Journal documentaire

jeudi 26 mars 2015

barcelonnette

Coïncidence toponymique fortuite, mais frappante, du fait que l’Airbus d’avant-hier, parti de Barcelone, s’est écrasé près de Barcelonnette.

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mercredi 25 mars 2015

L'or du Ring.

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mardi 24 mars 2015

valeurs mutualistes

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Je reçois peu de courriers plus ennuyeux et inutiles que Valeurs mutualistes, le magazine des adhérents de la Mutuelle Générale de l’Education Nationale. A vrai dire, je ne suis pas bien sûr de comprendre à quoi sert au juste ce bulletin de 36 pages correctement imprimées en couleurs, sinon à engraisser l’équipe de parasites chargée de le produire. Combien ça coûte? La mutuelle est-elle si prospère qu’elle doive ainsi claquer l’argent des adhérents? D’ordinaire la nouvelle livraison file directement à la poubelle, mais cette fois-ci, prenant la peine d’ouvrir ce n° 295 (mars-avril 2015), j’ai le plaisir de tomber sur un article de deux pleines pages intitulé «L’immigration, une chance pour la république», dû à une certaine Maya Lebas (p. 32-33). On pourrait se demander ce que vient faire un tel sujet dans l’organe d’une mutuelle de santé, mais passons. Prenant prétexte de la récente création d’un indispensable Musée de l’histoire de l’immigration, Maya nous explique de long en large en quoi l’immigration est un phénomène absolument positif et formidable. Au contraire des Anciens, qui s’embarrassaient à débattre d’une question en pesant le pour et le contre, suivant le schéma dialectique thèse, antithèse, synthèse, Madame Lebas, en humaniste moderne, développe son point de vue original et courageux en appliquant la méthode thèse, thèse et re-thèse. Enfin pour enfoncer le clou, le publi-reportage est suivi de propos recueillis auprès du marxiste fou furieux Benjamin Stora, à l’objectivité bien connue…

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dimanche 22 mars 2015

ma vie palpiteuse, suite

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Il fait un temps maussade à La Croix ce week-end. Par défi, je suis quand même allé passer quelques moments dans les bois, à couper des branches et à réfléchir.

A la maison, depuis mon poste devant la cheminée, j’ai aperçu quelques oiseaux dans le jardin. Fait rare, une fauvette à béret noir est venue au bassin. J’ai vu quelques instants dans les jumelles un pinson perché dans le prunier, cramponné à un rameau agité par le vent. Les branches sont parsemées de fleurs, mais pas déjà masquées par les feuilles, on peut encore y entrevoir sans mal ce genre de petit spectacle fugace.

Continuant d’explorer un stock de bouteilles achetées chez Noz, j’ai bu un Fleur de Muscat sec, produit dans le Languedoc-Roussillon, qui ne m’a pas épaté. Je garde meilleur souvenir de mon précédent séjour, où j’avais goûté un mousseux espagnol correct et du cidre de Plovan. J’avais regardé sur la carte : c’est dans la baie d’Audierne, en plein sur le menton de la Bretagne.

Dans le courrier j'ai reçu une brochure commandée voilà  peu aux CPN, les écolo-pédagogues des Ardennes. J'avais déjà deux livres sur le même sujet que ce petit Guide des escargots et des limaces, dont je n'avais donc pas grand besoin, mais que j'ai plaisir à posséder. Ce genre d'achat je m'en passe maintenant le plus souvent. Quand je le fais c'est par caprice, par geste militant (la livrette coûte 5,80 euros, le port 5,95) et aussi parce que je sais que ces gens sont de bons connaisseurs.

Il a dû y avoir quelques indigestions chez les souris, qui semblent avoir déserté la place. Des cinq sachets toxiques que j’avais disposés dans la maison, trois ont été rongés. Le plus curieux est que je n’ai rien pris dans la souricière, mais le bout de fromage que j’avais fixé sur la tige a disparu, emporté sans doute par les bestioles, assez délicatement pour ne pas déclencher la fermeture du piège, qui n’a pas l’air bien sensible. Bizarrement j’ai découvert un autre engin du même modèle, qui traînait dans ma grange. J’avais dû l’acheter il y a des années, puis l’oublier.

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samedi 21 mars 2015

ma survie à l'époque moderne

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Il se trouve que par coïncidence, en même temps que feu mon ordi rendait l’âme et que je me lançais dans de coûteuses opérations de remplacement, mon fournisseur d’accès aux télécommunications, qui officie à l’enseigne d’une couleur intermédiaire entre le jaune et le rouge, se proposait, de son côté, de remplacer ma «livebox». J’en avais été avisé par courrier. Ma longue expérience des relations commerciales m’avait permis de soupçonner aussitôt que la formule sur laquelle s’ouvrait la lettre : BONNE NOUVELLE, signifiait en réalité : EMMERDEMENTS ASSURES. Je ne me trompais pas. On ne me demandait nullement si je souhaitais ou non changer de machine, on m’annonçait de but en blanc qu’une nouvelle allait m’être expédiée en «Colissimo». Je laisse imaginer déjà comme il a été simple de récupérer le colis, pour un homme dans ma situation, c’est à dire résidant communément à 170 kilomètres de sa boîte à lettres, laquelle est depuis peu surveillée par ses aimables Nouveaux Voisins, qui en ont une clé mais ne disposent pas de procuration pour retirer les courriers suivis, procuration que possède en revanche mon ancien lieutenant Véro, autre Voisine, qui ces temps-ci perd un peu la tête, et a perdu tout à fait sa copie de la clé de ladite boîte. Mais enfin, après quelques échanges téléphoniques, j’ai pu m’assurer que l’on s’était arrangé pour mettre la main sur la bête et qu’on la tenait à ma disposition, dès que le lumbago me permettrait de faire le voyage pour m’en emparer. Comme je vais un peu mieux, j’ai décidé de venir passer ce week-end dans mon hacienda, ce pour quoi j’ai appareillé dès jeudi après-midi. Et le soir, lorsque j’eus fini de m’installer et de me restaurer, lorsque enfin je n’eus plus aucun prétexte valable pour reculer plus longtemps, je me mis à l’ouvrage en suivant les instructions du mode d’emploi. Ce livret luxueux, où ne sont pas imprimés plus de dix mots par page, comme pour rendre plus évidente la simplicité des opérations, ne donne en fait que des indications plus ou moins fiables, parmi lesquelles j’eus tôt fait de repérer la plus inquiétante : on recommandait fortement, pour une première installation, de connecter la boîte à l’ordi au moyen du câble ethernet, et non en mode «wi-fi». Or il se trouve, par malchance, que mon tout nouveau MacBook Air, s’il est très dans le vent, ne dispose d’aucun orifice propre à y enfiler le câble en question. Et en effet, après plusieurs essais, le branchement sans fil s’avéra impossible. Il fallait se rendre à l’évidence : cela ne marchait pas et j’allais devoir, le lendemain, chercher de l’aide, de préférence dans une boutique Orange. En attendant, il me fallait tâcher de savoir où se trouvait la plus proche de chez moi, et accessoirement ses horaires d’ouverture. Le mieux pour cela, aujourd’hui, est de consulter internet, mais ce recours m’était précisément interdit. Eh bien, j’allais passer deux ou trois coups de fil, on finirait par m’informer. Or après mes tentatives de branchement du nouveau matériel, mon téléphone ne marchait plus. Patiemment, je réinstallai l’ancien équipement, pour rétablir la ligne, mais ce ne fut que pour constater ma solitude. De toute part on était absent, ou inopérant. De guerre lasse, les nerfs à bloc, je fus me jeter sur mon matelas, non sans avoir gobé au passage un somnifère de miséricorde. Le lendemain, hier matin, sentant que je n’avais pas de temps à perdre, je pris la route à 8 h 10, en direction du pôle Niort. Un souvenir incertain et invérifiable, mais qui dans la circonstance était mon seul guide, me disait que le point Orange devait se trouver dans le rue principale de cette ville, chef-lieu du département voisin, et située à quelque 30 kilomètres de mon ranch (aller-retour = 60 km). Je savais qu’il me faudrait une bonne demi-heure pour m’y rendre, puis un petit quart d’heure de marche pour gagner le centre depuis certain parking de supermarché, le seul endroit où j’étais assuré de me garer commodément (j’évite autant que possible le grand parking payant de la place centrale, non par souci d’économie, mais terrorisé par la perspective d’avoir à comprendre comment on parvient à y pénétrer, puis à en ressortir). J’avais assez bien calculé mon coup pour arriver devant le magasin sur les 9 heures, mais ce fut pour apprendre qu’il n’ouvrait qu’à 10. Que faire en attendant? Comme le temps froid n’invitait guère à flâner, et comme j’ai horreur d’aller au café, je décidai de chercher refuge dans la pénombre silencieuse d’une église. J’en apercevais une, à quelque distance, et je dirigeai mes pas vers elle. Hélas, elle avait été transformée en «centre culturel» pour feignasse, et n’ouvrait que l’après-midi. Je décidai alors de gagner la cathédrale. Si une seule église était ouverte, me disais-je, ce serait elle. Je parvins à m’y rendre, en suivant un itinéraire hésitant, mais elle était close de tous côtés, telle une grosse Huître divine. Il ne me restait plus qu’à revenir à la case départ, mon automobile, et, après m’être égaré quelque peu en chemin, je la retrouvai à 9 h 35. J’y passai un quart d’heure immobile sur mon siège, à méditer, après avoir feuilleté quelques instants un numéro de Niort Ma Ville ramassé en chemin, et qui se révéla aussi creux et vide que peut l’être ce genre de canard gratuit. A dix heures, j’étais derechef devant le magasin, où piétinaient déjà quelques clients mieux avisés que moi. Quand mon tour fut arrivé, on m’expliqua que je devais me rendre dans le magasin attenant, spécialisé dans les interventions techniques. J’y fus accueilli par un gentilhomme des plus aimable, qui m’assura pouvoir procéder, pour la modique somme de 9 euros, à tous les réglages nécessaires, de sorte qu’en rentrant chez moi je n’aurais plus qu’à rebrancher la machine. J’acceptai le marché. Mais il apparut bientôt, malgré plusieurs essais, que la manoeuvre était impossible, du fait que dans ma maison, j’avais coupablement reconnecté l’ancienne boîte, à seule fin de pouvoir me servir du téléphone. Je sentais venir que j’allais devoir rentrer chez moi uniquement pour débrancher l’appareil, et me retaper un second aller-retour. Mais enfin nous parvînmes, non sans difficulté, à joindre un de mes voisins, qui put se charger d’intervenir. Je passe les détails, dont certains piquants, pour arrêter ici cette histoire déjà trop longue. Je souris aujourd’hui de ces mésaventures, mais je dois avouer que par moments je n’en menais pas large.

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jeudi 19 mars 2015

Tous les hommes sont frères : comme Abel et Caïn, en somme.

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mercredi 18 mars 2015

shooting star

The_Adventures_of_Tintin_-_10_-_The_Shooting_Star

Pour aider une amie, qui étudie l’anglais, j’ai pensé lui offrir un album de Tintin traduit dans cette langue. Et voilà quelque temps, un sursaut d’énergie m’ayant conduit jusqu’à Bordeaux, et plus précisément à la Fnac, où je voulais me renseigner sur autre chose, et où je faisais chou blanc, j’en profite pour demander si l’on pouvait me fournir une bande dessinée comme je recherchais. Le vendeur embarrassé n’en finissait pas de m’expliquer, comme pour s’en excuser, les raisons pour lesquelles il en avait eu, mais n’en avait plus. Là-dessus, avant de reprendre le tram, je me rends dans la principale librairie de la ville, où j’ai pu constater une fois de plus l’évidente supériorité qui la distingue de ses concurrentes. Ce que les autres n’ont pas, Mollat l’a. C’était peu mais c’était déjà ça : on disposait de trois titres, parmi lesquels j’ai choisi The shooting star (L’étoile mystérieuse). Après avoir offert l’ouvrage à l’étudiante, j’ai regardé quelques planches (je connais peu Tintin, ne l’ayant pas lu dans l’enfance). Celui qui m’est apparu d'emblée sympathique est bien sûr le capitaine Haddock. Oh, thundering typhoons, quel personnage!

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mardi 17 mars 2015

je survis

Je vais maintenant bien mieux, n’étaient quelques tiraillements qui persistent, et dont je redoute qu’ils ne soient durablement installés dans mon paysage somatique. Mais au moins je me tiens droit sans difficulté et j’ai l’air à peu près normal, ce qui est essentiel. J’ai arrêté les anti-inflammatoires dès samedi. Dans les derniers jours de prise ils m’avaient assez bien disposé, de sorte que ce week-end j’ai trouvé l’énergie de tourner quelques vis, de ramasser quelques branches, et de scier quelques bûches. Dans un moment d’euphorie, j’ai même écrit quelques courriers. Mais je me sens plus calme. La vie reprend son cours habituel.

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vendredi 13 mars 2015

ma vie palpiteuse

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La sentence est tombée : l’ordi était foutu, il fallait en changer. Après avoir hésité à aller voir ailleurs, et soupesé à l’aveuglette le pour et le contre, j’ai rempilé chez Apple, pour des raisons qui ne sont pas toutes bien claires dans mon esprit. Ils sont chers et leur matériel n’est pas des plus durable, mais j’y suis habitué et ils ont un magasin à portée de voiture juste derrière le campus. Et puis ils m’offraient cent euros pour la reprise du défunt, et pour pas trop cher la récupération exacte des données perdues dedans. Le nouvel engin, un mince Macbook Air de 11 pouces, est un assez beau jouet, qui présente l’avantage de la légèreté, à peine un kilo, et un joli clavier, aux touches noires soulignées de petits traits lumineux. Espérons qu’il me rendra d’aussi bons services qu’il a bonne mine.
En même temps que le vieil ordi me lâchait, mon propre corps, qui lui-même n’est plus sous garantie, m’a joué des tours et je suis accablé, depuis une semaine, d’un lumbago qui me force à marcher plié. Je ne sais à quelle imprudence, à quels efforts je dois ce triste résultat : est-ce d’avoir porté des sacs trop lourds, une certaine fois, ou bien d’avoir manipulé des dalles de ciment dans mon jardin et dans celui de mon aide de camp, chez qui j’ai aussi bâti dernièrement un nouveau bûcher d’appoint? Toujours est-il qu’après quelques signes sourdement menaçants, le mal s’est déclaré dans toute sa vivacité vendredi dernier. J’ai d’abord tenu trois jours sans rien faire de spécial, pensant que le problème se réglerait tout seul, puis n’y tenant plus, j’ai consulté lundi. On m’a prescrit des anti-inflammatoires, dont l’usage m’inquiète, et dont les effets n’ont pas l’air foudroyants. Non seulement la douleur dans le bas du dos persiste à m’empêcher de me tenir droit quand je marche, mais elle a même tendance à se répandre vers la hanche, et jusque dans la province reculée du genou (les troubles se situent du côté droit). Sur mon nouvel ordi, je consulte Wiki : j’apprends que malgré son nom commun de tour de rein ou lombalgie-lumbago, ce mal n’affecte en réalité ni les reins ni les vertèbres, mais les nerfs, ce qui est sans doute un moindre mal. Aimablement la doctoresse m’a demandé si je voulais prendre quelques jours de repos. J’ai décliné. Honnêtement, le handicap ne m’empêche pas de travailler. Je me suis aperçu que dans le cadre professionnel, je souffre surtout par pudeur : je me gare au plus près des bâtiments, pour avoir le moins possible à montrer le triste spectacle d’un marcheur voûté, et une fois dans les locaux, je reste terré dans mon bureau. Dans lequel j’ai du pain sur la planche, ça me change les idées.

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jeudi 5 mars 2015

lucette

CVT_Lucette_6727J'ai bien aimé le Lucette de Nabe, lu dans la collection Folio (c'est paraît-il le seul Nabe disponible en format de poche) où l'édition originale de 1995 a été reprise en 2012. La couverture est illustrée d'une aquarelle de l'auteur, suggestive mais pas terrible, montrant au premier plan la Lucette Almanzor en train de danser, avec au fond son mari Louis-Ferdinand Céline mal fagotté, façon Meudon, tenant un chien en laisse. Fort heureusement pour le lecteur, le talent littéraire de Nabe est incomparable avec les résultats qu'il obtient dans ses réalisations picturales. L'ouvrage est sans doute un roman, mais très imprégné de données réelles. L'histoire est celle de la rencontre et des relations amicales qui s'établissent entre d'une part la veuve de Céline, et d'autre part l'acteur et cinéaste Jean-François Stévenin, qui songe à adapter le roman Nord à l'écran, mais ne réalise jamais ce rêve. Ce livre divertissant, écrit avec brio, est pour l'essentiel un monument en hommage à la danseuse, avec ce que cela peut parfois avoir d'agaçant, dans les moments les plus hagiographiques. Cette sainte Lucette / Lucie / Lili (mais jamais Lulu, tiens) est si parfaite, si pittoresque, si charmante, que l'on finit par avoir des doutes. De même qu'il semble régner une étonnante et perpétuelle concorde dans la bohème qui l'entoure. Nabe lui-même, narrateur en retrait, ne s'y montre pas. Il a en revanche la dent dure contre les céliniens extérieurs au cercle lucettien, qui apparaissent lors d'une réunion chez le biographe François Gibault, où l'auteur leur fait tenir des propos oiseux et les affuble de surnoms ridicules. N'étant moi-même pas très versé en célinerie, j'y reconnais au moins «Paul-Paul Paul» (l'éditeur Jean-Paul Louis) et Rex Lourdomou (le revuiste Marc Laudelout). Dans un article sévère, Eric Mazet a dénoncé les flagorneries et les diffamations présentes dans le texte. Je les soupçonne, sans pouvoir moi-même juger de la justice incertaine, peut-être capricieuse, selon laquelle sont distribuées indulgences et railleries. J'ai regretté pour ma part, outre l'idéalisation de l'idole et de ses proches, quelques glissades vers la mièvrerie (genre « - C'est quoi un enfant unique? - C'est quelqu'un qui reste enfant toute sa vie...» Hum. (415)). Mais il reste, pour le lecteur non impliqué dans ces milieux, un livre assez savoureux et instructif, où l'on en apprend non seulement sur les cercles célinien et lucettien des années 90, mais aussi beaucoup sur la vie de Céline, à travers les mille souvenirs racontés par sa veuve (je retiendrai entre autres la célinomanie de Dubuffet, qui relisait L'Ecole des cadavres «tous les week-ends» (page 143), la sympathie de Bernard Buffet (144), la bizarrerie de la secrétaire Marie Canavaggia (173 sq), l'esquisse de relations avec Jean Rostand (183) etc). Je retrouve ici et là des personnages auxquels je me suis moi-même intéressé dans le temps, comme le diariste Jacques d'Arribehaude (68) et le comédien Robert Le Vigan, dont on évoque l'exil à Tandil (309). J'ai satisfait à une de mes marottes en repérant la petite phrase de hasard qui donne un alexandrin aléatoire, dans la bouche de Lucette, quand elle rapporte que des proches dévalisaient Céline dès le lendemain de sa mort en emportant ses manuscrits : «J'étais trop déprimée pour les en empêcher» (110). La date du récit n'est pas indiquée dès le début mais se précise quand on apprend (258) que c'est l'année du centenaire de la naissance de Céline, donc l'année 1994. Lucette, née en 1912, était de dix-huit ans plus jeune que son mari (de sorte qu'en 1944, il avait cinquante ans et elle trente-deux, comme il est signalé p 250-251). Dans cette mesure, on s'étonne que le livre semble situer l'anniversaire des 80 ans de Lucette la même année que le centenaire de l'écrivain, et en tout cas postérieurement à celui-ci (p 269, 284), alors qu'au moment dudit centenaire, la dame était déjà âgée de 82 ans. Mais je suppose que cet arrangement avec le réel fait partie des licences dont l'auteur avait besoin pour pratiquer son alchimie.

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mardi 3 mars 2015

sos

Depuis ce week-end, Monsieur mon Ordi paraît mort ou fort mal en point. J'ai porté la pauvre bête à examiner hier soir. Verdict dans la semaine.

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mercredi 25 février 2015

Sans en avoir aucune expérience, j'imagine que les cabanes dans les arbres, c'est très bien, jusqu'au moment où on a besoin d'aller aux chiottes.

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samedi 21 février 2015

deux livres de droite

Ces derniers temps j'ai lu les deux livres de droite, que j'avais commandés au Père Noël (outre celui de Schopenhauer).

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L'un d'eux est Une guerre au couteau, sous-titré Algérie 1960-1962, un appelé pied-noir témoigne. Ce livre ne m'avait pas assez attiré pour que je l'achète au moment de sa parution, fin 2004, mais finalement j'ai voulu le posséder car il est à ma connaissance le seul publié par un auteur dont j'aimais les articles sérieux, à l'époque où je lisais Rivarol. Angelelli, né à Alger en 1934, raconte honnêtement ce que fut sa vie de soldat dans la wilaya paumée de Bordj Bou Arreridj. A vrai dire je n'y ai pas appris grand chose que je ne sache déjà, par les documents ou par la rumeur, sur les brutalités de l'armée française et sur celles, pas moindres, des nationalistes du FLN. L'auteur ne cache pas la part qu'il a prise aux tortures et aux exécutions, et n'en a pas de remords. Son témoignage est troublant pour un lecteur d'aujourd'hui, en tout cas pour moi. Je ne me sens capable ni de l'approuver, ni de le désapprouver, je m'estime surtout heureux que le sort ne m'ait pas conduit dans ce genre d'aventure. J'ai pensé aussi à mon pauvre père, né un an avant l'auteur, et qui aurait eu tout à fait l'âge d'être pris dans le tourbillon, si sa santé ne l'avait tenu à l'écart de la vie militaire. Se félicitait-il d'y avoir échappé, ou au contraire se sentait-il diminué par rapport à ses contemporains? Je m'aperçois maintenant que je n'en sais rien, et que je n'ai jamais eu l'idée d'en parler avec lui. Le texte est censé avoir été écrit aussitôt après la guerre, dans les années 62-63, et légèrement remanié à l'occasion de sa publication tardive. J'y remarque la bizarrerie de l'expression «gauche caviar» (p 267) qui n'avait sans doute pas encore cours à l'époque. J'ai relevé p 226 une courte phrase, qui fait un petit alexandrin grisâtre : «Je n'étais plus sensible aux cahots de la piste.»

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Le second livre, ce sont Les massacres de septembre, de G. Lenotre (l'historien favori de Michel Ohl et de Céline, entre autres amateurs d'histoire pittoresque). Je ne sais ce qu'il en a été des différentes rééditions de cet ouvrage d'abord paru en 1907, mais je dois dire que l'édition courante (chez Archéos, 2012) est assez négligée : coquilles nombreuses, aucune disposition typographique distinguant la parole de l'auteur et les documents qu'il reproduit, foutoir des notes en fin de volume (il y a trois notes n° 57, et deux séries de notes différentes numérotées de 57 à 61…). Ce traitement est regrettable, pour un livre aussi digne d'intérêt, qui consiste essentiellement dans le recueil d'une dizaine de témoignages, devenus introuvables ou restés jusqu'alors inédits, de rescapés de ces bizarres massacres survenus principalement à Paris les 2 et 3 septembre 1792, mais aussi dans quelques provinces et les jours suivants, au cours desquels entre mille et deux milles détenus sans défense (physique ni juridique) ont été soudain lynchés dans les cours des prisons ou juste à l'extérieur des bâtiments, ce qui reste comme une tache indélébile sur l'honneur de la république en gestation. D'après ce que je lis par ailleurs, on discute encore aujourd'hui la part de responsabilité due à la furie populaire spontanée (facteur toujours douteux) et celle des autorités : les meilleurs des républicains ont naturellement réprouvé ces actes ignobles, dont les auteurs ont du reste été poursuivis, même si ce fut tardivement et mollement, mais il y a probablement eu, sinon complot, certaine entente ou préparation à quelque niveau dans la Commune insurrectionnelle, sans quoi par exemple on a du mal à expliquer comment les bourreaux de divers endroits auraient comme par hasard eu l'idée d'un même stratagème pour éviter les mouvements de rébellion : après avoir interrogé le prisonnier dans un semblant de procès ne durant parfois que quelques instants, on le faisait sortir par un guichet en lui criant «A l'Abbaye», s'il était à la  Force, ou «A la Force», s'il était à l'Abbaye, semblant ainsi lui annoncer son transfert dans une autre prison, alors que pour les bourreaux qui l'attendaient juste après, il était convenu que cela signifiait «A mort» (voir pages 137, 255). Une vague d'arrestations avait commencé de remplir les prisons dès la journée du 10 août (prise des Tuileries). On poursuivait en principe les «ennemis de la nation» qui avaient soutenu le roi, et l'on arrêtait en fait beaucoup de gens qui n'avaient pas grand chose ou rien à se reprocher, principalement des nobles et des religieux, leurs proches, leurs serviteurs restés fidèles. On ratissait large : chez Untel que l'on était venu prendre, comme il n'était pas là, on emmenait le père à sa place (263). Avant de passer en «jugement» expéditif devant une table où siégeaient deux ou trois «juges» improvisés, les prisonniers étaient dépouillés des biens qu'ils portaient sur eux (portefeuilles, montres, bagues, diamants, assignats), lesquels étaient en partie consignés, et en partie disparaissaient dans les poches des «justiciers» (142). Aussitôt expédiés aux mains de bourreaux avinés, les condamnés étaient assommés ou égorgés, à coups de barre de fer, de hache, de sabre, etc (passim). Les cadavres étaient parfois mutilés ou décapités, et l'on paradait avec des têtes, des oreilles, divers organes. On traînait les corps pour les entasser à l'écart, sans toujours se soucier d'achever les agonisants (182). La populace assistait aux exécutions en applaudissant, en huant, en prêtant la main à l'occasion. Pour ce que l'on en sait, les massacreurs (les «septembriseurs») n'étaient cependant pas des misérables mais le plus souvent de petits commerçants ou artisans : tailleurs, épiciers, cordonniers, horlogers, coiffeurs … et des bouchers naturellement (15). Les explications topographiques de Lenotre, quant à la disposition des bâtiments et des rues, ne sont guère utiles pour quelqu'un comme moi, qui connais mal Paris et n'y vais quasiment jamais, mais j'apprécie le goût de la précision, dont il fait preuve dans ses commentaires. Les textes qu'il produit sont tous intéressants mais de force inégale. Les témoignages de la marquise de Tourzel ou de certain «vieillard» m'ont paru assez ternes, tandis que d'autres sont poignants et tiennent en haleine. Mon préféré est peut-être celui de Jourgniac de Saint-Méard, précédé du portrait savoureux que trace l'historien de ce drôle de personnage, roturier gascon, parvenu à un certain rang social grâce à un engagement dans l'armée, auto-proclamé noble mais pas défavorable aux idées nouvelles (147-149). «Badin et bon vivant», «il avait, des Français d'autrefois, la sensibilité, l'esprit, l'honnêteté, et aussi les jolis défauts complémentaires de ces qualités nationales, la naïveté, la légèreté, la hâblerie». Ayant abandonné les armes, il s'était installé à Paris où il publiait un journal satirique, recueil de bons mots et de poésies. J'adore la formule de Lenotre selon qui Jourgniac, devant la révolution menaçante, «croyait éteindre cet immense incendie en versant dans la flamme un flacon d'eau de lavande» (de l'eau de lavande, me dis-je, voilà ce qu'il faudrait, mieux que l'eau de Cologne, pour apaiser mes joues après m'être rasé, mais où en trouverai-je, si l'on en trouve encore?). Le livre dans l'ensemble donne une bonne idée de ces journées folles, à l'ambiance tragique et incertaine, où selon le moment tout pouvait arriver, le pire et le meilleur, ainsi que dans les rêves. Il y a quelques cas de sauvetage miraculeux, comme ces trois hommes que leur aspect ne désignait pas particulièrement et qui, dans un moment de confusion, se mettent à faire semblant de délibérer, comme s'ils faisaient partie des organisateurs, et parviennent ainsi à échapper (134). Les sentences elles-mêmes sont parfois surprenantes, certains accusés réussissant à en imposer aux juges, grâce à leur prestance, tandis que d'autres, guère coupables, se laissent condamner pour leur air effaré et leurs balbutiements (263). Les casuistes ont tout loisir d'examiner la responsabilité de ceux qui, bien intentionnés au départ, se laissent emporter dans le tourbillon, telles ces personnes envoyées pour calmer les esprits et présidant finalement à des tueries (210), ou les deux émissaires se retrouvant à leur tour menacés par les enragés, après avoir fait remarquer que les objets pris aux accusés n'étaient pas enregistrés (142). Il y a çà et là les détails saisissants : les meurtriers qui, leur besogne accomplie, vont tranquillement passer la soirée «au caffé rue de Seine» (224), le nom d'un malheureux qui tente en vain de s'enfuir par les toits (Caraco, 107), les deux oeufs qu'une main charitable tend à la fenêtre d'un affamé, qui les refuse faute de pouvoir les cuire (ibidem), la tache de lumière que le clair de lune projette sur le sol, avec l'ombre de trois barreaux, sous les yeux de prisonniers prostrés (157). Cet ouvrage est ainsi plein de révélations. Et comme disait Jourgniac, «Quel est l'homme qui lira (ces) détails sans que ses yeux se remplissent de larmes, sans éprouver les crispations et les frémissements de la mort»...

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vendredi 20 février 2015

ma vie palpiteuse, suite

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Hier dès le matin et toute la journée, j'ai éprouvé cette sensation inhabituelle, chez moi presque anormale : j'étais en pleine forme. A la bonne heure. Je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec le triste état dans lequel je me trouvais deux jours auparavant : j'ai passé la journée de mardi à garder le lit, autant que je pouvais, tourmenté par la gastro. Mais c'est peut-être cette misérable pénitence, par son effet de purge, qui m'a remis en forme…

Je me suis réveillé ce matin sur le rêve que je rangeais des livres sur un appui de fenêtre, donc à la merci des éléments. Et pour comble d'absurdité, je les plaçais avec le dos tourné vers l'extérieur, de sorte qu'il n'était plus possible de lire leur titre.

Je noterai maintenant, malgré le retard, un autre rêve, que j'ai eu il y a quelques semaines et dont le souvenir me reste. Je passais dans un couloir désert, dans quelque institution, et je trouvais par terre non seulement une clé (une clé plate de serrure d'appartement) mais en outre une demi-clé (mais je ne saurais dire si c'était la partie pointue ou la partie arrondie). Là-dessus arrivait le professeur retraité Vincent G, à qui je faisais part de ma découverte. Mais elle est à toi, cette clé, me disait-il, ou quelque chose comme ça. Le propos me surprenait par la familiarité inattendue du tutoiement, et par l'air désabusé semblant suggérer qu'il savait que je passais mon temps à chercher et à retrouver des objets que je perdais sans cesse. De nouveau seul, je me dirigeai vers la porte de ce que je croyais être mon bureau, mais elle était entrouverte et je voyais dans l'entrebaillement qu'il s'agissait en fait d'une chambre à coucher. Je regardai les noms sur les portes voisines. L'une d'elles portait celui de Cédric M. Désorienté, je repartais vers l'accueil du bâtiment. J'y trouvai ma directrice de conscience, assise à une petite table, et je lui montrai ma clé et demie. Mais non, me disait-elle, il suffit d'assembler ainsi les deux pièces, pour ne former qu'une seule clé... (Ah, ce n'est pas pour rien, que l'on est directrice).

J'ai posé hier, sur le réseau social Facebook, la question de savoir lequel choisir, si je devais ne lire qu'un seul livre de Roger Nimier, ou d'Antoine Blondin, deux auteurs que je n'ai encore jamais lus. Mon auditoire fantomatique s'est bien gardé de m'apporter aucune réponse et j'en suis déçu, quoique pas vraiment surpris. Je me demande si les lecteurs de ce blog auraient des suggestions.

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mardi 17 février 2015

bête immonde

Qu'est-ce à dire, au juste, «LA bête immonde»? Y en a-t-il pas de toutes parts, des bêtes immondes, et de toutes les couleurs?

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jeudi 12 février 2015

ohl

J'apprends par hasard qu'OHL est le sigle par lequel les Allemands désignaient, pendant la première Guerre mondiale, leur Oberste Heeresleitung (Commandement suprême de l'armée). Je suis sûr que Michou s'en serait amusé, j'aurais aimé le lui apprendre. Mais peut-être l'a-t-il su, même si je ne me rappelle pas qu'il y ait jamais fait allusion...

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lundi 9 février 2015

haïku ready-made

Ainsi font font font
Les petites marionnettes,
Trois tours et s'en vont.

(Service minimum cette semaine : j'ai oublié mon câble d'ordi en week-end.)

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vendredi 6 février 2015

Ld 500

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J'ai publié hier la Lettre documentaire n° 500. Je voyais venir depuis quelque temps ce nombre imposant, et je me demandais si je devrais préparer pour l'occasion quelque chose de spécial. Mais n'ayant pas d'idée particulière à ce propos, et n'ayant guère l'esprit de célébration, j'ai décidé d'attendre simplement ce que le sort m'apporterait. Et c'est bien ainsi, cet article brésilien n'était pas la pire éventualité. Récemment j'ai fini de lire l'assez gros volume, de plus de 600 pages, que je butinais épisodiquement depuis l'été dernier : le recueil d'articles que le polémiste conservateur Olavo de Carvalho a publié sous le titre provocateur de O mínimo que você precisa saber para não ser um idiota ("Le minimum que vous devez savoir pour ne pas être idiot", Rio de Janeiro : Editora Record, 2013, réédition 2014). Je ne suis pas d'accord avec tout ce que pense Olavo, mais je partage bon nombre de ses opinions et surtout j'aime son style plein de punch, son humour cruel, son érudition redoutable, la logique rigoureuse de ses développements, son culot pour prendre à rebrousse-poil toutes les croyances gauchistes, toutes les superstitions humanistes qui forment aujourd'hui la bondieuserie laïque générale dans laquelle patauge le monde moderne. La page que j'ai choisie est assez atypique de l'ensemble dont elle est extraite : au lieu d'y exposer ses arguments de façon directe comme à l'accoutumée, l'auteur joue dans cette «Brève histoire du machisme» la carte de l'ironie, pour dresser une satire du féminisme avec ce qu'il faut de mordant (et, avouons-le, un brin de mauvaise foi). Telle est la page que j'ai voulu traduire en hommage à son auteur, en espérant qu'elle amusera quelques lecteurs.

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jeudi 5 février 2015

Lettre documentaire n° 500

BREVE HISTOIRE DU MACHISME, par Olavo de Carvalho.

Les femmes ont toujours été exploitées par les hommes. S’il est une vérité que nul ne conteste, c’est bien celle-ci. Des solennels amphithéâtres d’Oxford aux talk-shows télévisés, du Collège de France au carnaval de Rio, le monde entier réaffirme cette certitude, peut-être la moins mise en doute de toutes celles qui ont jamais traversé le cerveau humain, si tant est qu’elle ne soit pas directement passée des utérus aux thèses universitaires.
      Ne souhaitant pas m’opposer à une si auguste unanimité, je me propose de réunir ici quelques données qui pourront renforcer, chez les croyants de tous les sexes existants et à inventer, leur sentiment de haine envers le mâle hétérosexuel adulte, ce type exécrable à qui aucun individu, ayant eu le malheur de naître de sexe masculin, ne veut ressembler en grandissant.
      Notre histoire commence à l’aube des temps, à quelque période imprécise, entre Néandertal et Cro-Magnon. C’est dans ces heures sombres qu’a débuté l’exploitation de la femme. L’époque était dure. Les communautés humaines, vivant dans des grottes, étaient constamment ravagées par les attaques des fauves. Les hommes, profitant de leurs prérogatives de classe dominante, eurent tôt fait de se réserver les places les plus confortables et les plus sûres de l’ordre social : ces petits malins restaient à l’intérieur des cavernes, donnant à manger aux bébés et se peignant les cheveux, tandis que les pauvres femmes, armées de simples massues, partaient affronter les lions et les ours.
      Lorsque l’économie de cueillette fut remplacée par l’agriculture et l’élevage, les hommes réalisèrent encore un beau coup en assignant aux femmes les tâches les plus lourdes, comme de transporter des pierres, de dompter des chevaux, d’ouvrir des sillons dans la terre avec la charrue, tandis qu’eux-mêmes restaient bien tranquilles à la maison, peignant des poteries et jouant au tissage. C’est vraiment révoltant.
      Quand les grands empires de l’Antiquité furent dissous, laissant la place aux fiefs en guerre perpétuelle les uns contre les autres, ceux-ci formèrent des armées privées, entièrement constituées de femmes, tandis que les hommes restaient bien à l’abri dans les châteaux, à savourer les poèmes que les guerrières, entre deux combats, composaient en l’honneur de leurs charmes virils.
      Lorsque quelqu’un eut l’idée extravagante d’évangéliser le monde, rendant ainsi nécessaire d’envoyer sous tous les cieux des missionnaires, qui couraient le risque d’être empalés par les infidèles, égorgés par les bandits de grand chemin, ou trucidés par l’auditoire ennuyé de leurs sermons, ce fut encore aux femmes qu’incomba cette lourde tâche, tandis que ces messieurs se contentaient machiavéliquement de réciter des neuvaines devant les autels domestiques.
      Les malheureuses subirent une exploitation comparable, à l’occasion des croisades, lorsque, chargées de lourdes armures, elles traversèrent les déserts pour y être passées au fil de l’épée par les musulmans (ou plutôt par les musulmanes, car les disciples de Mahomet n’étaient pas moins machistes que nous). Sans parler des grandes navigations ! A la recherche d’or et de diamants, avec quoi parer leurs indolents compagnons, les braves navigatrices traversaient les sept mers et combattaient les féroces indigènes, qui parfois se les enfilaient mais uniquement – quelle misère ! – au sens gastronomique du terme.
      Enfin, quand l’Etat moderne institua le recrutement militaire obligatoire, ce furent les femmes qui constituèrent les troupes, avec peine de mort pour les désertrices et les récalcitrantes, tous cela pour que les hommes puissent rester chez eux à lire La princesse de Clèves.
      Depuis des millénaires, en somme, les femmes meurent sur les champs de bataille, charrient des pierres, construisent des bâtiments, luttent contre les fauves, traversent les déserts, les mers et les forêts, en sacrifiant tout pour nous, les mâles oisifs, qui n’affrontons pas de plus grand danger que celui de salir nos menottes avec les couches de nos bébés.
      En échange du sacrifice de leurs vies, nos héroïques défenseuses n’exigent rien de nous que le droit de parler fort à la maison, de percer quelques nappes avec la braise de leurs cigarettes et, éventuellement, d’égarer une paire de bas dans un coin du salon où il faut les chercher.

 «Breve história do machismo», parue dans le Jornal da Tarde du 16 août 2001, reprise dans le recueil O mínimo que você precisa saber para não ser um idiota (Editora Record, Rio de Janeiro, 2013, p 497-498) et ici traduite par Philippe Billé.
Sur le penseur brésilien Olavo de Carvalho, voir parmi ces sources.

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jeudi 29 janvier 2015

super plans

Dans un moment d'oisiveté, je considère la liste des messages «indésirables» reçus dans une de mes boîtes «mail», en particulier d'invraisemblables propositions financières, qui se veulent alléchantes et puent l'arnaque à plein nez. Je ne connais personnellement aucun de leurs auteurs : Ahma Bkari, Paul Compaore, Dewi Sandra, Olivier Kone, Zongo Aristide, Mariam Kofana, Wilson Obutu, Sawdu Bello, Ali Ousman, Dintou Sawadogo, Rita Kikelya... Il y a là-dedans quelque chose qui m'intrigue. Je me demande ce que j'ai fait aux Bretons, pour qu'ils me poursuivent de la sorte.

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