Journal documentaire

mardi 24 mai 2016

Mocquet voyage

Sur le voyage de Jean Mocquet en Guyane.

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 L’explorateur français Jean Mocquet a publié en 1617 un épais volume, contenant le récit de ses six Voyages en Afrique, Asie, Indes Orientales et Occidentales. Le livre a été réédité deux fois au XVIIe siècle, et une fois encore au XIXe. A la fin du XXe siècle, un éditeur de Paris a repris le texte du quatrième récit, celui du Voyage à Mozambique et Goa

Pour ma part , je me suis intéressé à la deuxième expédition de Mocquet, la seule qui l’ait conduit dans le Nouveau Monde. Parti de Cancale, l’auteur aborde au Rio de Oro et aux îles du Cap Vert, puis gagne l’Amérique du Sud, où il séjourne quelques semaines dans ce qui est l’actuelle Guyane (à l’embouchure de l’Oyapock et à la «rivière de Cayenne»), enfin parcourt les Caraïbes (Tobago, Trinidad, Testigos, Margarita, îles Vierges, Porto Rico) avant de rentrer en Europe. 

J’aime beaucoup cette brève relation, qui n’est peut-être pas un texte capital, mais ne manque ni de charme, ni d’intérêt. Mocquet rapporte sans façons, sur un ton léger et sincère, ses souvenirs, ses anecdotes. Avec le franc parler de l’honnête homme de son temps, il admire ce qui lui paraît admirable et déplore ce qui lui paraît déplorable, dans le comportement des Indiens qu’il a fréquentés, comme dans celui des Européens. Il a des notations précises, et transcrit par exemple plusieurs mots du vocabulaire caribe, dont on peut aujourd’hui vérifier l’exactitude. Il a de belles trouvailles de langage : ainsi, c’est la première fois que je vois un chroniqueur utiliser le terme judicieux de «halle», pour désigner les grandes huttes collectives des indigènes. Il y a dans son histoire quelques passages amusants, d’autres dramatiques, enfin différents traits qui me l’ont rendu attachant.

J’ai cherché un éditeur pour ce bon document, et j’ai failli en trouver, mais enfin comme la quête s’annonce longue et incertaine, j’ai décidé, en attendant mieux, de faire imprimer à mes frais une centaine d’exemplaires de ce Voyage aux Indes Occidentales (Guyane et Caraïbes) en 1604. L’objet se présente comme un livret de 64 pages de format A5 (14,5 x 21 cm). Le texte est illustré des huit gravures originales, et publié dans une version à peine modernisée (orthographe, quelques tournures) à seule fin d’en faciliter la lecture. Je l’ai complété d’une introduction, de notes, de deux index (noms de personnes et de lieux) et d’une chronologie. Aux curieux que cela tente, je vends cet ouvrage pour la somme de 5 euros (+ 2 euros de port, soit 7 au total, si l’on souhaite se le faire livrer par correspondance), payables de préférence par chèque, par virement à la Banque postale, ou par transaction primitive (un billet de 5 euros et environ 2 euros en timbres). (Possibilité de payer sur le compte Paypal de mon aide de camp, dont je peux transmettre les coordonnées).

Par commodité, veuillez adresser les commandes postales à mon adresse professionnelle :
Philippe Billé,
Bibliothèque ibérique,
Université Bordeaux-Montaigne,
33607 Pessac Cedex.

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dimanche 22 mai 2016

question sur cantu

Dans un article sur Bordeaux qu'un copain m'a passé, Henri Calet déclarait (en 1955) que "l'historien italien César Cantu avait vanté la joliesse des femmes de la capitale de la Guyenne". Par hasard quelqu'un saurait-il me dire où trouver la citation exacte de Cantu?

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samedi 21 mai 2016

marseille

Il faudrait un prix réservé aux journalistes capables d'écrire un article entier sur Marseille, sans nous bassiner avec la "cité phocéenne".

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vendredi 20 mai 2016

oisellerie de saison

spatule

Un beau jour du début de ce mois, séjournant près du Bassin, chez mon aide de camp, j’ai vu passer dans le ciel un vol d’une dizaine de grands oiseaux, des échassiers dont la silhouette ne m’était pas familière. Le détail surprenant était leur long bec élargi au bout : ce ne pouvaient être que des spatules. Je pensais qu’il ne s’en trouvait qu’à l’extrême Sud et à l’extrême Sud-Est du continent, mais j’ai eu confirmation qu’il en vient en effet par ici maintenant.

Sous un des bûchers, entre le mur de planches et une gerbe de branches qui y était suspendue à un clou, des merles ont trouvé moyen de faire un nid. Quand nous l’avons découvert, il était encore vide. Il y eut bientôt deux oeufs bleus. J’ai lu que les pontes peuvent en compter jusqu’à six, nous avions donc affaire à un ménage modeste. Du coup nous n’osions plus trop passer dans le coin, ou alors sur la pointe des pieds, par peur de déranger. La merlette s’en accommodait, nous regardant sans broncher, elle avait dû comprendre que nous n’étions pas hostiles. Un seul oeuf a éclos, il n’y eut qu’un merleau, grossissant à vue d’oeil. Puis il a quitté le nid. Je l’ai d’abord retrouvé à quelques décimètres de là, planqué parmi les branchettes de fagot. Puis plus rien. Espérons que tout va bien.

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jeudi 19 mai 2016

phrases de Redon

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En feuilletant à l’université une déjà vieille et usée réédition (1961) du journal A soi-même d’Odilon Redon, dans la marge en bas d’une page de la partie «Confidences d’artistes», auprès d’une phrase où le peintre évoque ce qu’il doit à sa formation d’architecte, je remarque une mention écrite à la main, entre parenthèses, «(sic!)». En considérant ce mot qu’il prisait, tracé d’une petite écriture appliquée, au stylo bille bleu, dans le livre d’un Bordelais, je me demande s’il se peut que ce soit Michel Ohl qui ait porté cette inscription, jadis. En tout cas, cela m’a fait penser à lui. J’avais déjà une citation de Redon dans chacune de mes deux collections jumelles de citations (collection de phrases mentionnant Bordeaux, et de phrases comprenant l’expression Je suis né), mais je parcourais cet ouvrage à tout hasard, comme l’occasion se présentait, pour y chercher de meilleures options, et j’en ai trouvé pour les deux cas. Pour Bordeaux, au lieu de me contenter selon mon usage habituel d’une phrase unique, la configuration m’a contraint à retenir un fragment s’étendant sur deux phrases : «C’était au printemps. Cette saison, à Bordeaux, a des douceurs délicieuses : l’atmosphère y est humide et chaude sous un ciel clair, la lumière limpide.» J’ai visité distraitement ces pages paisibles, écrites comme à voix basse. Ici et là un propos m’accrochait. J’aimerais citer par exemple cette brève note de 1913 : «J’aperçois dans une vitrine un livre avec ce titre, L’Art social. C’est répugnant. Je l’ouvre néanmoins et je vois : Socialisation de la beauté, et je le ferme.»

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mercredi 18 mai 2016

mauvaise impression

J'ai la mauvaise impression que de plus en plus de bibliothèques, y compris universitaires, se retrouvent entre les mains de bibliothécaires, quand ce n'est de "conservateurs", pour qui un bon livre ne saurait être qu'un livre tout neuf, avec une jolie couverture en couleurs.

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mardi 17 mai 2016

perec

Ecrivain de génie, mais assez chiant, Perec m'est tombé des mains chaque fois que j'ai essayé de le lire.

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dimanche 15 mai 2016

une énigme bibliographique

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Une énigme peut-être insoluble, mais sans grande importance. Les deux premières oeuvres publiées par l’historien Henri Ternaux furent deux dissertations universitaires, toutes deux écrites en latin, et qui furent imprimées la même année, en 1826, à Göttingen où l’auteur était alors étudiant. Dans la bibliographie de Ternaux qu’il a établie en 1957, le collectionneur américain Henry R Wagner classe en premier (n° 1) l’ouvrage consacré à l’histoire de Marseille (Historia reipublicae Massiliensium…) et en second (n° 2) celui portant sur Jacques Coeur (Dissertatio de Jacobo Coeur…). Dans un article sur Ternaux, en 2007, je me suis demandé si c’était au hasard ou pour quelque raison, que Wagner avait présenté dans cet ordre les deux textes, qu’il n’avait probablement pas eus en main. Un détail m’a fait penser que l’ordre réel pourrait être l’inverse. Il se trouve que Ternaux se prénommait Charles Henri, mais que rejetant son premier prénom, il a signé la quasi totalité de ses oeuvres (à une exception près) Henri Ternaux (puis Henri Ternaux-Compans, ajoutant à son patronyme celui de la dame qu’il avait épousée). Or les deux travaux sont signés d’une forme latinisée, qui est Henricus Ternaux pour l’Historia, et Carolus Henricus Ternaux (la seule exception) pour Jacques Coeur. Dans cette perspective, il paraîtrait logique que le Jacques Coeur ait été rédigé en premier, et que la décision définitive d’abandonner le premier prénom ait été prise entre les deux compositions. Une autre indication possible, mais incertaine, à l’appui de cette idée, est la longueur respective des deux ouvrages. Il est maintenant d’usage que la rédaction d’un mémoire de maîtrise relativement bref précède celle d’une thèse de doctorat plus volumineuse. Les deux ouvrages de Ternaux sont certes plus courts que les travaux d’aujourd’hui, mais s’ils ont été conçus selon le même genre de processus, il faudrait alors que le Jacques Coeur (22 pages) ait précédé, et non suivi l’Historia (111 pages). Dans mon article de 2007, je me disais que les deux opus portaient peut-être un achevé d’imprimer, qui indique les dates avec assez de précision pour les situer, en donnant par exemple le mois (et dans un mouvement de rêverie optimiste, j’envisageais le voyage de Göttingen à seule fin de vérifier ce détail sur pièces). En repensant à ce problème cet hiver, j’ai d’abord considéré qu’une première démarche à faire serait d’aller vérifier dans l’ancien catalogue de la Bibliothèque nationale, si cette précision n’y figurait pas. Je croyais pouvoir retrouver cet ouvrage de référence dans une bibliothèque universitaire de ma connaissance, où il trônait jadis dans une salle accessible au public, mais que l’on avait par la suite relégué en magasin. Hélas, je devais apprendre que depuis lors, par une décision plus radicale, le vieux répertoire avait été tout simplement envoyé au pilon, au prétexte que ses données étaient maintenant intégrées au catalogue numérisé de la BnF, accessible en ligne, lequel ne mentionne pas d’achevé d’imprimer. Eh bien, me dis-je, peut-être pourrais-je tenter de contacter par mail la bibliothèque de Göttingen, qui est à la fois celle de la ville et celle de l’université, et demander là-bas si l’on aurait la bienveillance de vérifier pour moi ces détails. Comme je ne connais pas assez bien l’allemand pour m’adresser aux gens dans cette langue, et comme je redoutais de ne pas être compris si je leur écrivais en français, j’optai pour un mail en anglais, que j’expédiai avec autant d’assurance qu’une bouteille à la mer. Or c’était une bonne piste, car dès le lendemain j’avais une réponse de la bibliothèque allemande, qui ne m’apportait pas le renseignement désiré, mais me signalait que les deux ouvrages étaient consultables sur son site, sous forme de fac-similés numérisés. Hélas encore, je fus incapable d’ouvrir les deux liens joints au message, requérant des conditions d’accès auxquelles je ne comprenais rien. Mais voilà que faisant part de mon désarroi à ma directrice de conscience, celle-ci eut la bonne idée de vérifier si les textes en question n’étaient pas tout bonnement accessibles par une simple recherche en ligne. C’était le cas (ici et ). Je touchais au but. Amère déception : il n’y avait aucun achevé d’imprimer. Je ne connaîtrai sans doute jamais la solution de cette énigme, qui se trouve peut-être dans les archives de Ternaux, si ses héritiers les ont conservées, mais ma passion du classement ne me poussera pas jusqu’à chercher si loin.

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vendredi 13 mai 2016

néomots

Mes néologismes de ces derniers temps : annuhuler, Stalénine, sévéritable.

 (Voir le Verbier complet).

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mercredi 11 mai 2016

lavabo

A Pessac ce matin, dans la salle de bain où je me rase, je constate que l’inscription, sur le néon du lavabo, forme un parfait alexandrin utilitaire : «Ne pas couvrir Do not cover IP 23», à condition de ne pas lire les chiffres en anglais.

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mardi 10 mai 2016

facebook

Unknown

Pour moi, ces dernières années, la principale sirène en ligne a été Facebook. Je ne me sers pas souvent de ce réseau à des fins étroitement sociales, comme de signaler mes faits et gestes à mes proches. A vrai dire je n'ai pas beaucoup de proches, ni d'ailleurs de faits et gestes. Et ce club ne m'aide pas à améliorer ma vie relationnelle, je suis aussi médiocre communicant là qu'ailleurs. Par contre, un instrument comme Facebook est de toute évidence un des moyens les plus commodes de se promener sur le net. Pour peu que l'on choisisse bien les personnes que l'on admet dans son cercle, on dispose à volonté d'une quantité de sources d'information, de réflexion et de divertissement, qui présentent une incontestable force d'attraction : que de liens, que de pistes, que de lectures possibles. Certains s'y laissent prendre outre mesure, y compris des gens de bien, pour qui la fréquentation de Facebook semble être une sorte d'emploi à temps complet : les quarante heures hebdomadaires doivent y être consacrées, voire dépassées, et il n'y a là nul syndicat, qui s'avise de mettre le holà aux cadences infernales. Je m'en amuse, mais moi-même, aux moments de relâchement...

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samedi 7 mai 2016

rêverie

Rêverie légère, à propos d'un monde où les passions seraient moins graves : Le jeu de la sympathie et du hasard, On ne badine pas avec la sympathie...

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mardi 3 mai 2016

internet-télé

tvA l'époque où je regardais souvent la télévision, j'avais remarqué cet engrenage fatal : en fin de journée, quand on est défraîchi, on s'assoit devant le petit écran pour "dîner aux nouvelles", et une fois installé, on reste avachi toute la soirée devant la machine hypnotique, par pure flemme, même si les programmes sont médiocres. Je suis content de m'être affranchi de ce joug depuis longtemps, mais j'ai l'impression qu'internet présente le même danger d'ensorcellement, surtout depuis que je possède un petit ordi léger, si facile à emporter au lit avec soi.

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lundi 2 mai 2016

émeutes

Ce que nous constatons régulièrement, en France, depuis des décennies, c'est que l'essentiel des émeutes, de la violence de foule, du pillage et du saccage des biens publics et privés, des attaques contre l'ordre républicain, est le fait de milices d'extrême gauche et de hordes de soi-disant "opprimés" des banlieues, qui agissent en toute impunité. Pourtant les "observateurs" ne cessent d'affirmer que le principal danger politique menaçant le pays est le "fascisme" de l'extrême droite. C'est marrant, quand même. Quels cris ne pousseraient-ils pas si "l'extrême droite" s'avisait de commettre ne serait-ce qu'un centième de ces violences?

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dimanche 1 mai 2016

citation d'Olavo

"J'ai toujours pensé que seuls des gens très inférieurs, mentalement, se faisaient une idée des individus en se basant d'abord sur la race, et seuls des cancaniers en se basant d'abord sur l'orientation sexuelle. Les gens normaux négligeaient ces deux détails, le premier trop évident, le second personnel et intime, et considéraient plutôt les qualités psychologiques, sociales et intellectuelles plus intéressantes et plus individuelles. Mais maintenant ce sont les personnes elles-mêmes qui font de la race ou des moeurs sexuelles une sorte d'identité, et les exhibent de prime abord comme des cartes de visite, en rejetant leurs qualités plus individuelles vers un second plan effacé, voire méprisable. Le politiquement correct a rabaissé les relations humaines au niveau d'une impersonnalité collective quasiment animale."

(Je traduis cette note d'Olavo de Carvalho, parue aujourd'hui dans Facebook : "Sempre achei que só gente muito inferior, mentalmente, formasse uma imagem das pessoas pela raça em primeiro lugar, e só bisbilhoteiros a formassem pelos hábitos sexuais delas. Gente normal passava por cima desses dois detalhes, por demasiado óbvio o primeiro, particular e íntimo o segundo, e dirigia seu olhar a qualidades psíquicas, sociais e intelectuais mais interessantes e indivdualizadoras. Mas agora são as pessoas mesmas que fazem da sua raça ou dos seus costumes sexuais uma espécie de identidade, e os exibem desde o primeiro contato como cartões de visita, expulsando suas qualidades mais individualizadoras para um segundo-plano discreto ou mesmo desprezível. O politicamente correto rebaixou as relações humanas ao nível de uma impessoalidade coletiva quase animal").

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jeudi 28 avril 2016

aratières

 parrots_paradise_wideCette nuit j'ai rêvé que je demandais le nom d'un chocolat exquis, auquel j'avais à peine pu goûter, et l'on me répondait : «le Chocolat des Aratières». Mon informateur disait cela en affichant un air perplexe, comme pour laisser entendre qu'il ne s'expliquait pas cette appellation étrange. Au contraire, elle me paraissait limpide : le chocolat provenait de Guyane, et les Aratières étaient les lieux où vivaient les Aras. Vérification faite au réveil, le terme Aratière est parfaitement inexistant. Il a dû se former dans mon esprit par analogie avec Héronnière, et parce que je sais que nos compatriotes de la Renaissance, parlant des grands perroquets sud-américains, écrivaient volontiers Arat, avec un T inutile, qui ne servait qu'à donner au mot un air français.

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mercredi 27 avril 2016

ma vie palpiteuse, suite

historiasdelbarriocaminosA la Croix, où j'étais le week-end dernier pour un enterrement, mon internet-téléphone était en panne la moitié du temps. Et j'en suis reparti en oubliant le câble de rechargement de mon ordi, ce qui n'arrange pas mes affaires. Je vais passer quelque temps dans cet inconfort supportable. J'en suis dédommagé par deux grands plaisirs de lecture, dans des genres très différents.

D'une part, les Historias del barrio, bandes dessinées par Bartolomé Segui, où le scénariste Gabi Beltrán relate des scènes de son adolescence délinquante, à Palma de Majorque. Je les ai lues dans l'édition espagnole (Astiberri, 2011) mais elles avaient d'abord paru en catalan (Histories del barri) et ont été reprises depuis en français chez Gallimard (Histoires du quartier, 2013). Il y en a aussi un deuxième volume, sous-titré Caminos (2014, Chemins, 2015) aussi bon que le premier. Par coquetterie d'écrivain, l'auteur entrelarde les sept ou huit récits de chaque volume, de fragments d'un texte dans lequel il évoque un retour ultérieur à Palma et la mort de son père. Ce n'est pas sans intérêt, mais cela complique inutilement les livres, dont les épisodes dessinés se passeraient aisément de ce placage textuel. Un autre point douteux est que la voix off des images est souvent imprimée en noir sur fond marron ou gris, ce qui n'aide pas. Hormis ces réserves, j'ai beaucoup aimé ces histoires prenantes de vol et de bagarre, de shit et de putes, de rêverie aussi par moments. Il m'a plu de sentir la distance prise par l'auteur, maintenant tiré d'affaire, vieilli et assagi, vis-à-vis de ses errements de jeunesse dans un univers de crapulerie, dont il sentait confusément qu'il devait s'arracher. Le point de vue complaisant, selon lequel les agissements de l'individu sont déterminés par son milieu, y est régulièrement contredit par la conscience individuelle du mal accompli. Celui qui vole, agresse, croupit et trafique, le fait d'abord parce que son âme médiocre s'en accommode.

D'autre part Contre les dégoûts de la vie, un copieux recueil de critiques littéraires signé Jean Dutourd (Flammarion, 1986), dont je n'ai encore lu qu'une petite partie, mais qui me ravit toujours autant à chaque page que je tourne. Par sa finesse de jugement et sa justesse d'expression, Dutourd retient l'attention y compris en parlant de livres ou d'auteurs que nous n'avons pas lus, que nous ne lirons pas, ou qu'il n'essaie pas forcément de nous donner envie de lire. Il s'emploie très honnêtement à faire savoir ce qui lui plaît, sans cacher le cas échéant ce qui lui déplaît. C'est remarquable et je ne m'y ennuie pas un instant. L'évocation de Dutourd me rappelle cette anecdote, d'il y a quelques années. J'avais passé une note favorable, sur lui, dans Facebook. Là-dessus un de mes lecteurs de gauche se récrie, que Dutourd n'était qu'un gros con de droite, point à la ligne. J'imagine que mon lecteur n'avait pas passé beaucoup de temps à lire l'écrivain, et le condamnait sur sa réputation. Le détail piquant est que quelques jours auparavant, j'avais diffusé une pensée bien sentie de Dutourd, sans indiquer l'auteur. Or le même lecteur l'avait applaudie, sans se douter...

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mardi 26 avril 2016

à géant casino

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A la caisse de Géant Casino, je contemple le jeune couple qui me précède. C’est surtout Madame que j’ai sous les yeux, car Monsieur ne tient pas en place et multiplie les excursions plus ou moins lointaines, à droite et à gauche, à grandes enjambées. Elle est petite, discrète, un peu enveloppée, sexy quand même, avec sa robe courte et ses collants noirs. Il la dépasse de deux  têtes et me dépasse d’une, et parle aussi fort qu’il est grand, dans une langue inconnue. Les tourtereaux ont assez bonne mine, avec une touche d’exotisme que je ne saurais situer : Carpathes? Pont-Euxin? Lors d’un de ses retours d’expédition, Monsieur présente à Madame deux petits pistolets à fléchettes en plastique joliment emballés, et paraît lui demander son avis. Monsieur n’a pas l’air excessivement mature, mais je veux croire que ce n’est pas pour lui-même, qu’il envisage de les acquérir. Auraient-ils un fils, ou quelque neveu? Sans élever la voix, Madame le renvoie doucement ranger les joujoux, avec l’assurance tranquille des femmes qui, même jeunes, connaissent déjà si bien le métier de gouverner les hommes. Leur tour arrive de passer à la caisse quand, à certains aboiements de Monsieur, je discerne soudain que ce parler étrange, ma foi, c’est tout simplement … du français. Un français bizarre, drôlement sculpté, ou haché, mais du français sans doute. Comme quoi, hein.

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lundi 25 avril 2016

vie des Eskimos

J’ai longtemps aimé la belle vie des Eskimos telle que je l’ai connue, c’est à dire dans les livres et les films des explorateurs. Mais à la réflexion, le genre de subsistance qui implique par exemple de rester des heures à guetter près d’un trou dans la glace, pour défoncer la gueule du premier phoque qui aura enfin le malheur de s’y présenter, ne me fait pas trop rêver.

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dimanche 24 avril 2016

les flics du progrès

Un beau jour des flics humanistes-progressistes vont s’aviser qu’il n’est pas très utile, ni rationnel, de se dire des choses comme bonjour, s’il vous plaît, au revoir, ou merci, et ils mèneront campagne contre ces formules rituelles, héritées des temps obscurs. Pour stigmatiser les obscurantistes qui perpétuent ces coutumes obsolètes, ils créeront à leur encontre des injures particulières, de préférence des mots en -iste ou en -phobe. Ils mèneront le troupeau démocratique par les naseaux sur la question, et parviendront à rendre la pratique honteuse, puis illégale, et sévèrement condamnée. Un autre jour les mêmes flics, ou leurs neveux, s’aviseront qu’il n’est pas bien rationnel d’enterrer ou d’incinérer les morts, au lieu de s’en servir pour fabriquer des boulettes à chien, ou Dieu sait quoi d’autre, et ils mèneront campagne … Ou bien c’est encore des idées que je me fais.

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