Journal documentaire

mardi 16 janvier 2018

néomots

Mes néomots ces derniers temps : campustule, obscurieux, mystérieur.

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mardi 9 janvier 2018

lundi

Il y a dans le nom français du lundi, premier jour de la semaine, cette perfection, qu'il contient justement le nombre un. Lundi, plus que le jour de la lune, n'est-il pas le jour un?

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dimanche 7 janvier 2018

bonne année à tous

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J'aime bien que le mois commence un lundi, je devrais aimer mieux encore que ce soit comme présentement celui de janvier, et donc l'année entière, qui semble ainsi partir du bon pied. Mais hélas chaque fois un peu plus l'euphorie du premier de l'an est rabattue par le mauvais présage des voitures brûlées par centaines, plus de mille paraît-il ce coup-ci. Ce n'est là qu'un indice de la sauvagerie qui hante le pays, mais d'autant plus inquiétant que les «autorités» n'y réagissent qu'avec la pire mollesse, le rôle des «forces de l'ordre» consistant le plus souvent à se laisser massacrer en ne faisant surtout pas usage de leurs armes. Un ministre ou un autre bougonne vaguement devant les micros, et on en reste là. Or «Une injure soufferte en appelle aussitôt une autre», estimait le bon Oyhenart (Ld 488), et il m'est avis que l'on n'a pas fini de déguster cette leçon. Malgré quoi, bonne année à tous.

Je cite Oyhenart car j'ai passé beaucoup de temps dernièrement à mettre de l'ordre dans mon ordi et à relire ce qui s'y trouve. J'ai aussi passé du temps à réparer les dégâts occasionnés par les ouvriers qui ont remanié le toit du hangar et celui de l'appentis attenant. Ces hommes ont un savoir-faire indéniable, sans quoi on se passerait de leurs services, mais on ne se méfie jamais assez du pouvoir de nuisance qu'ils exercent parallèlement. En relisant le vieux Raymond Lulle, je me suis dit que plusieurs de ses Proverbes de l'écuyer (Ld 466) vaudraient aussi bien pour l'ouvrier, en changeant ce seul mot : «Si tu veux te réjouir, aie un bon ouvrier ... Change d'ouvrier jusqu'à ce que tu en trouves un bon ... Donne à ton ouvrier ce que tu lui as promis ... Nul ne donne autant de tracas, qu'un mauvais ouvrier ... L'ouvrier négligeant, il n'est pas ton ami ... Ne prolonge pas ta conversation avec l'ouvrier ... Ne ris pas souvent, avec ton ouvrier ...»

Je n'ai pas eu beau temps pendant ces vacances, il a plu je crois chaque jour, malgré quoi j'ai pu bricoler un peu au jardin, en pataugeant dans la boue. Il me faudrait plus souvent de la sorte un week-end de dix-sept jours. J'ai complété le bardage de mon nouveau bûcher et dallé le sol à ses pieds. Surtout j'ai enfin terrassé le sol dans l'angle droit formé par les deux trottoirs qui bordent la maison. Il y avait des mois que je méditais cette opération. Sur une petite surface à peu près triangulaire, d'environ un mètre et demi de côté, j'avais creusé la terre sur quelques centimètres, préparé des pièces de feutre géotextile à la bonne mesure, je suis enfin allé acheter une quantité suffisante de gravier pour revêtir cet espace. J'aime beaucoup ce matériau rugueux, à la fois meuble et ferme, facile à égaliser, et qui crisse agréablement sous le pied. Je le vois gris, mais au magasin ils appellent cela du gravier bleu. Cette ambiguïté de couleur m'a fait penser au plumage des pigeons, qui paraît globalement gris, mais le nom latin du biset est Columba livia, soit le pigeon bleuâtre.

Un jour dans le jardin j'ai ramassé par terre ce qui ne semblait être qu'un caillou informe, et en le retournant il s'est avéré être un fossile d'escargot, de même forme et taille que ceux d'aujourd'hui. Je me demande quel âge peut avoir cette cagouille pétrifiée dans le calcaire.

J'ai regardé un peu la télévision, c'est à dire internet, et j'ai découvert une émission intéressante, malgré son titre improbable, Historiquement show, animée par Jean-Christophe Buisson sur la chaîne Histoire. Ces derniers jours j'en ai regardé un numéro à chacun de mes repas.

J'ai mangé plusieurs fois des fruits de mer, dont des amandes, des vanets et des buccins, que je passais à la braise. Et avant d'aller répandre leurs coquilles sur l'entrée de bois que j'empierre indéfiniment, je sentais encore leur bonne odeur de coquillages cuits.

Pendant ce séjour j'ai fait beaucoup de feu et je suis enfin venu à bout du fagot que m'avait offert Louis il y a des années, quand il avait cessé de se chauffer au bois. A l'époque ce stock de bois d'allumage me semblait excessif au regard de mes faibles besoins, surtout que mon jardin et mes bois me permettent d'en produire à volonté. J'avais parfois envisagé d'en jeter une partie, mais j'en avais été retenu par respect pour ce vieux paysan, qui a toute ma considération. Ce fagot comportait une leçon d'économie. Il provenait je suppose de la taille des arbres et des arbustes du jardin de Louis, et contenait toutes sortes de branchettes, jusqu'aux plus fines, et même des tiges de lierre. En fin de compte je n'en ai rien laissé perdre et c'est bien ainsi.

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samedi 30 décembre 2017

broutilles

Cherchant à consulter en ligne le Trésor de la Langue Française, le fameux TLF, j'apprends que maintenant ce sigle est aussi le pseudo d'un rappeur, par abréviation de la formule Thug Life Forever (Vie de voyou pour toujours, voyez-vous).

Dans la série des métaphores populaires hygiéniques, du type «être coiffé comme un dessous de bras» ou «s'être rasé avec une biscotte», j'ai relevé naguère celle-ci, que je ne connaissais pas encore, «avoir essuyé ses lunettes avec une tranche de jambon» (merci Dominique R).

En feuilletant les annonces de demande de livres sur le Bon Coin, je tombe sur celles où l'on recherche une «histoire vrai», des manuels de «classe terminal» (le mec est arrivé en première avec ce niveau de langue), «Mort à crédit, livre de la Céline», ou encore des «romans de Bob Morale». On n'imagine pas qu'autant d'illettrés aient envie de lire.

Je me demande souvent par quelle fatalité les arbres des parkings de supermarché sont toujours trop petits pour donner assez d'ombre, précieuse en été. Je ne me pose plus la question pour l'Intermarché de Beauvoir, où j'ai pu constater cette semaine que l'élagage hivernal consiste à réduire l'arbre à la forme d'un poteau.

Ainsi va le monde, en cette fin d'année.

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vendredi 29 décembre 2017

quelques notes sur crad kilodney

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Ces jours-ci j'ai remis la main sur un des rares livres de Crad Kilodney que je possède, Excrement (1988). C'est l'auteur, qui me l'avait offert en me l'envoyant par la poste, et je suis toujours de bonne humeur quand je repense au message de remerciement que je lui avais adressé, l'assurant que j'avais bien trouvé son Excrement dans ma boîte à lettres. Ne me rappelant pas si j'avais déjà lu ce livre mince, de 88 pages, je l'ai lu pour de bon et avec intérêt. Crad y raconte, comme dans Putrid scum, des souvenirs de l'époque où il vendait ses livres dans la rue, à Toronto : rencontres, incidents, filles, lectures... Il explique page 80 que c'était en quelque sorte par défi personnel, pour mettre son courage à l'épreuve, qu'il s'imposait cette méthode de vente. Il me semble que l'on comprend mieux sa misanthropie, si on la met en rapport avec la fréquentation quasi quotidienne d'un public le plus souvent indifférent, ou même hostile (voir ses démêlés avec toute une série d'ivrognes et de désaxés). On constate à certaines allusions qu'il avait déjà ses conceptions mystiques, comme p 25 l'évocation des «dieux mineurs» qui lui imposent ses mésaventures. Il laisse apparaître p 30 son véritable prénom, quand un ami l'appelle au téléphone : «Lou, baby! How's it goin'?» Il affirme à deux reprises, dont une p 80, que son anniversaire est le 13 février, ainsi qu'il me l'a écrit dans sa correspondance, et non en juin comme le dit Wikipédia. C'est sans grande importance mais cela fait que lorsqu'il mourut, en avril 2014, il était âgé de 66 ans et non 65. Le style graphique de l'ouvrage est austère, le texte n'est pas justifié sur le côté droit des pages, et la typographie ressemble à de la frappe de machine à écrire. Malgré quoi je me disais en le lisant que l'on pouvait y remarquer un soin extrême de la correction, car je n'y ai pas trouvé de coquille avant d'arriver au bas de la page 69, où tout à coup un mot est indûment répété («... in bed under the the covers...»). Par coïncidence, la seule autre erreur que j'aie décelée se trouve à la dernière page, et c'est précisément le même mot «the», qui cette fois-ci manque dans une phrase («He looks up and down (the) street»). Dans mon exemplaire quelqu'un l'a rajouté au stylo en très petites lettres, dans l'interligne.
Plus d'une fois ces deux dernières années je me suis demandé ce que Crad, qui s'était lui-même déclaré deux fois candidat, aurait pensé de la campagne de Donald Trump et de sa victoire à l'élection présidentielle de fin 2016. Les deux hommes avaient à peu près le même âge et étaient originaires du même quartier de New York, ce qui ne suffit pas à générer l'adhésion. Mais connaissant un peu les idées de Crad, j'imagine que la grande gueule politiquement incorrecte du Donald ne lui aurait pas déplu. J'ai déjà signalé que Trump était mentionné une paire de fois dans le recueil Villes bigrement exotiques (aux chapitres sur Kunduz et sur Snuol). A l'époque où j'ai traduit ce livre et où il a été publié (2010-2012) l'homme n'était guère connu du public français, et je m'étais senti obligé, au lieu de reproduire simplement son nom, de préciser dans ma traduction «l'entrepreneur Donald Trump», pour situer quelque peu le personnage, ce qui serait aujourd'hui inutile. Récemment je me suis aperçu qu'il est également cité deux fois dans la série Roots of German philosophy (dix portraits de philosophes allemands, mêlant traits réels et données farfelues). Dans l'article sur Hegel on lit que celui-ci «a été démasqué par Donald Trump («invendable»)...», et dans celui sur Fichte et Schelling que si ce dernier «avait pu trouver un compagnon comme Donald Trump ou Hugh Hefner, les deux plus grands Américains du XXe siècle, non seulement il aurait acquis un peu de philosophie utile, mais il aurait aussi appris comment gagner de l'argent.» Remarques peut-être ironiques, mais pas exemptes de sympathie.

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jeudi 28 décembre 2017

noël

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Je suis en stage de survie à La Croix-C depuis sept jours et pour encore dix. Il y avait longtemps que je n'avais passé Noël seul, mais je ne déteste pas cette option, loin d'être la pire à mes yeux. L'isolement ne m'empêche pas de goûter le charme de la Nativité. Ce trait de la mythologie chrétienne m'enchante autant que la Passion m'épouvante. Ma crèche n'est pas très accueillante en cette saison. Il faisait 6 ou 7 degrés dans la maison à mon arrivée. La température a maintenant doublé dans le salon, sous la faible action du feu de cheminée quand je l'entretiens, et de l'aération quand il fait moins froid dehors que dedans. La seule pièce vraiment vivable est ma chambre, où chauffe un radiateur électrique. Je reste beaucoup au lit, à lire, à réfléchir, à ranger les fichiers de mon ordi. Je suis en vacances. J'ai aussi passé du temps à nettoyer le hangar et l'appentis, que les ouvriers ont sali en refaisant la couverture. Jacky m'a dit qu'il avait trouvé un loir en hibernation, quand il a enlevé les vieilles tuiles. Je pense qu'il veut dire un lérot. Au moins un que les chats n'avaient pas encore massacré. L'animal restait endormi malgré le remue-ménage. Je lui ai demandé s'il l'avait tué, comme j'aurais cru, mais il m'a dit qu'il s'était contenté de le réveiller, et de le laisser fuir Dieu sait où, sans doute pas loin. Il y a dans les champs des flopées de petits oiseaux que je ne connais pas, des tarins peut-être. Je connais bien les oiseaux des jardins et des bois, moins bien ceux des champs, moins encore ceux de la mer. Au Nord du village, un jour il y avait cinq chevreuils, je n'en avais jamais vu autant ensemble. Renée aussi en a vu cinq vers l'Ouest, probablement la même famille. En voiture samedi matin je suis tombé sur l'émission de Benoît Duteurtre, une des rares qui me plaisent toujours, sur France-Musique. La musique légère ne me passionne pas, mais il y a matière à sourire, et le présentateur séduit par sa voix et son érudition. Qui plus est il recevait ce jour-là un autre charmeur savant en la personne d'Alain Duault, qui vient de consacrer un livre aux Johann Strauss père et fils, bonne occasion de raconter des anecdotes intéressantes. Duault est aussi poète et je me suis renseigné sur son activité dans ce domaine, laquelle ne m'a pas emballé. Je me suis tapé la corvée de rapporter au Bricomarché de Saint-Jean un lot inutilisé de treize tuiles, et sept qui étaient cassées. J'en tire un avoir de quinze euros, c'est toujours ça. Pour me récompenser je suis allé traîner un moment à Noz. J'éprouve une espèce de satisfaction bizarre à considérer l'énorme quantité de marchandises dont je n'ai aucun besoin, et qu'en effet je n'achète pas. Mais enfin je me suis laissé tenter par quelques unes, comme des bouteilles de bières exotiques vendues à l'unité : une allemande, une suédoise, deux norvégiennes, et du vin blanc sud-africain. Noz est la porte ouverte sur des mondes lointains, j'en profite pour m'instruire.

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mardi 26 décembre 2017

tous ensemble

Je lisais l'autre jour dans une gazette le témoignage d'une femme se plaignant de ce que durant un trajet dans quelque métro bondé, ou bus ou que sais-je, un homme se tenant dans son dos lui appuyait entre les fesses son sexe en érection. Je vois très bien ce qu'il peut y avoir de pénible dans cette expérience désobligeante. Mais j'ai du mal à comprendre que ni la dame, ni la gazette n'ait d'abord l'idée de dénoncer, érection ou pas, la promiscuité indigne à laquelle sont réduits chaque jour des millions de gens, obligés de voyager dans des «transports en commun» qui ne sont rien d'autre que d'ignobles bétaillères. Il y aurait là matière à protester tout autant que contre le harcèlement sexuel, dont on nous rebat les oreilles, mais la médiaterie ne s'en soucie pas.

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jeudi 21 décembre 2017

nous trois

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Lu Nous trois, de Jean Echenoz, trouvaille de boîte à livres (réédition de poche, Minuit Double). Le titre est une référence amusante à la revue Nous deux, j'imagine. C'est l'histoire improbable, mais pourquoi pas, de deux cosmonautes play-boys, qui se trouvent convoiter la même créature, à Paris, en province, et jusque dans l'outre-mer. Je n'en dis pas plus sur ce qui advient. L'ouvrage est très renseigné sur la vie des pilotes de fusées et le destin des satellites, un peu moins sur la Guyane, que l'auteur situe dans la mer Caraïbe (p 125) et où il voit des gavials (159), mais où l'on retrouve le bar des Palmistes (139), qu'avait fréquenté Denis Tillinac. Le livre date de 1992, époque encore proche et déjà si différente, où l'on comptait en francs, où les téléphones avaient des fils, et où internet n'était pas dans l'usage courant. Il y a un charme de cette écriture soignée, dandy, émaillée ici et là d'une tournure popu. C'est un peu agaçant par moments, ceux où un personnage hésite sur la chemise qu'il va choisir sont ceux où j'hésitais à poursuivre la lecture, mais l'ensemble est assez agréable et divertissant.

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mercredi 20 décembre 2017

topor

Topor est tapi dans l'autoportrait.

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mardi 19 décembre 2017

à pau

PAU_64Au moment de me rendre à Pau, je me suis demandé si j'y étais déjà allé, comme il me semblait vaguement, or à la réflexion j'étais bien incapable de dire en quelle circonstance, ni de m'en rappeler le moindre souvenir, d'où il est plus vraisemblable de croire que je n'y avais jamais mis les pieds. Mais enfin c'est chose faite, j'y étais ce week-end. J'ai trouvé à cette ville grise mine, peut-être à cause du temps maussade, froid et pluvieux, qui rendait d'autant plus précieux le chaleureux accueil de nos hôtes. Nous fûmes copieusement nourris, entre autres de mets exotiques comme les huîtres de Marennes, et une curieuse découverte fut celle de la sucrerie locale nommée le Russe, parce qu'on y mettait jadis des amandes importées de Crimée. A l'aller, nous arrêtant à la boulangerie de Sabres, nous nous étions aussi procuré un solide «résinier», bien à mon goût. En me renseignant pour l'occasion, j'ai appris que ce n'est pas par hasard si le nom de Pau est le même que celui du bâton en portugais, car il a ici aussi le sens de pieu, comme ceux que l'on voit sur le blason.

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lundi 18 décembre 2017

rosa mystica

J'ai essayé de lire Rosa mystica, de Louis Calaferte, et n'y trouvant aucun intérêt, j'ai assez vite laissé tomber.

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jeudi 14 décembre 2017

lettres de crad kilodney

cradkilodneyAprès la mort de Crad Kilodney, en avril 2014, j'ai consacré quelque temps à réunir dans un fichier d'ordi tous les messages, essentiellement des e-mails, qu'il m'avait adressés depuis que nous avions fait connaissance. Ce fut ma façon de me recueillir et de penser à lui. Je ne l'ai jamais rencontré en personne mais nous avons correspondu assez régulièrement, pendant les cinq années et demie où nous avons été en relation. Il écrivait avec soin, avec précision, en orthographiant à l'anglaise des mots comme rumour, humour, honour (et non rumor, etc, à l'américaine). Je m'apprête aujourd'hui à rendre publique cette part de mon courrier. En cela j'ai conscience de passer outre à la défense que Crad m'avait faite, le 26 avril 2013, de publier ses lettres. Il faut dire que j'envisageais alors le projet peu raisonnable de consacrer un blog à ma correspondance passive, mais j'eus bientôt renoncé à cette fantaisie indiscrète, qui m'aurait apporté plus de problèmes que de satisfactions. Maintenant que leur auteur n'est plus de ce monde, il me paraît bon de mettre les envois de Crad à l'abri de l'oubli et à la disposition de ses lecteurs fidèles, ou de tout amateur de belles lettres. On me dira ce qu'on en pense.

J'étais entré en contact avec lui à l'automne 2008, après avoir découvert en ligne ses écrits humoristiques, dont je souhaitais traduire certains en français dans mon blog tout d'abord, puis peut-être dans un livre ou plusieurs. De fait, au fil du temps, j'ai traduit une bonne vingtaine de ses écrits, vingt-trois si je ne m'abuse, dans autant de mes Lettres documentaires. Pour le projet d'un livre, Crad m'a longuement suggéré de m'intéresser à Putrid scum (des mémoires, que j'ai bien aimés malgré leur teneur très mélancolique, du temps où il vendait ses livres dans la rue) puis à sa série de versions abrégées et modernisées des pièces de Shakespeare (qui m'attirait moins, parce que j'ignorais les oeuvres originales à quoi les comparer, et que leur teneur en argot m'aurait créé trop de difficultés). Il y eut d'autres projets annexes, mais c'est finalement sa série de faux reportages sur vingt Exotic cities, qui trouva preneur à Paris chez le Dilettante, maison d'édition de Dominique Gaultier, qui leur donna le titre français de Villes bigrement exotiques (paru en avril 2012).

Les questions stratégiques et techniques de traduction ont occupé l'essentiel de notre conversation. Crad m'accordait à ce sujet une importance surnaturelle, peut-être exagérée, voyant dans mon apparition inattendue «l'oeuvre des dieux» (curieusement cet esprit rationaliste, formé aux sciences, avait des conceptions mystiques et se croyait réincarné). Il a toujours répondu très attentivement et parfois drôlement à mes demandes d'éclaircissements (j'ai beaucoup aimé son explication du 8 III 2011, selon laquelle il avait emprunté certaines descriptions au National Geographic et les avait «embellies avec des absurdités»).

Pour le reste, ces lettres donnent une idée de ce que fut l'existence de cet écrivain solitaire et misanthrope, ayant renié sa famille grecque new-yorkaise, exilé et installé depuis des décennies à Toronto, ville dont il disait n'être plus sorti depuis des années. Il vivait seul, passait les fêtes seul, se plaignait de la chaleur en été, et revivait avec le retour du froid en automne (et encore : «L’hiver ici à Toronto est trop doux pour mon goût. Je veux les conditions arctiques! Pour me sentir vivant!» 2-XII-2011). Il n'avait pas d'ordi chez lui et allait travailler presque chaque jour dans un cybercafé. Je n'ai connu qu'après sa mort son véritable nom, Lou Trifon, mais j'ai su assez tôt que Crad Kilodney n'était qu'un pseudonyme. Interrogé quant à son origine, il déclarait qu'il lui était venu d'une inspiration mystérieuse (29 IX 2011). Je n'ai pas eu l'idée de lui demander s'il savait que le prénom ressemblait à l'argot français «crade», c'est à dire «crasseux», et que le faux patronyme Kilodney, d'allure vaguement écossaise, résonnait en français comme «kilo de nez». C'était en tout cas un pseudonyme bien trouvé, sonore et si dépourvu d'homonymes, que les moteurs de recherche conduisent exclusivement à sa personne. J'ai remarqué cette bizarrerie, que Crad affirme (le 6 I 2009) que son anniversaire est le 13 février, alors que Wikipédia le dit né un 1er juin.

Il y a dans ces lettres quelques développements notables, qui pourraient être publiés à part, comme l'histoire de Robert le loser (2 IX 2009), l'exposé sur la question de «Comprendre les classiques» (29 XII 2009) ou son Introduction aux Villes exotiques (26 I 2011) restée me semble-t-il inédite en anglais. Je retrouve avec gêne, au 6 IX 2011, l'interview de lui que j'avais réalisée au moment où il se déclarait candidat à la présidence des Etats-Unis, et que je n'avais osé publier, par crainte de choquer (précaution inutile, ma mauvaise réputation était faite). Parmi les thèmes récurrents, outre sa théorie de la réincarnation, on trouvera à partir d'avril 2011 le procès qui lui était fait parce qu'il refusait d'être désigné comme juré. Et dans les derniers temps, la déclaration répétée qu'à sa mort, ses écrits seraient libres de droit (7 IX 2012, 4 XI, 4 & 30 XII 2013, 1 II 2014).

Crad Kilodney a terminé sa carrière littéraire par une belle nouvelle, plus longue que ses textes habituels, «Dreaming with Jay». A la fin de l'histoire il est question d'une feuille de sassafras. Dans sa lettre du 6 I 2014, Crad confie que sa grand-mère en avait planté un spécimen dans sa cour quand il était né, et que cet arbre était maintenant grand. Je me suis demandé, puisqu'il avait rompu avec sa famille, si la taille de l'arbre était une supposition, où s'il en avait connaissance par quelque biais.

La plupart de ces messages sont des e-mails. J'ai indiqué par la mention «Lettre postale» les rares cas où il m'avait écrit sur papier (et en français), une ou deux fois par an, notamment au moment des fêtes de fin d'année. La mention «Envoi collectif» signale les envois qui ne m'étaient pas adressés personnellement, mais à un cercle de correspondants, comme les canulars qu'il envoyait aux journaux ou à des institutions, et certaines notes concernant son procès ou sa santé.

Voici donc quelques vues sur le «duc de Sherbourne», ses sympathies et ses impatiences, ses enthousiasmes et ses déprimes, ses illusions et ses lucidités : crad_mail 

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mercredi 13 décembre 2017

anthropologie brésilienne

J'ai passé un moment à feuilleter les deux premiers des trois volumes de l'Introdução à antropologia brasileira, d'Arthur Ramos (édition posthume, Rio, 1961-1962). Du même auteur, j'avais déjà lu et peu apprécié, il y a quelques années, son essai sur Le métissage au Brésil, oeuvre où l'érudition incontestable cédait le pas à une propagande pro-métis relevant d'un certain racisme «anti-raciste» (les races sont égales, mais les métis valent mieux). Cette Introdução me paraît plus factuelle, pour ce que j'en ai vu. Dans le deuxième volume, traitant des populations d'origine européenne, je lis p 217 une estimation selon laquelle, dans l'entre-deux-guerres, les Juifs auraient constitué le tiers de la population new-yorkaise, proportion que je n'imaginais pas. Dans le premier volume, portant sur les populations non-européennes (indigènes et africaines) j'apprends enfin une information que j'avais longuement et vainement cherchée, l'origine du nom de la famille linguistique Gé ou Jê (comme il y a une famille Tupi, Arawak, Caribe, etc). C'est le naturaliste allemand von Martius (1794-1868) qui aurait adopté ce terme, ayant le sens de «chef» ou «père» dans les langues de cette famille. J'ai lu plus en détail les chapitres sur les Tupis-Guaranis, certes riches d'enseignements, mais je note qu'Arthur réussit l'exploit de leur consacrer plus de cinquante pages sans dire un mot de l'anthropophagie rituelle, qui n'est tout de même pas un trait culturel anodin. C'est encore un cas de cécité humaniste.

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mardi 12 décembre 2017

épuration

9782253065715FSOn m'a passé L'épuration : 1943-1953, de Herbert Lottman (1986), et j'en ai lu quelques chapitres, notamment ceux de la fin, sur les milieux des Lettres et des Arts. L'auteur est bien renseigné et a le fair-play de révéler ici et là quelques belles saloperies qui ont été perpétrées au nom de la «justice», mais on sent bien que son but principal est de minimiser leur nombre autant que possible. Il est très politicorrect et ne trouve rien de scandaleux, par exemple, au rôle important joué par les communistes dans le flicage et la répression, alors qu'eux-mêmes étaient les collabos d'un régime de terreur bien pourri, et autrement durable que le national-socialisme. Paulhan fut alors un des rares humanistes assez courageux pour dénoncer ce fait avec intransigeance. Sur le même sujet, j'avais lu jadis et mieux aimé, si je me souviens bien, L'épuration sauvage : 1944-1945, de Philippe Bourdrel (Perrin, 1988).

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vendredi 8 décembre 2017

couleur de mes yeux

En y réfléchissant, je me suis avoué que je n'avais jamais été bien sûr de la couleur de mes yeux. On dit qu'ils sont bleus, et c'est assez vrai. J'ai tenté d'y regarder de près, ce qui n'est pas si facile. Mes yeux n'ont pas le bleu évident de certains regards, c'est un bleu vaguement dilué de vert, peut-être de gris. Décidément je n'arrive pas à y voir clair, sur cette question.

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mardi 5 décembre 2017

todorov et la mémoire

J'ai parcouru le livre Entre aspas (entre guillemets) : diálogos contemporâneos, paru à São Paulo en 2006, dans lequel le journaliste brésilien Fernando Eichenberg, installé à Paris, a recueilli les entretiens qu'il a eus au cours des années précédentes avec vingt-sept vedettes culturelles européennes, la plupart françaises. Cela ne m'a pas beaucoup intéressé, dans l'ensemble, mais j'ai bien aimé les propos circonspects de Tzvetan Todorov à propos de la tarte à la crème du Devoir de Mémoire. Je retraduis ce passage : «La mémoire est en même temps la pire et la meilleure chose au monde. La plupart des guerres auxquelles nous assistons sont faites au nom de la mémoire. "Puisque mon grand-père a été tué par ton grand-père, je vais te tuer aujourd'hui". Il en va ainsi de génération en génération. ... Nous voyons de toutes parts des guerres alimentées par la mémoire». Ardue question, car l'oubli n'est pas non plus une solution...

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samedi 2 décembre 2017

papiers collés

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Parce qu'on me l'avait suggéré, j'ai voulu lire les Papiers collés de Georges Perros (1960) et j'en ai emprunté une réimpression récente, de la collection L'Imaginaire. Je dois avouer que si le livre m'attirait par sa forme (une collection de notes plus ou moins brèves) il ne m'a pas conquis sur le fond. Cela dès la préface, où l'auteur estime que l'aphorisme est «comme un pet du cerveau» (p 14). Cette indélicatesse n'étonne qu'à moitié, chez celui qui déclare ailleurs «écrire comme il se mouche», mais elle laisse perplexe, dans la mesure où beaucoup de ses propres notes ne sont justement ni plus ni moins que des aphorismes, si je ne m'abuse. Il est vrai qu'il dit aussi : «Je suis sûrement un type agaçant ... Je n'aime pas ce que j'écris. Mais j'écris» (103). Sur ce coup, je suis deux fois d'accord avec lui : je le trouve en effet agaçant, et je n'aime pas souvent ce qu'il écrit. Par contre, je pense que si on n'aime pas ce qu'on écrit, il vaut mieux ne pas écrire. Nombre de ses notes me sont illisibles car je ne comprends tout simplement pas ce qu'il énonce, soit parce qu'il est trop malin pour moi, soit parce qu'on n'est pas sur la même longueur d'onde. Et parmi celles que j'arrive à lire, peu me convainquent. Il a un goût du paradoxe, et du développement philosophico-poétique nébuleux, auquel je suis allergique. La plupart de ses formules définitives sur l'amour, l'amitié, la femme, l'homme, l'humain, etc, ne me disent pas grand chose. Je regrette qu'il n'y ait pas plus de scènes prises sur le vif, comme la relation d'une conversation amère avec un jeune marin agressif, dans un café (118). Il a le mérite de se méfier du communisme, à une époque où celui-ci était fort en vogue : «Communisme. Pour le moment c'est de la haine pour ceux qui ne le sont pas qui ressort» (102). Pour racheter mes vacheries, je terminerai en citant ce passage, qui m'a plu : «Le moment de bascule. Entre la vie - enfance - et la mort en vue. On vit étant mort, à partir d'un certain âge. Comme on est arrivé, à l'instant même où pour la première fois depuis des semaines, en mer, on aperçoit la terre» (148).

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vendredi 1 décembre 2017

impression

Plus le temps passe et plus mon activité professionnelle, jadis satisfaisante, me donne l'impression de naviguer à vue, à bord d'un rafiot qui tiendrait à la fois du Titanic et de la Nef des Fous. Il faudrait que je songe à me réorienter.

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jeudi 30 novembre 2017

le deuxième sexisme

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Je n'ai malheureusement pas le temps d'étudier avec l'attention qu'il mériterait le livre du philosophe sud-africain David Benatar, The second sexism : discrimination against men and boys (Wiley-Blackwell, 2012) que m'avait signalé mon ami Romain D. L'auteur avait déjà publié un Better never to have been : the harm of coming into existence (2006) dont le titre rappelle le De l'inconvénient d'être né, de Cioran. Dans The second sexism, intitulé par allusion au Deuxième sexe de Beauvoir, Benatar ne s'en prend pas au féminisme, mais s'emploie à établir qu'il existe non seulement des désavantages à la condition masculine, mais en outre des discriminations à l'égard «des hommes et des garçons», cet autre sexisme étant en quelque sorte éclipsé par la cause féministe, et généralement sous-estimé ou ignoré dans le débat public. Il en examine très précisément différents cas, allant de la conscription militaire à l'attribution de la garde des enfants, avec une argumentation soigneuse. Cet ouvrage apporte incontestablement des idées nouvelles, et présente l'avantage d'être écrit en langue normale (mais anglaise) et non en patois philosophique.

Liens pour lire l'article de Wiki sur Benatar, et l'introduction de son livre.

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mercredi 29 novembre 2017

eh oui

J'aime bien ce que vous écrivez, me dis-je de temps en temps (je me parle en me vouvoyant, pour compenser mon manque de reconnaissance sociale). Surtout votre Journal de ces dernières années, ajouté-je pour faire bonne mesure (entre moi et moi, je ne m'emmerde pas). Il manque à vos écrits d'avoir un éditeur, pardi (Ah ça, mon pauvre ami, c'est une autre paire de manches). Allons, allons...

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