Le nouvel obscurantiste

Journal documentaire de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste (Philologie de proximité, misanthropologie, broutilles).

mercredi 7 mai 2008

Marcenada

Le 9 avril à l’aube je m’éveillai sur le rêve bref, que je m’adressais à deux trois personnes en leur expliquant que l’expression portugaise levar uma marcenada, j’appuyais bien sur les mots levar uma marcenada, voulait dire prendre une branlée, une raclée. Ayant retrouvé mes esprits, je songeai que la tournure levar uma... s’emploie en effet, dans cette langue, pour dire «en prendre une», mais je ne voyais pas d’où sortait cette marcenada. Etait-ce la réminiscence d’un terme dont j’avais oublié la rencontre ? Au cours de la journée, je pus vérifier dans des dictionnaires que le mot n’existait nullement en portugais, ni d’ailleurs en espagnol. Ah. S’agissait-il d’un toponyme ? Non plus, l’atlas de la Britannica ne le mentionne pas, dans son immense index. Puis j’ai consulté saint Google, chez qui l’on trouve à peu près tout. La pêche est maigre, quelques rares occurrences, et peu claires. Il semble y avoir dans Madrid, où je n’ai jamais mis les pieds, une rue Santa Cruz de Marcenada. Un internaute hispanophone signe « le petit samouraï de la marcenada », un autre déplore qu’on ne le laisse pas essayer, ou goûter sa marcenada... Encore un mystère à la noix, dont je n’aurai jamais le cœur net.

Je m’absente, patient lecteur, je m’en vais tra los montes, au pays de sainte Julienne et de saint André. Je serai de retour bientôt, si Dieu le veut, avec Sa grosse volonté.

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mardi 6 mai 2008

Un émigré

Un ami, qui croit que j’ai le temps de lire, jette sur ma table un brelan de livres, l’air de rien. Les trois sont de Dutourd. J’aime bien Dutourd, je le connais mal, je ne savais pas qu’il me plaisait autant, il est du genre que je lis quand je n’ai pas le temps de lire. Je lis peu à vrai dire, j’ai plutôt feuilleté ces recueils de brièvetés, que l’on peut parcourir à sa guise car ils sont exempts du totalitarisme mental des fictions et des théories, où l’on ne pipe rien si l’on ne gobe tout dans l’ordre.
D’abord Cinq ans chez les sauvages, un copieux recueil de chroniques de télévision, écrites pour France-Soir de 1971 à 1975. Le sujet serait de peu d’intérêt, s’il n’était prétexte à aborder mille questions d’art et de politique, de goûts et de couleurs, avec le ton simple et juste de Dutourd.
Puis L’école des jocrisses, de 1970, le plus élaboré mais à mes yeux le moins attirant des trois ouvrages, malgré son incipit foudroyant, que j’avais déjà vu cité et qui mérite de l’être : « Toute ma vie, j’ai entendu parler de la jeunesse. Toute ma vie, ce sujet m’a ennuyé. Non que ce soit un sujet plus ennuyeux qu’un autre, mais il me semble qu’il inspire surtout les imbéciles. » C’est un pamphlet contre la jeunesse révoltée et contre la bêtise, vaste programme, suivi d’un alphabêtisier d’idées reçues.
Enfin l’exquis Carnet d’un émigré, ce menu livre de poche est un recueil de notes rédigées de 1970 à 1972 (dont certaines se retrouvent dans les chroniques de télévision citées + haut). « Je suis beaucoup revenu de mes préjugés sur les émigrés de 1792. La Révolution les a outrageusement calomniés... » En butte à l’idéologie de gauche déjà dominante, orphelin du Général, l’auteur se positionne en émigré de l’intérieur et vomit avec flegme des traits meurtriers, comme pour témoigner qu’il ne suffit pas d’être réac, il faut encore l’être posément. Ses notes allant de trois pages à deux lignes, ont souvent la brièveté d’aphorismes. On y remarquera des thèmes daviliens, comme une apologie des lieux communs.
Dutourd évoque çà et là le genre du journal intime, qui ne lui plaît pas beaucoup. Dans le prologue à Cinq ans chez les sauvages, il le décrit plaisamment (« ... le journal est un recours contre les tristesses de la journée, une espèce de cabane au fond de laquelle on se réfugie pour rêver, pour s’apitoyer sur soi-même. D’où, souvent, un côté geignard ... ») mais pour le comparer défavorablement à la correspondance, qui a sa préférence. De même dans le Carnet d’un émigré, il fait cette mise en garde, qu’il ne faut pas « noter beaucoup de petites idées sur beaucoup de petits papiers », car elles ne serviront pas à former une œuvre, mais au mieux seront recueillies dans un journal, alors que « L’essentiel est de faire des livres ». On s’étonne un peu de trouver cette pensée au milieu de ce qui a pourtant bel et bien l’air d’un livre, qui pour être un simple foutoir n’est pas sans charme.
Né en 1920, le maître avait la cinquantaine au moment de ces écrits, il a maintenant 88 ans. Combien de temps encore pourrons-nous savourer son apparition téléphonique rituelle aux Grosses Têtes ? « - Jean Dutourd, bonjour. – Bonjour, M’sieur Bouvard... »

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mercredi 30 avril 2008

Le cinéma de A à E

Films vus en avril :

* de Mel Gibson, Apocalyto (2007). C’est naïf, c’est balourd, c’est invraisemblable, mais c’est une histoire de chasse à l’homme assez prenante, après les mollasseries du début, et c’est un beau livre d’images. B.

* de Geert Wilders, Fitna (2008). Un pamphlet cinématographique contre l’intolérance musulmane. C’est bref (un quart d’heure), courageux, sobre mais soigneusement réalisé, et cinglant comme il convient à un pamphlet. B.

* de Martin Scorcese, Who’s that knocking at my door (1968). Film esthétisant un peu ennuyeux, malgré le plaisir de voir Harvey Keitel tout jeune. D.

* de Marcel Pagnol, Le Schpountz (1938). Bon film. B.

* de Steven Spielberg, Duel (1971). J’avais découvert ce film à sa sortie quand j’étais encore lycéen et Spielberg peu connu, j’ai dû le revoir une deuxième fois depuis et je le retrouve encore sans ennui, cette histoire simple me plaît, même maintenant que ce n’est plus le suspens qui me retient. B.

* de Jean-Louis Trintignant, Une journée bien remplie (1973). C. Ayant emprunté un dvd défectueux, je n’ai pu voir en entier ce film dont l’humour noir esthétisant me laisse plutôt froid, mais il est assez agréable à découvrir et Dufilho y joue le rôle principal, ce qui est un plaisir. C.

* de Henri Verneuil, Le boulanger de Valorgue (1952). Encore une bonne vieille Fernandellerie qui m’enchante. Indépendamment de la qualité cinématographique (en l’occurrence pas mauvaise, Verneuil a fait bien pire), je garde une nostalgie inconsolable pour la France villageoise des années 50 telle qu’elle est dépeinte, et qui semble plus révolue que jamais. B.

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mardi 29 avril 2008

Jamais content

Pour quelque raison je me suis aussi engagé à relire ma thèse, du moins je la survole en rase-mottes, huit ans après la soutenance, et cela me met mal à l’aise. Non que je la renie, mais je n’arrive pas à m’en sentir pleinement satisfait. Je m’aperçois que j’éprouve envers elle exactement le même sentiment qu’envers ma cabane, dans le bois de Cunèges. Elle n’est pas mal conçue, et rend bien service, mais si elle était à refaire, je ne peux m’empêcher de penser que je m’y prendrais autrement. Ce qui n'est peut-être qu'illusion...

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lundi 28 avril 2008

Gironella etc

Par une sorte de convergence inattendue, plusieurs tâches livresques me tombent dessus en même temps et occupent mes soirées. Entre autres j’aide un vieil ami à indexer et corriger un volume de ses mémoires, dont la parution est imminente. J’en profite pour m’instruire. Il parle à un moment de certain romancier espagnol qui m’est parfaitement inconnu, José María Gironella. Je me renseigne dans une bibliothèque ibérique, où j’ai mes habitudes, et naturellement j’interroge saint Google. Gironella (1917-2003) qui a combattu dans les rangs franquistes, a surtout écrit des fictions inspirées de la  guerre civile, très documentées, paraît-il brillantes et non dogmatiques. Il a connu un grand succès public dans les années 60-70, y compris en traduction. Hemingway aurait salué son talent. Comme il était de droite, on tend à l’oublier aujourd’hui. J’ai l’occasion d’examiner quelques volumes de ses œuvres, que je ne lirai pas, parmi lesquels d’énormes pavés avec de beaux titres, Los cipreses creen en Dios, Un millón de muertos... Je feuillette un peu plus lentement un volume d’essais, qui contient des récits de voyage, dont un à Cuba, puis un recueil de morceaux choisis. J’épingle son questionnaire de Proust dans ma collec de traductions.
Pour peaufiner l’index, je recours à la fonction Rechercher, dont je ne suis pas familier. Je m’aperçois que le cas échéant, l’ordi m’indique aussi les occurrences où le nom d’un personnage est inclus dans un mot plus long. Je m’amuse ainsi à retrouver le général Lévi planqué dans la téLEVIsion, le baron de Spens dans indiSPENSable, ou Roland Tual dans les acTUALités.

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jeudi 24 avril 2008

Société du spectacle

J’aime assez la gigantesque pantomime à laquelle se livrent actuellement dans le pays les différentes cliques de ceux-qui-s’occupent-de-nous. Les patrons et la CGT font semblant de ne pas être main dans la main alors qu’ils rivalisent d’immigrationnisme, les médias font semblant de croire que les immigrés clandestins aident l’économie par les impôts qu’ils payent, les immigrés font semblant de se demander si oui ou non ils vont être une fois de plus régularisés par milliers, le gouvernement fait semblant de gouverner et le ministre de l’immigration veut faire semblant de ne pas être un simple pantin. Ne cherchez plus Guignol, il est là.

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samedi 19 avril 2008

Sémiotique du Schpountz

L’autre soir j’ai visionné Le Schpountz, excellente œuvre de Pagnol, où l’on a parmi cent autres la joie d’entendre l’exquis Fernandel prononcer Olivode le nom de Hollywood, ou évoquer les difficultés qui lui sont «suscitées par une influence secrète et subtile».
J’ai remarqué dans la première scène ce propos de l’oncle (Charpin), «Voilà dix francs pour tes menus plaisirs. N’écoute pas les sarcasmes de l’Inutile...», qui me rappelait le souvenir de certain chroniqueur.
Je me demande pourquoi le cinéaste nous laisse entrevoir brièvement, sur le mur latéral de l’épicerie, côté rue, le graffiti à demi effacé d’une grande faucille avec marteau. Quant aux affiches pour la «bière Marx», visibles dans certaines scènes, est-ce un autre symbole communiste, ou la marque existait-elle réellement et s’agit-il juste d’un sponsor ?

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vendredi 18 avril 2008

Aimer Césaire ou pas

La disparition d’Aimé Césaire me rappelle le souvenir de la seule fois où j’ai essayé de lire ses œuvres. C’était il y a un peu plus de dix ans et je rouvre aujourd’hui la Lettre documentaire n° 220, de janvier 1997, dans laquelle j’avais brièvement consigné mes impressions. La poésie de ce génie m’avait paru «vraiment chiatique, facile et boursouflée». Après une telle expérience, je comprends pourquoi je ne suis jamais retourné y voir. Le président de la République en fait paraît-il grand cas, mais comme j’ai déjà remarqué plusieurs fois que nous n’avions pas les mêmes goûts, ce nouveau point de désaccord ne me surprend pas.

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jeudi 17 avril 2008

Bac blanc.

EXERCICE. Transformez des blagues sur les blondes en y remplaçant le mot «blonde» par «crépue», et analysez le résultat. Expliquez pourquoi c’est raciste dans un cas, et dans l’autre non.

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mardi 15 avril 2008

Rio et Canéjan

J’ai tenté de résoudre à peu près au même moment ces deux énigmes naturalistes, le mois dernier.

D’une part, je repensais à l’espèce de petit oiseau blanc avec un peu de gris, qui se tenait sur le sol, à Rio de Janeiro, l’été dernier, et que je n’ai pas su identifier. Comme j’en ai aperçu plusieurs fois en quelques jours, je suppose que ce n’est pas une rareté, et que n’importe quel connaisseur local en aurait une idée assez précise. J’ai donc cherché sur le net l’adresse électrique d’un ornithologue de là-bas, pour lui poser la question.

D’autre part, j’ai remarqué, au bord du sentier partant au nord-ouest du Lac Vert, à Canéjan (dans la banlieue de Bordeaux), un pied de houx hors du commun, et qui doit être assez ancien, car le tronc est si gros que je n’en fais pas le tour avec mes deux bras. Voulant m’assurer que ce spécimen était protégé, ou au moins signalé, je me suis adressé à une association spécialisée dans les arbres remarquables, à qui j’ai demandé les coordonnées d’un correspondant local, et je me suis fendu d’une lettre à ce dernier, pour lui exposer ma découverte.

Dans les deux cas, aucune réponse. J’en suis désolé, mais j’abandonne. Et c’est peut-être tant mieux : il faut bien que le monde garde un peu de mystère, non ?

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lundi 14 avril 2008

Sculptectures

Peu de gens y auront accès en France, mais je voudrais signaler à toute fin l’existence d’une belle somme consacrée aux «facteurs Cheval» d’Espagne, intitulée Escultecturas margivagantes : la arquitectura fantástica en España, publiée sous la direction de Juan Antonio Ramírez aux éditions Siruela (Madrid, 2006). C’est un robuste volume de plus de 450 pages, de format presque carré, sous couverture rigide. Le premier mot du titre est un néologisme dont l’équivalent français serait «sculptectures», soit des œuvres hybrides de la sculpture et de l’architecture, réalisées par des naïfs sans formation artistique mais hantés par le démon de la maçonnerie ou de l’aménagement de l’espace. L’ouvrage s’ouvre sur une étude générale du phénomène, puis expose une soixantaine de cas, en autant de chapitres, rédigés par une quinzaine d’auteurs, et distribués en une dizaine de parties thématiques (les jardins pittoresques, les maisons personnelles, les bâtiments d’inspiration religieuse, etc). Les photographies sont nombreuses mais petites, plus ou moins bien disposées, et non légendées, ce qui en limite l’attrait. Les réalisations présentées sont réparties dans toutes les provinces du pays, et jusque dans ses îles. Quelques unes sont à mon sens de purs désastres, comme le véritable furoncle architectural de la maison de Can Miró à Majorque, ou certains dépotoirs à prétention artistique. Mais on est indiscutablement conquis par le charme de plusieurs constructions, au premier rang desquelles la «cathédrale inachevée» de Mejorada del Campo (à qui on fait d’ailleurs l’honneur de la couverture), le «château immense» de Terrassa (un bâtiment hétéroclite occupant tout l’espace entre quatre rues) ou encore les rochers sculptés de Buendía.

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jeudi 10 avril 2008

Occupations

Voilà quelques semaines, pour la deuxième fois en deux ans, je suis allé vider la bibliothèque privée d’un professeur décédé, cela au bénéfice de l’institution publique où je travaille. C’est une mission tout à la fois passionnante et quelque peu sinistre. Comme par ailleurs une de mes tâches est de gérer au fil du temps les stocks de livres, que nous fournissent régulièrement les veuves et les orphelins des savants disparus, j’ai par moments le vague sentiment de remplir la fonction d’une sorte de croquemort intellectuel. Fort heureusement les premiers éclats du printemps apportent dans mon âme un peu de joie et de réconfort. Le temps redevenant plus clément, les oiseaux du campus n’ont plus besoin de l’aide alimentaire que je dispose à leur intention, pendant l’hiver, sur le large bord de la fenêtre de mon bureau. Je continue cependant de les approvisionner, pour le plaisir de leur compagnie, et dans le secret espoir de revoir, un jour ou l’autre, les plus rares visiteurs, rouge-queue à front blanc ou mésange huppée. Et tout simplement parce qu’il est agréable de se sentir nourricier. De même avec les livres des morts. Pour libérer de la place, je suis chargé de vérifier dès que possible quels sont les ouvrages que nous possédons déjà et dont nous pouvons nous séparer. Le plus souvent, nous les déposons sur un rayonnage particulier, où les enseignants qui en ont besoin peuvent venir se servir. Je donne ainsi la becquée d’une main aux profs et de l’autre aux piafs.

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mercredi 9 avril 2008

Fictions de Roux

Je n’ai pas lu tous les livres de Frédéric Roux, mais je dois connaître tous les «romans» d’autofiction où il raconte des souvenirs de sa vie, maintenant que je viens de lire le dernier en date, Et mon fils avec moi n’apprendra qu’à pleurer, paru chez Grasset en 2005.

Le titre forme un bel alexandrin, qui reste mystérieux à mes yeux (PS - c'est un vers de Racine, m'apprend l'auteur).

Roux m’a l’air aussi dynamique que je suis neurasthénique, c’est peut-être cette différence de tempérament qui me rend curieux de le lire et l’un des mérites du livre est sans doute sa drôlerie, il a réussi à me faire rire.

Dans quelques passages toutefois le narrateur se dépeint sous des traits qui pourraient aussi bien me correspondre, comme lui je passe mon temps à éteindre les lumières que les autres ont laissées allumées, et la hantise d’être à découvert m’aide à ne jamais m’y trouver.

Davila disait je crois que pour certains personnages, «la psychologie est de trop, la sociologie suffit». Chez Roux au contraire les personnages, notamment les membres de sa famille, ne sont pas des types sociaux prévisibles mais au contraire des individus atypiques, et d’autant plus pittoresques.

Je remarque page 227 ce demi aveu : «je me suis abrité, lorsque j’étais artiste, derrière un nom grotesque censé être celui d’un groupe qui n’est, peut-être, qu’une fiction». Alors comme ça, Présence Panchounette, c’était que lui ? Je m’en doutais un peu mais je suis surpris quand même.

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mardi 8 avril 2008

Nouvelle vague

Je suis surpris de constater que le film de Geert Wilders ne trouve pas plus de monde que ça pour le défendre. J’ai même l’impression qu’il ne réussit qu’à faire l’unanimité contre lui. Certains jugent le propos outrancier, d’autres au contraire déplorent que le cinéaste hollandais ne soit pas assez radical (car il a déclaré ne pas vouloir être associé à des gens comme Le Pen etc). Comme il est difficile d’être parfait, n’est-ce pas, surtout quand on aborde certains sujets. Fitna est un film bref (un quart d’heure) et cinglant comme un pamphlet. C’est un pamphlet contre l’intolérance de l’islam (on espère, naturellement, qu’il n’y a pas de croyance qu’il soit interdit de critiquer) et comme dans tout pamphlet le ton est abrupt, on n’essaie pas d’arrondir les angles. Cela dit je ne vois rien d’excessif ou d’injurieux dans cette œuvre sobre, faite d’un soigneux montage de documents, où s’exprime une protestation justifiée contre des actes et des propos inacceptables, ainsi qu'une inquiétude légitime quant à l’évolution des choses.

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lundi 7 avril 2008

Souvenir de conduite (bis)

Un de mes pires souvenirs de conducteur date je crois du début de l’été dernier. Un soir que je venais d’arriver en Charente pour y passer le week-end, j’ai trouvé dans mon courrier une amende à payer, 135 euros parce que j’avais commis le grave délit, quelques semaines auparavant, d’entrer dans un village désert à la vitesse de 56 km / heure. Je préfère ce genre de tuile à une collision, ok, mais tout de même, je n’arrive pas à m’en remettre. Qu’un pilote prudent comme je suis, et plutôt lent, et qui n’a pas eu d’accident en trente ans, se fasse racketter de la sorte et sous un prétexte aussi foireux, ça ne passe pas. Je sais que tout le monde est à la même enseigne depuis quelque temps, depuis que l’on applique la Grande Sévérité Routière. Je vois une double anomalie dans ces nouvelles dispositions draconiennes, qui ne sont qu’en partie justifiées. D’une part, les interdictions elles-mêmes, car comme tous ceux qui conduisent tant soit peu l’ont constaté, les limitations de vitesse sont souvent excessives : combien de sorties de village, combien de virages en rase campagne où la limitation à 50 est évidemment inutile. D’autre part, que l’on soit d’accord ou pas avec ces règles, le prix exorbitant des sanctions. Dans le cas cité, où une amende de 13,50 euros m’aurait paru suffisamment déplaisante et mémorable, pourquoi précisément 135 euros ? et pourquoi pas 1350, pendant qu’on y est, puisque c’est pour «la sécurité» ? Quand la gendarmerie est aussi zélée pour tondre le conducteur, alors qu’elle est si mesurée quand il s’agit de maîtriser la racaille, il est évident que ce que recherche l’état, ce n’est pas la sécurité, mais tout simplement le pèse. Je suis surpris que ça n’ait pas l’air de révolter grand monde. J’en vois l’indice dans le taux potentiellement élevé de participation aux élections, comme ce fut le cas aux présidentielles de l’an dernier. Car dans à peu près tous les cas, si je ne m’abuse, voter, c’est voter pour quelqu’un qui est d’accord avec ces règles, qui a peut-être même participé à leur mise en place, ou qui à l’occasion favorisera leur renforcement, alors que ce quelqu’un est souvent quelqu’un qui ne se déplace guère en voiture, ou alors avec un chauffeur, et qui dans tous les cas a largement les moyens de payer des amendes, ou tout simplement de les faire sauter. Il faut vouloir continuer de jouer à ce petit jeu. Personnellement, j’ai du mal.

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jeudi 3 avril 2008

Souvenir de conduite

Un de mes meilleurs souvenirs de conducteur date je crois du printemps de l’année dernière. Un soir que je me montais de Bordeaux en Charente par l’autoroute, je me suis trouvé dans une situation inattendue. C’était peut-être à mi-chemin, en tout cas bien avant Saintes. Je roulais sur la file de droite, derrière un camion, et il y avait sur la file de gauche un autre camion qui se tenait au même niveau que le premier. Ils se sont mis à ralentir ensemble, jusqu’à s’arrêter, bloquant complètement la circulation. De ma place il me semblait bien voir qu’il n’y avait pas d’embouteillage au devant, seulement ces deux camions arrêtés, et moi juste derrière, avec tout le reste des véhicules qui s’agglutinaient. Je suis descendu voir ce qui se passait. Devant les camions, l’autoroute était en effet vide, mise à part une voiture accidentée qui était immobilisée à contre sens contre la glissière centrale. Les camionneurs m’ont expliqué qu’ils bloquaient la circulation pour éviter que ce véhicule ne soit à son tour percuté par d’autres, en attendant l’arrivée des secours. En quelques secondes j’ai réalisé que j’allais me retrouver coincé là dans un embouteillage pour une durée indéterminée, alors que j’avais la possibilité de me faufiler et de passer, sans gêner personne. Ce que j’ai fait, malgré les protestations des bonshommes, et je m’en suis félicité. Rouler ainsi tout seul sur une autoroute complètement déserte, à la tombée du jour, c’était luxueux.

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mercredi 2 avril 2008

Impressions de conduite

Une de mes impressions les plus fréquentes, depuis l’avènement de la grande sévérité automobile, c’est que dans les secteurs urbains, désormais, on ne roule plus vraiment, au sens qu’avait jadis le mot rouler, on dirait plutôt que l’on manœuvre.

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lundi 31 mars 2008

Le cinéma de A à E

Films vus en mars.

* de Agustín Díaz Yanes, Alatriste (2006). Film espagnol de cape et d’épée d’aujourd’hui, c’est-à-dire avec un peu de fesse entre les parties d’escrime. Longuet, 147 minutes, donc je n’ai pas tout regardé, je faisais d’autres choses en même temps. Cela semblait du genre édifiant, qui explique bien qui sont les bons et les méchants. Chez les chrétiens, par exemple, il y en avait pas un pour sauver l’autre. Les ignobles sbires de l’Inquisition faisaient leurs descentes habillés de cuir noir façon Gestapo, c’est tout juste s’ils n’aboyaient pas en allemand. C’était croquignolet. D.

* de Gilles Grangier, Gas-Oil (1955). Où l’honnête camionneur Jean Gabin courtise la belle Jeanne Moreau et se trouve en butte à de petits malfrats dont un Roger Hanin juvénile et pâlot. Comme on peut le voir aux plaques d’immatriculation en 63, l’histoire se déroule dans le Puy-de-Dôme. L’intrigue n’est pas terrible, ni les dialogues pourtant signés Audiard. Toute la joie tient à la remontée dans ce monde encore proche et déjà si lointain, imaginez, le Puy-de-Dôme dans la première moitié des années 50, la toile cirée sur la table, les petites routes de campagne, les panneaux indicateurs de l’époque, des voitures dont je connais le nom... Il y a en plein milieu une remarquable scène à peu près inutile pour l’histoire, mais délicieuse, de repas popu entre amis, avec descente à la cave pour faire le plein de Beaujolais. C+.

* d’Iciar Bollain, Te doy mis ojos (Prends mes yeux, 2003). Film espagnol féministe éducatif, ça doit être pour expliquer aux hommes que c’est vilain de taper sur les dames, et aux dames que si leur bourrin continue à leur taper dessus, il faut qu’elles se cassent (parce qu’il y en a qui n’ont pas assez d’imagination pour y penser). Ça s’en va et ça revient, ça crie, ça s’agite, c’est assez divertissant. Le couple est très contrasté, l’homme est vraiment l’extrême brutasse limite psychotique, la femme au contraire un ange de délicatesse innocente qui s’intéresse à la peinture culturelle et tout, si bien que cet aspect caricatural fait un peu sourire. Mais les acteurs principaux jouent très bien. C-.

* de Mariano Barroso, Extasis (1996) avec Javier Bardem, beau gosse mais qui n’a pas le regard très inspiré. Des oediperies espagnoles surexcitées, une espèce de concours d’immoralité, avec beaucoup de mouvement et de criaillerie. D.

* de Jean Becker, Dialogue avec mon jardinier (2006). Est-ce parce que j’avais lu le texte de Cueco, par hasard peu avant la sortie du film, que je n’arrive pas bien à aimer ce dernier? Je ne me souviens pas que le livre faisait du peintre et du jardinier deux amis d’enfance, avec des souvenirs d’espiègleries grotesques. Les scènes de ménage du peintre sont elles aussi rajoutées inutilement, parce qu’on a trouvé judicieux de mettre un peu de fesse dans cette histoire, qui n’en avait pas besoin. Et puis j’avoue que les deux acteurs, Auteuil et Darroussin, ne m’accrochent pas. C.

* de Miguel Courtois, El Lobo (2006). Une histoire de Basques, avec des problèmes d’argent, de cul et de pouvoir, une intrigue à suspens pas trop manichéenne, avec Patrick Bruel en indépendantiste. Pas si mal. C.

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jeudi 27 mars 2008

Matt & Crumb

J’ai lu voilà quelque temps une bonne bandessinée de Joe Matt intitulée Epuisé (en anglais Spent), parue l’an dernier au Canada et aussitôt traduite en français au Seuil. L’auteur y met en images des souvenirs assez récents, sa vie dans une piaule austère où il consacre l’essentiel de son activité à se branler en enregistrant des morceaux choisis de films pornos, quand il ne va pas au café se chamailler avec ses copains collectionneurs de comics. Matt est assez habile conteur pour accrocher l’attention avec cet argument pourtant ténu, on ne s’ennuie pas. Son style est certainement différent de celui du vieux Crumb, son dessin plus dépouillé, ses décors moins fournis en détail, mais je ne peux m’empêcher d’associer cet album et le recueil de Crumb dont je parlais naguère (Mes problèmes avec les femmes). Non seulement j’ai lu les deux en suivant les conseils avisés du même critique (l’ami Gwardeath, au goût certain) mais ce sont deux ouvrages du même ton, des autobiographies volontiers introspectives et monologantes, et en outre les auteurs se connaissent et s’estiment (Matt dédie son livre « à Robert Crumb, qui m’a montré le chemin » et celui-ci fait une allusion au « syndrome Joe Matt » dans une case où figure une boîte de Kleenex, p 29). Deux lectures que je recommande à mon tour.

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mercredi 26 mars 2008

Découverte exceptionnelle

Ce n’est pas sans une certaine émotion que je prélève, dans les programmes de ce jour (mercredi 26 mars) d’une université de province, cette présentation d’une artiste locale, énoncé dans lequel le charabia culturel contemporain gît en quelque sorte à l’état chimiquement pur, ou du moins concentré à un point de densité rarement observé jusqu’à présent : « Photographe et performeuse bordelaise, *** inscrit son action au cœur du territoire social et urbain, entre la problématique du changement et celui de l’identité, interrogeant la place de chacun dans l’espace comme dans son histoire personnelle. » Aucun terme, dans ces lignes d’une platitude sans concession, qui ne soit un lieu commun parfaitement vaseux, rien n’y manque, jusqu’à la discrète faute de syntaxe, tout laisse à penser que nous sommes là en présence d’une authentique table de Mendeleïev de la langue de bois néo-artistique.

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