Journal documentaire

jeudi 22 juin 2017

sur Breivik et 2083 (5/5)

La troisième partie ou Livre 3 (Book 3) intitulée «A declaration of preemptive war» (Une déclaration de guerre préventive) s’étend sur 753 pages (766-1518) en 162 chapitres. C’est la plus longue, la plus composite, et par endroits la plus personnelle. Il apparaît dans cette partie comme dans les autres et peut-être plus encore, un contraste entre la volonté d’ordonner, de répartir la matière avec soin dans de multiples chapitres et sous-chapitres, et la confusion des retours et des redites. Certains chapitres sont d’ailleurs signalés comme étant de simples brouillons, ou en chantier. Breivik ouvre cette partie par une curieuse déclaration selon laquelle tout ce qui suit peut ou doit n’être considéré que comme une fiction, une politique-fiction dans laquelle il explore, parfois très en détail, ce qui pourrait advenir si en effet la situation de l’Europe évoluait vers une guerre de civilisation. Il déconseille aux combattants de s’en prendre directement aux musulmans mais recommande de s’attaquer à l’establishment multiculturaliste. Il envisage toutes sortes d’actions terroristes, allant des «simples» explosions jusqu’aux attaques chimiques (ch 3.55) ou nucléaires (ch 3.56), inventorie des cibles potentielles, donne des explications techniques, tout en présentant son camp comme «nous les conservateurs culturels modérés»! (p 1242) Il imagine certaines conjonctures, par exemple l’état de la France en 2069, à la fin de la deuxième phase de la guerre : «Population de 120 millions d’habitants, dont 60 millions de musulmans. L’intégration et l’assimilation de la majorité des musulmans a échoué. Il y a maintenant quatre grandes enclaves musulmanes dans différentes régions. Le pays est en faillite depuis 2060, le taux de chômage est de 30 % (60 % chez les musulmans). Plusieurs milices musulmanes se sont formées, ainsi que des groupes ultra-nationalistes français. (…) Il y a chaque semaine des attaques terroristes contre les civils français et d’autres cibles (…) Plusieurs organisations musulmanes demandent l’autonomie, et le droit d’appliquer la charia…» (p 1290). Il établit une typologie des traîtres («marxistes traditionnels, marxistes culturels, humanistes suicidaires, carriéristes cyniques, capitalistes globalistes», p 804) qu’il répartit en traîtres de catégorie A, B et C, et fixe les châtiments applicables après la victoire, allant jusqu’à la peine de mort avec confiscation des biens (p 930 sq). Il calcule qu’il y a en France 65650 traîtres de catégorie A (p 932). Il prévoit pour la population musulmane un programme draconien d’assimilation (conversion, changement de nom, interdiction de la langue arabe, etc) sous peine d’expulsion (avec toutefois une indemnisation financière, p 809 sq). Entre ses prophéties hyper-réalistes et ses visions délirantes, il réussit à l’occasion quelques traits d’humour noir, ainsi lorsqu’il envisage une «attaque au lance-flammes du barbecue annuel du parti socialiste» (p 943), ou quand il pastiche le folklore des anciens combattants en énumérant les multiples distinctions et récompenses à attribuer aux combattants méritants, dont le titre de «Destructeur distingué du marxisme culturel» (p 1078, j’avoue que cela m’a fait sourire). On remarque à ce propos un aspect néronien de la personnalité de Breivik, cet incendiaire esthète, qui décrit avec complaisance les diverses décorations, médailles, rubans et insignes, dont il montre des exemples tirés de sites spécialisés. Mais avant que la guerre soit finie, il faut d’abord la déclencher. Il ne voit pour cela rien de mieux que «la terreur comme moyen de réveiller les masses» (ch 3.22) sans trop se demander si la terreur n’aura pas à l’inverse l’effet de les épouvanter et de le discréditer. Il compte agir comme chevalier de l’ordre des Templiers, qu’il prétend avoir refondé à Londres en 2002 avec quelques autres personnes, qu’il s’abstient de citer sous prétexte de protéger leur anonymat (ch 3.12). Selon lui l’organisation ressuscitée a pour but de défendre l’Europe chrétienne, reprendre le pouvoir, chasser l’islam, détruire le marxisme culturel et châtier ses crimes (ch 3.12, 3.20). Il s’arrange comme il peut avec l’idée que le genre d’action qu’il prépare n’est pas très catholique. On comprend que lui-même n’a pas vraiment la foi mais se sert plutôt de la religion chrétienne comme d’une sorte d’étendard culturel (ch 3.139). Toutefois il admet étrangement croire aux anges (p 1333). Entre autres détails curieux, il imagine, en cas de survie à son action, et donc de procès, le discours qu’il tiendrait, discours dans lequel, citant des exemples historiques célèbres, il prend la défense de Sitting Bull contre le général Custer (p 1107, 1110). 

Il y a vers la fin du livre deux chapitres singuliers, qui sont les plus personnels et les plus longs, une soixantaine de pages chacun. Tout d’abord le chapitre 3.153, qui se présente comme un entretien avec «un» chevalier justicier de l’ordre du Temple, dont on comprend bientôt que ce n’est nul autre que l’auteur lui-même. Une autre surprise est que malgré le tour réaliste des propos rapportés, par exemple une réponse commençant par «C’est une bonne question», on devine peu à peu que c’est une fausse interview réalisée en fait par lui seul. La motivation narcissique apparaît quand, après diverses considérations politiques, Breivik se met tout simplement à raconter sa vie et à parler de ses goûts personnels, dans tous les domaines (parmi ses préférences, p 1406-1407, les chemises Lacoste, la bière Budweiser tchèque, le cocktail Red Bull + Absolut). C’est divertissant. L’autre long chapitre personnel (3.154) est le journal qu’il a tenu pendant les mois précédant l’attentat. Pour disposer d’un local où préparer discrètement une bombe, et pour pouvoir se procurer des produits chimiques explosifs, il a l’idée de créer une société agricole, de louer une ferme et de faire semblant de vouloir cultiver des betteraves. Il y a de longs passages techniques assez ennuyeux, et parfois un peu de suspense, quand il décrit les risques auxquels il s’expose en manipulant les produits dangereux, ou quand arrivent des visiteurs inattendus. Je ne sais ce qui est vrai, dans tout ce qu’il raconte. Il y a un épisode douteux où, après avoir repéré sur Google Earth une région isolée en forêt, il s’y rend au prix d’un trajet de plusieurs heures en voiture, pour enterrer à deux mètres de profondeur une valise dans laquelle il a enfermé son armure pare-balles et divers matériels (pourquoi aller si loin? peut-on vraiment creuser la terre avec juste une pelle et sans pioche, comme il dit? p 1420) Il y a un étrange contraste entre la gravité des activités et le ton parfois juvénile enjoué (il ponctue ses propos de «lol» et termine certaines phrases par des signes graphiques dessinant des visages). Sa dernière note est datée à 12:51 le vendredi 22 juillet 2011, le jour même des attentats (la bombe d’Oslo explosera à 15:26).

Le compendium se referme, après des glossaires, sur sept photos en couleurs de Breivik, dont une où il apparaît habillé en franc-maçon, une en uniforme d’officier décoré, une en combinaison chimique, et une en tenue de combat. Narcissisme et goût de la violence, on en revient là.

Je conclurai ici ce reportage sur une oeuvre curieuse, intéressante sans être passionnante, où l'on trouvera quelque matière à méditer si l'on ne se perd dans la masse. Oeuvre d'un possédé, pas sot mais fou à lier.

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mercredi 21 juin 2017

sur Breivik et 2083 (4/5)

La première partie ou Livre 1 (Book 1) longuement intitulée «What you need to know, our falsified history and other forms of cultural marxist / multiculturalist propaganda» (Ce que vous devez savoir (sur) notre histoire falsifiée …) s’étend sur 241 p (38-278) en 30 chapitres. Elle est essentiellement consacrée à l’islam. Breivik examine d’abord en quelques pages le «négationnisme» dont bénéficierait l’islam en Occident, où l’Orient est en général présenté comme une victime perpétuelle de l’impérialisme européen, et où la propagande pseudo-historique inspirant les livres scolaires passe sous silence ou estompe les invasions, persécutions et massacres perpétrés par les musulmans. Il est vrai que l’idéologie multiculturaliste tend à ne dire que du mal de l’Occident, et que du bien des anciens pays colonisés. L’auteur présente ensuite les principes et les particularités de l’islam (le prophète, le Coran, les sourates bénignes de la Mecque et les belliqueuses de Médine, etc). Enfin la plus grande part de ce Livre 1 étudie l’histoire de la guerre de conquête à peu près incessante que le monde musulman a menée contre le reste du monde, en particulier contre la chrétienté. Là encore le matériau n’est pas très original, ni exempt de redites, ni très clairement ordonné, mais on dispose d’un assemblage d’exposés assez bien faits sur divers points de l’histoire du pourtour méditerranéen et du Proche Orient (Andalousie, croisades, Chypre, Arménie, Grèce, Turquie, Liban, Bosnie, Kosovo, etc, dont 15 pages sur la seule bataille de Poitiers, par exemple). Plusieurs spécialistes et polémistes sont cités plus ou moins longuement (Fjordman, Marc Steyn, Serge Tirfkovic, Robert Spencer, Bat Ye’or, Abdullah Al-Araby, Walid Shoebat et alii). (Il y a un problème technique, le bas de la page 137 (chapitre 1.11) n’étant pas poursuivi à la p 138, mais repris à la p 140 (ch. 1.12)).

La deuxième partie ou Livre 2 (Book 2) sobrement intitulée «Europe burning» (L’Europe en flammes) s’étend sur 485 pages (280-764) en 107 chapitres. Elle rassemble toute une série de réflexions au sujet des problèmes auxquels l’Europe a été confrontée dans le passé récent et dans l’actualité. Il y a des critiques appuyées de l’idéologie multiculturaliste de l’Union européenne, accusée de favoriser l’immigration, et par conséquent l’islamisation du continent, mais aussi contre le «marxisme culturel» en général, contre le féminisme, etc, un examen des actions ennemies (jihad, terrorisme) et un passage en revue des organisations identitaires et conservatrices. C’est dans cette partie qu’apparaît singulièrement l’importance du blogueur norvégien Fjordman, dont trente-cinq articles sont reproduits in extenso. Cette présence évidente de Fjordman a été pour lui un sujet d’embarras sérieux, après les attentats, car la médiaterie unanime s’est empressée de l’assimiler au terroriste Breivik, ce qui était abuser. Fjordman est un polémiste talentueux, dont certes un sujet de prédilection est la dénonciation des dangers de l’immigration de masse et de l’islamisation, mais qui n’a jamais appelé quiconque à perpétrer des exploits insensés comme ceux dont Breivik s’est rendu coupable. Dans les vues radicales qu’il expose, Breivik envisage la future déportation des musulmans d’Europe (chapitre 2.104).

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mardi 20 juin 2017

sur Breivik et 2083 (3/5)

2083 s’ouvre sur un avant-propos de sept pages (3-9) intitulé «About the compendium». L’auteur y annonce les principaux sujets qu’il abordera (la critique de l’idéologie du politiquement correct, qu’il nomme plus souvent marxisme culturel ou multiculturalisme, et la lutte contre la colonisation musulmane de l’Europe, que le multiculturalisme favorise) et donne quelques indications techniques. Il déclare avoir consacré quelque neuf ans à préparer son projet (sans dire que ledit projet doit aboutir à un attentat), dont cinq années à étudier et à accumuler des ressources financières (le jeune surdoué semble avoir exercé son sens des affaires dans le commerce en ligne) et trois passées à temps plein à compiler et à rédiger son «compendium». Il estime y avoir investi 317.000 euros, dont 130.000 versés de sa poche, et 187.500 qu’il considère avoir perdus en arrêtant de travailler pour se vouer à son entreprise spéciale (4, 8. On remarquera régulièrement dans l’ouvrage un penchant pour la quantification (de l’argent, du temps, des matériaux, etc)). J’ai calculé que cela représentait 62500 euros par an, et donc un revenu mensuel supérieur à 5000 euros, ce qui n’est pas invraisemblable. Il dit s’apprêter à envoyer son texte aux quelques milliers de personnes dont il a obtenu l’adresse e-mail par Facebook et déclare que le compendium est sans copyright et peut être reproduit librement. Très au fait des moyens de communication actuels, il appelle ses lecteurs à diffuser son ouvrage sur tous les torrents, blogs, sites, réseaux sociaux et forums possibles, ainsi qu’à le traduire (6). Il précise avoir choisi la forme d’un fichier Word plutôt que d’un pdf car ainsi le fichier est plus léger, plus maniable et plus facilement éditable (mais c’est sous la forme d’un pdf que je l’ai trouvé en ligne) (On le trouve encore facilement en requérant dans Google "2083 pdf"). Il fournit même des conseils détaillés pour lire son texte sur Kindle ou pour l’imprimer par les services de «print on demand», etc (7). Il prévient que l’anglais n’étant que sa seconde langue, il peut y avoir des erreurs dans le texte (il y en a, en effet, même s’il maîtrise la langue remarquablement : on ne trouvera pas là un style recherché, mais une grande clarté d’expression). Breivik signe son avant-propos en présentant de nouveau son nom anglicisé en Andrew Berwick, et en s’attribuant le titre de chevalier templier d’Europe.

L’Introduction au compendium 2083 tient sur 27 pages (11-37) dans lesquelles sont examinés l’histoire et les différents aspects de l’idéologie politiquement correcte qui règne sur les universités, les médias, l’industrie des loisirs et les mentalités en général depuis l’après-deuxième-guerre-mondiale, et plus encore depuis les années 60. Pour qualifier cette idéologie, Breivik reprend l’expression de marxisme culturel, désignant un marxisme non plus limité au seul domaine économique mais reconnaissant et privilégiant l’importance du facteur culturel. Cet exposé n’est pas très original, puisque ses éléments peuvent être aisément retrouvés ailleurs, mais il donne un assez bon aperçu des différents courants de pensée englobés dans cette idéologie (relativisme culturel, multiculturalisme, anti-christianisme, racisme inversé, homosexisme, féminisme, théorie du genre, etc) et présente des portraits intellectuels des principaux maîtres à penser de ce mouvement (Gramsci, selon qui il fallait détruire la mentalité chrétienne des ouvriers pour en faire des révolutionnaires, Lukacs, communiste éminent quoique fils de banquier, Reich le freudo-marxiste fou furieux, Fromm, Adorno, Marcuse, et d’autres) dont la plupart se rattachent à l’Ecole dite de Francfort. Il y a vers le début une page bien tournée (12) où l’auteur imagine ce que serait l’effroi d’un homme occidental des années 50, habitué à un climat de sécurité et de courtoisie, s’il se trouvait soudain plongé dans le monde actuel, marqué par la violence, la pornographie, la drogue et la crasse. Il y a çà et là de bons mots, peut-être originaux, comme cette observation que bien des campus sont devenus «de petites Corées du Nord couvertes de lierre» (14). Sur ces questions de civilisation, je me sens moins conservateur qu’AB, parce que tout en déplorant l’entreprise de démolition systématique de la culture traditionnelle par le marxisme culturel, je reconnais la légitimité de la critique. Le problème étant que la critique marxiste-culturelle tend à s’imposer comme elle-même incriticable, comme une idéologie qui n’admet pas que la remise en cause puisse à son tour être remise en cause.

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lundi 19 juin 2017

sur Breivik et 2083 (2/5)

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Le compendium de Breivik est donc un document volumineux : 1518 pages (un avant-propos, une introduction, trois parties totalisant 299 chapitres). Aurait-il pu être plus bref? Oui. En recherchant quelques mots de certain passage, qu’il me semblait avoir vu répété, j’ai constaté que ledit passage était reproduit trois fois dans le texte, qui n’est donc pas exempt de redites, et depuis j’en ai trouvé d’autres. C’est dommage, parce que cette dimension démesurée décourage la lecture plus qu’elle n’y incite, et désoriente celui qui s’y aventure. Comme en outre il n’y a pas de table des matières, un de mes travaux d’approche a été de feuilleter l’ouvrage pour en constituer une. Dans cette somme sont compilés des exposés historiques et des analyses politiques, dont de nombreux articles et fragments empruntés à d’autres auteurs, et aussi des renseignements sur la personnalité de Breivik lui-même et la préparation de l’attentat.

Le titre choisi peut s’expliquer de deux manières. D’une part, constitué d’une simple date située dans un futur menaçant, il fait penser au 1984 de George Orwell, auquel il semble faire écho (2083, c’est 1984 plus un siècle, moins un an). Orwell est cité une douzaine de fois au fil des pages, et si son roman 1984 n’est mentionné qu’une seule fois, c’est comme premier de la liste des dix livres préférés de Breivik (1407). D’autre part, celui-ci se réfère plusieurs fois à l’année 2083 comme devant être la date-butoir à laquelle la «guerre civile européenne» opposant l’Occident et l’islam, touchera son terme. Dans une vision prophétique, il assure que cet affrontement aura traversé trois phases : 1999-2030, 2030-2070, et 2070-2083 (voir p 803, 1257, 1351 et autres). Pourquoi précisément l’année 2083, et non la suivante ou la précédente? Visiblement pour faire écho à 1683, année de la défaite des Ottomans devant les murs de Vienne, marquant l’arrêt de la seconde vague de Jihad, celle des Turcs, comme 732 avait marqué l’arrêt de la première, celle des Arabes. Les mauvais esprits verront dans cette anticipation hasardeuse la marque du délire ou de la naïveté. (Les conspirationnistes examineront aussi son hypothèse plus raisonnable de la p 114, selon laquelle Ben Laden aurait choisi la date de l’attentat du 11 septembre 2001 en référence à celle du 11 septembre 1683).

La page de titre comporte en outre une croix de saint Georges rouge, pattée, et un sous-titre («A European Declaration of Independence», soit Une déclaration d’indépendance européenne : c’est là le titre d’un article de Fjordman, reproduit in extenso au chapitre 2.93, p 717-722, protestant contre la dictature immigrationniste exercée par l’Union Européenne et réclamant son abolition). Suivent deux formules latines. La première, «De Laude Novae Militiae» est le titre d’un texte écrit dans les années 1130 par le moine cistercien saint Bernard de Clairvaux (en français Eloge de la nouvelle chevalerie, en anglais In praise of the new knighthood). La seconde, «Pauperes commilitones Christi Templique Solomonici» (Pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon) est le nom complet de l’ordre du Temple, organisation militaire et religieuse des Templiers (en anglais Knights Templar), qui exista du XIIe au XIVe siècle, et qu’AB prétend réincarner (il en parle notamment aux pages 812 sq). Enfin cette première page porte une signature avec une forme anglicisée du nom de l’auteur et une localisation imaginaire («By Andrew Berwick, London - 2011»).

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dimanche 18 juin 2017

sur Breivik et 2083 (1/5)

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Le franc-maçon norvégien Anders Breivik s’est rendu célèbre en perpétrant un double attentat terroriste, le 22 juillet 2011. Il était alors âgé de 32 ans. Militant nationaliste, anti-immigrationniste et surtout anti-musulman, mais par ailleurs anti-nazi et judéophile déclaré, il préparait son coup en solitaire depuis des années. Il aurait pu y laisser la peau, et concevait son action comme un possible sacrifice, une mission suicidaire. L’attentat patiemment préparé fut une réussite à sa façon : beaucoup de victimes (77 morts, et les blessés), beaucoup de bruit. Mais pour quels résultats, à part ça? S’il s’agissait de déclencher un vaste embrasement guerrier, cela n’a fort heureusement pas marché, et il ne s’est pas trouvé grand monde, parmi les nationalistes consternés, pour suivre un tel exemple. L’assaut mené par Breivik est absurde à divers égards. La logique consistant à protéger son peuple en massacrant 77 de ses compatriotes, soit à pratiquer la barbarie pour défendre la civilisation, convainc mal. On observera que la première partie de l’attentat, l’explosion d’une bombe au centre d’Oslo, pouvant tuer aléatoirement quiconque n’avait que le tort de se trouver dans les parages, aurait aussi bien pu atteindre, s’il était venu à passer par là, le polémiste anti-musulman Fjordman, dont Breivik ne se cache pas d’être fan. De même la seconde partie, qui a consisté dans le mitraillage de jeunes travaillistes réunis en congrès sur l’île d’Utoya, et coupables d’être supposés pro-Palestiniens, «donc» pro-musulmans, a-t-elle pu compter parmi les victimes quelque futur Fjordman potentiel, puisque celui-ci avait entrepris sa vie politique en militant dans cette mouvance. Enfin il faut considérer que la cause légitime, de ceux qui s’inquiètent des désastres de l’immigration massive et incontrôlée, et de l’islamisation des sociétés occidentales, ne peut qu’être discréditée par une action aussi indéfendable, dans laquelle je vois surtout à l’oeuvre la combinaison fatale de l’appétit de tuer, toujours heureux de se trouver des prétextes, même les plus discutables, et du narcissisme démesuré de celui qui a besoin de se faire remarquer à tout prix. Un but de Breivik était aussi que son exploit fasse de la publicité à son «compendium» intitulé 2083, l’énorme somme dans laquelle il a compilé toute la documentation et l’argumentation étayant son point de vue, et qu’il a envoyée par e-mail à quelques centaines ou milliers de destinataires dans les heures précédant son passage à l’acte. Malgré mon désaveu total de ses exactions, je ne trouve pas sans intérêt ce long document, dont je possède depuis quelques années une version en pdf, que je n’avais pas encore eu la patience d’explorer. J’ai passé de longues soirées depuis cet hiver à le parcourir, à le lire par endroits, et à en tirer les notes que voici. 

(J’ouvrirai ici une parenthèse pour signaler que pendant ce temps j’ai eu par ailleurs l’occasion de consulter l’article que Richard Millet a consacré à un «Eloge littéraire d’Anders Breivik», texte de dix-huit pages paru en 2012 à la suite d’un autre, donnant son titre au petit volume Langue fantôme (éditeur P-G de Roux) dont je dirai quelques mots. S’il m’est arrivé d’apprécier les écrits de Millet, j’ai du mal à le suivre sur ce sujet. Il déclare et répète qu’il «n’approuve pas les actes commis», mais on voit bien qu’il ne les désapprouve pas vraiment non plus, car il se dit «frappé par leur perfection formelle, donc … par leur dimension littéraire, la perfection, comme le Mal, ayant toujours peu ou prou à voir avec la littérature». Pour ma part, n’étant pas de ceux qui rangent l’assassinat parmi les beaux-arts, je ne sais apprécier la perfection dans le crime, et je ne vois pas ce qu’elle aurait de nécessairement littéraire, il y a là une équivalence qui m’échappe. Par contre Millet fait peu de cas du compendium, dont il juge que «les naïvetés, le caractère composite, la culture Wikipédia, ne sont pas difficiles à souligner, et le rendent indigeste, quoique non dénué d’intérêt par endroits». Je souscris en partie à ces observations, mais je constate qu’en somme leur auteur trouve plus d’attrait aux actes qu’au texte, et que mon point de vue est à l’inverse. Par ailleurs il doute de la «folie» de Breivik (il met au mot des guillemets), moi pas.)

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samedi 17 juin 2017

peur enfantine

Enfant j’ai vécu avec l’épouvante de la Guerre, avant même de savoir que ce que j’entendais par là était plus précisément celle que l’on appelle la deuxième Guerre mondiale. Je n’y pensais certes pas sans arrêt, simplement ce spectre restait tapi à l’arrière-plan de mon paysage mental. J’étais pourtant né plus de dix ans après qu’elle eut fini, mais en quelque sorte ses échos vibraient encore dans l’air que nous respirions. Peut-être m’effrayait-elle d’autant plus que ce n’était pour moi qu’une horreur confuse, obscure, dont j’ignorais à peu près tout. Dans ma famille de plébéiens on ne m’en parlait pas, me semble-t-il, mais les remarques laconiques des adultes entre eux suggéraient assez qu’il s’était passé alors quelque chose de terrible. La catastrophe s’est présentée à mes yeux sous une forme plus concrète lorsque mes parents ont eu l’idée de nous faire visiter Oradour sur Glane. J’en ai presque tout oublié mais l’impression de cauchemar est restée. Un des seuls souvenirs que j’en garde est celui d’une vieille machine à coudre noire, posée me semble-t-il sur un bout de mur, au bord d’une rue. Cette image m’a hanté. Entre autres significations, je pense qu’elle confirmait dans mon esprit que cette tragédie était décidément liée aux générations passées, avec lesquelles je n’avais rien à voir. Du moins essayais-je de me rassurer, en me persuadant que j’appartenais à un âge radicalement nouveau, où de telles horreurs ne pouvaient plus avoir lieu. Plus tard dans ma jeunesse une autre mélancolie historique m’a angoissé, relativisant la précédente, au temps de la Guerre froide. A ce moment pourtant j’ignorais tout des atrocités du communisme, et ne m’en souciais pas. Ce qui m’inquiétait, c’était la perspective vraisemblable que l’affrontement Est-Ouest se résolve par quelque gigantesque cataclysme, qui nous retomberait dessus, si loin de nous qu’il éclate. Je ne sais si les jeunes gens d’aujourd’hui imaginent le poids dont cette menace pesait dans la conjoncture. On aurait alors jugé bien optimiste celui qui aurait assuré que la fin de l’ère soviétique ressemblerait plus à l’écroulement d’un château de cartes, qu’à l’explosion d’une poudrière. Tant mieux, si cela s’est produit sans trop de soubresauts. J’ai bien eu le temps, depuis lors, de me désabuser, pour en venir à considérer qu’il n’y a pas d’horreurs dont on puisse être assuré que l’on ne reverra «plus jamais ça». Sans compter que le cours de l’Histoire en produit régulièrement des modèles inédits, dont on n’avait pas encore idée. Mais j’ai eu beau en voir un assortiment, la peur enfantine de la deuxième Guerre est restée imprimée dans mon esprit plus que toute autre. Le souvenir de ces impressions est maintenant lointain, flou et incertain. J’ai voulu essayer de le fixer, peut-être en vain. Eh bien, j’étais parti pour dire autre chose et finalement j’ai parlé de ça.

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mercredi 14 juin 2017

une idée de titre

Le règne nègre.

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mardi 13 juin 2017

crepal

Coïncidence des acronymes : le CREPAL désigne aussi bien le Centre de Recherches sur les Pays Lusophones, et le Comité Régional des Produits Agricoles du Limousin.

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lundi 12 juin 2017

calligraphie

sm_loen1Je retombe par hasard sur une plaquette du poète bolivien Nicomedes Suárez Araúz, Los escribanos de Loen, parue à Amherst, dans le Massachusetts, en 1982. J’avais déjà vu cet ouvrage il y a quelques années. Les poèmes ne sont pas à mon goût mais j’aime bien la forme visuelle que leur a donnée la calligraphe, une certaine Candace Kelly. En particulier je suis frappé par le travail qu’elle a accompli en couverture, où les lettres du titre sont formées par un ruban de texte. En y regardant de plus près, à la loupe, je vois que le texte choisi pour cela est le début de la préface. Ainsi, par exemple, le premier mot du titre, LOS, est formé par l’écriture en très petites lettres de l’incipit : «El cronista Gonzalo Mendoza / de Arroyos relata en su libro Rel / aciones y comentarios la h /». Je ne sais comment nommer, ou si quelqu’un a déjà trouvé un nom pour ce genre d’écriture dans l’écriture, ou d’écriture par l’écriture. Je me souvenais vaguement que j’avais montré cet exemple à mon ami le regretté Michel Ohl, grand correspondant et excellent calligraphe, qui lui-même avait parfois recouru à cette technique. Il a en effet écrit quelques lettres et cartes postales, dans lesquelles le texte de son message formait le nom et l’adresse du destinataire. En recherchant dans mon courrier, je retrouve le passage où il me disait, le 21 février 2007 : «Je garde précieusement la page Suárez Araúz. Je ne suis pas autrement étonné de découvrir cet ancêtre de la lettre/adresse, si je puis dire.» Dans cette lettre et dans d’autres, de l’année précédente, il parlait de lettre-adresse ou de carte-adresse, parce qu’il employait le procédé à cette fin, comme Candace Kelly l’a fait pour un titre, et on peut l’utiliser à d'autres fins encore. Il nous manque une appellation plus générale. En voulant me renseigner sur la calligraphe, je ne trouve pas grand chose. Il y a bien une Candice Kelly qui opère à Portland (Oregon) sous le nom de Candice Mae, comme graphiste commerciale...

Je dépose ici un pdf de ladite couverture : DOC120617 .

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dimanche 11 juin 2017

ralouve et borange

Hier matin je me suis réveillé à l’issue de rêves dont j’ai presque tout oublié, sauf que j’y entendais deux mots inconnus. La Ralouve, tout d’abord, mais je n’ai plus idée de ce que c’était. Puis dans une scène où je me promenais en ville avec Marie-Emilia (!), à qui je faisais remarquer la beauté de la vue, elle me répondait : Oui, c’est le Borange. Je ne saurais dire si c’était là le nom propre du lieu, ou la désignation commune de ce genre de lieu. Les deux néomots, Ralouve et Borange, forment un curieux duo : même longueur, même découpage en syllabes.

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jeudi 8 juin 2017

solution

Cette bizarrerie de la psychologie, que le travail soit une aliénation pour les hommes et une libération pour les femmes, laisse entrevoir la solution de l’interdire à ces messieurs et de le réserver à ces dames, pour que tout le monde soit content.

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mercredi 7 juin 2017

runa yupay

eef9826ab2efa0f596d6b626a51434f414f4141Un Andindon mécontent comme José María Arguedas pouvait se plaindre de son sort, quand il fut emprisonné en 37-38 pour avoir pris part à une manifestation anti-fasciste. Mais il eut aussi des consolations, me dis-je en considérant sa médiocre nouvelle Runa Yupay, parue en 1939 sous la forme d’une brochure d'une cinquantaine de pages. On lit au colophon qu’elle fut publiée «sous les auspices de la Commission Centrale du Recensement, Service de Propagande», c’est à dire aux frais du contribuable, «à 30.000 exemplaires», ce qui n’est pas rien, et pour «Distribución gratuita», au diable l’avarice…

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jeudi 1 juin 2017

incaette

Les gérants de journaux gratuits ne se contentent pas d’en disposer des piles sur certains quais du tram, ils paient aussi de jeunes gens pour les tendre aux passants. D’ordinaire je les refuse, car je ne lis pas cette presse. Mais voilà que naguère j’ai reconnu, parmi les distributeurs, une petite Péruvienne, ou que sais-je une Andine, que je croise parfois dans l’université. Je ne la connais pas, mais j'aime bien son air humble et sérieux. Cette Incaette m’attendrit. Je prendrais son journal, si elle me le tendait. Et après tout qu’importe, si je ne le lis pas.

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dimanche 28 mai 2017

Lettre documentaire 504 : Arbres arabes.

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J’ai passé quelques heures à examiner un livre qui m’intéressait, Arboles y arbustos de al-Andalus, publié par le CSIC (le CNRS espagnol) en 2004. C’est un ouvrage collectif dans lequel deux arabisantes (J M Carabaza & E García) et deux botanistes (J E Hernández & A Jiménez) ont analysé des textes en arabe datant du XIe au XVIIe siècle et en ont synthétisé les données quant à la description, l’utilisation et la culture de plus d’une centaine d’arbres et arbustes d'Andalousie, indigènes ou importés, en y incluant de petites espèces ligneuses comme les roseaux, les rosiers ou la vigne (Parmi les absents, bizarrement, pas de tilleul, pas de sureau). J’étais surtout curieux de contempler du vocabulaire. C’était une occasion d’améliorer mon espagnol, car je ne connais pas très bien les noms des arbres dans cette langue, et de découvrir les dénominations en arabe. (Mes prospections dans cette langue se sont arrêtées à l’époque où je fréquentais une Algérienne et où j’avais acheté un petit guide Assimil, mais j’avais été découragé en constatant que les mots du livre ne correspondaient jamais à ceux de mon interlocutrice. Et puis comme elle parlait bien français…) Je me suis amusé, cela faisait longtemps, à constituer un index quadrilingue dans lequel j’ai reporté les noms latins, arabes, et espagnols, avec si possible leur traduction en français. Cela fera la matière d’une nouvelle Lettre documentaire. On y remarque sans surprise quelques emprunts de l’espagnol à l’arabe, comme Ratam / Retama, pour le Genêt. Il y a des mots qui ressemblent au français, lequel les tire je ne sais d’où, comme Kafur / Camphre, ou Murr / Myrrhe. Dans certains cas la ressemblance est frappante entre les termes latins et arabes, mais je n’ai pas le temps d’essayer de savoir qui a emprunté à qui : ainsi le nom du Buis (arabe Baqs, espagnol Boj, latin Buxus) ou celui de l’If (arabe Tajs, espagnol Tejo, latin Taxus, c’est peut-être cet arbre qui donne son nom à la ville du Teich, près d’Arcachon). Il y a le cas étrange de l’Orange, qui oscille entre le Narany oriental (Naranja en espagnol) et l’Aurantium, le doré latin. Malheureusement le livre est plus botanique que linguistique, et ne prend pas la peine de donner certaines explications. Ainsi j’apprécie que les mots arabes soient écrits en caractères latins, mais on ne sait à quoi correspondent tous les points, tirets, accents et apostrophes dont ils sont lardés, et que je n’ai pas pris la peine de transcrire. Les auteurs n’éclaircissent pas non plus le sens des désignations par périphrase. Par exemple, dans l’expression Nasam aswad, pour Peuplier noir, je reconnais l’adjectif aswad (noir) parce que par hasard j’ai su jadis que tel était le sens du nom d’un groupe de reggae, mais le livre n’en dit rien. Autre exemple, on voit que le nom de l’Arbousier, Hinna ahmar, reprend le nom du Henné (Hinna) avec un qualificatif qui sert aussi pour désigner une espèce de Nerprun (Awsay ahmar) sans explication. J’aime bien la simplicité élémentaire des monosyllabes, comme Rand (le Laurier), Ward (le Rosier) ou Karm (la Vigne). Il y a trois étranges mots doubles : Dardar (le Frêne), Fulful (le Poivrier) et Safsaf (le Saule). Je ne sais si ces mots d’arabe médiéval sont encore ceux de l’arabe actuel, mais lui-même est très variable, paraît-il. En voulant me renseigner à cette occasion, je n’ai trouvé en ligne que des vocabulaires pour touristes, naturellement pauvres en botanique, mis à part quelques noms de légumes, et des dictionnaires plus complets, mais en écriture arabe, pour moi illisible. Et de toute façon, je n’ai guère besoin d’en savoir plus. S’il y a un arabophone parmi mes lecteurs, il me donnera son avis. En dehors de ce safari lexical je n’ai guère lu le texte sinon, très attentivement, les dix-sept pages d’un des plus longs articles, celui sur la Vigne, très intéressant, mais où je n’ai pas trouvé de réponse à la question que je me suis longtemps posée, de savoir contre quels arbres on faisait jadis pousser des treilles, coutume paraît-il des Romains de l’Antiquité, encore pratiquée par les Italiens du seizième siècle, selon l’observation de Montaigne, qui n’a pas eu l’idée de citer l’espèce. C’est par hasard au chapitre de l’Orme (Nasam) que je tombe sur cette allusion : «contre ceux de plus grande taille, on installe les treilles». Cela pourrait se comprendre, parce que l’Orme a une ombre légère. Je m’amuse en songeant que j’avais en quelque sorte la réponse sous les yeux depuis des années, avec le bois de la Rigeasse, petite ormée broussailleuse, isolée au milieu des champs et envahie de vigne sauvage, probablement semée par les oiseaux, qui ont chié là les pépins de raisin des quelques vignes du secteur. Ce qui ne prouve rien, mais témoigne au moins que les deux plantes font bon ménage. 

(PS. Monsieur Damien de sable me fait savoir qu'ahmar signifie rouge, et me communique cette réflexion : "Il y a quelque chose de curieux, à propos des mots qui désignent les couleurs en arabe, en tout cas les couleurs de base les plus fréquentes. Elles semblent toutes construites sur la même structure : deux syllabes avec la même répartition de consonnes autour de deux a. Noir : aswad. Blanc : abyad. Rouge : ahmar. Bleu : azraq. Vert : akhdar. Jaune : asfar. Le phénomène est trop net pour être fortuit, mais comment l'expliquer ?")

LETTRE DOCUMENTAIRE 504 : ARBRES ARABES.

Index d'après Arboles y arbustos en Al-Andalus (par Julia María Carabaza Bravo, Expiración García Sánchez, Jacinto Esteban Hernández Bermejo & Alfonso Jiménez Ramírez. Madrid : CSIC, 2004.)

Acacia abyssinica - UMM GAYLAN - Acacia (à gomme arabique)
Acer - SUFAYRA - Arce (Erable)
Alnus glutinosa - ZAN - Aliso (Aulne)
Aquilaria agalocha - QUTR - Aloe, Agáloco
Arbutus unedo - HINNA AHMAR - Madroño (Arbousier)
Argania spinosa - ARQAN - Argán (Arganier)
Arundo donax - QASAB - Caña, cañizo, cañavera (Roseau)
Berberis - BARBARIS - Agracejo (Epine vinette)
Betula - NASAM QABRI - Abedul (Bouleau)
Boswellia carteri - SAYAR AL-LUBAN - Incienso, Olibano (A à encens)
Buxus sempervirens - BAQS - Boj (Buis)
Caesalpinia sappan - BUQQAM, BAQQAM - Brasilete
Cassia - JIYAR SANBAR - Cañafistula (Casse)
Castanea sativa - SAH BALLUT - Castaño (Châtaignier)
Cedrus - ARZ - Cedro (Cèdre)
Celtis australis - MIS - Almez(o), latón, lirón (Micocoulier)
Ceratonia siliqua - JARRUB - Algarrobo (Caroubier)
Cercis siliquastrum - DADI - Ciclamor (Gainier, Arbre de Judée)
Chamaerops humilis - DAWM - Palmito (Palmiste? Palmier nain)
Cinnamomum aromaticum - DAR SINI - Canelero de China (Cannelier)
Cinnamomum camphora - KAFUR - Alcanfor (Camphrier)
Cinnamomum verum - QIRFA - Canela (Cannelier de Ceylan)
Cistus - SAKUS - Jara (Ciste)
Citrus aurantifolia - LIM - Limero (Limettier, Citron vert)
Citrus aurantium - NARANY - Naranjo (Oranger)
Citrus grandis - ZAMBU - (A)zamboa (Pamplemoussier)
Citrus limon - LAYMUN, LAMUN - Limonero, Limero (Citronnier)
Citrus medica - UTRUYY, UTRUNY - Cidro (Cédratier)
Commiphora africana - MUQL - Bedelio africano (Myrrhe africaine)
Commiphora myrrha - MURR - Mirra (Arbre à myrrhe)
Commiphora opobalsamum - BALASAN - Balsamero
Cordia myxa - MUJA(Y)TA, MUJAYTI - Sebestén (Sébestier)
Corylus avellana - YILLAWZ - Avellano (Noisetier)
Crataegus azarolus - ZARUR - Acerolo (Azarolier, Epine d'Espagne)
Crataegus monogyna - MADAG - Majuelo (Aubépine)
Cupressus sempervirens - SARW - Ciprés (Cyprès)
Cydonia oblonga - SAFARYAL - Membrillo (Cognassier)
Daphne gnidium - MATNAN - Torvisco (Garou, Sainbois)
Diospiros ebenum - ABNUS - Ebano (Ebène?)
Elaeagnus angustifolia - ALLOHANTA - Arbol del paraíso? (Chalef)
Ficus carica - TIN - Higuera (Figuier)
Ficus sycomorus - YUMMAYZ - Sicomoro (Figuier sycomore)
Fluggea tinctorea - AWSAY SAGIR - Tamujo (Nerprun?)
Fraxinus angustifolia - DARDAR - Fresno (Frêne)
Hyphaene thebaica - MUQL - Palmera egipcia (Palmier doum)
Jasminum - YASAMIN, YASMIN - Jazmín (Jasmin)
Jasminum fruticans - ZAYYAN - Jazmín silvestre (Jasmin d'été)
Juglans regia - YAWZ - Nogal (Noyer)
Juniperus - ABHAL - Sabinas? Enebros? (Genévrier)
Juniperus - AR'AR - Sabinas? Enebros?
Laurus nobilis - RAND - Laurel (Laurier)
Lawsonia inermis - HINNA - Alheña (Henné)
Liquidambar - MAYA - Estoraque (Styrax? Liquidambar? Copalme?)
Lycium intricatum - AWSAY - Cambrón, Espino negro (Nerprun? Ronce?)
Malus domestica - TUFFAH - Manzano (Pommier)
Melia azedarach - AZADARJAT - Acederaque (Cinnamome?)
Mespilus germanica - MUSA - Níspero (Néflier)
Moringa oleifera - BAN - Ben (Moringa)
Morus nigra - TUT - Moral, morera (Mûrier noir)
Musa - MAWZ - Platanera (Bananier)
Myrtus communis - RAYHAN - Arrayán, Mirto (Myrte)
Nerium oleander - DIFLA - Adelfa (Laurier-rose)
Olea europea - ZAYTUN - Olivo (Olivier)
Olea europaea sylvestris - ZANBUY - Acebuche (Olivier sauvage)
Pandanus odoratissimus - KADI - Pándano (Kaitha)
Phillyrea angustifolia - KATAM - Labiérnago (Alaterne? Filaire)
Phoenix dactylifera - NAJL - Palmera datilera (Palmier dattier)
Phragmites australis - QASAB FARISI - Carrizo (Laîche? Roseau commun)
Pinus - SANAWBAR - Pinos (Pins)
Piper cubeba - HABB AL-ARUS - Cubeba (Cubèbe, Poivre de Java)
Piper nigrum - FULFUL - Pimentero (Poivrier noir)
Pistacia - DARW - Lentisco (Pistachier lentisque)
Pistacia terebinthus - BUTM - Terebinto, Cornicabra (P térébinthe)
Pistacia vera - FUSTUQ - Pistacho, Alfónsigo (Pistachier)
Platanus orientalis - DULB - Plátano de sombra (Platane)
Populus alba - HAWR - Alamo blanco (Peuplier blanc)
Populus nigra - NASAM ASWAD - Alamo negro, Chopo (Peuplier noir)
Prunus armeniaca - MISMIS, MISMAS - Albaricoquero (Abricotier)
Prunus avium - HABB AL-MULUK - Cerezo (Cerisier)
Prunus domestica - IYYAS, INYAS, UYUN, ABQAR - Ciruelo (Prunier)
Prunus dulcis - LAWZ - Almendro (Amandier)
Prunus mahaleb - MAHLAB - Mahaleb, Cerezo de Santa Lucía
Prunus persica - JAWJ - Melocotonero (Pêcher)
Punica granatum - RUMMAN - Granado (Grenadier)
Pyrus - KUMMATRA, IYYAS, INYAS - Peral (Poirier)
Quercus faginea - AFS - Quejigos (Chêne faginé)
Quercus ilex - BALLUT - Encina (Chêne vert, Yeuse)
Quercus pyrenaica - SINDIYAN - Roble (Chêne tauzin)
Quercus suber - SUBIR - Alcornoque (Chêne liège)
Retama sphaerocarpa - RATAM - Retama (Genêt)
Rhamnus alaternus - AWSAY AHMAR - Aladierno? (Nerprun alaterne)
Rhus coriaria - SUMMAQ - Zumaque (Sumac des corroyeurs)
Ricinus communis - JIRWA - Ricino (Ricin)
Rosa - WARD - Rosal (Rosier)
Rosa canina - WARD YABALI - Rosal montés, Agavanzo (Eglantier)
Rubus ulmifolius - ULLAYQ - Zarza, Zarzamora (Ronce)
Saccharum officinarum - QASAB AL-SUKKAR - Caña de azúcar
Salix alba - SAFSAF - Sauce (Saule)
Santalum album - SANDAL - Sándalo (Santal blanc)
Sorbus aria - MUSTAHA - Mostajo (Alisier blanc)
Sorbus domestica - GUBAYRA - Serbal (Cormier)
Styrax officinale - MAYA - Estoraque (Aliboufier)
Syzigium aromaticum - QARANFUL - Clavero (Giroflier)
Tamarindus indica - TAMAR HINDI - Tamarindo (Tamarinier)
Tamarix africana, canariensis - TARFA - Taraje, Taray (Tamaris)
Tamarix aphylla - ATL - Tamarisco oriental
Taxus baccata - TAJS - Tejo (If)
Tectona grandis - SAY - Teca (Teck)
Terminalia - IHLILAY, HALILAY, BALILAY - Mirobálano (Terminalier)
Trichilia emetica - RAQ, RUQA - Arbol de la nuez vómica (Vomiquier?)
Typha - QASAB AL-BUNYAN - Anea, enea, espadaña, bayón (Massette)
Ulmus minor - NASAM - Olmo (Orme)
Vitex agnus-castus - HABB AL-FAQD - Sauzgatillo (Gattilier)
Vitis vinifera - KARM - Vid (Vigne)
Ziziphus jujuba - UNNAB - Azufaifo, Azofaifo (Jujubier)
Zizifus lotus - NABQ - Loto, Arto (Jujubier sauvage)

 

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samedi 27 mai 2017

la vie des animaux - et leur mort

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A la Croix pour ce pont de quatre jours, je suis allé hier au marché de Loulay. J’ai pris des huîtres à l’écailler, qui en vend maintenant certaines non par douzaine, mais par quatorzaine, pour quatre euros, ce qui est raisonnable. Il fait chaud, dans les trente degrés, et dans mon jardin les oiseaux viennent sans arrêt se rafraîchir au bassin. Je ne suis pas doué pour le bricolage, mais j’ai réussi un beau coup le jour où j’ai eu l’idée d’installer sur un côté du bassin une dalle en pente douce, sur laquelle ils s’avancent dans l’eau à la profondeur qui leur convient, pour boire ou pour s’ébrouer. Je les regarde aux jumelles depuis la maison, quand je suis assis à ma table. Parmi les plus petits, du gabarit des moineaux et des chardonnerets, j’ai remarqué un inconnu au dos brun, à la gorge claire et à la tête grise, qui pourrait être un ortolan. Je n’en avais jamais vu. Ce matin sur la terrasse j’ai trouvé une chauve-souris morte. Le petit cadavre était si discret que je l’ai d’abord pris pour une feuille morte. Je ne connais rien aux chauves-souris mais je me suis déjà dit qu’elles ne sont pas faciles à identifier, car c’est peut-être la catégorie de mammifères européens qui compte le plus grand nombre d’espèces. Ce midi j’ai préparé les huîtres à ma façon, qui consiste à les faire ouvrir sur la braise. Pour ne pas chauffer la maison, j’ai fait du feu dehors, et j’ai revu la chauve-souris. D’après ce que je lis dans mon guide, ce doit être un Oreillard gris (Plecotus austriacus). Les oreilles sont démesurées, aussi longues que le corps. J’apprends que l’on utilise comme détail d’observation des chiroptères la longueur de l’avant-bras, ce qui est judicieux car facile à mesurer, même sur un petit défunt recroquevillé comme celui-ci, chez qui il fait 38 millimètres. Le guide m’incite à une expérience : en soufflant sur les poils gris du dos, on les écarte et on voit bien leur base noire.

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vendredi 26 mai 2017

reyes

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En feuilletant les Chroniques parisiennes d’Alfonso Reyes, j’apprends que l’on possède trois récits de rêves d’un auteur que je n’attendais pas sur le sujet : René Descartes. Reyes a une jolie formule, sur les hommes «qui aiment assaisonner leurs veilles avec le parfum de leurs rêves». Je lis aussi que sa vie nomade de diplomate l’avait contraint de vivre sans ses livres, stockés chez sa famille ou dans des caisses, jusqu’à ce que : «quand je suis rentré définitivement à Mexico en 1938, il m’a été possible de faire construire une petite maison pour mes livres». Il est vrai que de pouvoir y ranger ses livres n’est pas la plus mauvaise raison de posséder une maison. C’est ce que je me dis chaque fois que l’idée me vient de revendre la mienne, les jours de déprime.

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lundi 22 mai 2017

linguistique des rêves

Deux remarques sur le nom des rêves : 1) En français, on parle de «beaux rêves» et de « mauvais rêves», plutôt que de bons ou de laids. 2) Dans les quelques langues que je connais, il existe un mot bref pour nommer le rêve, et un plus compliqué pour le cauchemar.

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dimanche 21 mai 2017

néotoponymes

Ankarachi, capitale du Pakistamboul.

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samedi 20 mai 2017

faux amis

Je connais maintenant assez de néerlandais pour savoir que De Dag van de Buren signifie La Fête des Voisins, et non Le Jour des Bourrins.

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vendredi 19 mai 2017

une semaine à bruxelles, fin et suite

Dirk-Bouts-The-Gathering-of-the-Manna

Mes regrets de quitter Bruxelles mercredi matin ont été tempérés du fait que j’échappais ainsi à la «Gay Pride», qui devait se dérouler peu de jours après notre départ. L’événement était annoncé à grands renforts d’affiches omniprésentes, de panneaux lumineux, de passages cloutés repeints aux couleurs de l’arc en ciel, et que sais-je encore, tout cela j’imagine aux frais du contribuable, à qui l’on a la prudence de ne pas demander son avis. Autant je suis pour que l’on foute la paix aux homosexuels, autant j’apprécierais qu’en retour ils la foutent également au reste du monde, au lieu de nous assommer avec ces démonstrations d’un mauvais goût ridicule. Je reste attaché à la conception, héritée de mon éducation catholique, selon laquelle on ne peut juger un homme que sur la qualité individuelle de son âme, et non sur son appartenance à quelque troupeau sexuel, social ou racial que ce soit, appartenance dans laquelle je ne vois pas qu’il y ait en soi aucun motif de fierté.
En rangeant mes affaires, de retour au pays, j’ai mis de côté une carte postale achetée un peu par hasard l'autre jour dans l’église Saint-Pierre de Louvain. Je ne collectionne plus les cartes postales comme jadis, mais j’étais incité à emporter celle-ci par le charme de la peinture ancienne qu’elle reproduisait, et par le mystère de la scène représentée, que je n’identifiais pas. Elle montre quelques personnages, hommes et femmes, aux beaux habits et au regard paisible, agenouillés ou accroupis dans un paysage désertique, et occupés à ramasser quelque chose d’invisible. Les indications portées au verso m’apprenaient que l’auteur était Dirk Bouts, peintre du quinzième siècle, mais je ne comprenais pas la légende en néerlandais, Mannaoogst. J’apprends maintenant qu’il s’agit de la récolte de la manne, épisode rapporté au chapitre 16 du livre de l’Exode, dont je n’avais pas souvenir. A un certain moment, où les Hébreux en exil se plaignent de la faim, voici qu’apparaît chaque matin sur le sol une sorte de dépôt semblable à du givre, que les affamés prélèvent et dont ils se nourrissent. J’aime beaucoup cette image, et j'y distingue en quelque sorte le reflet de ma propre condition d’éternel affamé, s’employant à collecter comme il peut les menues aumônes de la providence. Si au moins je pouvais être aussi bien habillé que les personnages du tableau...

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