru cette année à la Casa de Velázquez, est un ouvrage autobiographique dans lequel l'auteur évoque à grands traits sa vie personnelle et familiale, et raconte plus en détail sa vie professionnelle d'enseignant, d'écrivain et de conférencier. Je n'y retrouve pas la fraîcheur et l'enthousiasme des souvenirs de pêche qu'il avait réunis dans Les rivières de ma vie. Cette «esquisse» est intéressante surtout comme document sociologique. Bennassar écrit sans façons, en utilisant des abréviations de la langue parlée comme fac, prof, agreg. Il y a quelques drames, le suicide de son fils, dont il restera marqué toute sa vie, la mort de son frère surpris par une tempête en montagne et tombant d'une falaise, celle de son beau-père chasseur, que l'on retrouve au milieu d'un champ de maïs, frappé semble-t-il par une rupture d'anévrisme. Le dernier texte, d'une demi-page, inspire la pitié. Intitulé «Fin de parcours», il commence par cette phrase : «J'ai quatre-vingt-sept ans et ne supporte plus guère les longues soirées de travail», et s'interrompt un peu plus loin, en queue de poisson, comme si l'auteur avait soudain décidé de ne pas écrire un mot de plus.

Posté par Ph B à 06:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

samedi 1 décembre 2018

siné mensuel

L'occasion se présentant, j'ai feuilleté un numéro de Siné Mensuel (le n° 78, de septembre). Il y a là sur trente-deux pages un concentré d'imbécillité et de mauvais goût d'une densité remarquable. La finesse et le pauvre Siné n'avaient jamais fait bon ménage, et je vois que sa descendance est assurée. N'ayant pas que ça à faire, je me suis contenté de regarder les dessins. Je suppose que les articles sont du même tonneau. Le pompon m'a paru être la publicité pour le T-shirt vendu par la maison, en cinq tailles, représentant un doigt d'honneur. C'est ainsi, il y a parmi nos concitoyens un certain nombre de chimpanzés qui trouvent intéressant de se présenter dans cette tenue devant leurs semblables. En poussant, j'imagine, des petits cris gutturaux, et en se grattant les dessous de bras. Je comprends qu'on ne peut pas se comprendre.

Posté par Ph B à 05:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

vendredi 30 novembre 2018

néomots

Mes néomots de ces derniers temps :

disparêtre

superary

hérotique

démocratère

Posté par Ph B à 08:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


jeudi 29 novembre 2018

oiseaux des indes

R11060901L'autre jour je traînais dans les rues en attendant l'ouverture de certaines boutiques à 14 heures, quand je suis passé près de l'énorme boîte à livres, à vrai dire une bibliothèque-potlatch, installée derrière le Palais des Sports. Je me disais qu'il ne faudrait pas que je me charge du moindre bouquin, j'en ai assez et même trop, cela suffit, mais comment résister quand vous tombez sur un exemplaire du pimpant Collins handguide to the birds of the Indian sub-continent (including India, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka and Nepal), écrit et joliment illustré par Martin W Woodcock (Londres, 1980)? Je n'avais pas besoin de ce livre, du moins je n'ai pas besoin de l'étudier, je me contente de le contempler en le feuilletant. Il est bizarrement, pas très commodément scindé en deux parties, où sont représentées dans l'une 273 espèces d'oiseaux en couleurs, dans l'autre 272 en noir et blanc. Comme on peut s'y attendre, certaines sont les mêmes qu'en Europe (je vois qu'il y a les mêmes Oedicnèmes criards que l'on entend à la Croix les nuits d'été, les mêmes Faucons crécerelles, les mêmes Hérons cendrés ...), certaines en sont des variantes (il y a des Pigeons verts, des Tourterelles rouges, des Grives bleues ...) et bien sûr beaucoup sont totalement étranges, au premier rang desquelles les Perruches et les Calaos. Cette région du monde est aussi l'habitat naturel du Gallus gallus, d'où dérivent toutes nos races de poules domestiques. Je n'ai lu que quelques notices au fil des pages, mais j'ai voulu lire en entier les six pages de bibliographie en fin de volume. Chaque entrée est assortie de quelques mots d'explication ou de commentaire. C'est ainsi que j'ai été amené à me renseigner sur la vie et les oeuvres d'un certain Allan Hume (1829-1912). C'était un aristocrate hyperactif, qui avait le bon goût de consacrer ses moyens à faire des choses intéressantes. Il passe pour avoir été le père de l'ornithologie indienne et l'un des fondateurs du Congrès national indien, il a financé des écoles, réuni d'amples collections (il en reste quelque 82.000 spécimens au British Museum) et a institué les jardins botaniques du South London Botanical Institute. On lui doit quelques livres, sur les oiseaux et sur ses voyages. Par coïncidence avec l'actualité, il avait mené une expédition aux îles Andaman et Nicobar, où les indigènes, qui ne pratiquent pas le culte de l'Autre (l'altérophilie, je ne m'en lasse pas), viennent de massacrer un malheureux Asian-American, qui voulait leur apporter les lumières de l'Evangile. Il paraît que Hume avait malheureusement laissé tomber l'ornithologie par écoeurement, après s'être fait voler de précieux manuscrits par un domestique, qui les a vendus dans un bazar au prix du papier. Autant de valets, autant de voleurs, disait un pessimiste. En tout cas, il faut toujours se méfier.

Posté par Ph B à 08:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 26 novembre 2018

calvino

J'ai passé un moment à feuilleter Hermit in Paris, un recueil d'Autobiographical writings d'Italo Calvino en version anglaise (New York, 2003), comprenant notamment un journal de voyage aux Etats-Unis. Il y a çà et là des portraits d'écrivains (Ferlinghetti, Rexroth...) dont un drôle et cruel d'Allen Ginsberg crasseux comme un peigne, et du pauvre Arrabal parti aux States dans l'intention de scandaliser le monde, mais lui-même épouvanté quand Ginsberg et son amant ont voulu l'entraîner dans leurs coucheries.

Posté par Ph B à 01:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

samedi 24 novembre 2018

A Auchan-Mériadeck

Parle dans le téléphone, bordel de merde...
Quand je dis que tu me le laisses...
T'es occupé? - Oui. J'arrive...
Il doit être pas loin de débaucher...
Ah oui, je vais vous chercher des attaches...
Peut-être près de la porte, là-bas...
C'est à combien? - 4,79...
Tandis que si on prend le caddie...
J'ai fait la queue en bas mais c'est pareil...
Il fait vingt-sept centimètres d'épaisseur...

(poème par bribes, composé hier)

Posté par Ph B à 07:32 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

vendredi 23 novembre 2018

rouge-blanc-bleu

langfr-1024px-Flag_of_the_United_States

En feuilletant l'excellent site AskMetaFilter, dont je consulte de préférence la section Writing & Language, je suis tombé sur la question d'un certain binkfrnk, qui se demande pourquoi l'on présente traditionnellement les couleurs du drapeau américain dans l'ordre red, white and blue, rouge-blanc-bleu, et non dans un autre. Plusieurs lecteurs supposent que c'est pour des raisons d'euphonie, ce qui n'est pas très convaincant. L'usage exactement inverse des Français, bleu-blanc-rouge, est justifié par le principe de la lecture de gauche à droite. Dans le cas du drapeau néerlandais, l'énoncé rouge-blanc-bleu se justifie de même par la lecture de haut en bas. Un lecteur fait remarquer que dans les premiers temps New York fut un établissement hollandais, la Nouvelle-Amsterdam (après avoir été toutefois la Nouvelle-Angoulême française). Un autre se demande si les Américains ne suivent pas l'exemple britannique, l'Union Jack étant également décrit comme rouge-blanc-bleu, peut-être parce qu'il est formé d'abord du drapeau anglais rouge et blanc, auquel est venu se superposer le drapeau écossais bleu et blanc. La meilleure explication semble être que dans la définition héraldique officielle du drapeau américain, la partie rayée, soit la partie principale, au moins par l'espace occupé, commençant en haut par une rayure rouge, est décrite d'abord (de gueules et d'argent, soit rouge et blanc), ensuite seulement le petit canton étoilé (d'azur et d'argent, soit bleu et blanc). Mais on remarquera que les Américains surnomment leur drapeau Stars and Stripes, mettant alors la partie étoilée en avant, et non Stripes and Stars. Sur ce point l'euphonie paraît plus justifiée.

Posté par Ph B à 07:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mardi 20 novembre 2018

gilets jaunes

SAM_0505

Contrairement à mes habitudes j'ai participé à une manifestation, celle dite des Gilets jaunes, samedi dernier le 17.

La dernière fois remontait à peut-être un quart de siècle. J'étais allé manifester contre les essais nucléaires dans le Pacifique, sous Chirac. Quand des personnes avaient commencé à s'allonger par terre pour symboliser je ne sais plus quoi, j'avais pris la fuite en rasant les murs, espérant que nul ne m'avait vu approcher ce cirque.

Cette fois-ci j'avais décidé d'accompagner, sans y être poussé, une rebelle de ma connaissance. J'étais attiré en partie par la curiosité sociologique, en partie par la conviction politique, sans adhérer à la totalité des revendications du mouvement. Par exemple il me semble hors de propos de réclamer la démission d'un président légitimement élu, avec d'ailleurs l'appui d'une bonne part de la gauche, et élu pour cinq ans, pas pour trois semaines, comme tout électeur devrait savoir. Il me semblait par contre légitime de râler contre un racket fiscal d'autant plus pénible qu'il est mené par les piètres guides, qui donnent chaque jour des exemples du luxe et de la gabegie. J'avais l'intention de gêner le moins possible la circulation, le droit de circulation étant à mes yeux au moins aussi important que celui de manifestation.

Au point de rendez-vous place de la République il y avait certes une foule mais pas énorme, et que je suis bien incapable de quantifier, peut-être deux ou trois cents personnes. Mais je saurais décrire le périmètre qu'elle occupait. Une foule comprenant moins d'émigrés visibles que la foule moyenne du centre-ville, et plus de personnes âgées ou d'âge moyen que de jeunes gens, lesquels n'étaient cependant pas rares. Des gens du peup, certainement, des gens simples, et parmi lesquels je ne connaissais personne. Il y avait un seul leader évident, un jeune homme détenant le seul micro (qui était-il? d'où sortait-il? je ne l'ai su) flanqué d'un compagnon qui portait un mauvais haut-parleur, de sorte qu'il fallait se tenir assez près pour entendre ce qu'il disait. Je n'en ai d'ailleurs à peu près rien entendu sauf quand je m'en suis approché, peu avant la mise en marche. Il a entonné un couplet de la Marseillaise qui a été largement repris, puis a voulu chanter l'Internationale, signe probable qu'il était de gauche, mais des huées l'ont interrompu aussitôt. J'ai vu un homme d'un certain âge s'écrier trois ou quatre fois Vive Macron. Ce protestataire contre la protestation m'a amusé par son culot, mais personne ne lui a prêté attention.

Le cortège est parti par le cours d'Albret puis le cours Aristide Briand. A un moment une dame d'Attac m'a remis discrètement un petit tract, pas plus grand que la main, pour ainsi dire sous le manteau, gênée sans doute de trahir en cela le caractère non partisan de la manif. Je n'ai pas voulu l'embarrasser en lui disant ce que je pensais de sa secte, et d'ailleurs j'étais bien aise de posséder ce papier, dont un côté figurait un billet fictif de cent milliards d'euros. Car il se trouve que j'aime bien l'esthétique des billets, même faux.

Il y eut un temps d'arrêt et de flottement à la place de la Victoire, où quelques ultras, en particulier une jeune femme très énervée, voulurent entraîner la procession dans la rue Sainte-Catherine, mais le meneur eut la sagesse de se ranger au parcours prévu, qui était de prendre le cours Pasteur puis de descendre le cours Victor Hugo, et tout le monde le suivit comme le joueur de flûte de Hamelin. L'atmosphère était comme on dit bon enfant, sans violence, pas trop bruyante. Les slogans n'étaient pas très malins, mais on ne pouvait s'attendre à mieux, car par une loi générale, la finesse et les manifs se repoussent mécaniquement. Je n'en ai scandé aucun, la scansion m'étant impossible, pour des raisons éthiques et esthétiques. "Tous ensemble, Tous ensemble," non, pitié.

Cependant le cortège n'arrêtait pas de grossir dans des proportions inattendues, rejoint sans cesse, j'imagine, par des retardataires ou des ralliés. En marchant nous avions rattrapé d'abord les premiers rangs, mais arrivés sur les quais, nous nous arrêtâmes pour regarder un peu le défilé et juger de sa dimension. C'était surprenant, le flot humain débouchant au bas du cours Victor Hugo n'en finissait pas. C'était un spectacle peu commun, que cette multitude de gilets jaune fluo. Pour ma part, j'étais assez content d'utiliser pour la première fois celui que la loi m'a obligé de posséder depuis des années, et qui n'avait jamais servi.

Le parcours suivait ensuite les quais en direction du Nord et nous l'accompagnâmes jusqu'aux Chartrons où, après deux heures de marche, nous désertâmes.

Dans l'après-midi nous avons pris connaissance des très décevants comptes rendus donnés par la médiaterie. Rance-Info et BFM passaient en boucle des séquences où elles avaient choisi de ne montrer que des groupes clairsemés ne ressemblant guère à la masse que nous avions eue sous les yeux. Concernant Bordeaux, le chiffre de 1500 participants, avancé je ne sais plus où, paraissait très en dessous de la réalité.

Le soir, nos affaires nous ayant conduits vers les quartiers Nord, nous avons vu qu'un groupe de manifestants était encore là et barrait aux voitures l'accès du pont Chaban aux quais. C'était à mes yeux un triste spectacle. Cela ressemblait plus au plan classique des imbéciles s'autorisant à faire chier des innocents en leur infligeant des malveillances qui ne nuisent aucunement aux vrais responsables de leurs problèmes. Cela tournait mal.

(En photo : au tournant des cours Pasteur et V Hugo).

Posté par Ph B à 04:55 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

samedi 17 novembre 2018

être en capacité de

Il n'y aurait rien d'excessif par exemple à déchoir de ses droits civiques tout citoyen francophone pris en flagrant délit d'utiliser l'expression «être en capacité de».

Posté par Ph B à 00:18 - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :

vendredi 16 novembre 2018

précisions

 

45647383_1969138590056281_8742487131659698176_n

 

J'ajoute un post-scriptum à ma note du 20 mai 2010, au sujet de Colomb.

J'ajoute une phrase de conclusion et une indication à la fin de ma note de l'autre jour sur Geof Huth.

Je signale aux bibliophiles bordelais que j'ai de nouveau un dépôt à la librairie N'aQu'1Oeil, ouverte l'après-midi, 19 rue Bouquière, où l'on peut encore se procurer L'Expatriote (journal de mon ami Lloyd Dunn à Bordeaux il y a quelques années, 10 euros) et quelques exemplaires de mon exemplaire livrette 100 listes de course (5 euros).

Posté par Ph B à 07:45 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

jeudi 15 novembre 2018

andromaque

couv63275484

Dans le tram ces temps-ci je lisais Andromaque. L'Andromaque de Racine. Il se trouve que j'avais remis la main, il y a quelques semaines, sur l'exemplaire que j'avais égaré, après l'avoir acheté d'occasion par correspondance, il y a quelques années, amusé du fait que c'est sans doute l'oeuvre la moins connue, la moins coûteuse et la moins discutée du défunt professeur Faurisson, qui en fut l'éditeur pour Hachette. J'avais la curiosité, je m'attaquais au défi de lire ce que je ne lis jamais, une pièce de théâtre, qui plus est du théâtre classique français. Celle-ci est peut-être une des rares que j'avais lues par obligation au collège, il y a une éternité, et dont j'avais perdu tout souvenir. Le livre n'était pas très attirant comme objet : corné, taché, ridé, avec une partie de la page de titre déchirée, la fille qui me l'avait vendu n'avait pas honte. Malgré quoi il présentait une certaine solidité, ces Classiques illustrés sont un rare cas de collection de poche aux volumes reliés par couture et non simplement à la colle, et sa minceur en faisait un candidat idéal comme livre de tram. Et puis il m'amusait d'aborder dans ce cadre une matière aussi étrangère à mes habitudes qu'à celles de la faune bigarrée des Transports Bordeaux Métropole. A vrai dire la matière de Troie m'est si peu familière que j'ai d'abord passé plusieurs trajets, donc plusieurs jours à lire et à relire au moins deux fois toutes les pages liminaires en début et en fin d'ouvrage. Chronologie, notice sur la légende gréco-troyenne, analyse de la pièce, présentation des personnages, légendes des photos de vieilles représentations en sculpture, peinture et gravure et de quelques acteurs et actrices, extrait de l'Iliade, jugements sur la pièce, sujets de composition (impressionnants de difficulté) et lexique. Le plus intéressant était l'explication de la situation et des antécédents. C'est une drôle de configuration que cette chaîne de désaccords : Oreste n'aime qu'Hermione, laquelle n'aime que son fiancé Pyrrhus, lequel n'aime que sa prisonnière troyenne Andromaque, laquelle n'aime personne, que son défunt mari Hector et leur fils Astyanax. Racine suit une version minoritaire de la légende, selon laquelle le petit Astyanax n'a pas été massacré dans le sac de Troie, mais a été enlevé avec sa mère. De ce fait le jeune survivant peut représenter une future menace pour les princes grecs, qui réclament sa tête à Pyrrhus. Celui-ci a le choix de le leur livrer, et de perdre à coup sûr le coeur d'Andromaque, ou de le protéger en faisant pression sur elle pour qu'elle l'épouse. Il se range à ce chantage d'un goût douteux, qu'elle accepte en envisageant secrètement de se suicider aussitôt après le mariage. Mais voilà qu'Hermione furieuse réussit à convaincre le pauvre Oreste affolé d'assassiner Pyrrhus, et tout cela finit mal. D'ordinaire je prise les alexandrins, mais j'ai trouvé cette accumulation (il y en a 1648) un peu saoulante. Je n'en connaissais que deux jusqu'alors : le 880e, qui a fourni à Frédéric Roux le titre d'un de ses livres («Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer»), et le fameux 1638e, celui des serpents qui sifflent sur vos têtes, prononcé par le pauvre Oreste quand il devient fou. Ce qui m'a le mieux plu est la fin de la pièce, quand la passion est à son comble, aveugle les personnages et les plonge dans la confusion des sentiments («Ah! ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais», Hermione, 1396). Autrement j'ai bien aimé le beau vers d'Oreste «J'ai mendié la mort chez des peuples cruels» (491) et du même celui-ci, à valeur d'aphorisme, «Chacun peut à son choix disposer de son âme» (826). Je note chez Pyrrhus cet hémistiche, «La victoire et la nuit» (212) qui donnerait un bon titre. Un des grands mérites de cette pièce est d'illustrer sans fard l'empire tyrannique que les dames savent exercer sur les hommes.

Posté par Ph B à 05:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

dimanche 11 novembre 2018

aumônes

UnknownLes trois dernières fois où j'ai fait l'aumône d'un euro. 1) Il y a quelques mois, était-ce rue Saint-Rémi, en tout cas dans une rue piétonne près de Sainte-Cathe, à un guitariste que j'étais content de retrouver. Je l'avais déjà écouté une fois l'hiver dernier à Saint-Michel jouer deux trois morceaux, dont une remarquable interprétation du Entre dos aguas de Paco de Lucía. Il a l'habileté d'un virtuose et son ampli donne un bon son. Or voilà que dans la rue, comme je m'étais arrêté en attendant de voir ce qu'il allait jouer, il choisit encore cette oeuvre espagnole, qui doit être de ses favorites. C'était un plaisir. Cet homme est trop talentueux et de trop bonne humeur pour être à proprement parler mendiant, c'est plutôt un artiste de rue qui gagne sa vie ainsi, probablement bien. Je l'ai payé par gratitude, non par pitié. 2) Vers la rentrée, rue Porte-Dijeaux, près de Gambetta, à un homme d'un certain âge, peut-être du mien, assis au pied du mur, et qui ne mendiait pas vraiment, ne disant rien, n'ayant pas d'écriteau, juste un gobelet posé devant lui. Il regardait dans le vague et d'un air effaré, comme se demandant comment suis-je arrivé là, qui sont tous ces gens qui passent? Lui, me fendait le coeur, au contraire de la plupart des mendiants gémissants collants. 3) La veille de la Toussaint, sur le parking de Saige, à Pessac, où j'étais allé chercher des fleurs à cimetière. Un type lui aussi de mon âge, poivre et sel pas très net, vient me demander l'heure, il était midi et quart, puis si je n'avais pas deux euros, ou même un seul. J'ai dit que non, mais le temps d'acheter un sandwich à la boulangerie, le remords m'a pris et je suis allé retrouver le gars entre les voitures pour lui donner un euro. Ce n'était pas assez, il m'a à peine remercié et a demandé aussitôt si je n'en avais pas un deuxième. J'ai refusé, je n'étais pas assez sûr que je n'aidais pas une fripouille, je suis parti.

Posté par Ph B à 09:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

samedi 10 novembre 2018

animales

Unknown

J'ai lu l'été dernier sans me presser et jusque dans l'automne, à petits coups de deux ou quatre pages de temps en temps, un livre au titre fort bref, Los animales. C'est la version espagnole, publiée en 1998, d'un ouvrage paru quatre ans plus tôt, Animaux, les deux fois aux éditions Fleurus-Panini. Les auteurs sont quatre dames, L Boukobza et A Moulinier pour les textes, D Beck et C Loget pour les illustrations. Cet album pour enfants ou ados m'a vraiment charmé. C'est peut-être parce que j'ai su rester jeune d'esprit, comme chacun sait, et pourtant le plus souvent les publications destinées à la jeunesse m'insupportent. Mais il y a dans ces belles images colorées, dans les textes simples et exacts, dans la mise en page limpide, quelque chose qui envoûte. Las serpientes, El buitre, La jirafa, Algunos crustáceos, quel défilé.

(Ne trouvant pas de belle repro de l'édition espagnole, j'illustre avec l'édition française, quasi identique).

Posté par Ph B à 07:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

vendredi 9 novembre 2018

gratuité

Lorsqu'il fut annoncé, il y a quelque deux ans, que le PEB, le prêt (de livres) entre bibliothèques (universitaires), devenait soudain gratuit, la nouvelle m'a laissé perplexe. Je redoutais que l'on ne voie bientôt s'appliquer les équations fatales : gratuité = irresponsabilité, irresponsabilité = gabegie, et gabegie = ruine. Cela n'a pas manqué. Je lis que l'on déplore maintenant «l'inflation des demandes» et le «coût supporté par l'établissement», lequel a «débuté une réflexion» afin d'«encadrer l'offre». Pardi, c'est que la gratuité coûte cher.

Posté par Ph B à 07:16 - Commentaires [3] - Permalien [#]

jeudi 8 novembre 2018

un poème par bribes

Cela faisait un moment, que je songeais à explorer la possibilité de composer un poème par bribes, en collectant les morceaux de phrase que l'on entend au passage, quand on déambule dans l'espace public, parmi la multitude. Une voie sans doute empruntée déjà par d'autres que moi, mes renseignés lecteurs me diront ce qu'ils en savent. Je l'ai mise à l'épreuve ce soir, entre six et sept, comme je descendais rue Notre-Dame pour acheter du pain et des légumes. Je m'étais fixé d'écarter les dialogues trop longs que je pouvais surprendre, de ne retenir que les énoncés fugaces et détachés, de sorte que l'un n'est jamais la suite de l'autre, même s'il peut sembler, et d'arrêter au dixième. Voici ce premier essai.

RUE NOTRE-DAME 

il était grand comme ça...
on a pas eu le temps de remettre les plantes...
y en a qu'un, ah bon...
d'accord, ok, ça marche, allez...
oui, oui, oh, ça ira...
et là il m'envoie un mail en disant...
ah, des topinambours, peut-être, oui...
bon courage, gros bisous...
bonne soirée, vous inquiétez pas...
comment il a ouvert la porte? à coups de pompe...

Posté par Ph B à 20:06 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

mercredi 7 novembre 2018

vélos

 velo-vandalise

Chaque fois que je vois une nouvelle épave, je me demande combien de vélos sont massacrés chaque jour par pur vandalisme. C'est une hécatombe, à ce qu'il semble.

(Photo Oriolus).

Posté par Ph B à 08:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

mardi 6 novembre 2018

31 for 30

41489307_2148600832074062_8127226654121525248_n

Je suis très honoré que mon ami Geof Huth ait eu la bonne idée de m'envoyer de New York son dernier ouvrage, 31 pwoermds for 30 years, paru en septembre en cent exemplaires. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un livre, mais d'une série de trente-deux fiches en bristol blanc non reliées, de moyen format (14 x presque 22 centimètres), contenues dans une enveloppe en papier kraft où est imprimé le titre abrégé 31 for 30.
Dans la première de ces fiches, le recto fait office de page de titre et le verso présente une «Introdeduction» explicative. L'objet de cette publication est de commémorer une période de trente années (1987-2017) pendant laquelle l'auteur a consacré une part essentielle de son activité à l'art subtil de forger des mots. (Il publiait dans le temps un micro-périodique intitulé The Subtle Journal of Raw Coinage dont le numéro 64, fin 1992, fut en co-édition la Lettre documentaire n° XX, où je présentais un premier état de mon Verbier.)
Les trente-et-une autres fiches sont consacrées chacune à un mot créé lors d'une des années de la période en question. Chacune comporte donc au verso un seul mot, imprimé en grosses lettres, et au verso des renseignements (année de création, éléments constitutifs, technique(s) employée(s), référence de publication (pas forcément la même année que la création), enfin jour précis et lieu de création (ce poète est aussi archiviste)) et des commentaires (souvenirs des circonstances de création, considérations sur les propriétés du mot, etc).
La période retenue commence en 1987, année de création du concept-clé de «pwoermd», auquel est naturellement consacrée la première fiche. Ce néologisme formé de l'imbrication des mots poem + word désigne les poèmes consistant en un seul mot fabriqué, genre dans lequel Geof a montré au fil des ans le talent d'un artisan fertile. Je dois avouer que je n'ai jamais bien aimé ce néomot utile mais incommode (mais je ne lui ai jamais trouvé de concurrent valable, sauf à recourir à une périphrase comme word-poem ou one-word-poem, et l'équivalent que je lui ai créé en français, poémot, ne me plaît pas beaucoup non plus à cause de son air pataud, malgré l'avantage d'être plus facilement lisible). J'observe que l'auteur semble exprimer lui-même des réserves quant à ce néologisme : dans une note de 2014, il se réfère à un autre mot comme étant «encore pire» (even worse) que pwoermd, et dans sa fiche de 1987 il prend la précaution d'indiquer la façon dont le terme sonne à son oreille (pwarmed), ce qui «peut vous aider à le prononcer». En revanche il fait remarquer une qualité formelle du mot pwoermd, constitué en son centre du groupe de lettres oer (pouvant évoquer «o'er», forme poétique ancienne de «over»), de part et d'autre duquel les deux paires de lettres pw et md offrent une parfaite symétrie inversée. J'aime bien ce détail, qui m'avait échappé.
La plupart des mots présentés dans ce recueil sont du domaine de l'anglais : même s'ils n'appartiennent pas au lexique normal, leur forme générale et leurs éléments constitutifs les rattachent d'évidence à la langue anglaise. On trouve cependant parmi eux un terme bilingue franco-anglais, «leafeuilleaf» (2003), un autre entièrement français, «presqu'avant» (2013) et même un créé en finnois, «käsättämätän» (2009). En considérant ces néomots avec l'oeil du traducteur, je n'en vois qu'un d'aisément transposable en français, «ignity» (2014), qui peut donner «ignité».
Les poémots de ce recueil sont de taille variable. Deux d'entre eux sont si longs qu'ils n'auraient pas tenu dans la largeur de la fiche et ont dû être imprimés dans le sens de la longueur : l'un d'eux compte 22 lettres (en 2012), l'autre est un pangramme utilisant les 26 lettres de l'alphabet (2016). A l'inverse, le plus bref est le minimalissime «Ï» de 2010 : un I majuscule avec tréma, figurant «la dualité et la multiplicité de tout individu».
Les commentaires de Geof sur ses propres oeuvres sont souvent utiles, toujours intéressants, parfois amusants. Il est du genre à préciser, dans sa fiche de 2004, que tel de ses livres avait été conçu en écho à l'oeuvre précédente d'un autre écrivain, laquelle avait déjà, entre temps, suscité les livres de deux autres auteurs, et à faire remarquer que l'intervalle entre les quatre publications (1970, 1990, 2000, 2005) avait diminué chaque fois de moitié. Je découvre dans la fiche de 2007, à propos d'un mot constitué uniquement de consonnes, la notion de «vowellessness» (absence de voyelles). On sourit en écoutant l'auteur affirmer en 2010, à propos de son poémot «ly», que «beaucoup de gens dans le monde se sont fait tatouer ce poème sur l'avant-bras».
Cette lecture m'a inspiré le néomot «geofgraphy», qui conviendrait assez bien pour désigner l'écriture de Geof.

J'apprends qu'il reste encore à l'auteur une bonne part de son tirage, de sorte qu'il n'est pas impossible aux personnes intéressées de se procurer l'ouvrage

Posté par Ph B à 00:37 - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : ,

lundi 5 novembre 2018

toussaint

Un classique : je suis parti en week-end à la Croix en oubliant mon câble d'ordi en ville. Qui plus est un long week-end de pont, pour la Toussaint. Et dès le premier soir, alors que je faisais la cuisine en regardant peinard The Joe Rogan Experience, dont je suis fan en ce moment, soudain l'écran noir. Ah. J'étais bon pour la cure de désintox imprévue. C'est le petit Jésus qui m'a puni. De jeudi soir à dimanche, pas de réseaux sociaux, pas de messageries, pas de YouTube, pas de Google, pas d'écriture au clavier, pas de vie moderne. Le XVIIIe siècle ou quasi. Les courses, le feu, le jardin, les noix, les bois. Une petite ascèse de temps en temps ne nuit pas. Par moments j'ai branché ma vieille radio pourrie. Je suis tombé d'abord sur Rance-Info. C'est la propagande de gauche à jet continu, le pleurnichage ininterrompu. Le vilain Trump qui est très méchant, la terrible agression d'une lesbienne (pas un mot sur les milliers d'agressions non-homophobes), un reportage sur un disque de chanson engagée (on devine la teneur), des lamentations sur le fait que seuls 6 % des concurrents de la Route du Rhum sont des femmes (mais putain, est-ce que oui ou merde ces dames ont le droit d'y participer, et est-ce qu'elles ont le droit de n'en avoir rien à foutre?). A un moment, j'ai capté RTL, une chronique littéraire. L'animateur cause à l'auteur : «C'est un bouquin très positif, au final...» Bon, on va plutôt écouter les mouches voler.

Posté par Ph B à 07:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]