Journal documentaire

jeudi 28 avril 2016

aratières

 parrots_paradise_wideCette nuit j'ai rêvé que je demandais le nom d'un chocolat exquis, auquel j'avais à peine pu goûter, et l'on me répondait : «le Chocolat des Aratières». Mon informateur disait cela en affichant un air perplexe, comme pour laisser entendre qu'il ne s'expliquait pas cette appellation étrange. Au contraire, elle me paraissait limpide : le chocolat provenait de Guyane, et les Aratières étaient les lieux où vivaient les Aras. Vérification faite au réveil, le terme Aratière est parfaitement inexistant. Il a dû se former dans mon esprit par analogie avec Héronnière, et parce que je sais que nos compatriotes de la Renaissance, parlant des grands perroquets sud-américains, écrivaient volontiers Arat, avec un T inutile, qui ne servait qu'à donner au mot un air français.

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mercredi 27 avril 2016

ma vie palpiteuse, suite

historiasdelbarriocaminosA la Croix, où j'étais le week-end dernier pour un enterrement, mon internet-téléphone était en panne la moitié du temps. Et j'en suis reparti en oubliant le câble de rechargement de mon ordi, ce qui n'arrange pas mes affaires. Je vais passer quelque temps dans cet inconfort supportable. J'en suis dédommagé par deux grands plaisirs de lecture, dans des genres très différents.

D'une part, les Historias del barrio, bandes dessinées par Bartolomé Segui, où le scénariste Gabi Beltrán relate des scènes de son adolescence délinquante, à Palma de Majorque. Je les ai lues dans l'édition espagnole (Astiberri, 2011) mais elles avaient d'abord paru en catalan (Histories del barri) et ont été reprises depuis en français chez Gallimard (Histoires du quartier, 2013). Il y en a aussi un deuxième volume, sous-titré Caminos (2014, Chemins, 2015) aussi bon que le premier. Par coquetterie d'écrivain, l'auteur entrelarde les sept ou huit récits de chaque volume, de fragments d'un texte dans lequel il évoque un retour ultérieur à Palma et la mort de son père. Ce n'est pas sans intérêt, mais cela complique inutilement les livres, dont les épisodes dessinés se passeraient aisément de ce placage textuel. Un autre point douteux est que la voix off des images est souvent imprimée en noir sur fond marron ou gris, ce qui n'aide pas. Hormis ces réserves, j'ai beaucoup aimé ces histoires prenantes de vol et de bagarre, de shit et de putes, de rêverie aussi par moments. Il m'a plu de sentir la distance prise par l'auteur, maintenant tiré d'affaire, vieilli et assagi, vis-à-vis de ses errements de jeunesse dans un univers de crapulerie, dont il sentait confusément qu'il devait s'arracher. Le point de vue complaisant, selon lequel les agissements de l'individu sont déterminés par son milieu, y est régulièrement contredit par la conscience individuelle du mal accompli. Celui qui vole, agresse, croupit et trafique, le fait d'abord parce que son âme médiocre s'en accommode.

D'autre part Contre les dégoûts de la vie, un copieux recueil de critiques littéraires signé Jean Dutourd (Flammarion, 1986), dont je n'ai encore lu qu'une petite partie, mais qui me ravit toujours autant à chaque page que je tourne. Par sa finesse de jugement et sa justesse d'expression, Dutourd retient l'attention y compris en parlant de livres ou d'auteurs que nous n'avons pas lus, que nous ne lirons pas, ou qu'il n'essaie pas forcément de nous donner envie de lire. Il s'emploie très honnêtement à faire savoir ce qui lui plaît, sans cacher le cas échéant ce qui lui déplaît. C'est remarquable et je ne m'y ennuie pas un instant. L'évocation de Dutourd me rappelle cette anecdote, d'il y a quelques années. J'avais passé une note favorable, sur lui, dans Facebook. Là-dessus un de mes lecteurs de gauche se récrie, que Dutourd n'était qu'un gros con de droite, point à la ligne. J'imagine que mon lecteur n'avait pas passé beaucoup de temps à lire l'écrivain, et le condamnait sur sa réputation. Le détail piquant est que quelques jours auparavant, j'avais diffusé une pensée bien sentie de Dutourd, sans indiquer l'auteur. Or le même lecteur l'avait applaudie, sans se douter...

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mardi 26 avril 2016

à géant casino

geant-casino

A la caisse de Géant Casino, je contemple le jeune couple qui me précède. C’est surtout Madame que j’ai sous les yeux, car Monsieur ne tient pas en place et multiplie les excursions plus ou moins lointaines, à droite et à gauche, à grandes enjambées. Elle est petite, discrète, un peu enveloppée, sexy quand même, avec sa robe courte et ses collants noirs. Il la dépasse de deux  têtes et me dépasse d’une, et parle aussi fort qu’il est grand, dans une langue inconnue. Les tourtereaux ont assez bonne mine, avec une touche d’exotisme que je ne saurais situer : Carpathes? Pont-Euxin? Lors d’un de ses retours d’expédition, Monsieur présente à Madame deux petits pistolets à fléchettes en plastique joliment emballés, et paraît lui demander son avis. Monsieur n’a pas l’air excessivement mature, mais je veux croire que ce n’est pas pour lui-même, qu’il envisage de les acquérir. Auraient-ils un fils, ou quelque neveu? Sans élever la voix, Madame le renvoie doucement ranger les joujoux, avec l’assurance tranquille des femmes qui, même jeunes, connaissent déjà si bien le métier de gouverner les hommes. Leur tour arrive de passer à la caisse quand, à certains aboiements de Monsieur, je discerne soudain que ce parler étrange, ma foi, c’est tout simplement … du français. Un français bizarre, drôlement sculpté, ou haché, mais du français sans doute. Comme quoi, hein.

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lundi 25 avril 2016

vie des Eskimos

J’ai longtemps aimé la belle vie des Eskimos telle que je l’ai connue, c’est à dire dans les livres et les films des explorateurs. Mais à la réflexion, le genre de subsistance qui implique par exemple de rester des heures à guetter près d’un trou dans la glace, pour défoncer la gueule du premier phoque qui aura enfin le malheur de s’y présenter, ne me fait pas trop rêver.

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dimanche 24 avril 2016

les flics du progrès

Un beau jour des flics humanistes-progressistes vont s’aviser qu’il n’est pas très utile, ni rationnel, de se dire des choses comme bonjour, s’il vous plaît, au revoir, ou merci, et ils mèneront campagne contre ces formules rituelles, héritées des temps obscurs. Pour stigmatiser les obscurantistes qui perpétuent ces coutumes obsolètes, ils créeront à leur encontre des injures particulières, de préférence des mots en -iste ou en -phobe. Ils mèneront le troupeau démocratique par les naseaux sur la question, et parviendront à rendre la pratique honteuse, puis illégale, et sévèrement condamnée. Un autre jour les mêmes flics, ou leurs neveux, s’aviseront qu’il n’est pas bien rationnel d’enterrer ou d’incinérer les morts, au lieu de s’en servir pour fabriquer des boulettes à chien, ou Dieu sait quoi d’autre, et ils mèneront campagne … Ou bien c’est encore des idées que je me fais.

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mercredi 20 avril 2016

haïku

Dans un coin de bois,
occupé à ne rien faire,
un crapaud attend.

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mardi 19 avril 2016

idées de Herder

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Drôle de préfacier, que celui qui introduisait à un volume des Idées pour la philosophie de l’histoire de l’humanité, de Herder, en annonçant dès la première phrase que lesdites Idées «sont depuis longtemps périmées et n’ont plus qu’une valeur de document historique». Les Ideen zur Philosophie der Geschichte der Menschheit avaient d’abord paru vers la fin du XVIIIe siècle, et je me trouve par hasard propriétaire d’un exemplaire du recueil d’extraits choisis de cette oeuvre, publié en 1962 dans la collection bilingue des éditions Aubier-Montaigne, avec la préface décourageante citée plus haut. En feuilletant ce livre, que j’ai vraiment la flemme de lire, je vois qu’il est plein de considérations sur les caractéristiques culturelles et historiques de différents peuples, antiques et modernes. L’auteur a parfois le franc-parler de jadis, qui aujourd’hui nous amuse : «Les anciens Perses étaient un peuple laid des montagnes …» Le préfacier, un certain Max Rouché, reproche à Herder son favoritisme : «A l’injustice criante envers la Chine s’oppose une indulgence excessive pour les Arabes», que lui-même juge avec sévérité : «la conquête de l’Algérie fut essentiellement la réduction d’un nid de pirates esclavagistes». Bon, je vais garder ce pavé dans un coin, pour un jour de disette.

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dimanche 17 avril 2016

kamen et l'Inquisition

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Un trait que j’aime bien chez Henry Kamen, c’est qu’il est un des rares historiens de renom, avec son collègue américain Stanley Payne, à avoir soutenu l’auteur controversé Pío Moa, que la communauté universitaire traite généralement comme un pestiféré. Je n’ai pas le temps, ni d’ailleurs besoin, d’étudier en détail le pavé de Kamen sur l’Inquisition, qui passait à ma portée (il s’agissait d’une traduction espagnole, parue en 2013, de la version révisée : La Inquisición española, mito e historia) mais j’ai voulu en lire deux chapitres.

Le chapitre 7, «El fin de la España morisca», m’intéressait car il traite d’une question que je regrette de ne pas mieux connaître, celle de la coexistence problématique et finalement l’expulsion, dans les années 1610, de la population arabo-musulmane, ou berbéro-musulmane, restée en Espagne après la fin de la Reconquête du pays par les chrétiens en 1492. L’auteur ne fait qu’esquisser le tableau sur une trentaine de pages, mais donne un aperçu assez nuancé des différents degrés d’intégration ou d’hostilité des Morisques, et des opinions très contrastées que s’en faisaient les puissants, et les intellectuels. A certains égards la cohabitation de «communautés» aux cultures différentes (religion, langue, moeurs vestimentaires et alimentaires, etc) n’est pas sans rappeler la situation de l’Europe d’aujourd’hui confrontée à l’immigration massive. Le pire conflit semble avoir été la révolte dite des Alpujarras, dans la province montagneuse et maritime de Grenade (1568-1571), dont l’auteur estime que «ce fut la guerre la plus brutale qui se déroula en Europe au cours de ce siècle». A la suite de quoi les autorités cherchèrent une solution dans ce que nous appellerions aujourd’hui la «mixité», en déportant quelque 80.000 Maures de Grenade vers la Castille, notamment vers des régions où les musulmans étaient jusqu’alors peu nombreux, mais où les nouveaux arrivants pressaient leurs coreligionnaires mieux intégrés de se radicaliser.

Le 15e et dernier chapitre, «Inventando la Inquisición», s’applique à distinguer ce que fut et fit réellement l’Inquisition, de la représentation exagérée qui en a été donnée au fil des siècles dans des oeuvres historiques et artistiques marquées par la propagande anti-catholique (notamment d’inspiration protestante) ou plus généralement anti-chrétienne. J’y apprends bien des choses, entre autres que le tableau de Goya intitulé Tribunal de l’Inquisition est une oeuvre de pure fantaisie, en aucun cas un témoignage. Kamen estime que le grand philologue et historien Marcelino Menéndez Pelayo a été «le seul défenseur compétent» de l’Inquisition (sans en être partisan, il va de soi). Cependant, pas dogmatique, Menéndez aurait aidé l’historien américain Henry Charles Lea à se documenter sur la question. Pour illustrer l’impact de la machine à fantasmes sur la mentalité populaire, Kamen cite le cas de Galiciens (habitant donc une province où l’Inquisition n’avait pas été le plus active) qui, sur la foi des «souvenirs» transmis par leurs ancêtres, affirmaient encore, en 1973, savoir que les inquisiteurs arrivaient de nuit dans des voitures spécialement pourvues de roues en caoutchouc pour ne pas faire de bruit, écoutaient aux portes et aux fenêtres des maisons ce que disaient les gens, et enlevaient les plus belles filles afin de les torturer. La documentation sur la réalité ne suffit pas toujours aux Monsieur Plus de la «Mémoire».

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samedi 16 avril 2016

deux liens

Régulièrement Facebook suggère de repasser quelque chose que nous avions déjà diffusée à la même date, dans les années passées. Aujourd’hui, prenant le temps de regarder ce qui m’est proposé, je remarque deux liens vers ce Journal, de deux années consécutives, les 16 avril de 2012 et 2013, où j’évoquais successivement un livre noir et un journal vert.

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mardi 12 avril 2016

Scut revisité

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Autant j’avais été enthousiasmé, voilà quatre ans (x), par la découverte du premier volume des Inscriptions de Louis Scutenaire, autant la lecture ces temps-ci de l’anthologie de ses textes publiée par Raoul Vaneigem chez Seghers (dans la collection Poètes d’aujourd’hui, 1991) m’a laissé froid. La longue préface de Raoul ne met pas bien en train : elle renseigne correctement sur la vie et les oeuvres de Louison, mais elle accable par le ton lugubre et sentencieux de curé marxiste. L’on y a toutefois des surprises, comme la longue citation p 24-26 où Scut évoque le souvenir de soldats allemands  bienveillants envers les Belges pendant la Première guerre, dans son enfance, ou p 63 cette considération inhabituellement nuancée de Vaneigem : «Mieux vaut fréquenter un homme de coeur avec des idées de droite, qu’un homme de gauche qui a le coeur à droite. Arletty, dont le cul ne connaissait point de patrie, est à mon sens plus fréquentable qu’un Sartre, qui cautionne l’exécution de Brasillach après avoir intrigué sous l’occupation pour que ses pièces soient jouées.» Le choix des oeuvres de Scut, dont beaucoup d’extraits des Inscriptions, ne m’a pas non plus emballé. Beaucoup de platitudes, beaucoup d’âneries, beaucoup d’invectives anti-«riches» et anti-chrétiennes qui ne brillent ni par la profondeur, ni par la subtilité. Là aussi, on se console avec les rares passages des Inscriptions II où l’auteur semble s’arracher quelque peu au dogmatisme («Prolétaires de tous les pays, je n’ai pas de conseil à vous donner», 123) ou au manichéisme («Je reconnais que les idées de gauche et bien des hommes de droite ne me déplaisent pas comme les idées de droite et bien des hommes de gauche», 124). J’ai aimé la juste noirceur de «Il y a des Oradour partout où les hommes ont passé» (117). J’ai aimé quelques vers de sa jeunesse, comme l’évocation sensuelle d’«Estaminet» («Elvire guide sous ses jupons / Les deux mains d’Ernal Balé / Habituées à ce terrier / Pas étonnées de s’y trouver», 77) ou les deux quatrains de «L’Automne» («Le tarin se suspend aux aulnes effeuillés …», 73. Il apparaît en d’autres points que le poète connaissait bien les oiseaux, ce qui est un trait aimable).

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lundi 11 avril 2016

privilège

Pour l'abolition des privilèges. Pour l'interdiction de la double nationalité.

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vendredi 8 avril 2016

la belle au bois dormant

 

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Autant qu’il m’en souvienne, je n’avais jamais connu que de titre l’histoire de La belle au bois dormant. Je l’ai découverte l’autre jour dans une traduction française de la version des frères Grimm, qui tient sur deux pages et demie. Je dois avoir exactement l’âge mental qui convient, car vraiment je poussais des oh et des ah en lisant ce conte sublime, où tout me ravissait : la malédiction contredite, les interventions féeriques, la dormition des personnages, les buissons qui s’écartent et se referment au passage du jeune chevalier, le happy end… Là-dessus mon garde du corps, à qui je faisais part de ma vive émotion, m’a lu la version de Perrault, quelque peu différente et plus longue, qui était en sa possession. C’était un bon moment. En y réfléchissant, je me dis que j’aurais sans doute aimé le métier de prince charmant. Si c’était à refaire…

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jeudi 7 avril 2016

alexandrin

Drôle d'alexandrin aujourd'hui dans Sud Ouest : "Le lycée horticole est en piteux état."

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mercredi 6 avril 2016

chronique judiciaire

Aujourd’hui Sud Ouest rendait compte (Gironde, p 16) du jugement d’un ancien conseiller prud’homal de la CGT, qui arrondissait sa retraite en assistant "bénévolement" les salariés en conflit avec leur employeur, et en exigeant 10 % sur les sommes qu'ils gagnaient en procès. En trois ans, il avait ainsi palpé la bagatelle de 163.000 euros et quelques. Dans cette affaire le syndicat a manifesté envers l’escroc une solidarité digne de la pègre, en ne se portant pas partie civile, et même les camarades dont il avait contrefait la signature pour produire de faux documents ne se sont pas plaints. La justice, pas trop sévère, a condamné le fautif à une amende de 20.000 euros (ce qui lui en laisse quand même plus de 140.000 de bénéfice, si je comprends bien) et à 18 mois de prison avec sursis (c’est à dire, d’après mes calculs, zéro mois de prison réelle).

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mardi 5 avril 2016

samedi après-midi

Samedi après-midi, j’ai eu l’occasion de rencontrer pour la première fois Jean-Louis Costes, à l'Escalier B, à Bordeaux, et de bavarder un moment avec lui. Auparavant j’avais consulté mes archives pour y retrouver la trace de nos contacts, sporadiques mais remontant assez loin, probablement au milieu des années 80. J’ai remarqué qu’il ne faisait pas partie des gens qui avaient répondu à mon enquête sur les lectures, en 1993-94. Cela m’a intrigué, jusqu’au moment où j’ai retrouvé le Questionnaire de Proust, auquel je lui avais fait répondre dans ma Lettre documentaire 363, d’octobre 2006. A la question «Quels sont vos prosateurs préférés?», il répondait «Je ne lis pas». Alors tout s’explique, si le propos est véridique. En tout cas si cet homme lit, ce ne sont pas mes écrits. J’ai réalisé au cours de la conversation, du reste aimable, qu’il n’avait qu’une idée très vague de mon identité et de mes activités. Je devrais pourtant avoir l’habitude de considérer le peu que je représente pour autrui, mais je trouve encore des occasions de m’en étonner. Autre surprise, en évoquant l’épisode fâcheux de l’automne 2008, quand un ami avait envisagé d’organiser un récital de Costes à Bordeaux et m’avait chargé de contacter l’artiste, qui avait aimablement accepté, après quoi l’ami bordelais s’était ravisé et avait renoncé au projet, me mettant dans une situation délicate. Je me rappelle encore mon terrible embarras, mais Costes se souvient à peine de l’incident. C’est aussi bien ainsi.
En voiture, écoutant la radio, je suis tombé sur une émission de France Culture délicieusement incompréhensible, La conversation scientifique (cette fois-ci sur la découverte de la radioactivité). Après quoi, la station reprenant le cours normal de ses programmes qui m’ennuient, je suis passé sur Radio Classique, où j’ai entendu le bel Alleluia d’une cantate de Buxtehude, très à mon goût. C’était une chance.

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vendredi 1 avril 2016

afouer de tout bois

 

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J’ai découvert et j’aime beaucoup le verbe Affouer ou Afouer, du français ancien ou régional, ayant le sens d’allumer, faire du feu. Le «fou» de ce mot est le feu, le Focus latin. J’afoue de tout bois.

Je peux dire que je fais feu de tout bois, au sens propre de l’expression, dans la mesure où je brûle du bois de toutes les essences et de toutes les qualités dont je viens à disposer. C’est un des points sur lesquels ma pratique diffère de celle des vrais ruraux, ou des grands consommateurs. Dans la maison de campagne, où je ne passe le plus souvent qu’un week-end par mois, je n’ai guère besoin que d’un à deux stères par an. Aussi je n’achète quasiment jamais, ni ne fais couper, ni ne coupe moi-même une grande quantité de bois d’un seul coup. Ma production de bûches et de fagot est celle d’un amateur, elle résulte de l’activité continuelle et largement récréative d’entretien de mon jardin et de mes parcelles forestières, à quoi s’ajoutent les bouts de bois perdus que je récupère volontiers quand il en traîne ailleurs. Aussi mes stocks ne sont jamais constitués purement de bois sérieux, genre chêne ou charme. Je conserve aussi bien le bois médiocre et invendable mais gratuit du figuier ou du sureau. 

Je suis confronté au problème du bois vert, que j’entasse à ciel ouvert. Alors qu’un pro empilerait en une seule fois un grand tas de bois homogène, je l’accumule très lentement, et je dois prendre garde à ne pas en faire des piles trop larges, sans quoi il peut s’écouler des années entre les premières et les dernières bûches déposées. Un autre problème concerne le bois sec provenant des arbres morts sur pied. Alors qu’un animal ne peut être que mort ou vif, mais jamais les deux à la fois, un arbre peut mettre des années à mourir. Le processus commence par le bout des branches, pour remonter jusqu’au tronc et aux racines, et peut prendre si longtemps, que quand l’arbre est enfin sec jusqu’au pied, les extrémités sont déjà pourries et inutilisables. Un spécimen dans cet état donne donc des bûches de qualité inégale, et au moment de les entreposer, il vaut mieux mettre à part les plus légères, qu’il conviendra de brûler en premier. L’air de rien, ce n’est pas une mince affaire, que d’afouer de tout bois.

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mercredi 30 mars 2016

chiendent

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Pendant le long week-end dernier, dans mon hacienda, j'ai passé bien deux jours à maudire l'indélicat qui avait piqué la brosse de chiendent, qui se trouvait dans mon hangar. N'habitant pas sur place et n'étant plus tout jeune, j'ai parfois du mal à me rappeler au juste la nature ou l'emplacement de mes biens, mais je sais très exactement que je possédais deux brosses de ce type, à poils synthétiques durs, une à poils verts que je garde dans la salle d'eau, et celle à poils blancs que je laissais avec d'autres outils sans valeur dans cette dépendance. La disparition m'ennuyait au point que le premier soir, en y repensant, je suis retourné exprès dans le bâtiment avec une lampe électrique pour vérifier qu'en effet, la brosse avait disparu. Un vol est toujours blessant, même un vol sans gravité. Je me suis demandé qui pouvait être le coupable du larcin. Un rôdeur de passage dans le jardin, où il n’est pas bien difficile de pénétrer? Un voisin venu sous quelque prétexte, empruntant l’instrument dont il a besoin, et qu’il a peut-être l’intention de rapporter prochainement? J’avais cherché cette brosse pour nettoyer quelques pierres salies de terre et de mousse, que je voulais changer de place. Et puis je me suis souvenu que je m’en étais servi pour le même usage, il y a peut-être deux mois, et qu’après avoir constaté qu’elle était fichue, car elle perdait ses poils, je l’avais jetée.

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lundi 28 mars 2016

ravel, phasme, couleuvre

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Il y a de ça une huitaine, visitant avec ma directrice de conscience une vente miraculeuse à la Croix-Rouge de Cassy, je me suis procuré pour un euro une assez belle veste en coton vert foncé, et j’ai emporté une quinzaine de livres qui étaient vendus dix centimes l’unité. J’ai l’intention de revendre la plupart, et d’essayer d’abord d’en lire quelques uns, comme La chute de Berlin d’Antony Beevor, La vie sexuelle de Catherine M, ou un recueil d’articles littéraires de Jean Dutourd. Le seul que j’aie déjà lu entre temps est le bref Ravel de Jean Echenoz (Minuit, 2006), roman portant sur les dix dernières années (1927-1937) de la vie du musicien. C’est une fiction dans la mesure où la narration se concentre sur certains épisodes sans essayer d’être exhaustive, et où certains détails, certains gestes sont trop précis, quoique vraisemblables, pour ne pas avoir été inventés. J’ai bien aimé ce récit agréable et soigneux, érudit mais léger, amusant dans l’ensemble, un peu moins sur la fin où les derniers moments sont naturellement plus angoissants.

Il n’est pas rare que je tombe sur des phasmes, quand je taille mes arbustes à la Croix, mais pour la première fois avant-hier j’ai vu ce qui semblait être un bébé phasme vert clair, ne mesurant guère plus d’un centimètre, qui s’était posé sur mon sac à branchettes. Le petit animal était plaisant à voir, non seulement pour sa taille de miniature, mais aussi pour sa fermeté de caractère. J’aurais pu facilement l’écraser, mais quand j’approchais mon doigt, au lieu de s’enfuir, il se dressait en une posture de défi, comme s’il croyait m’impressionner.

Autre rencontre hier en début de matinée, alors que je nettoyais un coin du jardin, juste à côté du portail, j’ai découvert un petit serpent engourdi, long d’une vingtaine de centimètres. Au contraire de celui que j’avais trouvé l’été dernier (voir au 25 août), celui-ci était facile à identifier, il s’agissait clairement d’une jeune couleuvre à collier. J’en ai fait la même chose, je l’ai mise dans un seau, et je suis allé la relâcher dans les broussailles, cette fois-ci à la Rigeasse.

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samedi 26 mars 2016

petites lectures

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Dernièrement j’ai lu et bien aimé, puis relu et raimé, la nouvelle bande dessinée de Paco Roca, La casa (Astiberri Ediciones, 2015). La maison est celle qu’un prolo économe et industrieux a réussi à construire lui-même, sur un petit terrain à la campagne. Il est devenu veuf puis est mort à son tour. Un an plus tard, ses deux fils et sa fille, avec leurs conjoints et leurs propres enfants, se réunissent dans la maison pour la rafraîchir avant de la mettre en vente. Ils s’entendent plus ou moins bien, se souviennent et discutent, hésitent à vendre ou pas. C’est amusant, c’est émouvant, et plein d’observations bien vues (la clé qui peine à ouvrir la vieille serrure puis à en ressortir, le frère qui a hérité des talents de bricoleur du père et l’autre non, la campagne où d’autres maisons ont poussé, le bruit du micro-ondes qui fait «rrrrrrrr-plinc», le garage qui sert à tout sauf à garer, le voisin retraité qui a le sens pratique…). Belles pages au format à l’italienne, belles couleurs, beaux cadrages. La dernière scène m’a serré la gorge.

J’ai eu l’occasion de feuilleter plusieurs des recueils de nouvelles pour lesquels l’excellent conteur Miguel Delibes (1920-2010) avait puisé à la source intarissable des histoires de chasse. Je me suis attardé en particulier sur le dernier chapitre de Con la escopeta al hombro (Avec le fusil sur l’épaule), intitulé «Sobre la crueldad de la caza» (Sur la cruauté de la chasse), mais il n’y dit pas grand chose que l’on n’ait entendu dans les infinies discussions sur le sujet. Sa grande formule est que la chasse n’est pas un sport cruel (l’adjectif est le même en espagnol) mais un sport «cruento», c’est à dire sanglant, ce qui ne fait pas beaucoup avancer le débat. Tout en admettant la rudesse de l’activité, il se présente comme un chasseur scrupuleux, non sadique, soucieux d’éviter au gibier la souffrance inutile, autant que possible. Je m’étonne qu’il ne parle pas du rôle de la chasse comme régulatrice des populations, ce qui est sans doute sa meilleure justification.

J’ai lu hâtivement la brochure de Tzvetan Todorov sur Les abus de la mémoire (2004), ouvrage mince mais intéressant, dans lequel on peut apprécier que l’auteur se risque à réprouver la loi Gayssot, et à comparer Auschwitz et la Kolyma. Un passage, où il commente le zèle des dictatures à tenir leurs crimes secrets et à en effacer les traces, m’a fait penser qu’avec le mouvement islamiste, au contraire, nous sommes en présence d’une tyrannie qui ne se lasse pas de divulguer ses atrocités.

J’ai découvert que Hubert-Félix Thiéfaine avait sorti en 2014 une chanson sur «Karaganda», dont le refrain dit «C’est la voix de Staline, c’est le rire de Béria / C’est la rime racoleuse d’Aragon et d’Elsa / C’est le cri des enfants morts à Karaganda». Je dois avouer que ni la forme des paroles, ni la musique, ne me font grande impression (j’avais mieux aimé, il y a quelques années, «La ruelle des morts», seule autre oeuvre de lui que je connaisse) mais je suis positivement surpris qu’un chanteur français de nos jours ait eu l’idée peu commune de consacrer une chanson à un bagne communiste.

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vendredi 25 mars 2016

ma vie palpiteuse, suite

A la Croix pour un grand week-end.

Ce matin, en route vers le marché de Loulay, je pense un peu trop tard que j’aurais dû aller demander à Louis s’il n’avait besoin de rien. Je me doute que non, mais je voudrais qu’il sache que je ne l’oublie pas. Arrivé à la route d’en haut je fais demi-tour et je reviens au village. Louis est comme toujours assis dans sa cuisine. Non, il n’a besoin de rien. Je lui demande comment ça va. Ah, on s’en va du mauvais côté, me dit-il en souriant.

Au marché, mes courses de célibataire : six oeufs, cinq pommes, une endive, une saucisse de Francfort, une tranche de grillon charentais, une de jambon de Bayonne, trois cents grammes de vanets, un filet de maquereau au poivre. Je vais commencer par les vanets.

A la radio, j'écoute Zineb El Rhazoui, qui n'a pas la langue dans sa poche. Elle me remonte le moral.

Posté par Ph B à 12:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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