Journal documentaire

lundi 24 juillet 2017

usa

Les USA sont dans Lausanne et dans Jérusalem.

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dimanche 23 juillet 2017

ma vie palpiteuse

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J’avais envisagé de participer à la brocante qui se tient aujourd’hui au Plan d’eau de Saint-Jean d’Angély, j’avais même réservé une place par téléphone, mais le temps incertain me faisait hésiter et finalement hier soir j’ai rappelé pour me décommander. J’ai bien fait, car en fait il a plu par intermittences dès ce matin, et je peux traîner tranquillement au lit.

Je n’ai rien accompli de bien mémorable pendant la dizaine de jours déjà passés ici, que les petites besognes de rangement et de nettoyage, qui ne sont d’ailleurs pas les moins aimables. Allées et venues dans la maison, le jardin et les bois. Siestes, courses, etc.

Un jour j’ai trouvé dans un bois une petite plume bleue d’aile de geai, il y avait longtemps que je n’en avais vu, et un autre jour dans le jardin une plume noire et blanche qui d’abord m’a intrigué, puis je j’ai attribuée à une huppe, en repensant au moment où une escadrille de trois huppes avait atterri sur la pelouse. A cette occasion je suis retourné voir la vingtaine de plumes que j’avais collectionnées jadis dans un petit album à photos, très pratique pour cet usage. Il paraît que ces albums, dont les feuilles sont des protège-documents de format carte-postale, se vendent de moins en moins, du fait des progrès de la photo numérique. Je garde une sympathie particulière pour la première de ces plumes, une de pivert, trouvée près d’un lac de Dordogne il y a peut-être un quart de siècle.

J’ai été accablé d’une invasion de fourmis, qui tenait meeting dans un coin de ma cuisine. La colonie comprenait de petits individus très mobiles et d’autres plus grands, dotés d’ailes et moins vifs. Très vite il m’est apparu que la seule solution était le génocide. Je l’ai pratiqué au moyen d’un aspirateur. Elles sont réapparues le lendemain, moins nombreuses, et je suis repassé à l’attaque. Depuis lors il semble que la paix règne.

Récemment un copain m’a confié qu’il s’était mis à collectionner les cent premiers volumes de la collection Le Livre de Poche, dans leur édition vintage. J’aime beaucoup cette idée. J’attendais d’être de retour ici pour voir si je n’en avais pas un, que pourrais lui offrir, mais ce n’est pas le cas.

J’ai voulu me défaire d’un vieil évier en céramique blanche, de 61 x 52 x 13 cm, qui traînait depuis longtemps sous le hangar, et dont il paraissait sans cesse plus évident que je ne ferais jamais rien. Je ne voulais ni le jeter, ni essayer de le vendre. Je l’ai offert gratis sur la page Facebook «Bric à brac dans le 17, vendez se que vous voulez» (sic) où il n’a intéressé personne. Le lendemain je l’ai proposé sur le site Recupe.net et le jour même il a été emporté par un jeune homme, qui retape une maison avec sa femme à Bernay-Saint-Martin. En en parlant le soir avec Derek, il m’a dit que ces vieux éviers carrés sont prisés en Angleterre, où on les nomme «butler sink», c’est à dire évier de sommelier, ou de majordome. Mais pas de regret, le voyage n’aurait pas valu la peine.

Le plus beau spectacle de ces derniers temps a été pour moi la vision fugace d’un beau cheval. J’étais en train d’abreuver le jeune peuplier blanc que je bichonne à la Rigeasse, et qui souffre facilement de la soif, quand au bout du chemin est apparu ce cavalier sur sa monture. Ils se sont approchés et se sont arrêtés un instant, en passant à mon niveau. Le cavalier était une cavalière souriante, dont je distinguais mal les traits, car elle portait une bombe et des lunettes noires. Le cheval était de petite taille, peut-être ce qu’on appelle un poney, avec une magnifique robe blanche tachetée de noir. J’en étais sans voix et je n’ai su que dire Bonjour, à quoi la dame a répondu de même, sans que je distingue, là encore, si la voix était française ou étrangère, comme on m’a ensuite dit qu’il se pouvait. Puis ils se sont remis en marche et se sont éloignés. J’aimerais avoir la chance de les revoir.

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vendredi 21 juillet 2017

claude rich

J'aimais bien l'acteur Claude Rich, qui vient de disparaître, hélas, mais à 88 ans, c'est une belle course. Il avait le genre de maintien qui me plaît. Je n'ai de lui qu'un seul souvenir personnel, je l'avais croisé alors qu'il chinait aux Puces de Saint-Michel, un dimanche matin, dans les années 80 ou 90. Il était chic, en chemise blanche, le col ouvert.

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lundi 17 juillet 2017

mes occupations

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Hier j’ai trouvé l’énergie d’accomplir quelques gestes pour tâcher de m’arracher au marasme estival. J’ai rangé mes vêtements, j’ai pris ma première douche depuis trois jours, et je me suis rasé. A part ça je n’entreprends rien de sérieux mais j’essaye au moins de me livrer à de petites besognes utiles, pour ne pas perdre mon temps. Je désherbe une bordure, je démousse un bout de trottoir, je monte dans les bois chercher quelques bûches, je fends les plus grosses en deux et je les range dans mon bûcher de proximité. Hier soir j’ai passé quelques heures à regarder des documentaires sur Staline, en anglais, sur YouTube (celui-là, par exemple). Le dernier était une comparaison du destin parallèle de Staline et Hitler, le destin peu marxiste d’hommes nés fort pauvres, parvenus aux sommets de pouvoirs tyranniques. Un détail frappant est qu’ils auraient coexisté quelque temps non loin l’un de l’autre, à Vienne, en 1913 je crois (en voulant vérifier, je ne trouve rien qui confirme cette coïncidence). Depuis mon arrivée j’ai aussi passé une autre soirée à chercher des documentaires, cette fois sur la préhistoire. C’était plus laborieux. Souvent on sent dès les premiers instants, à la musique idiote, au ton de la voix off, que l’émission ne s’adresse pas vraiment à des adultes. Il y a aussi les moments où l’on sent venir les gros sabots de l’idéologie, quand on nous explique d’un air entendu que l’homme de Néandertal prisait la diversité, et pour ainsi dire faisait barrage au Front National, j'exagère à peine. Heureusement YouTube a sa commodité, il suffit de cliquer sur une des options proposées en marge, pour passer instantanément à autre chose. Finalement les docus les plus intéressants que j’ai trouvés ce soir-là étaient aussi les plus austères dans la forme, de simples conférences d’universitaires derrière un pupitre. J’admire leur science à repérer que tel menu fossile est l’os de telle phalange de tel orteil, et les déductions qu’ils parviennent à en tirer. Sur la question de Néandertal, j’ai l’impression qu’on ne sait toujours pas au juste s’il n’était qu’une race d’homme, ou une espèce à part. Il reste encore beaucoup à découvrir dans ces domaines, et qui sait quels beaux génocides retrouvés dans l’Eden. Mais on ne connaîtra sans doute jamais le nom des Hitler ou des Staline des cavernes...

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dimanche 16 juillet 2017

saint Maritin

Ce matin, en feuilletant un site d’illettrés, j'y vois mentionné «le bon saint Maritin», qui fera ma joie de la journée.

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samedi 15 juillet 2017

en vacances

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Mon départ en vacances, et surtout mon arrivée à destination, me donne l’habituelle sensation de découragement. Me voilà sur place depuis avant-hier, avec la flemme de ranger mes bagages, et d’attaquer la longue liste de tâches domestiques, sylvicoles et intellectuelles que je me suis assignées. Au moins ne suis-je pas accablé de chaleur, il fait même plutôt frais, c’est déjà ça. Seigneur, accordez-nous un été bien pourri, afin que nous puissions enfin nous reposer.

Je suis allé voir comment allaient mes deux derniers, le petit châtaignier replanté au Désert et une touffe de figuier plantée à la Rigeasse, que j’avais retrouvés moribonds à ma dernière visite, suite aux violentes chaleurs de juin. Le figuier paraît bien reparti, mais le châtaignier a l’air mort. Comme il a déjà ressuscité une paire de fois, je ne perds pas tout espoir, mais il faudra sans doute attendre l’an prochain pour voir ce qu’il en est.

Le président Macron, dont je n’attendais rien de bon, m’a quand même réservé quelques bonnes surprises. Entre autres il a pris pour ministre de l’Education nationale un type qui n’a pas l’air d’être un rigolo, alors que depuis des lustres le poste n’avait précisément été occupé que par des rigolos, avec les résultats que l’on sait. Cela redonne un peu d’espoir. Par ailleurs le président vient d’inviter à Paris son homologue américain, montrant ainsi qu’il tient Donald Trump pour un interlocuteur fréquentable, ce qui doit bien embarrasser la médiaterie, qui ne parle de Trump que pour lui dégueuler dessus. Et comme tout ce qui embarrasse la médiaterie me met de bonne humeur, je profite de l’occasion.

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jeudi 13 juillet 2017

richard long

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En fin d’après-midi, hier, pour ma dernière soirée bordelaise de la saison, je suis allé voir deux des oeuvres de Richard Long dont on inaugurait l’exposition en ville, son Stone field à l’Espace Saint-Rémi et sa Cornwall slate line au Grand Théâtre. Avec mon esprit chagrin, je ne pouvais m’empêcher de me demander combien avaient coûté ces installations, et aux frais de qui (sur ce dernier point, j’ai ma petite idée). Mais j’aime beaucoup l’oeuvre très originale de cet artiste, pour qui j’ai grande estime. Il était présent dans les deux lieux, et j’étais content de le voir en personne. Un homme de haute taille, avec l’air sérieux que je lui imaginais, et encombré d’un sac à dos, d’où dépassait une bouteille d’eau. Le Grand Théâtre promettait un pot, mais il fallait d’abord se taper le baratin des autorités culturelles et je n’en ai pas eu la patience, je me suis éclipsé vers ma tanière des Chartrons.

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mercredi 12 juillet 2017

parmi les meilleures

Je compte parmi les meilleures heures de ma vie celles passées accroupi dans un coin de jardin, derrière un cabanon, à trier des pots de fleur ou des bouts de bois, et autre menu ménage.

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vendredi 7 juillet 2017

parmi les aigles

Entendu cette phrase, en rêve : «Un homme aime le désordre parmi les aigles».

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mercredi 5 juillet 2017

prolétaire et patronne

La femme est la "prolétaire du prolétaire", à ce qu'on raconte, sauf quand elle est plutôt sa bourgeoise, voire carrément sa patronne...

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mardi 4 juillet 2017

haïku inspiré

Un génie, un djinn,
Tapi sous mon oreiller,
Me souffle une idée.

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vendredi 30 juin 2017

au temps du boeuf

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Le souvenir vague mais certain d’avoir aimé jadis Le sabbat, de Maurice Sachs, et sa Chasse à courre, m’a encouragé dernièrement à lire Au temps du boeuf sur le toit, qu’un esthète recommandait sur le net, et qu’une fée bienveillante a eu la gentillesse de m’offrir (dans l’édition des Cahiers Rouges, Grasset). C’est une chronique du Paris nocturne et festif, bourgeois et bohème, des années de l’après-guerre, allant de juillet 1919 à octobre 1929. Le livre bizarrement construit se présente comme un journal irrégulièrement tenu, dans lequel les deux premières années, 1919-1920, occupent à elles seules presque la moitié du volume (avec visiblement un petit cafouillage chronologique au début de la deuxième année, où les dates du 3 et du 4 «décembre 1919», placées entre celles des 1er et 10 janvier 1920, doivent plutôt être celles des 3 et 4 janvier). Après quoi l’auteur, ayant laissé tomber son journal entre temps, passe tout d’un coup, page 118, à l’an 1928. Mais le reste du livre n’est pas seulement consacré aux deux années restantes, 1928-1929, car en compensation l’auteur y copie aussi, sur quatre-vingt pages (153-232) les notes prises par un ami pendant les années manquantes. Le nom de ce proche, Blaise Alias, porterait à croire qu’il n’est autre que Maurice lui-même, mais alors on comprend mal ce qu’apporterait l’artifice de procédure. Sachs évoque dans ce livre sa vie de gosse de riche, ses fêtes et ses bals, ses divertissements et ses fréquentations, jusqu’à la fin où l’on devine que sa vie va devoir changer, sa famille ayant été ruinée par la crise de 29. Je dois avouer que l’ensemble m’a paru assez fade et inconsistant, sauf en quelques points. J’aime bien sa réflexion désabusée sur l’art moderne, dont sans cesse «l’audace» devient «routine» (p 66). J’aime beaucoup la visite à Jean Cocteau (97-98) dont il retient force détails pittoresques, comme ces «cannes rapportées d’Angleterre après, dit la légende locale, qu’on les a vues en songe dans une boutique anglaise où l’on fut les chercher», et l’impression qu’il «n’a rien écrit, qui vaille une demi-heure de sa conversation». Il y a une longue et belle phrase qui s’étend ininterrompue sur deux pages (145-147) dans laquelle une foule de personnages sont esquissés, chacun en quelques traits ou un seul. On sourit à la remarque politique selon laquelle «Il y a un mouvement républicain anticommuniste qu’on appelle le fascisme» (184) ou à la citation d’un slogan commercial amusant : «Grâce au rasoir de sûreté Gillette, une lady décolletée a toujours les dessous de bras blancs et veloutés» (191). Mais au bout du compte, la pêche est maigre.

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jeudi 22 juin 2017

sur Breivik et 2083 (5/5)

La troisième et dernière partie ou Livre 3 (Book 3) intitulée «A declaration of preemptive war» (Une déclaration de guerre préventive) s’étend sur 753 pages (766-1518) en 162 chapitres. C’est la plus longue, la plus composite, et par endroits la plus personnelle. Il apparaît dans cette partie comme dans les autres et peut-être plus encore, un contraste entre la volonté d’ordonner, de répartir la matière avec soin dans de multiples chapitres et sous-chapitres, et la confusion des retours et des redites. Certains chapitres sont d’ailleurs signalés comme étant de simples brouillons, ou en chantier. Breivik ouvre cette partie par une curieuse déclaration selon laquelle tout ce qui suit peut ou doit n’être considéré que comme une fiction, une politique-fiction dans laquelle il explore, parfois très en détail, ce qui pourrait advenir si en effet la situation de l’Europe évoluait vers une guerre de civilisation. Il déconseille aux combattants de s’en prendre directement aux musulmans mais recommande de s’attaquer à l’establishment multiculturaliste. Il envisage toutes sortes d’actions terroristes, allant des «simples» explosions jusqu’aux attaques chimiques (ch 3.55) ou nucléaires (ch 3.56), inventorie des cibles potentielles, donne des explications techniques, tout en présentant son camp comme «nous les conservateurs culturels modérés»! (p 1242) Il imagine certaines conjonctures, par exemple l’état de la France en 2069, à la fin de la deuxième phase de la guerre : «Population de 120 millions d’habitants, dont 60 millions de musulmans. L’intégration et l’assimilation de la majorité des musulmans a échoué. Il y a maintenant quatre grandes enclaves musulmanes dans différentes régions. Le pays est en faillite depuis 2060, le taux de chômage est de 30 % (60 % chez les musulmans). Plusieurs milices musulmanes se sont formées, ainsi que des groupes ultra-nationalistes français. (…) Il y a chaque semaine des attaques terroristes contre les civils français et d’autres cibles (…) Plusieurs organisations musulmanes demandent l’autonomie, et le droit d’appliquer la charia…» (p 1290). Il établit une typologie des traîtres («marxistes traditionnels, marxistes culturels, humanistes suicidaires, carriéristes cyniques, capitalistes globalistes», p 804) qu’il répartit en traîtres de catégorie A, B et C, et fixe les châtiments applicables après la victoire, allant jusqu’à la peine de mort avec confiscation des biens (p 930 sq). Il calcule qu’il y a en France 65650 traîtres de catégorie A (p 932). Il prévoit pour la population musulmane un programme draconien d’assimilation (conversion, changement de nom, interdiction de la langue arabe, etc) sous peine d’expulsion (avec toutefois une indemnisation financière, p 809 sq). Entre ses prophéties hyper-réalistes et ses visions délirantes, il réussit à l’occasion quelques traits d’humour noir, ainsi lorsqu’il envisage une «attaque au lance-flammes du barbecue annuel du parti socialiste» (p 943), ou quand il pastiche le folklore des anciens combattants en énumérant les multiples distinctions et récompenses à attribuer aux combattants méritants, dont le titre de «Destructeur distingué du marxisme culturel» (p 1078, j’avoue que cela m’a fait sourire). On remarque à ce propos un aspect néronien de la personnalité de Breivik, cet incendiaire esthète, qui décrit avec complaisance les diverses décorations, médailles, rubans et insignes, dont il montre des exemples tirés de sites spécialisés. Mais avant que la guerre soit finie, il faut d’abord la déclencher. Il ne voit pour cela rien de mieux que «la terreur comme moyen de réveiller les masses» (ch 3.22) sans trop se demander si la terreur n’aura pas à l’inverse l’effet de les épouvanter et de le discréditer. Il compte agir comme chevalier de l’ordre des Templiers, qu’il prétend avoir refondé à Londres en 2002 avec quelques autres personnes, qu’il s’abstient de citer sous prétexte de protéger leur anonymat (ch 3.12). Selon lui l’organisation ressuscitée a pour but de défendre l’Europe chrétienne, reprendre le pouvoir, chasser l’islam, détruire le marxisme culturel et châtier ses crimes (ch 3.12, 3.20). Il s’arrange comme il peut avec l’idée que le genre d’action qu’il prépare n’est pas très catholique. On comprend que lui-même n’a pas vraiment la foi mais se sert plutôt de la religion chrétienne comme d’une sorte d’étendard culturel (ch 3.139). Toutefois il admet étrangement croire aux anges (p 1333). Entre autres détails curieux, il imagine, en cas de survie à son action, et donc de procès, le discours qu’il tiendrait, discours dans lequel, citant des exemples historiques célèbres, il prend la défense de Sitting Bull contre le général Custer (p 1107, 1110). 

Il y a vers la fin du livre deux chapitres singuliers, qui sont les plus personnels et les plus longs, une soixantaine de pages chacun. Tout d’abord le chapitre 3.153, qui se présente comme un entretien avec «un» chevalier justicier de l’ordre du Temple, dont on comprend bientôt que ce n’est nul autre que l’auteur lui-même. Une autre surprise est que malgré le tour réaliste des propos rapportés, par exemple une réponse commençant par «C’est une bonne question...», on devine peu à peu que c’est une fausse interview réalisée en fait par lui seul. La motivation narcissique apparaît quand, après diverses considérations politiques, Breivik se met tout simplement à raconter sa vie et à parler de ses goûts personnels, dans tous les domaines (parmi ses préférences, p 1406-1407, les chemises Lacoste, la bière Budweiser tchèque, le cocktail Red Bull + Absolut). C’est divertissant. L’autre long chapitre personnel (3.154) est le journal qu’il a tenu pendant les mois précédant l’attentat. Pour disposer d’un local où préparer discrètement une bombe, et pour pouvoir se procurer des produits chimiques explosifs, il a l’idée de créer une société agricole, de louer une ferme et de faire semblant de vouloir cultiver des betteraves. Il y a de longs passages techniques assez ennuyeux, et parfois un peu de suspense, quand il décrit les risques auxquels il s’expose en manipulant les produits dangereux, ou quand arrivent des visiteurs inattendus. Je ne sais ce qui est vrai, dans tout ce qu’il raconte. Il y a un épisode douteux où, après avoir repéré sur Google Earth une région isolée en forêt, il s’y rend au prix d’un trajet de plusieurs heures en voiture, pour enterrer à deux mètres de profondeur une valise dans laquelle il a enfermé son armure pare-balles et divers matériels (pourquoi aller si loin? peut-on vraiment creuser la terre avec juste une pelle et sans pioche, comme il dit? p 1420) Il y a un étrange contraste entre la gravité des activités et le ton parfois juvénile enjoué (il ponctue ses propos de «lol» et termine certaines phrases par des signes graphiques dessinant des visages). Sa dernière note est datée à 12:51 le vendredi 22 juillet 2011, le jour même des attentats (la bombe d’Oslo explosera à 15:26).

Le compendium se referme, après des glossaires, sur sept photos en couleurs de Breivik, dont une où il apparaît habillé en franc-maçon, une en uniforme d’officier décoré, une en combinaison chimique, et une en tenue de combat. Narcissisme et goût de la violence, on en revient là.

Je conclurai ici ce reportage sur une oeuvre curieuse, intéressante sans être passionnante, où l'on trouvera quelque matière à méditer si l'on ne se perd dans la masse. Oeuvre d'un possédé, pas sot mais fou à lier.

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mercredi 21 juin 2017

sur Breivik et 2083 (4/5)

La première partie ou Livre 1 (Book 1) longuement intitulée «What you need to know, our falsified history and other forms of cultural marxist / multiculturalist propaganda» (Ce que vous devez savoir (sur) notre histoire falsifiée …) s’étend sur 241 p (38-278) en 30 chapitres. Elle est essentiellement consacrée à l’islam. Breivik examine d’abord en quelques pages le «négationnisme» dont bénéficierait l’islam en Occident, où l’Orient est en général présenté comme une victime perpétuelle de l’impérialisme européen, et où la propagande pseudo-historique inspirant les livres scolaires passe sous silence ou estompe les invasions, persécutions et massacres perpétrés par les musulmans. Il est vrai que l’idéologie multiculturaliste tend à ne dire que du mal de l’Occident, et que du bien des anciens pays colonisés. L’auteur présente ensuite les principes et les particularités de l’islam (le prophète, le Coran, les sourates bénignes de la Mecque et les belliqueuses de Médine, etc). Enfin la plus grande part de ce Livre 1 étudie l’histoire de la guerre de conquête à peu près incessante que le monde musulman a menée contre le reste du monde, en particulier contre la chrétienté. Là encore le matériau n’est pas très original, ni exempt de redites, ni très clairement ordonné, mais on dispose d’un assemblage d’exposés assez bien faits sur divers points de l’histoire du pourtour méditerranéen et du Proche Orient (Andalousie, croisades, Chypre, Arménie, Grèce, Turquie, Liban, Bosnie, Kosovo, etc, dont 15 pages sur la seule bataille de Poitiers, par exemple). Plusieurs spécialistes et polémistes sont cités plus ou moins longuement (Fjordman, Marc Steyn, Serge Tirfkovic, Robert Spencer, Bat Ye’or, Abdullah Al-Araby, Walid Shoebat et alii). (Il y a un problème technique, le bas de la page 137 (chapitre 1.11) n’étant pas poursuivi à la p 138, mais repris à la p 140 (ch. 1.12)).

La deuxième partie ou Livre 2 (Book 2) sobrement intitulée «Europe burning» (L’Europe en flammes) s’étend sur 485 pages (280-764) en 107 chapitres. Elle rassemble toute une série de réflexions au sujet des problèmes auxquels l’Europe a été confrontée dans le passé récent et dans l’actualité. Il y a des critiques appuyées de l’idéologie multiculturaliste de l’Union européenne, accusée de favoriser l’immigration, et par conséquent l’islamisation du continent, mais aussi contre le «marxisme culturel» en général, contre le féminisme, etc, un examen des actions ennemies (jihad, terrorisme) et un passage en revue des organisations identitaires et conservatrices. C’est dans cette partie qu’apparaît singulièrement l’importance du blogueur norvégien Fjordman, dont trente-cinq articles sont reproduits in extenso. Cette présence évidente de Fjordman a été pour lui un sujet d’embarras sérieux, après les attentats, car la médiaterie unanime s’est empressée de l’assimiler au terroriste Breivik, ce qui était abuser. Fjordman est un polémiste talentueux, dont certes un sujet de prédilection est la dénonciation des dangers de l’immigration de masse et de l’islamisation, mais qui n’a jamais appelé quiconque à perpétrer des exploits insensés comme ceux dont Breivik s’est rendu coupable. Dans les vues radicales qu’il expose, Breivik envisage la future déportation des musulmans d’Europe (chapitre 2.104).

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mardi 20 juin 2017

sur Breivik et 2083 (3/5)

2083 s’ouvre sur un avant-propos de sept pages (3-9) intitulé «About the compendium». L’auteur y annonce les principaux sujets qu’il abordera (la critique de l’idéologie du politiquement correct, qu’il nomme plus souvent marxisme culturel ou multiculturalisme, et la lutte contre la colonisation musulmane de l’Europe, que le multiculturalisme favorise) et donne quelques indications techniques. Il déclare avoir consacré quelque neuf ans à préparer son projet (sans dire que ledit projet doit aboutir à un attentat), dont cinq années à étudier et à accumuler des ressources financières (le jeune surdoué semble avoir exercé son sens des affaires dans le commerce en ligne) et trois passées à temps plein à compiler et à rédiger son «compendium». Il estime y avoir investi 317.000 euros, dont 130.000 versés de sa poche, et 187.500 qu’il considère avoir perdus en arrêtant de travailler pour se vouer à son entreprise spéciale (4, 8. On remarquera régulièrement dans l’ouvrage un penchant pour la quantification (de l’argent, du temps, des matériaux, etc)). J’ai calculé que cela représentait 62500 euros par an, et donc un revenu mensuel supérieur à 5000 euros, ce qui n’est pas invraisemblable. Il dit s’apprêter à envoyer son texte aux quelques milliers de personnes dont il a obtenu l’adresse e-mail par Facebook et déclare que le compendium est sans copyright et peut être reproduit librement. Très au fait des moyens de communication actuels, il appelle ses lecteurs à diffuser son ouvrage sur tous les torrents, blogs, sites, réseaux sociaux et forums possibles, ainsi qu’à le traduire (6). Il précise avoir choisi la forme d’un fichier Word plutôt que d’un pdf car ainsi le fichier est plus léger, plus maniable et plus facilement éditable (mais c’est sous la forme d’un pdf que je l’ai trouvé en ligne) (On le trouve encore facilement en requérant dans Google "2083 pdf"). Il fournit même des conseils détaillés pour lire son texte sur Kindle ou pour l’imprimer par les services de «print on demand», etc (7). Il prévient que l’anglais n’étant que sa seconde langue, il peut y avoir des erreurs dans le texte (il y en a, en effet, même s’il maîtrise la langue remarquablement : on ne trouvera pas là un style recherché, mais une grande clarté d’expression). Breivik signe son avant-propos en présentant de nouveau son nom anglicisé en Andrew Berwick, et en s’attribuant le titre de chevalier templier d’Europe.

L’Introduction au compendium 2083 tient sur 27 pages (11-37) dans lesquelles sont examinés l’histoire et les différents aspects de l’idéologie politiquement correcte qui règne sur les universités, les médias, l’industrie des loisirs et les mentalités en général depuis l’après-deuxième-guerre-mondiale, et plus encore depuis les années 60. Pour qualifier cette idéologie, Breivik reprend l’expression de marxisme culturel, désignant un marxisme non plus limité au seul domaine économique mais reconnaissant et privilégiant l’importance du facteur culturel. Cet exposé n’est pas très original, puisque ses éléments peuvent être aisément retrouvés ailleurs, mais il donne un assez bon aperçu des différents courants de pensée englobés dans cette idéologie (relativisme culturel, multiculturalisme, anti-christianisme, racisme inversé, homosexisme, féminisme, théorie du genre, etc) et présente des portraits intellectuels des principaux maîtres à penser de ce mouvement (Gramsci, selon qui il fallait détruire la mentalité chrétienne des ouvriers pour en faire des révolutionnaires, Lukacs, communiste éminent quoique fils de banquier, Reich le freudo-marxiste fou furieux, Fromm, Adorno, Marcuse, et d’autres) dont la plupart se rattachent à l’Ecole dite de Francfort. Il y a vers le début une page bien tournée (12) où l’auteur imagine ce que serait l’effroi d’un homme occidental des années 50, habitué à un climat de sécurité et de courtoisie, s’il se trouvait soudain plongé dans le monde actuel, marqué par la violence, la pornographie, la drogue et la crasse. Il y a çà et là de bons mots, peut-être originaux, comme cette observation que bien des campus sont devenus «de petites Corées du Nord couvertes de lierre» (14). Sur ces questions de civilisation, je me sens moins conservateur qu’AB, parce que tout en déplorant l’entreprise de démolition systématique de la culture traditionnelle par le marxisme culturel, je reconnais la légitimité de la critique. Le problème étant que la critique marxiste-culturelle tend à s’imposer comme elle-même incriticable, comme une idéologie qui n’admet pas que la remise en cause puisse à son tour être remise en cause.

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lundi 19 juin 2017

sur Breivik et 2083 (2/5)

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Le compendium de Breivik est donc un document volumineux : 1518 pages (un avant-propos, une introduction, trois parties totalisant 299 chapitres). Aurait-il pu être plus bref? Oui. En recherchant quelques mots de certain passage, qu’il me semblait avoir vu répété, j’ai constaté que ledit passage était reproduit trois fois dans le texte, qui n’est donc pas exempt de redites, et depuis j’en ai trouvé d’autres. C’est dommage, parce que cette dimension démesurée décourage la lecture plus qu’elle n’y incite, et désoriente celui qui s’y aventure. Comme en outre il n’y a pas de table des matières, un de mes travaux d’approche a été de feuilleter l’ouvrage pour en constituer une. Dans cette somme sont compilés des exposés historiques et des analyses politiques, dont de nombreux articles et fragments empruntés à d’autres auteurs, et aussi des renseignements sur la personnalité de Breivik lui-même et la préparation de l’attentat.

Le titre choisi peut s’expliquer de deux manières. D’une part, constitué d’une simple date située dans un futur menaçant, il fait penser au 1984 de George Orwell, auquel il semble faire écho (2083, c’est 1984 plus un siècle, moins un an). Orwell est cité une douzaine de fois au fil des pages, et si son roman 1984 n’est mentionné qu’une seule fois, c’est comme premier de la liste des dix livres préférés de Breivik (1407). D’autre part, celui-ci se réfère plusieurs fois à l’année 2083 comme devant être la date-butoir à laquelle la «guerre civile européenne» opposant l’Occident et l’islam, touchera son terme. Dans une vision prophétique, il assure que cet affrontement aura traversé trois phases : 1999-2030, 2030-2070, et 2070-2083 (voir p 803, 1257, 1351 et autres). Pourquoi précisément l’année 2083, et non la suivante ou la précédente? Visiblement pour faire écho à 1683, année de la défaite des Ottomans devant les murs de Vienne, marquant l’arrêt de la seconde vague de Jihad, celle des Turcs, comme 732 avait marqué l’arrêt de la première, celle des Arabes. Les mauvais esprits verront dans cette anticipation hasardeuse la marque du délire ou de la naïveté. (Les conspirationnistes examineront aussi son hypothèse plus raisonnable de la p 114, selon laquelle Ben Laden aurait choisi la date de l’attentat du 11 septembre 2001 en référence à celle du 11 septembre 1683).

La page de titre comporte en outre une croix de saint Georges rouge, pattée, et un sous-titre («A European Declaration of Independence», soit Une déclaration d’indépendance européenne : c’est là le titre d’un article de Fjordman, reproduit in extenso au chapitre 2.93, p 717-722, protestant contre la dictature immigrationniste exercée par l’Union Européenne et réclamant son abolition). Suivent deux formules latines. La première, «De Laude Novae Militiae» est le titre d’un texte écrit dans les années 1130 par le moine cistercien saint Bernard de Clairvaux (en français Eloge de la nouvelle chevalerie, en anglais In praise of the new knighthood). La seconde, «Pauperes commilitones Christi Templique Solomonici» (Pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon) est le nom complet de l’ordre du Temple, organisation militaire et religieuse des Templiers (en anglais Knights Templar), qui exista du XIIe au XIVe siècle, et qu’AB prétend réincarner (il en parle notamment aux pages 812 sq). Enfin cette première page porte une signature avec une forme anglicisée du nom de l’auteur et une localisation imaginaire («By Andrew Berwick, London - 2011»).

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dimanche 18 juin 2017

sur Breivik et 2083 (1/5)

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Le franc-maçon norvégien Anders Breivik s’est rendu célèbre en perpétrant un double attentat terroriste, le 22 juillet 2011. Il était alors âgé de 32 ans. Militant nationaliste, anti-immigrationniste et surtout anti-musulman, mais par ailleurs anti-nazi et judéophile déclaré, il préparait son coup en solitaire depuis des années. Il aurait pu y laisser la peau, et concevait son action comme un possible sacrifice, une mission suicidaire. L’attentat patiemment préparé fut une réussite à sa façon : beaucoup de victimes (77 morts, et les blessés), beaucoup de bruit. Mais pour quels résultats, à part ça? S’il s’agissait de déclencher un vaste embrasement guerrier, cela n’a fort heureusement pas marché, et il ne s’est pas trouvé grand monde, parmi les nationalistes consternés, pour suivre un tel exemple. L’assaut mené par Breivik est absurde à divers égards. La logique consistant à protéger son peuple en massacrant 77 de ses compatriotes, soit à pratiquer la barbarie pour défendre la civilisation, convainc mal. On observera que la première partie de l’attentat, l’explosion d’une bombe au centre d’Oslo, pouvant tuer aléatoirement quiconque n’avait que le tort de se trouver dans les parages, aurait aussi bien pu atteindre, s’il était venu à passer par là, le polémiste anti-musulman Fjordman, dont Breivik ne se cache pas d’être fan. De même la seconde partie, qui a consisté dans le mitraillage de jeunes travaillistes réunis en congrès sur l’île d’Utoya, et coupables d’être supposés pro-Palestiniens, «donc» pro-musulmans, a-t-elle pu compter parmi les victimes quelque futur Fjordman potentiel, puisque celui-ci avait entrepris sa vie politique en militant dans cette mouvance. Enfin il faut considérer que la cause légitime, de ceux qui s’inquiètent des désastres de l’immigration massive et incontrôlée, et de l’islamisation des sociétés occidentales, ne peut qu’être discréditée par une action aussi indéfendable, dans laquelle je vois surtout à l’oeuvre la combinaison fatale de l’appétit de tuer, toujours heureux de se trouver des prétextes, même les plus discutables, et du narcissisme démesuré de celui qui a besoin de se faire remarquer à tout prix. Un but de Breivik était aussi que son exploit fasse de la publicité à son «compendium» intitulé 2083, l’énorme somme dans laquelle il a compilé toute la documentation et l’argumentation étayant son point de vue, et qu’il a envoyée par e-mail à quelques centaines ou milliers de destinataires dans les heures précédant son passage à l’acte. Malgré mon désaveu total de ses exactions, je ne trouve pas sans intérêt ce long document, dont je possède depuis quelques années une version en pdf, que je n’avais pas encore eu la patience d’explorer. J’ai passé de longues soirées depuis cet hiver à le parcourir, à le lire par endroits, et à en tirer les notes que voici. 

(J’ouvrirai ici une parenthèse pour signaler que pendant ce temps j’ai eu par ailleurs l’occasion de consulter l’article que Richard Millet a consacré à un «Eloge littéraire d’Anders Breivik», texte de dix-huit pages paru en 2012 à la suite d’un autre, donnant son titre au petit volume Langue fantôme (éditeur P-G de Roux) dont je dirai quelques mots. S’il m’est arrivé d’apprécier les écrits de Millet, j’ai du mal à le suivre sur ce sujet. Il déclare et répète qu’il «n’approuve pas les actes commis», mais on voit bien qu’il ne les désapprouve pas vraiment non plus, car il se dit «frappé par leur perfection formelle, donc … par leur dimension littéraire, la perfection, comme le Mal, ayant toujours peu ou prou à voir avec la littérature». Pour ma part, n’étant pas de ceux qui rangent l’assassinat parmi les beaux-arts, je ne sais apprécier la perfection dans le crime, et je ne vois pas ce qu’elle aurait de nécessairement littéraire, il y a là une équivalence qui m’échappe. Par contre Millet fait peu de cas du compendium, dont il juge que «les naïvetés, le caractère composite, la culture Wikipédia, ne sont pas difficiles à souligner, et le rendent indigeste, quoique non dénué d’intérêt par endroits». Je souscris en partie à ces observations, mais je constate qu’en somme leur auteur trouve plus d’attrait aux actes qu’au texte, et que mon point de vue est à l’inverse. Par ailleurs il doute de la «folie» de Breivik (il met au mot des guillemets), moi pas.)

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samedi 17 juin 2017

peur enfantine

Enfant j’ai vécu avec l’épouvante de la Guerre, avant même de savoir que ce que j’entendais par là était plus précisément celle que l’on appelle la deuxième Guerre mondiale. Je n’y pensais certes pas sans arrêt, simplement ce spectre restait tapi à l’arrière-plan de mon paysage mental. J’étais pourtant né plus de dix ans après qu’elle eut fini, mais en quelque sorte ses échos vibraient encore dans l’air que nous respirions. Peut-être m’effrayait-elle d’autant plus que ce n’était pour moi qu’une horreur confuse, obscure, dont j’ignorais à peu près tout. Dans ma famille de plébéiens on ne m’en parlait pas, me semble-t-il, mais les remarques laconiques des adultes entre eux suggéraient assez qu’il s’était passé alors quelque chose de terrible. La catastrophe s’est présentée à mes yeux sous une forme plus concrète lorsque mes parents ont eu l’idée de nous faire visiter Oradour sur Glane. J’en ai presque tout oublié mais l’impression de cauchemar est restée. Un des seuls souvenirs que j’en garde est celui d’une vieille machine à coudre noire, posée me semble-t-il sur un bout de mur, au bord d’une rue. Cette image m’a hanté. Entre autres significations, je pense qu’elle confirmait dans mon esprit que cette tragédie était décidément liée aux générations passées, avec lesquelles je n’avais rien à voir. Du moins essayais-je de me rassurer, en me persuadant que j’appartenais à un âge radicalement nouveau, où de telles horreurs ne pouvaient plus avoir lieu. Plus tard dans ma jeunesse une autre mélancolie historique m’a angoissé, relativisant la précédente, au temps de la Guerre froide. A ce moment pourtant j’ignorais tout des atrocités du communisme, et ne m’en souciais pas. Ce qui m’inquiétait, c’était la perspective vraisemblable que l’affrontement Est-Ouest se résolve par quelque gigantesque cataclysme, qui nous retomberait dessus, si loin de nous qu’il éclate. Je ne sais si les jeunes gens d’aujourd’hui imaginent le poids dont cette menace pesait dans la conjoncture. On aurait alors jugé bien optimiste celui qui aurait assuré que la fin de l’ère soviétique ressemblerait plus à l’écroulement d’un château de cartes, qu’à l’explosion d’une poudrière. Tant mieux, si cela s’est produit sans trop de soubresauts. J’ai bien eu le temps, depuis lors, de me désabuser, pour en venir à considérer qu’il n’y a pas d’horreurs dont on puisse être assuré que l’on ne reverra «plus jamais ça». Sans compter que le cours de l’Histoire en produit régulièrement des modèles inédits, dont on n’avait pas encore idée. Mais j’ai eu beau en voir un assortiment, la peur enfantine de la deuxième Guerre est restée imprimée dans mon esprit plus que toute autre. Le souvenir de ces impressions est maintenant lointain, flou et incertain. J’ai voulu essayer de le fixer, peut-être en vain. Eh bien, j’étais parti pour dire autre chose et finalement j’ai parlé de ça.

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mercredi 14 juin 2017

une idée de titre

Le règne nègre.

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mardi 13 juin 2017

crepal

Coïncidence des acronymes : le CREPAL désigne aussi bien le Centre de Recherches sur les Pays Lusophones, et le Comité Régional des Produits Agricoles du Limousin.

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