Journal documentaire

lundi 21 juillet 2014

le pouvoir et la rue

Les manifestations «interdites» de ces derniers jours, qui ont quand même lieu et sont l'occasion de copieux saccages, montrent bien qui fait la loi dans les rues du pays, et qui est impuissant à y maintenir l'ordre.

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samedi 19 juillet 2014

chronique estivale

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Le départ de mes hôtes a été quelque peu précipité. Nous pensions être partis assez tôt pour nous rendre avec de l'avance à la gare de Surgères, d'où ils devaient prendre le train à grande vitesse pour Paris, mais finalement nous n'y parvînmes qu'in extremis, de sorte que voyant le parking bondé, je les abandonnai devant la porte du bâtiment, pensant les rejoindre après avoir trouvé une place pour me garer. Quand je fus sur le quai, il était trop tard pour les salutations, j'ai dû me contenter d'apercevoir la main que le petit agitait en s'engouffrant dans le passage souterrain, puis celle de Bruno que j'ai cru distinguer à travers la vitre fumée du train qui repartait.

Je remarque cette année le même phénomène que j'avais observé l'été dernier, quand j'avais également donné à mon journal la tournure d'une chronique de ma vie quotidienne, à savoir que cela augmente et fidélise le lectorat de mon blog. Cela n'est pas pour me déplaire, naturellement, mais en même temps je sens bien que peu à peu cette obligation me pèse comme une corvée. Il serait peut-être aussi bien que j'en raconte moins, et que j'en revienne «a lo que salga», selon la coutume qui a ma faveur.

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vendredi 18 juillet 2014

chronique estivale (bouquet final)

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Nous ne branlâmes pas grand chose en cette journée, qui pour ma part fut marquée par un assaut inattendu de rêves, dès le matin où je m'éveillai sur la vision d'une femme, qui était la mienne, et gardait des escargots dans un panier grand ouvert. Mais ne vois-tu pas qu'ils vont s'échapper à tout moment, lui disais-je, la jugeant folle. C'était jour de marché, aussi nous fûmes à Loulay. Il était trop tard pour avoir des moules, comme j'aurais voulu, mais j'achetai des oeufs, un gros grillon que je partageai avec Bruno à midi, et du travers de porc que j'entendais griller le soir. Nous passâmes aussi au bureau de tabac où Bruno, sans cesse favorisé d'intuitions de génie, eut l'idée d'offrir à son rejeton un kit de feu d'artifice comportant divers pétards et fusées, qui ne fut pas pour m'inspirer confiance, surtout quand j'eus pris connaissance des précautions d'emploi indiquées dans la notice. Durant une sieste en début d'après-midi, je fus assailli de visions étranges. Je rêvai d'abord que j'arrivais à un comptoir, où l'on faisait des photocopies, et où je rencontrai mon ami Michel Ohl. Il se retournait et refusait de répondre à mon salut cordial, non comme s'il avait quelque raison de me battre froid, mais comme s'il ne m'eût jamais connu et jugeait ma démarche indiscrète. J'eus ensuite la sensation terrible que j'étais aveugle. J'ouvrais les yeux et ne voyais rien, puis les fermais, les rouvrais et ne voyais toujours rien, ainsi plusieurs fois de suite. Je ne saurais dire, en y repensant, si ce rien était plutôt blanc ou plutôt noir. Enfin je rêvai que je descendais seul un escalier aux larges marches de pierre calcaire, comme il en existe dans les vieilles maisons de Bordeaux, en passant la main le long de la vieille rampe bien polie. J'en éprouvais une sensation agréable, à laquelle s'ajoutait en quelque sorte la rêverie sensuelle de m'engouffrer accompagné dans un appartement, où dès la porte refermée on se vouerait aux rapports animaux. M'arrachant à ces sortilèges, je regagnai le jardin, où j'entrepris d'élaguer un althea, cependant que mon hôte déployait des trésors d'ingéniosité à divertir son rejeton. A un moment, où le petit nous avait quittés pour aller honorer la déesse tablette, je confiai à Bruno mon rêve d'aveuglement. Il me demanda si j'avais idée de ce qui, dans la journée, avait pu susciter ce songe terrible. J'y réfléchis quelques instants, et me résolus à lui répondre «Non,  je ne vois pas», ce qui nous amusa. Dans la soirée nous allâmes prendre un digestif chez Véro. Cependant l'orage, qui avait menacé toute la journée, éclata enfin pour de bon, et nous rentrâmes en voiture sous des trombes, qui anéantirent fort heureusement tout projet de pétarade.

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jeudi 17 juillet 2014

chronique gastronomique

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Il n'est pas toujours facile, pour un vieux garçon comme je suis, attaché à ses habitudes et à son ordre, de cohabiter durablement avec des visiteurs, qui ont certes ma sympathie, mais avec qui je ne peux toujours être sur la même longueur d'onde. Dans l'ensemble, cependant, j'arrive à supporter mes hôtes mieux que je n'aurais cru. Il est même rafraîchissant de partager un peu de son temps avec deux enfants, un de six ans et un de cinquante-huit. Bruno est assez serviable, comme je n'ai pas d'autre infirmière sous la main, pour me refaire mon pansement dans le dos, matin et soir, avec ses gros doigts d'artiste parisien. Sigfrid est plein de vitalité, ce qui est le gros inconvénient des garçons de son âge, mais j'en ai connu de pires. Cet enfant est très beau, ses cheveux très blonds, ses yeux très bleus, ses traits réguliers et fins, et j'aime l'air naturellement sérieux, presque grave, de son visage.

Ce matin Wyn est passé tondre l'herbe et nous avons discuté des arbres, qu'il doit couper prochainement. Nous avons convenu qu'il me mailerait bientôt, quand sa tronçonneuse sera affutée et lui prêt. Nous conviendrons alors d'un jour et nous nous mettrons au travail à neuf heures du matin. Je ne suis pas sûr de bien le comprendre. Il ne veut pas débiter les troncs en bûches de cinquante centimètres, comme j'aurais préféré, mais seulement en un mètre, arguant que cela ferait gagner du temps. Mais d'un autre côté il me propose d'aller là-bas avec sa remorque et d'en profiter pour charger le bois. Or comme la voiture ne pourra se stationner près de nous mais devra rester à l'extérieur sur le chemin, je suppose que transporter les bûches jusqu'à elle prendrait beaucoup de temps. Pour ma part je préfèrerais les laisser sur place ici et là, et j'aurais tout le temps ensuite de venir les chercher peu à peu. Je ne sais où tout cela va. J'espère que je ne suis pas une fois de plus en train de me fabriquer des regrets.

Menu de midi : boîte de saucisses aux lentilles. Hum.

Dans l'après-midi, j'ai lu avec plaisir le petit livre d'Alain Decaux, L'histoire vraie du Diable au corps, en fait un article d'une trentaine de pages, imprimé sur papier solide et enveloppé d'une couverture assez épaisse pour lui donner l'aspect d'un livre, à dos carré. Je ne connais Radiguet que de réputation, je n'ai jamais lu son Diable au corps ni rien d'autre de lui, et cette Histoire vraie ne m'en a pas spécialement donné envie, ni ne m'a rendu attirante la personnalité de Raymond, mais j'ai bien aimé l'exposé de l'historien. Il y synthétise entre autres informations les données recueillies par quelques témoins auprès de celle qui fut vraisemblablement la maîtresse de Radiguet (morte dans la fiction mais lui survivant longuement en réalité), son mari soldat trompé, et leur fils à la paternité incertaine. Le style dans cet article n'est pas sans défaut (ici une répétition, là quelques «c'est vrai que») mais Decaux a un talent évident de conteur, une expression d'une grande clarté, et le lire éveille en moi la nostalgie du temps où l'on pouvait l'entendre dans des émissions. J'ai aussi retrouvé là un bon souvenir récent, avec l'évocation de la propriété du Bassin d'Arcachon, au Piquey (Decaux écrit Picquez) où Cocteau avait emmené Radiguet, un beau bâtiment que j'ai pu contempler depuis les flots lors de mon excursion autour de l'île aux Oiseaux le mois dernier.

Il a fait aujourd'hui une chaleur vraiment abrutissante, impitoyable, africaine. En fin d'après-midi j'ai conduit mes hôtes à la piscine municipale de Loulay, et suis allé méditer une heure sous mes arbres, avant de revenir les chercher.

Menu du soir : riz et jambon. Là, ça ne rigole plus.

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mercredi 16 juillet 2014

chronique estivale (macdo, emmaüs, fouras)

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J'en avais vraiment la flemme, mais comme je sentais que cela plairait beaucoup, j'acceptai de conduire mes hôtes en voiture pour une virée dans la contrée. Auparavant, en fin de matinée, nous fûmes déposer quelques déchets à la déchette, et à Volebière un sac de racines d'iris, que je compte essayer d'installer prochainement à la lisière sud. Ces iris m'avaient été proposés il y a des années par la colonelle, qui nettoyait son jardin, je n'avais pas osé refuser, je les avais installés contre un mur de chez moi, mais depuis lors la croissance des arbustes les avait plongés dans l'ombre où ils ne donnaient plus rien. J'essayerai de leur donner un nouveau destin. Cela fait nous prîmes notre élan et vers treize heures nous appareillâmes. La première destination était le Macdo de Saint-Jean. Il se trouve que le petit a droit de goûter à cette gastronomie une fois par semaine, et ce fut donc ce jour-là. Il paraît que les enfants adorent aller au Macdo, et moi-même, à l'occasion, je ne déteste pas. Bruno nous invitait. Ma part fut le trio classique Big Mac, «potatoes» et Coca zéro. Fort heureusement il y avait la clim dans l'établissement, car dehors il faisait déjà très chaud. La deuxième étape était l'Emmaüs d'Asnières la Giraud, où nous passâmes une bonne heure à prospecter. Mon hôte s'y pourvut en vêtements et en livres. Je pensais ne rien emporter, mais finalement je me laissai séduire par un petit livre d'Alain Decaux intitulé L'histoire vraie du Diable au corps. A cause du premier mot du titre, les employés de la maison, qui ne sont pas bibliographes, l'avaient rangé au rayon Histoire. Je ne sais si j'aimerai le contenu de ce livre mince, qui m'a plu d'abord par son aspect à la fois élégant et solide. La troisième étape était moins certaine. Nous voulions offrir à Junior un bain de mer. Le cycle des marées tombait mal, selon nos renseignements, car les deux marées hautes tombaient vers huit heures du matin et huit heures du soir. J'avais d'abord envisagé Chatelaillon, qui doit être le rivage le plus proche en partant de la Croix. Mais comme nous repartions d'Asnières, au sud de Saint-Jean, nous gagnâmes les alentours de Rochefort, et nous dirigeâmes vers Fouras. Nous y fûmes vers quatre heures, pour découvrir ce que l'on pouvait redouter : la mer enfuie, laissant à découvert des kilomètres carrés d'étendues vaseuses. Mais enfin, après avoir passé deux heures à glander ici et là, à visiter le magasin du fort Vauban, et fait une station au café de la plage, indispensable pour Bruno, la mer était là, et mes hôtes passèrent deux bonnes heures à folâtrer dans les vagues. D'un naturel sociable, ils eurent tôt fait de se lier avec deux autres gamins, pour jouer à la balle. Pour ma part, gêné à l'idée d'exhiber le furoncle de mon dos, qui n'est toujours pas guéri, et bien que Bruno m'eût assuré qu'il ne présentait pas un aspect horrible, j'avais prévu de ne pas me baigner. Je passai un long moment très agréable à me tremper les pieds au bord de l'eau, et le reste du temps à me reposer sur une serviette étendue sur le sable. La plage était peuplée, mais de gens assez calmes et polis pour que la situation soit tout à fait supportable. Sur le chemin du retour, Monsieur souhaitant nous inviter au restaurant, nous fîmes halte à Surgères, où seule était ouverte la pizzeria «La Roma». Nous étions fatigués et impatients mais hélas, le personnel étant débordé, il nous fallut attendre longuement pour nous être servis (pour moi des tagliatelles au saumon). La nuit tombait quand nous fûmes enfin de retour à la maison, épuisés mais vivants.

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mardi 15 juillet 2014

chronique estivale (chaleur, chênes, hitler)

La compagnie et le retour de la chaleur ont à peu près anéanti mon pouvoir d'action, déjà pas immense en temps ordinaire. Wyn est passé, je suis monté avec lui à Volebière examiner les chênes que je voudrais lui faire couper. Dans des moments creux de l'après-midi, j'ai feuilleté de nouveau, avant de le ranger, un livre sur Hitler lu cet hiver. A défaut de pouvoir le lire dans l'édition originale allemande (Hitlers Geheimnis, das Doppelleben eines Diktators, mot à mot «le secret de Hitler, la double vie d'un dictateur», 2001) j'aurais aimé le trouver en anglais ou en français. Le hasard a voulu que ce soit finalement une version portugaise qui me tombe entre les mains (A face oculta de Hitler, Lisbonne, 2002). Cela semble malheureusement n'être qu'une traduction indirecte réalisée d'après la version anglaise (The hidden Hitler) mais enfin l'essentiel de l'information s'y trouve. L'historien allemand (et juif, m'apprend Wiki) Lothar Machtan y développe l'hypothèse vraisemblable de l'homosexualité du Führer, en étudiant minutieusement l'histoire de sa vie privée, notamment de ses relations personnelles. On y trouve des suppositions mais aucune preuve formelle de rapports homosexuels physiques, mais il semble que l'on puisse au moins parler d'homosexualité platonique, au vu de ses amitiés presque exclusivement masculines, des milieux qu'il a fréquentés, de l'homosexualité avérée de nombreux hommes de son entourage (qui a aussi compris de parfaits hétéros comme Goebbels), de l'absence de toute idylle connue avec une femme (Eva Braun, avec qui il ne s'est marié qu'au dernier jour, était plus une pupille adoptive et décorative qu'une partenaire). Ce trait de personnalité pourrait en partie expliquer, outre son habileté et son charisme, les raisons de son ascension sociale fulgurante, d'un milieu d'un très humble au sommet du pouvoir politique. Cette étude permet aussi de nuancer l'image simplette que l'on a tendance à se faire aujourd'hui de la répression de l'homosexualité par le national-socialisme. S'il a en effet existé des lois répressives, il était notoire que l'homosexualité était répandue parmi les troupes et les cadres paramilitaires, notamment chez les SA. Le cas le plus célèbre est celui d'Ernst Röhm, qui non seulement ne cachait pas mais proclamait ses goûts sexuels et son mépris pour la gent féminine (accessoirement j'apprends que Röhm avait aussi eu une carrière sud-américaine, comme conseiller de l'armée bolivienne à la fin des années 20). La mystérieuse Nuit des longs couteaux, soit le massacre des SA, a pu servir a éliminer des témoins et des preuves, et à rétablir la réputation sulfureuse du national-socialisme allemand sur ce point. Ce livre sérieux et intéressant semble avoir bénéficié d'un certain succès public, dont témoignent les traductions en plusieurs langues, et pourtant on en parle peu, comme s'il traitait d'un sujet tabou, et j'observe que l'article de Wikipedia consacré à l'auteur ne possède qu'une version en allemand et une en anglais. Il y aurait une enquête à faire sur la vie secrète de la traduction française de cet ouvrage (La face cachée d'Adolf Hitler, L'Archipel, 2002), qui n'a pas fait grand bruit et qui n'est pas facile à trouver.

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lundi 14 juillet 2014

chronique estivale (ferré, jetpack, feu)

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Comme la veille, la journée utile commença par l'achat de pain à la boulangerie de Villeneuve. Nous passâmes d'abord déposer un tapis de déchets verts au pied du petit peuplier blanc de la Rigeasse puis, sur ma proposition, Sigfrid s'installa sur mes genoux et fit semblant de conduire sur les chemins déserts, et reprit sa place à la grand route. Bruno ne peut pas acheter de pain simplement mais prend aussi des bonbons et des gâteaux pour son fils et nous offre un café, car la boulangerie en sert. Ce besoin du café, du bistro, de la terrasse, n'est pas dans mes habitudes (un homme qui n'a que mes ressources doit se l'interdire) ni dans mon goût (je m'en passe très volontiers), mais j'accepte sans rien dire pour ne pas priver mon hôte de ce plaisir auquel il tient. Nous rentrâmes après des détours, un coup d'oeil de quelques minutes à l'austère château de Villeneuve tout d'abord, puis une halte au bord d'un pré où, comme dans un autre visité la veille, se tenaient un âne et un poney. C'est le genre de chose que l'on ne ferait pas pour soi-même, mais qui s'impose quand on est en compagnie d'un petit. A midi nous déjeunâmes de jambon blanc, accompagné de purée et de haricots. L'après-midi je regardai un documentaire d'une demi-heure dont un correspondant m'avait envoyé le lien, portant sur Léo Ferré et sa belle propriété de Toscane. J'ai beau conserver quelque nostalgie esthétique pour le chanteur que j'ai aimé dans ma jeunesse, ce portrait du «révolté» de luxe me donnait envie de donner des coups de pied (au documentariste, au commentateur, à l'artiste, à ses héritiers). Mes hôtes m'ont suivi dans le bois de Volebière, où je voulais marquer de ruban fluo la quinzaine d'arbres que je compte faire abattre. Au retour, le petit s'ennuyant, nous jouâmes deux parties de Mikado. Je gagnai haut la main. Il y eut en fin d'après-midi un moment de dispersion où Bruno fouillait les livres dans le chai, je travaillais sur mon ordi, et junior jouait à Jetpack ou je ne sais quoi sur sa tablette. Peut-être parce qu'il manque d'un copain, il s'est interrompu pour venir me demander : «T'aurais envie de jouer à un jeu comme ça?» Je ne pouvais lui dire de but en blanc qu'il n'en était pas question, mais je déclinai la proposition par quelques grommellements suggestifs. Un peu plus tard, cependant, il revint à la charge : «Sinon, si tu veux, je te mets le plus facile niveau». Cher petit. Je me fendis encore de quelques borborygmes dissuasifs, et me mis à préparer le dîner : le reste des tortellinis, réchauffés dans une poêlée de lardons frits. Nous traînâmes toute la soirée, avant d'aller assister au feu d'artifice de Villeneuve, qui commença ponctuellement à onze heures. Un spectacle très appréciable, éblouissant et abondant (mais qui paye et combien?) et surtout à l'ancienne, c'est à dire non pollué comme souvent aujourd'hui par des projections ou de la musique.

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dimanche 13 juillet 2014

chronique estivale (pluie, escargots)

A vrai dire j'avais oublié comme il est éprouvant de cohabiter avec la jeunesse, surtout un jour où la pluie nous tient enfermés dans la maison. La jeunesse s'intéresse à tout, de préférence aux objets que vous n'êtes pas habitué à tenir hors de sa portée (Oh, des jumelles! Oh, une hache!) et, pour canaliser son besoin de divertissement, vous vous retrouvez à jouer aux fléchettes ou à faire une partie de whist. Nous ne sommes sortis qu'en fin de matinée, pour nous ravitailler en pain à Villeneuve, avant de passer à table, où j'ai servi une omelette au jambon assez réussie. Bruno fait partie de ces visiteurs qui m'honorent, en passant en revue très attentivement les rayons de ma bibliothèque, ce qui est toujours l'occasion, rare dans la contrée, de causer de beaux-arts ou d'histoire. Il m'a aussi aidé à trier dans un bataclan de photos numériques, d'appareils, de clés usb, de câbles électriques, où j'ai de plus en plus de mal à mettre de l'ordre. Le soir j'ai obtenu un franc succès en faisant griller dans la cheminée des saucisses aux herbes, sobrement accompagnées de riz blanc. Après quoi, le ciel s'étant dégagé mais l'herbe restant mouillée, j'emmenai mes hôtes dans un chemin au nord du village, où les escargots grouillaient, et nous en fîmes un safari de 93 prises.

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samedi 12 juillet 2014

chronique estivale (gare de saint-jean)

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Pour préparer la venue de mes visiteurs, j'ai passé l'essentiel de la journée à des activités peu ordinaires pour moi, comme de faire des lits, passer l'aspirateur, faire disparaître des kilomètres de toiles d'araignée, tenter enfin de donner un air plus accueillant à ma vieille demeure, ce qui n'est pas un petit chantier. Un bienfait des visites, quel que soit ensuite leur déroulement, est qu'elles me contraignent à une discipline ménagère dont je ne suis pas coutumier, et m'arrachent au laisser-aller que la solitude favorise. J'étais si occupé à mes obligations domestiques que je négligeai le repas, me contentant de saucissonner, comme on dit, sur le pouce. La venue de Bruno et du jeune Sigfrid apparaissait cependant de plus en plus improbable, car bien que nous eussions fixé le rendez-vous avec précision, je n'avais plus de nouvelles depuis fin mai. Un mail de ma part, envoyé il y a quelques jours, et un message téléphonique laissé sur son répondeur hier soir, étaient restés sans réponse. En début d'après-midi, toutefois, Bruno m'a passé un bref coup de fil. Tout allait bien, un bus les avait conduits de leur villégiature du Cap Ferret à la gare de Bordeaux, d'où ils allaient prendre le train pour Saintes, et de là ensuite la correspondance pour Saint-Jean d'Angély, où je devais les accueillir à 16 h 34. A l'heure dite, j'y étais. Mais pas eux. C'était bien embêtant. Avaient-ils raté la correspondance à Saintes, ou s'étaient-ils égarés de quelque autre façon? Ne possédant pas de téléphone portable où je puisse être joint pour recevoir de nouvelles directives, je rentrai chez moi. J'essayai d'appeler Bruno sur son portable qui ne répondait toujours pas (je devais apprendre plus tard qu'il ne marchait pas). J'aurais aimé faire savoir au voyageur, que s'il devait prendre depuis Saintes le train suivant, qui était un omnibus, il pouvait en profiter pour continuer au-delà de Saint-Jean jusqu'à Villeneuve, qui se trouve juste à deux kilomètres de chez moi. J'essayai d'appeler la gare de Saintes, voir si l'on pouvait me mettre en communication avec le bonhomme. Hélas, il se trouve que ce poste de «service public» est injoignable par téléphone (sans surprise). Eh bien, puisqu'il n'y avait rien d'autre à faire, je pris le parti d'attendre et je retournai à mes rosiers. J'en étais à ne plus attendre rien ni personne quand tout à coup, vers 21 h 15, je vis se présenter au portail, à pied, un Bruno amaigri et bronzé, suivi du diablotin au cheveu ras et blondissime. Hilare, les yeux exorbités (ce qui est son état naturel), mon invité m'expliqua qu'en effet le train de Bordeaux était arrivé à Saintes trop tard pour la correspondance, que la SNCF avait alors acheminé les voyageurs à Saint-Jean en taxi, et que de là, il avait opté pour finir le voyage en auto-stop. Il avait fallu pas moins de trois heures et trois voitures pour les conduire de Saint-Jean à Saint-Denis du Pin, de Saint-Denis à Loulay, enfin de Loulay à l'embranchement de La Croix, qui est à un kilomètre du village (trajet total 16 km). Il paraît que le junior a trouvé l'expérience divertissante. Sa première question fut de savoir si j'avais encore les deux tortues, qu'il avait connues lors d'un précédent séjour, il y a quelques années, mais qui hélas n'ont pas survécu à un hiver trop rigoureux. Je préparai à la hâte, pour mes voyageurs, une platée de tortellinis à la ricotta et aux épinards. J'ai constaté que le petit Sigfrid n'est pas gros mangeur. Il lui tardait surtout de retourner jouer avec la tablette dont il semble avoir de la peine à s'arracher. De fait, la charge de divertir le jeune homme s'annonce moins lourde que prévu.

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vendredi 11 juillet 2014

chronique estivale (courses, rap)

J'ai passé la matinée à faire des courses et le plein d'essence à Saint-Jean, et je n'ai rien fait de bien décisif dans l'après-midi. Mes deux repas, faits de restes, n'avaient pas beaucoup plus d'allure que mon emploi du temps. J'ai réfléchi aux problèmes d'intendance que je vais devoir traiter les jours prochains. La venue de mon ami et de son fils pour une durée de sept jours suppose de prévoir quatorze repas, ce qui ne représente pas un petit défi, quand on connaît mes talents de restaurateur. De plus un doute m'est venu en réalisant que si nous avons fixé un rendez-vous précis (je dois aller les chercher à la gare de Saint-Jean demain à 16 h 34), je suis sans nouvelles depuis longtemps, y compris après en avoir demandé récemment. Je me demande si tout se déroulera comme prévu. On verra bien.
Comme un de mes passe-temps favoris est de retrouver sur le net des choses que j'avais aimées en d'autres temps, j'ai recherché la chanson de Bow Wow (ou Lil Bow Wow), intitulée What's my name (ou That's my name), que l'on m'avait fait connaître il y a quelques années. Je trouve cette oeuvre assez joliment cadencée, bien que j'avoue ne rien comprendre au propos, même en lisant les paroles, et que par ailleurs je ne sois pas friand de regarder les rappeurs se dandiner en faisant des gestes avec leurs pattes de devant. J'ai un peu regardé ce que l'artiste avait fait d'autre et je n'ai rien trouvé de bien excitant, il semble avoir été l'homme d'une seule réussite.

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jeudi 10 juillet 2014

chronique estivale (médecine, pizza, vin tranquille)

Bon, j'ai encore passé l'essentiel de la journée à désépaissir mes buissons et mes haies, et ma vie intellectuelle est toujours proche de zéro. A midi j'ai eu le courage de faire griller un steak d'environ 120 grammes dans la cheminée et je n'en ai mangé que la moitié, avec des restes de melon et de patates bouillies. Ce n'est pas demain que je vais ouvrir un restaurant. L'affaire importante de la journée est que dans l'après-midi j'avais mon rendez-vous semestriel avec mon médecin. A mon étonnement général, il semble que je sois toujours vivant et même en bon état, dans les grandes lignes. L'ombre au tableau est un horrible furoncle qui m'a éclos dans le dos et pour lequel je vais devoir prendre un antibiotique, la Josacine, pendant huit jours. C'est ainsi, il me faut accepter que je ne suis pas un pur esprit mais un être biologique, je n'arriverai jamais tout à fait à m'en consoler. Le soir avec le sergent Véro nous fûmes nous acheter des pizzas au relais des camionneurs à Tout-y-Faut et nous sommes revenus les manger chez moi. J'avais prévu des éclairs au chocolat pour le dessert. Véro, qui est abstinente, ne buvait que de l'eau, et moi du vin rouge sud-africain de chez Lidl. Un vin tranquille, à ce qu'il paraît. J'ai lu dans Wikipédia que l'on regroupe les vins perlants, pétillants et mousseux sous l'appellation générale de «vins effervescents», et que les vins non effervescents seraient nommés «vins tranquilles». L'expression me ravit. Je me prends à songer que les vins effervescents ne sont pas tranquilles, ce sont des vins agités, inquiets, tourmentés…

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mercredi 9 juillet 2014

chronique estivale (garagiste, jardinier, oedicnèmes)

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Ce matin peu après huit heures j'ai emmené ma voiture à vidanger chez le garagiste tout au nord de Villeneuve et comme il faisait bon, je n'ai pas profité de son offre de me raccompagner et je suis rentré à pied. Il n'est pas mauvais que je marche un peu et cela fait deux bons kilomètres. En outre je n'aime pas marcher pour marcher, je préfère les occasions où cela est utile. En chemin je me suis arrêté parler à Jacques G, qui était dans la cour de sa ferme. Il m'a dit que c'est un cantonnier de Villeneuve qui passe éclaircir les haies au bord des chemins, et non les cultivateurs, comme je le pensais. Puis j'ai passé la matinée à tailler le jardin en attendant Wyn qui devait venir. Il était avec Gina. Il ne coupera pas l'herbe tout de suite, elle attendra la semaine prochaine et c'est tant mieux. J'attendais surtout l'occasion de lui parler de la douzaine de chênes morts que je voudrais faire couper à Volebière. Il ne s'est pas engagé à le faire mais a paru rassuré quand je lui ai expliqué qu'il ne s'agissait pas d'arbres énormes, simplement ils sont déjà trop épais à la base (un diamètre de quinze à vingt centimètres) pour que je les coupe moi-même à la scie. Il voudrait d'abord voir mais nous ne pouvions aller sur place ni avec ma voiture, qui était chez le garagiste, ni avec la sienne qui était encombrée d'une remorque avec laquelle on n'aurait pu manoeuvrer dans le chemin. Il repassera la semaine prochaine. A midi j'ai piètrement déjeuné avec la merguez et des patates bouillies froides qui me restaient d'hier. Ce faisant j'ai vaguement écouté un débat radiophonique français normal d'aujourd'hui, auquel étaient conviés trois politiciens : un du Parti communiste (représentant comme on sait une part significative de l'opinion publique actuelle), un du Parti socialiste, un de l'UMP et … et c'est tout. Normal, hein? Bon, j'ai coupé, ce que je mangeais était déjà assez indigeste comme ça. L'après-midi, privé de voiture, je me suis consacré au jardin. J'ai rempli quatre sacs de débris de taille. On commence à y voir plus clair, à pouvoir passer ici ou là sans devoir se frotter à ceci ou se heurter à cela. Mon nénuphar poussif donne cette année une seule fleur. Vers six heures je suis retourné à pied chercher ma voiture. Il ne faisait pas très chaud mais la marche était tout de même bien moins agréable que dans la fraîcheur du matin. Au retour, j'ai fait un petit effort culinaire en coupant une patate bouillie et en la faisant revenir avec de l'ail, à la poêle, pour accompagner une tranche de jambon blanc. Après quoi je suis monté passer les dernières heures de jour à Volebière, où j'ai répandu mes sacs de verdure au pied de certains arbustes de la lisière. C'est la première année que j'arrive à apercevoir autant d'oedicnèmes criards dans les champs. Leurs grands cris s'entendent de loin, et la nuit jusque depuis les maisons, mais eux-mêmes sont difficiles à voir. Ce nom alambiqué d'oedicnème est visiblement d'origine savante et non d'emploi populaire. Je me demande si c'est ce que les ruraux d'ici nomment courlis, bien qu'il n'aient pas les grands becs des courlis proprement dits. Les Anglais les appellent bien des stone curlews, courlis des pierres. Au fait, j'ai noté que j'aime bien l'expression anglaise «it doesn't matter», pour «c'est sans importance», mot à mot «cela ne matière pas».

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mardi 8 juillet 2014

chronique estivale (nadia, british, cuisine hantée)

Journée pas désagréable mais assez médiocre dans l'ensemble. Glandouillé trop longuement sur le net, sur Facebook notamment. J'ai aussi parcouru, comme je le fais régulièrement, les annonces de demandes de livres sur le Bon Coin, où j'ai parfois trouvé à vendre des miens. Le niveau intellectuel est assez bas dans l'ensemble. Les gens cherchent des bandes dessinées, des romans de gare, des conneries. En cette saison beaucoup de jeunes gens cherchent à acheter les manuels scolaires pour l'an prochain, et beaucoup ont une orthographe lamentable, y compris ceux qui arrivent déjà en classe «terminal», et qui, je le crains, auront quand même leur bac avec «mansion». Dans un autre genre, j'ai remarqué l'annonce fébrile d'une certaine Nadia, de Paris : «Bonjour Je cherche un livre sou titre :ode à trois de Eric Mozart c est très urgent s il vos plais aide moi de trouve se livre Je suis prête de paye on espèce merci de me répondre.» Hélas je n'ai pas cet ouvrage. A midi j'ai fait griller deux merguez dans la cheminée et j'en ai mangé une. Le feu m'était agréable, car il fait plutôt frais. J'ai gardé mon pull presque toute la journée. J'ai scié des bouts de bois, etc. Je suis allé au Five o'clock apéro dînatoire de mes voisins brits. Ils ont remarqué en effet que Minnie se fait moins assidue chez eux, mais je n'ai pas eu plus d'explications. J'ai fait observer que le petit chat roux touffu qui pisse partout, qu'ils ont tenté en vain de déporter dans deux villages des environs, et qu'ils envisageaient dernièrement de livrer à la SPA, était toujours dans les parages. La raison en est, m'ont-ils dit, qu'ils n'arrivent tout simplement pas à l'attraper pour l'enfermer dans un panier de transport. Cet apéro substantiel m'a bien calé mais j'ai quand même continué de manger, par vice pur, une fois rentré chez moi. Les meubles de ma cuisine font des bruits, comme il y a deux ans, y compris des craquements assez forts, que je n'identifie pas, ni ne m'explique. J'en reviens à l'idée que cette pièce est hantée, mais Dieu sait par qui, ou par quoi...

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lundi 7 juillet 2014

chronique estivale (bon coin, cantonnier, minnie, lièvres)

JP073

J'ai consacré la matinée à passer des annonces pour essayer de vendre dix objets sur le Bon Coin (ce qui suppose aussi de les photographier, de réfléchir aux formulations etc). Avec les deux de l'autre jour, le total s'élève à douze : une pompe à bras Manufrance, une plaque de cheminée en fonte très lourde (plus de soixante kilos), une tarière (qu'est-ce que je fais avec une tarière? je n'ai plus idée d'où je la sors), un évier en céramique jaune (il me plaît, j'aurais beaucoup aimé l'installer pour mon propre usage, mais je dois hélas me rendre à l'évidence que c'est au-dessus de mes forces et que je ne le ferai jamais, ni personne ne le fera pour moi), une soupière en porcelaine, un rouleau de plus de cent mètres de filet de protection pour les jeunes plants (cela date de l'époque où je me voyais devenir forestier pro, en tout cas plus entreprenant que je ne me suis avéré au fil du temps), ma machine à écrire Underwood à caractères Pica (je l'avais achetée rue des Remparts circa 1980 et bien rentabilisée, elle a traduit plusieurs livres), une pile de la revue Chez Vous ("La joie de vivre à la maison - Décoration, Cuisine, Entretien") des années 1958-1960, un petit stock de la revue Architecture Bois des années 2006-2010, une collection de numéros du National Geographic Magazine (édition US et édition française), une trentaine de brochures de la collection Tour du Monde (une par pays, années 1960), et une paire de jumelles de théâtre de la Belle Epoque avec un étui en cuir. J"ai peu d'espoir que cela marche, mais j'aurai au moins la satisfaction d'avoir essayé, et pour moi le moment le plus opportun, c'est maintenant, pendant que je suis en vacances dans cette maison. Je serai vite fixé. Le site garde les annonces en ligne pendant deux mois, mais d'après mon expérience, les ventes se font dans les premiers jours ou ne se font pas. Il m'ennuie un peu de songer qu'à mon âge, j'éprouve encore le besoin de dépenser du temps et de l'énergie à tenter de transformer mon fourbi en espèces. Mais d'un autre côté, cela m'apporte un divertissement, j'ai toujours aimé jouer à la marchande.

A un moment je me suis interrompu, en entendant qu'un cantonnier passait tondre l'herbe au bord de la rue, et je suis allé le prier d'en passer aussi un coup dans l'impasse le long de ma maison, où beaucoup d'herbe s'est mise à pousser subitement cette année (un assez beau trèfle, mais envahissant, et d'autres grandes tiges). Il n'a pas refusé, mais m'a d'abord fait remarquer qu'il n'avait pas à le faire, s'agissant d'une voie privée. Je me suis dit en passant que cet homme, que je n'avais encore jamais vu, qui est nouveau dans cet emploi et n'habite pas le village, devait avoir reçu des instructions spéciales à cet égard, pour parler avec une telle assurance. Mais il était aimable et bien disposé, et m'a volontiers rendu ce service. Il me l'aurait aussi bien rendu si je ne lui avais pas fait observer, comme je n'y ai pas manqué, que sur cette parcelle de bord de rue dont je me trouve être propriétaire, le maire a plus d'une fois fait mener des travaux sans juger utile de m'en demander la permission, et qu'il n'y avait donc rien d'excessif à ce qu'en compensation, le cantonnier passe un coup de tondeuse le long de mon mur, comme il a fort bien fait. Pendant ce temps mes voisins anglais, qui habitent au fond de l'impasse, et que je n'avais pas encore croisés depuis le début de mon séjour, sont sortis de chez eux pour aller se promener, se sont arrêtés me parler un instant, puis sont revenus quelques minutes plus tard m'inviter à prendre l'apéritif demain soir avec eux et les nouveaux voisins, installés depuis peu à côté. Ainsi s'annonce une semaine sociale : je serai d'apéro demain avec ces gens, mercredi je dois aller faire vidanger ma voiture à Villeneuve, jeudi je rendrai ma visite semestrielle à mon médecin dans l'après-midi et je dînerai le soir avec Véro, et samedi je dois accueillir un ami de Paris qui vient passer une semaine chez moi en compagnie de son fils de six ans. Dernièrement j'ai souvent pensé à cette prochaine visite, et j'attends beaucoup de voir le petit jeune homme, que je ne connais guère, et qui me rappellera peut-être le bon temps où j'ai eu moi aussi un fils de cet âge, époque dont je garde bon souvenir. Aussi ces derniers jours, chaque fois que je tombe sur un jeu ou que j'ai l'idée de quelque activité qui puisse intéresser un gentilhomme de six ans, j'en prends note. Nous verrons bien.

N'ayant plus grand chose à manger, et moins encore envie de me mettre en cuisine, j'ai déjeuné très misérablement d'un reste de pâté, accompagné de petits oignons blancs que je piquais à même le pot, et de graines de lupin que je puisais dans un autre bocal.

L'après-midi, quand j'ai pu m'arracher à la sieste, je suis retourné me ravitailler à Beauvoir, où j'ai acheté entre autres des moules, que j'ai mangées ce soir avec un oignon cuit en même temps. J'ai pris aussi des sachets de pâtée en sauce et des flacons de «cat milk» pour la petite chatte Minnie. Ces derniers mois, depuis qu'elle a été adoptée par les Brits, elle avait beaucoup grossi, et si elle continuait de me rendre visite lors de mes passages mensuels, je voyais bien qu'elle n'était plus affamée comme jadis, et qu'elle cherchait seulement les friandises et mon affection. Je mettais donc juste quelques croquettes à sa disposition, et j'avais décidé de ne plus me ruiner en sachets. Mais cette fois-ci je l'ai trouvée de nouveau amaigrie et avide, elle attend impatiemment que je lui ouvre la porte le matin, se jette sur le bol de pâtée que je lui donne, et le siffle en apnée. Que s'est-il passé, mes voisins me le diront peut-être demain. En attendant, j'assure l'intendance.

C'était une journée à lièvres. J'en ai vu un couple dans les champs en allant à Beauvoir par les petites routes, et un autre couple le soir, après dîner, quand je suis allé travailler un moment au bois de Volebière. C'était une drôle de scène. A un moment je suis sorti du bois pour poser des branches près de la voiture, sur le chemin. De l'autre côté du chemin il y a un grand champ de blé coupé, et j'ai aperçu cette paire de lièvres assis à l'autre bout, à peut-être cent mètres. Ils formaient des taches brunes anguleuses sur le fond jaune des tiges sèches. Je me suis arrêté les regarder. De temps en temps l'un d'eux se tapissait et disparaissait presque. Mais voilà que pendant ce temps je m'aperçois qu'un troisième lièvre était en train de s'approcher, il longeait la lisière du chemin et du champ et venait vers moi. Je n'en croyais pas mes yeux. Je me demandais si cet animal était bien normal pour s'approcher ainsi, ou si simplement il ne m'avait pas repéré parce que j'étais immobile et sous le vent. Enfin quand il a été a moins de dix mètres, j'ai fait un geste en me passant la main sur le front, et là il a déguerpi tout d'un coup, avec une légèreté extraordinaire. 

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dimanche 6 juillet 2014

chronique estivale (escargots, jeune russe, melon)

melon-vert1

Réveillé et levé trop tôt, vers cinq heures, recouché deux heures après, du coup j'étais encore au lit à dix heures. Aucun regret pour la brocante, probablement annulée, il a plu une bonne partie de la journée. Il fait même frisquet, mais cela me semble nettement préférable à la canicule. La pluie a fait sortir les escargots, qui ne se bousculaient pas. J'ai ramassé les onze premiers de cette saison.

J'ai regardé ces derniers temps sur Youtube quelques vidéos vertigineuses, notamment une compilation de quatre minutes montrant les exploits d'un jeune Russe ou Ukrainien, grimpeur et équilibriste de l'extrême, qui marche sur des grues ou se suspend au-dessus du vide avec une désinvolture sidérante et même un certain sens de la provocation. La première fois je n'ai pas pu regarder jusqu'au bout, il a fallu que je m'y reprenne, et maintenant encore, après plusieurs passages, je ne peux revoir ces scènes sans avoir le frisson. Quelle que soit la qualité des images, j'ai l'impression que leur impact se situe en-deçà de l'effet esthétique ordinaire, à un niveau plus primitif : il est rare que des oeuvres visuelles produisent ainsi des réactions physiques. Ces prises de vue émeuvent d'abord par la sensation de grand danger qu'elles suscitent dans l'esprit et jusque dans la chair. Un commentateur a écrit que le jeune homme s'était tué depuis lors en tombant d'une grue. Un autre dit qu'il vit encore. Je ne sais ce qu'il en est, mais il est certain que quand on s'amuse à ce genre de prouesses, on ne peut commettre deux erreurs, la première suffit.

Activité routinière aujourd'hui : rangement, jardin, petite visite aux bois quand le soleil a reparu, en fin de journée. Repas identique à midi et le soir : du pâté en boîte, pas terrible, avec une moitié de melon espagnol ovale vert foncé, à la pulpe vert clair bien sucrée.

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samedi 5 juillet 2014

chronique estivale (cryptozoologie)

Je voulais tenter une première brocante demain, mais j'en avais un peu la flemme et le mauvais temps qui s'annonce me fournit une bonne excuse pour laisser tomber. J'ai quand même passé une partie de la journée à ranger mon stock de marchandises, livres et autres. A part ça j'ai continué le nettoyage du jardin et la préparation d'une entrée au bois de Volebière. Même repas à midi et le soir : une merguez et la moitié d'un fond d'artichaut. Cela semble peu mais si l'on y ajoute pain, bière, fromage et cerises, je n'ai pas manqué. Très peu lu, sinon quelques pages du polémiste brésilien Olavo de Carvalho, qui m'amuse beaucoup. J'ai aussi un peu feuilleté le blog de l'explorateur et cryptozoologue Michel Ballot, dont m'avait parlé un de ses amis rencontré fortuitement dans les bois derrière Cassy l'autre jour. Il organise des expéditions à la recherche du Mokele-Mbembe, une espèce de monstre du Loch Ness camerounais, et semble vivre de ça. Ce genre d'entreprise m'aurait plus intéressé, quand j'étais jeune.

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vendredi 4 juillet 2014

chronique estivale (football, catch, appalaches)

Unknown

Bon, j'ai quand même un peu rangé mes bagages, on commence à y voir plus clair. Je n'ai pas fait de cuisine : à midi tranche de jambon blanc avec un avocat, le soir saucisson à l'ail avec un artichaut cru, et d'excellentes cerises noires. J'ai dîné ainsi tôt en écoutant à la radio le match que les Français ont perdu contre les Allemands. Ce n'est pas bien dans mon goût habituel, mais je ne sais pourquoi j'ai suivi quelques parties de cette coupe. Pourtant je n'ai toujours pas beaucoup d'estime ni pour le divertissement sportif, ni pour sa principale utilisation politique, qui est de présenter l'immigration sous un jour positif. Je ne trouve pas ça très convaincant : des immigrés de bonne volonté qui n'auraient qu'un talent sportif à apporter au pays ne me paraîtraient déjà pas bien intéressants, et s'il s'avère en plus qu'ils ne sont là que pour le pèse et n'ont rien à branler du pays dont ils sont censés défendre les couleurs, le gain me paraît encore plus mince. Mais passons. J'ai mis en place un ruban tue-mouches neuf (un ruban Catch, «pratique et efficace»), acte nécessaire et typique d'un début de vacance. Dans l'après-midi j'ai passé deux heures à couper des branches à Volebière, pour continuer à dégager l'endroit où je voudrais pouvoir entrer ma voiture dans le bois. Et dans la soirée deux heures à travailler au jardin. J'ai fini d'anéantir ce pyracantha emmerdant et j'espère qu'il ne repoussera pas. J'en ai tiré quelques bûches. Puis j'ai regardé en partie un documentaire sur les ruraux des Appalaches, dont Monget avait passé le lien sur Facebook. On voyait des gens âgés chanter et danser avec des violons et des sortes de guitares bizarres. Un vieillard chantait «If I get drunk / Just let me fall / Little darling / On the ground».

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jeudi 3 juillet 2014

chronique estivale (photos, Ronsard, sabots)

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Journée assez mal employée, à hésiter sur ce que je devais entreprendre en priorité, à finalement ne pas réaliser grand chose. Consulté non sans inquiétude ma liste de choses à faire dès que possible et celle des choses à faire à plus long terme et n'en ai quasi traité aucune. Traîné au lit à feuilleter des livres de photos (montagnes de l'Atlas, îles de la mer Egée, Afrique du Sud, Finlande, Arts déco) et à poursuivre ma lecture de fond actuelle, les Récits de Kolyma. Rangé aucun bagage (aucun vêtement, aucun papier, aucun livre, rien, tout traîne partout). Préparé deux commandes de livres qui m'ont été faites récemment. Commencé de nettoyer le jardin (d'ordinaire il me faut tout l'été pour le désherber et l'arranger par petits bouts). En particulier j'ai continué de démonter un pyracantha que j'espère faire disparaître complètement le plus vite possible. Commencé de photographier des objets à vendre sur le net (deux sur une quinzaine possible). Me suis réjoui de songer qu'Olivier Py, après avoir déliré sur la menace fantasmée du FN, va déguster les dégâts réels des intermiteux. Lu un beau distique de Ronsard, envoyé par un copain des Philippines : «Je n'avais pas quinze ans que les monts et les bois / Et les eaux me plaisaient plus que la cour des rois». Fini ma boîte de salé. Fait des courses à Beauvoir, en pleine chaleur. Acheté à Point Vert une nouvelle paire de sabots ouverts Baudou («Qualité, confort, esthétique, depuis 1910») et à Inter des vivres, dont une livre de moules qui a fait mon dîner, vers six heures. Le soir, je suis monté dans mon bois principal à Volebière et j'ai coupé des branches jusque après neuf heures. En arrivant j'ai vu un lièvre qui courait dans les champs, et en repartant un autre.

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mercredi 2 juillet 2014

en vacances

En ce premier jour de vacances, j'ai quitté la ville pour la campagne. Je suis parti de Pessac dans la matinée, et comme Baudouin m'avait proposé de passer le voir à Meschers, j'ai traversé tout le pays de marais qui s'étend au nord de Blaye. J'avais plus l'impression d'être en vacances, presque en voyage, du fait que je ne connaissais pas le paysage. J'ai vu en passant des cigognes et des aigrettes. Et j'ai voulu profiter de ce détour pour m'arrêter voir des vitraux, si bien que je me suis livré à un petit safari iconographique en visitant les églises de Braud & Saint-Louis, Saint-Ciers sur Gironde, Saint-Bonnet sur Gironde, Saint-Thomas de Conac et Saint-Fort sur Gironde. Du coup je suis arrivé en retard à Meschers, où l'on m'a quand même servi une bonne salade, avec un café du Cameroun. J'étais enfin vers trois heures à la Croix. La colonelle donnait une sorte de pow-wow dans sa cour, de sorte qu'il y avait des gens et des voitures un peu partout autour de chez moi. Les activités rituelles d'arrivée, dont je commence à me lasser, sont de descendre de voiture dans la rue pour ouvrir le portail, et pour cela défaire le noeud de ficelle que mon nouveau jardinier se croit obligé d'y faire à chaque fois qu'il passe, rentrer la voiture dans la cour, l'arrêter, ouvrir la maison, décharger les bagages, ouvrir l'électricité, ouvrir les volets, parfois laisser les fenêtres ouvertes, mais là il faisait trop chaud, alimenter la chatte si elle vient déjà mendier, en hiver allumer du feu, mais en ce moment on s'en passe, prendre le grand panier en osier pour aller dans la rue vider la boîte à lettres archi-pleine après quatre ou cinq semaines d'absence, au passage ouvrir l'eau à côté du portillon, et rentrer à la maison trier le courrier, c'est à dire maintenant principalement les prospectus. D'autres activités obligatoires mais moins urgentes sont réalisées peu à peu dans les heures qui suivent : ranger les bagages, ouvrir le gaz, mettre à jour l'éphéméride, remettre l'horloge électrique en marche et à l'heure, aller ouvrir la remise, faire un tour d'inspection dans le jardin, nourrir les poissons, effacer les dizaines de messages du répondeur téléphonique (cette fois-ci un record : 74). J'avais la flemme de repartir faire des courses. Dans l'après-midi j'ai mal mangé d'une demi-boîte de petit salé aux lentilles. J'ai repris la voiture pour aller voir les trois petits arbres dont je me soucie le plus. A la Rigeasse, le peuplier blanc, qui est maintenant presque aussi haut que moi, et à Volebière les deux pousses de châtaignier qui ne m'arrivent toujours pas beaucoup plus haut que la cheville. Je les ai plantées il y a deux ans, parce que la présence de fougères à cet endroit me fait supposer que le sol est assez acide, elles ont survécu au printemps de l'an dernier, qui était plutôt humide, et à celui de cette année, qui n'était pas bien aride. L'été je suis là pour veiller, mais je me méfie de juin et de septembre. Je me demande si ces petits châtaigniers survivront, au début je n'y croyais guère, mais je me prends à espérer un peu, sans trop y compter non plus.

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mardi 1 juillet 2014

ellul et le communisme

«Ce qui m'avait fait prendre mes distances vis-à-vis du Parti communiste, c'était la différence entre ce que je comprenais et ce que je voyais chez les communistes. Pour moi, il devait y avoir une cohérence, une continuité entre la pensée de Marx et ce que l'on vivait, et je ne les avais pas trouvées dans le Parti communiste. De même, c'est l'expérience de ce qui se passait en URSS qui m'écartait complètement du communisme.
Par la suite, mon refus du Parti et ma rupture totale se sont confirmés quand j'ai vu ce que le Parti communiste faisait pendant la guerre d'Espagne. On peut dire que le Parti communiste a été le meilleur appui de Franco. S'il a gagné la guerre, c'est parce que les communistes ont détruit la résistance des anarchistes et qu'ils ont fait passer leur haine de l'anarchisme avant la haine de Franco.
Plus tard, on a beaucoup dit en France que le Parti communiste était le principal parti de la Résistance. Moi, j'ai vu le Parti communiste détruire des foyers de résistance parce qu'ils n'étaient pas communistes. En mars 1944, j'ai vu, dans notre région, un maquis communiste détruire et tuer tous les membres d'un maquis gaulliste, simplement parce qu'il était gaulliste.»

(Jacques Ellul par lui-même, Entretiens avec Willem H. Vanderburg)

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