idéAl
Le bassin d'Arcachon a la forme en triangle d'un A majuscule. Trois villes en A : Arcachon, Arès, Audenge, dessinent un second triangle inscrit dans le premier.
Le cinéma de A à E
Vu ces derniers temps :
La môme, d'Olivier Dahan, 2007. L'art et la personnalité d'Edith Piaf ne m'ont jamais beaucoup attiré. Je ne peux juger si le portrait qu'en donne ce film, en chanteuse populo caractérielle tragique, est exact ou exagéré, mais il ne m'en rapproche pas beaucoup. La photo est assez jolie. La structure narrative toute en flash-backs est trop compliquée pour moi (et un peu prétentieuse : le réalisateur croit peut-être qu'on va se repasser son chef d'oeuvre en boucle pour arriver à tout bien piger). D.
L'affaire Farewell, de Christian Carion, 2009. Cette histoire d'espionnage n'est pas très vulgaire, ni bête, ni captivante. D.
Oliver Twist, de Roman Polanski (2006). Bof. D.
Sans arme, ni haine, ni violence, de Jean-Paul Rouve (2008). D.
Garde à vue, de Claude Miller (1981). J'avais entendu dire grand bien de ce film, qui réunit les bons acteurs Serrault et Ventura, mais je trouve que l'histoire sonne faux, et je me suis plutôt ennuyé. D.
Le dernier Cheyenne, de Tab Murphy (1995). Un mauvais film, plein de bons sentiments, et tourné dans de beaux décors. E.
Le gendarme à Saint-Tropez, de Jean Girault (1964). Sympathique mais faible. D.
Pirates, de Roman Polanski (1986). D.
et le gagnant est...
interlude
tirri & tandil
Un certain Néstor Tirri a publié à Buenos Aires, en 2007, une sorte de roman intitulé La piedra madre, dans lequel il rapporte sur un ton fantaisiste des souvenirs du cercle d'amis qu'il fréquentait dans sa jeunesse à Tandil. Gombrowicz et Le Vigan ne s'y croisent pas, mais y font des apparitions successives, respectivement dans les chapitres 7 et 8. Le Vigan n'y est qu'un vague fantôme à la dalle en pente. Gombrowicz est plus consistant mais se fait plaisamment chambrer. Il est dépeint comme un hurluberlu tombé sur la ville en parachute, raclant les R et sommant son auditoire provincial de croire en ses mérites littéraires supposés.
Lettre documentaire 489
Quelques phrases des Cuadernos de vivir y pensar de Carlos Mastronardi
(Academia Argentina de Letras, 1984)
choisies et traduites par Philippe Billé
Au fil des ans, nous accumulons les souvenirs comme si c’étaient des biens précieux. Quand le coffre est rempli, quand arrive la mort, nous jetons la clé à la mer, et nul ne saura ce que nous fûmes. Par magie, le coffre se vide au même instant. (page 28)
Persistances, retours : mes rues quotidiennes sont pleines de morts. (40)
Contre la lumière émanant des morts se découpent nos ombres inquiètes. (78)
Il y a une ivresse naturelle et à peine perceptible, qui s’appelle la vie. Comme tout le monde prend de cet alcool (la vie), nul n’en remarque les effets. (216)
J’ai eu hier soixante-dix ans. Cela arrive à beaucoup de gens. Pas de fête, rien qui sorte de l’ordinaire : je suis déjà habitué. (230)
Tout être humain, de par son individualité, possède une étincelle personnelle, comme l’a pressenti certain mystique. Elle existe même chez les plus vulgaires et les plus insignifiants, sauf s’il s’agit d’une institutrice argentine ou d’un boutiquier catalan. (268)
Toute princesse peut se vanter d’avoir un ancêtre boucher ou serf de la glèbe. Il n’y a pas que la lignée des Capet qui puisse revendiquer ce privilège ancestral. (298)
A la différence de l’homme, les peuples et les nations se vantent de leur vieillesse. (315)
Un jeune vendeur de journaux discutait avec un autre jeune homme : «Regarde : tu n’es qu’un morceau de viande avec des yeux.» (316)
Nous, ses amis, ne savions pas ce que devenait un étudiant nommé Dupuy. Pendant de longues journées, nous fûmes sans nouvelle. La réponse vint de la mer, qui jeta son cadavre sur la plage. (321)
A la différence de celui des hommes, l’orgueil national se renforce avec le grand âge. (Je l’ai peut-être déjà écrit, je ne me rappelle pas). (323)
La matière vient du passé, inversement le temps vient du futur. Quand ils convergent ou se complètent, la matière et le temps forment l’instant présent, grimace ou bulle de l’éternité. (349)
Maintenant la plupart de mes amis sont morts.
Si je n’ai plus personne en qui me reconnaître,
Si je me trouve de trop dans le monde,
Il ne me coûterait guère de le quitter,
car tout ce qui se transfigure
me refuse et me dissout dans le passé.
Je ne connais plus cette ville, ses visages et sa musique.
Les gens que je recherche sont dans d’autres royaumes.
Je ne perdrais que quelques sensations, quelques habitudes.
Je perdrais, disons, la température,
les couleurs familières,
la brise fraîche de l’automne sur la côte,
l’âpre goût du tabac,
le fracas des rues citadines,
l’haleine de la terre mouillée
dans la campagne paisible. (351)
mastronardi
En me renseignant sur les quelques hommes de lettres que Gombrowicz a fréquentés pendant son exil argentin, je suis tombé sur les Cuadernos de vivir y pensar, d'un certain Carlos Mastronardi (1901-1976). C'est un épais recueil de réflexions brèves, dépassant rarement la demi-page, et portant sur la littérature et le reste, réflexions que le poète avait consignées dans des cahiers à certaines périodes de sa vie, plus assidûment dans ses dernières années (il fête son soixante-dixième anniversaire aux deux tiers du volume). Cette édition posthume a été réalisée en 1984 par l'Academia Argentina de Letras avec un soin qui laisse à désirer, vu que l'on précise en sous-titre «1930-1970», alors que les textes vont en réalité jusqu'en 1974 (aux dernières lignes de 1970, on est encore à plus de cent pages de la fin du livre). Il est question par endroits de Gombrowicz (si cela intéresse: pages 76, 83, 234, 304 & 305) mais l'ouvrage dans l'ensemble ne m'a pas beaucoup accroché (j'en traduirai quand même quelques phrases).
A un moment (page 316) Mastronardi rapporte succinctement ce propos d'un vendeur de journaux, s'adressant à un autre jeune homme : «Regarde, tu n'es qu'un morceau de viande avec des yeux». On ne sait ce qui motive cette parole, vraiment frappante. Pourquoi ce locuteur met-il à part la «viande» et les yeux? Peut-être parce que le regard est l'élément le plus expressif de la personnalité, si bien que les yeux semblent en quelque sorte se détacher sur le reste de la masse corporelle, plus terne et plus neutre. Les yeux ne sont pas seulement la fenêtre par où l'esprit connaît le monde extérieur, mais réciproquement celle par où autrui connaît l'état d'esprit d'un individu. C'est pourquoi les yeux sont le plus souvent la première chose que l'on cherche à voir chez les personnes à qui l'on parle, ou celles que l'on croise. L'ouïe aussi nous apprend beaucoup sur le monde, et c'est un sens à certains égards primordial par rapport à la vue, puisqu'il fonctionne sans cesse, y compris dans l'obscurité de la nuit, au moyen d'un organe qui ne peut s'obturer naturellement. Mais il est évident que la contemplation d'une oreille ne nous renseigne pas beaucoup sur l'âme qui se tient derrière.
Mastronardi vieillissant me touche par ses observations sur l'âge: ses premières difficultés à marcher, les disparitions dans son entourage, le détachement qui le dispose à distribuer ses biens. Un beau jour de 1973, il observe que «A la différence de celui des hommes, l'orgueil national se renforce avec le grand âge. (Je l'ai peut-être déjà écrit, je ne m'en souviens pas)». La parenthèse me chiffonne comme si, au lieu que je le lise dans un livre, l'auteur était près de moi en train de me causer. Cela peut paraître bizarre, mais du coup j'ai envie de l'aider, de faire un geste. Dans un élan de sympathie inutile mais impérieux, je me mets à feuilleter en arrière, à la recherche de la première formulation, que je me souviens d'avoir lue peu avant. Je remonte comme ça en hâte une cinquantaine de pages, en vain. L'échec me contrarie, une vague honte s'y ajoute, je me demande à quoi bon perdre mon temps à six heures du matin à rechercher une phrase dont personne n'a rien à foutre, écrite il y a quarante ans à l'autre bout du monde par un vieillard fatigué. Puis je reprends la quête et aussitôt je trouve, à huit pages en amont, la première version. Tu avais écrit, mon cher Carlos : «A la différence de l'homme, les peuples et les nations se vantent de leur vieillesse».
tandil
Le comédien Robert Le Vigan (1900-1972), de son vrai nom Coquillaud, et surnommé La Vigue par son copain Céline, avec qui il s'enfuit à pied à travers l'Allemagne en 1944-1945, eut ses biens confisqués et fut condamné en 1946 à l'indignité nationale et aux travaux forcés, pour faits de collaboration. Libéré en 1948, il s'exila d'abord en Espagne, puis en Argentine, où il se fixa et demeura jusqu'à sa mort à 72 ans, dans la ville de Tandil, qui comptait dans les 50.000 habitants au milieu du vingtième siècle, et se situe au pied des montagnes à 350 kilomètres au sud de Buenos Aires. De son côté l'écrivain polonais Witold Gombrowicz (1904-1969), surpris par l'éclatement de la guerre en 1939 alors qu'il était à Buenos Aires en croisière, demeura dans le pays et ne retourna en Europe qu'en 1963. Pendant son exil sud-américain il vécut principalement dans la capitale argentine, mais séjourna aussi dans quelques autres villes, dont Tandil où il se rendit cinq fois entre 1957 et 1960, y passant en tout quelque onze mois. En méditant ces données, je me suis demandé si les deux exilés s'étaient rencontrés, comme il est possible, ou s'ils avaient au moins entendu parler l'un de l'autre. J'ai cherché quelque temps à éclaircir ce point, en vain et j'y ai bientôt renoncé. A la vérité, même s'ils ont pu se croiser dans cet espace et cette période, je n'assurerais pas que l'acteur popu et l'auteur aristo auraient eu grand chose à se dire. Il existe des biographies de Le Vigan, que je n'ai pas à portée de main.
En revanche j'ai profité de l'occasion pour retourner fouiller dans les livres de et sur Gombrowicz, que j'ai feuilletés quelques soirées. J'ai revisité ses Peregrinaciones argentinas, où j'ai retrouvé quelques anecdotes qui m'avaient déjà vaguement amusé, comme les méchancetés racontées sur le compte du gros poète Neruda. J'ai parcouru El exilio procaz (l'exil insolent) : Gombrowicz por la Argentina, d'un certain Pablo Gasparini, qui ne m'a pas captivé, sauf au moment où il cite assez longuement une lettre à un jeune ami argentin, écrite de Berlin le 21 juillet 1963, dans laquelle l'écrivain évoque tardivement mais explicitement son homosexualité. Mais surtout j'ai relu avec grand plaisir le recueil de témoignages Gombrowicz en Argentine, publié par sa veuve en 1984. J'y trouve cent vues sur ce qui me séduit le plus chez le bonhomme, son propre personnage de noble déchu, ironique, provoquant. J'ai aimé autrefois quelques uns de ses écrits, comme son pamphlet Contre les poètes, ses Souvenirs de Pologne, et la version abrégée des Envoûtés, parue en feuilleton quand je lisais encore Le Monde, ce qui n'est pas hier, mais je dois avouer que ses oeuvres principales me tombent des mains, pourquoi le taire, et je leur préfère le style de l'auteur en tant que personne, ses manies, ses manières, ses réflexions, sa légende.
démence et féminisme
Au dossier des rapports entre démence et féminisme, il faut porter le cas impressionnant de Hildegart Rodriguez Carballeira (1914-1933), enfant prodige puis socialiste espagnole, tuée dans son sommeil à coups de pistolet par sa propre mère, qui ne la trouvait pas assez parfaite.
livre noir
La proposition d'un leader socialiste, de supprimer le mot race de la constitution française, part peut-être d'un bon sentiment, mais elle est évidemment stupide. La lutte contre le racisme, ou contre son fantôme, fait hélas dire ou faire un tel nombre d'âneries, qu'il y aurait de quoi en remplir un livre. On pourrait l'intituler Le livre noir de l'antiracisme.
citations de tallemant
Quelques phrases, passages et tournures piquées dans les Historiettes de Tallemant des Réaux.
(Je peux fournir les références de chapitre, si on cherche).
«Une nuit il eut une forte colique venteuse ...»
«... homme bien fait et qui parlait agréablement, mais qui avait mangé tout son bien.»
«... fille de basse naissance mais qui était adroite, et sut vite que sa maîtresse était une personne à se laisser gouverner.»
«Elle vit encore, mais gueuse.»
«... était un fils de M xxx, qui se fit riche, acheta une terre et se fit anoblir.»
«Il est toujours propre, quoique vieux.»
«Il n'a fait toute sa vie que griveler, pour dépenser et non pour thésauriser.»
«Il n'avait pas beaucoup de génie; la méditation et l'art l'ont fait. Il lui fallait bien du temps pour mettre une pièce en l'état de paraître.» (on dirait qu'il parle de moi)
«... ses sueurs avaient une odeur agréable.» (là aussi, d'ailleurs)
«Elle vendit, car elle n'avait point de bien, tout ce qu'elle avait de bijoux.»
«Il monte à cheval sans toucher aux étriers.»
«Quand il prenait des prisonniers, il les faisait tuer par son fils qui n'avait que dix ans.»
«Il s'attachait fort au roi et commença à lui plaire en dressant des pies-grièches.»
«Il ne cherchait point le péril, mais quand il y était, il y faisait tout ce qu'on y pouvait faire.»
«Il était devenu fort sourd et pétait partout, à table même, sans s'en apercevoir»
«Le président pète dans sa main et la porte au nez de son excellence.»
«... les Anglais, nation fort mélancolique ...»
«Quoiqu'il fît fort le seigneur, et qu'effectivement il fût de bonne naissance, il ne passait pas pourtant pour un homme de qualité.»
«Il en fit rechercher avec soin les exemplaires, et cette recherche fut cause que tout le monde acheta ce livre, et qu'on a su ce qu'on n'aurait peut-être jamais appris sans cela.»
«C'était un homme fort laborieux, un vrai cul de plomb.»
«Ce fat de la Serre y loge présentement, et y a fait je ne sais quel taudis.»
(Il) «le fit son héritier, à condition qu'il prendrait son nom et ses armes.»
(Un musulman ou juif espagnol) «mangeait du pourceau quasi tous les jours.»
«'Je m'en vais vous apprendre une recette que j'ai vu pratiquer en Angleterre'. Et se mit à lui donner quelques coups de poignet» (il le branle).
«Voyant que leurs affaires n'allaient pas assez vite pour aller bien ...»
«Un jour qu'il vit un des siens qui dormait la bouche ouverte, il lui alla faire un pet dedans.»
«Il a le malheur d'avoir un sot fils.»
«Quand il était chagrin, il ne laissait pas d'aller voir le monde, mais il était fort mal divertissant, et même on pouvait dire qu'il était à charge.»
(Oeuvre) «qui, quoique languissante en bien des endroits, est pourtant la meilleure chose qu'il ...»
«On le surnomma le Péteux, à cause que, de jeunesse, il s'était accoutumé à péter partout.»
«... et ils se marièrent ; mais c'était mettre un rien avec un autre rien.»
«L'abbé de Carrouges, en se promenant le long d'un étang, rêvait combien il faudrait de sucre et de citrons pour en faire de la limonade.»
«C'est un original. Il se fait courre par ses paysans, comme on court un cerf, et dit que c'est pour faire exercice. Il a de l'inclination aux mécaniques, il travaille de la main admirablement.»
«Un homme disait : Je suis confisqué ; je ne saurais plus baiser que de jeunes filles, je ne puis plus boire que de bon vin, et je prends goût à l'Evangile.»
«... et quand je lui dis adieu, elle me baisa si fort au milieu de la bouche, que ce baiser me fit une profonde plaie au coeur.»
historiettes de tallemant
Parce que Jünger en dit du bien plusieurs fois, je me suis intéressé aux Historiettes de Tallemant des Réaux et j'ai passé quelques semaines à les lire. Il me semble que le chasseur subtil ne précise pas de quelle édition il disposait, mais comme il dit qu'elle avait six volumes, et comme on lui connaît des habitudes chic, je suppose qu'il s'agissait de la première, parue en 1834-1835. Cette première publication était largement posthume, puisque Gédéon Tallemant a vécu au dix-septième siècle (1619-1692), et que son manuscrit a dormi près de deux cents ans dans une bibliothèque ou un grenier avant d'être miraculeusement publié. Pour ma part, j'ai découvert cette oeuvre sans pareille en empruntant l'édition en deux volumes de la bibliothèque de la Pléiade, parue en 1960, et présentant l'intérêt d'être la première version intégrale, non expurgée. Les historiettes sont un immense recueil de brèves anecdotes sur une quantité de personnages contemporains de Tallemant, allant des plus éminents, comme le roi de France, à des gens plus communs. Cette somme est divisée en chapitres consacrés à une personne, une famille, ou un thème. Au contraire des grandes fresques politiques ou sociales, l'ouvrage ne présente que des faits ponctuels, la plupart d'ordre privé, dont l'auteur a été le témoin, ou qu'on lui a rapportés. La grande curiosité du livre est de plonger le lecteur dans la vie quotidienne de gens d'un autre temps, que l'on voit mener leurs affaires pour ainsi dire comme si on y était. Je m'y perds quelquefois un peu, quand Tallemant jongle avec des rapports de hiérarchie ou de parenté qui lui étaient plus familiers qu'à moi. Sans quoi le texte est très agréable à lire et retient sans cesse l'attention par des traits inattendus, parfois dramatiques, souvent drôles. Le style de l'auteur est simple mais élégant, avec parfois l'allure de la langue parlée, où l'on ne s'embarrasse pas d'avoir à répéter un mot dans la même phrase, et où l'on enchaîne par association d'idées : «Cela me fait souvenir que...». On a souvent l'impression d'écouter des confidences, à cause des révélations indiscrètes, et des formules de prise à partie du lecteur : «Jugez si...», «Ne trouvez-vous pas...», «Je vous laisse à penser...». Un effet de véracité tient à l'impudeur de nombreux propos, qui n'ont rien d'outrancier ou de complaisant, mais qui ne cachent pas que les personnages sont bel et bien des êtres de chair et d'os, qui à l'occasion mangent, foutent, rotent, chient, pissent, et pètent. Un des aspects les plus remarquables de ce vaste tableau composé de mille touches, ce sont les vues qu'il donne sur les aléas de la destinée. Etre bien né ne garantissait pas que l'on ne finirait pas sa vie sur l'échafaud, ou aux galères, ou redevenu gueux après la dilapidation de son bien. On voit aussi quelques jolies ascensions sociales, notamment de dames, grâce à leur charme, mais aussi de soldats, ou de malins. J'aime bien, chez Tallemant, la franchise, et le discernement : quand il juge des hommes, c'est sur leurs qualités réelles, plus que sur leurs titres. Accessoirement, il m'a plu de le voir employer, pour dire «maintenant», la tournure «à cette heure», comme font encore les pésants de vers chez moi (ils prononcent «à ç't'heure»).
Villes bigrement exotiques
Ce mois-ci paraissent en librairie les Villes bigrement exotiques de Crad Kilodney, que j'ai eu le plaisir de traduire (Editions Le Dilettante, 220 pages, 17 euros).
Je donne ci-dessous quelques informations sur ce livre.
Le texte de la jaquette : Né en 1948 à New York, l’aventurier Crad Kilodney, duc de Sherbourne, est installé à Toronto depuis 1973. Fort de ce qu’il n’y a dans son passé «rien de particulièrement répréhensible sur quoi l’on puisse encore trouver des preuves», il s’est déjà présenté aux élections présidentielles américaines en 2000 et 2008, et menace de revenir proposer son généreux programme : adoption de la beauté physique individuelle pour seul critère raisonnable de l’immigration, transformation en colonie de «tout pays qui continue de croupir dans la misère après des décennies d’aide étrangère», réforme des universités («Tout étudiant incapable de prouver qu’il sait lire et écrire sera fusillé»), solidarité sociale («Les gens de gauche se verront offrir un crédit d’impôt pour héberger un sdf chez eux pendant un an : fatalement, l’un des deux finira par trucider l’autre, et ce sera tout bénéfice...»). Quand il ne s’occupe pas de politique, il se consacre à sa passion des voyages. Il a rapporté du monde entier la série de reportages réunis dans le présent volume.
La liste des 20 villes dont il est questions dans le livre (beaucoup sont peu connues et un peu perdues, mais toutes existent réellement) : Oïmiakon (Sibérie), Kunduz (Afghanistan), Nyala (Soudan), Snuol (Cambodge), Quetta (Pakistan), Mogadiscio (Somalie), Ataq (Yémen), Pyongyang (Corée du Nord), Guiyu (Chine), Filadelfia (Paraguay), Pignon (Haïti), Elbasan (Albanie), Darvaza (Turkménistan), Goma (République Démocratique du Congo), Pisagua (Chili), Cotabato City (Philippines), Puerto Cabezas (Nicaragua), Choybalsan (Mongolie), Maiduguri (Nigeria), Vinh (Vietnam).
Le pdf de la couverture entière (les parties blanches à droite et à gauche sont les rabats) coverkilod:
Le lien vers tout ce qui a paru de et sur Kilodney dans ce blog.
La liste des librairies dépositaires du Dilettante près de chez vous.
Quelques phrases extraites du livre :
«Kunduz s'enorgueillit aussi de posséder la deuxième plus petite bibliothèque du monde et un musée de membres amputés.»
«Ne repartez pas sans emporter une bonne réserve de cigarettes Cambo. Elles sont excellentes et très bon marché. J’en fume, et vous devriez vous y mettre. Donnez-en aussi à vos enfants. Et si vous rentrez à New York, vous pouvez en fourrer un paquet dans le cul de Michael Bloomberg.»
«Les Yéménites considèrent les chasses d'eau comme une chose étrange. Ils se demandent : «Quand on tire la chasse, où est-ce que ça va? Est-ce que ça disparaît tout simplement?» C'est la question que je me pose au sujet des impôts que je paye à Ottawa»
«Est-ce que les Nord-Coréens sont un peuple fier, indépendant, déterminé à résister à l’agression des va-t-en-guerre américains, ou sont-ils juste un ramassis de cinglés communistes demeurés, aux yeux bridés ?»
«Le personnage le plus influent d’Elbasan est Agim Sufa, un homme d’un certain âge, nabab du commerce de melons, que l’on voit de temps en temps sillonner la ville à bord de sa limousine blindée, tirant sur les Gitans depuis la banquette arrière.»
«En général les musulmans n’aiment pas les chiens, mais l’Alabai est très estimé au Turkménistan parce qu’il excelle à tuer les serpents, les communistes et les homosexuels.»
Réactions et commentaires :
"Un certain mauvais esprit plutôt malsain" (comité de lecture des Ed. Minitude, Bordeaux).
Le 30 mars dans Livres-Hebdo, article p 57 de Jean-Claude Perrier ("Un olni, objet littéraire non identifié, petit bijou de style, de vacherie et d'humour à froid british").
Le 30 mars, présentation et premières lignes dans Passiondulivre.com
Le 5 avril, mention dans Courrier international, p 12 ("destinations pas forcément recommandées par les chancelleries occidentales").
Articulet de Bertrand Guillot dans Standard, de Printemps 2012.
L'avis de la librairie Obliques, à Auxerre ("le globe-trotter le plus réactionnaire du Canada ... indécrottable misanthrope ... mais terriblement drôle").
Interview du traducteur le vendredi soir 6 avril dans Allo la Planète, sur le Mouv (dans la 2e demi-heure) (on m'aura tout fait faire).
Lundi 9 avril, le livre est coup de coeur de Christophe Bourseiller dans une émission de Pascale Clark sur France-Inter, vers la 34e minute ("un guide touristique imaginaire ... extraordinaire ... surprenant").
Jeudi 12 avril, article de Christian Authier dans le Figaro littéraire, p 4 ("Drôles de voyages ... une irrésistible pochade, terriblement incorrecte").
Vendredi 13 avril, chronique d'Alfred Eibel sur son blog.
Article de Bernard Quiriny sur le site Evene (avril 2012).
Le 23 avril, article de Marie-Paule Caire dans Parutions.com.
Le 26 avril, petit article du blog d'Alfred Eibel dans Valeurs actuelles, page 61.
Le 27/28 avril, petit article dans Madame Figaro, page 13.
Le 9 mai, article de Franck Boitelle dans Paris-Normandie ("corrosif").
Le 11 mai, sur Europe 1, Villes bigrement exotiques est le livre du jour dans l'émission de Laurent Ruquier "On va s'gêner", avec Steevy, Isabelle Motrot, Yann Moix (c'est environ aux deux tiers de l'émission).
J'adore le printemps
C'est vraiment la plus belle saison.
l'entassement qui vient
Le peu que j'ai aperçu de la Belgique, en me rendant à Bruxelles cet hiver, me paraît conforme à ce que l'on peut en savoir par ailleurs. C'est un pays bondé, la densité démographique y est l'une des plus fortes d'Europe, la même qu'au Japon. A vrai dire la Belgique entière se transforme en une immense zone urbaine, les anciennes villes n'y sont plus que des centres-villes, séparés par d'interminables banlieues plus ou moins homogènes, laissant encore voir çà et là quelques malheureux lambeaux de campagne. Ce qui m'afflige le plus dans le triste état de ce pays, où je n'ai pas à vivre, c'est la conviction d'y voir le proche avenir du mien. En France également la campagne recule partout, je le constate à chacun de mes déplacements vers les départements voisins. Partout les maisons poussent au long de routes qui deviennent des rues, partout les moindres villages sont précédés et suivis de lotissements de construction récente ou en cours, et il est de plus en plus rare de trouver un coin du paysage d'où l'on n'a pas vue sur des bâtiments. Pendant ce temps les humanistes applaudissent à chaque annonce des progrès du peuplement, ils exigent sans cesse la construction de nouveaux logements, et réclament que la loi permette d'empiler des étages en plus grand nombre. Et chaque fois que la population s'accroît, par natalité ou immigration, c'est-à-dire chaque jour, c'est un nouveau pas que nous faisons vers le désastre de l'entassement.
distribution
D'avoir vu ces temps-ci quelques films de Guitry, qui m'épate par son charisme et son dynamisme, la force de sa voix et de son caractère, je me dis qu'un tel personnage n'aurait en aucun cas pu se retrouver dans la situation du chômeur pleurant de désespoir parce que son vilain patron l'a foutu dehors. L'eût-on mis un jour au chômage, nul doute qu'avant le soir Sacha aurait retrouvé du boulot. Il y a dans la vie, comme au cinéma, une distribution.
revue de presse locale
N'oublions jamais. Conservons dans nos archives par exemple l'éditorial signé Yves Harté paru dans Sud Ouest avant-hier mardi 20 mars : "Or ce tueur en série ne fait pas partie du grand banditisme. Plus les heures passent, plus il semble se rapprocher d'un autre profil, celui du psychopathe de Norvège. Un jeune homme lisse, pâle et blond" (etc, suivez mon regard). Pâle et blond, bien sûr... L'antiracisme aussi est une belle usine à fantasmes.
Retenons encore dans le Sud Ouest d'hier mercredi 21 mars, page 3, cet article intitulé "Le soir, la communauté maghrébine se méfie". Il est illustré d'une photo montrant quelques "jeunes" (dont deux font aimablement un doigt d'honneur au photographe) avec cette légende : "Hier soir à Montauban - Les jeunes d'origine maghrébine assurent se méfier du tueur raciste"... (mais traînent quand même dans la rue). On y recueille complaisamment les analyses de Saïd et de ses amis : "Le type, c'est certain que c'est un raciste et un nazi pour buter comme ça des juifs et des Arabes". (Tiens, je ne retrouve pas l'article en ligne...).
On sait maintenant que le nazi raciste blond était un islamiste forcené d'origine algérienne...
toulouse
Vraiment pas de bol pour les humanistes : on apprend que le fou furieux qui a commis plusieurs assassinats dans la région de Toulouse n'était pas un vilain facho d'extrême droite, comme d'aucuns l'annonçaient déjà sans hésiter, mais un islamiste fanatique, grâce à qui on appréciera une fois de plus combien la «diversité» est une «chance pour la France».
Le cinéma de A à E - champs élysées
Vu Remontons les Champs Elysées, de Sacha Guitry (1947). «Fantaisie filmée conçue, dialoguée, portée à l'écran et interprétée» par le maître. Oeuvre savante et originale, un peu ennuyeuse dans les passages musicaux. B.
Le cinéma de A à E - espagnolade
Vu Les femmes du 6e étage, de Philippe Le Guay (2011). Les rapports entre des bourges parisiens caricaturaux et un peloton de bonnes espagnoles caricaturales, dans les années soixante. Une comédie gentille, avec un Luchini qui n'en fait pas trop. Pour socialistes et adolescents. C.




