Journal documentaire

mercredi 25 février 2015

Sans en avoir aucune expérience, j'imagine que les cabanes dans les arbres, c'est très bien, jusqu'au moment où on a envie de chier.

Posté par Ph B à 06:54 - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,


samedi 21 février 2015

deux livres de droite

Ces derniers temps j'ai lu les deux livres de droite, que j'avais commandés au Père Noël (outre celui de Schopenhauer).

9782864772033

L'un d'eux est Une guerre au couteau, sous-titré Algérie 1960-1962, un appelé pied-noir témoigne. Ce livre ne m'avait pas assez attiré pour que je l'achète au moment de sa parution, fin 2004, mais finalement j'ai voulu le posséder car il est à ma connaissance le seul publié par un auteur dont j'aimais les articles sérieux, à l'époque où je lisais Rivarol. Angelelli, né à Alger en 1934, raconte honnêtement ce que fut sa vie de soldat dans la wilaya paumée de Bordj Bou Arreridj. A vrai dire je n'y ai pas appris grand chose que je ne sache déjà, par les documents ou par la rumeur, sur les brutalités de l'armée française et sur celles, pas moindres, des nationalistes du FLN. L'auteur ne cache pas la part qu'il a prise aux tortures et aux exécutions, et n'en a pas de remords. Son témoignage est troublant pour un lecteur d'aujourd'hui, en tout cas pour moi. Je ne me sens capable ni de l'approuver, ni de le désapprouver, je m'estime surtout heureux que le sort ne m'ait pas conduit dans ce genre d'aventure. J'ai pensé aussi à mon pauvre père, né un an avant l'auteur, et qui aurait eu tout à fait l'âge d'être pris dans le tourbillon, si sa santé ne l'avait tenu à l'écart de la vie militaire. Se félicitait-il d'y avoir échappé, ou au contraire se sentait-il diminué par rapport à ses contemporains? Je m'aperçois maintenant que je n'en sais rien, et que je n'ai jamais eu l'idée d'en parler avec lui. Le texte est censé avoir été écrit aussitôt après la guerre, dans les années 62-63, et légèrement remanié à l'occasion de sa publication tardive. J'y remarque la bizarrerie de l'expression «gauche caviar» (p 267) qui n'avait sans doute pas encore cours à l'époque. J'ai relevé p 226 une courte phrase, qui fait un petit alexandrin grisâtre : «Je n'étais plus sensible aux cahots de la piste.»

9782919351305FS

Le second livre, ce sont Les massacres de septembre, de G. Lenotre (l'historien favori de Michel Ohl et de Céline, entre autres amateurs d'histoire pittoresque). Je ne sais ce qu'il en a été des différentes rééditions de cet ouvrage d'abord paru en 1907, mais je dois dire que l'édition courante (chez Archéos, 2012) est assez négligée : coquilles nombreuses, aucune disposition typographique distinguant la parole de l'auteur et les documents qu'il reproduit, foutoir des notes en fin de volume (il y a trois notes n° 57, et deux séries de notes différentes numérotées de 57 à 61…). Ce traitement est regrettable, pour un livre aussi digne d'intérêt, qui consiste essentiellement dans le recueil d'une dizaine de témoignages, devenus introuvables ou restés jusqu'alors inédits, de rescapés de ces bizarres massacres survenus principalement à Paris les 2 et 3 septembre 1792, mais aussi dans quelques provinces et les jours suivants, au cours desquels entre mille et deux milles détenus sans défense (physique ni juridique) ont été soudain lynchés dans les cours des prisons ou juste à l'extérieur des bâtiments, ce qui reste comme une tache indélébile sur l'honneur de la république en gestation. D'après ce que je lis par ailleurs, on discute encore aujourd'hui la part de responsabilité due à la furie populaire spontanée (facteur toujours douteux) et celle des autorités : les meilleurs des républicains ont naturellement réprouvé ces actes ignobles, dont les auteurs ont du reste été poursuivis, même si ce fut tardivement et mollement, mais il y a probablement eu, sinon complot, certaine entente ou préparation à quelque niveau dans la Commune insurrectionnelle, sans quoi par exemple on a du mal à expliquer comment les bourreaux de divers endroits auraient comme par hasard eu l'idée d'un même stratagème pour éviter les mouvements de rébellion : après avoir interrogé le prisonnier dans un semblant de procès ne durant parfois que quelques instants, on le faisait sortir par un guichet en lui criant «A l'Abbaye», s'il était à la  Force, ou «A la Force», s'il était à l'Abbaye, semblant ainsi lui annoncer son transfert dans une autre prison, alors que pour les bourreaux qui l'attendaient juste après, il était convenu que cela signifiait «A mort» (voir pages 137, 255). Une vague d'arrestations avait commencé de remplir les prisons dès la journée du 10 août (prise des Tuileries). On poursuivait en principe les «ennemis de la nation» qui avaient soutenu le roi, et l'on arrêtait en fait beaucoup de gens qui n'avaient pas grand chose ou rien à se reprocher, principalement des nobles et des religieux, leurs proches, leurs serviteurs restés fidèles. On ratissait large : chez Untel que l'on était venu prendre, comme il n'était pas là, on emmenait le père à sa place (263). Avant de passer en «jugement» expéditif devant une table où siégeaient deux ou trois «juges» improvisés, les prisonniers étaient dépouillés des biens qu'ils portaient sur eux (portefeuilles, montres, bagues, diamants, assignats), lesquels étaient en partie consignés, et en partie disparaissaient dans les poches des «justiciers» (142). Aussitôt expédiés aux mains de bourreaux avinés, les condamnés étaient assommés ou égorgés, à coups de barre de fer, de hache, de sabre, etc (passim). Les cadavres étaient parfois mutilés ou décapités, et l'on paradait avec des têtes, des oreilles, divers organes. On traînait les corps pour les entasser à l'écart, sans toujours se soucier d'achever les agonisants (182). La populace assistait aux exécutions en applaudissant, en huant, en prêtant la main à l'occasion. Pour ce que l'on en sait, les massacreurs (les «septembriseurs») n'étaient cependant pas des misérables mais le plus souvent de petits commerçants ou artisans : tailleurs, épiciers, cordonniers, horlogers, coiffeurs … et des bouchers naturellement (15). Les explications topographiques de Lenotre, quant à la disposition des bâtiments et des rues, ne sont guère utiles pour quelqu'un comme moi, qui connais mal Paris et n'y vais quasiment jamais, mais j'apprécie le goût de la précision, dont il fait preuve dans ses commentaires. Les textes qu'il produit sont tous intéressants mais de force inégale. Les témoignages de la marquise de Tourzel ou de certain «vieillard» m'ont paru assez ternes, tandis que d'autres sont poignants et tiennent en haleine. Mon préféré est peut-être celui de Jourgniac de Saint-Méard, précédé du portrait savoureux que trace l'historien de ce drôle de personnage, roturier gascon, parvenu à un certain rang social grâce à un engagement dans l'armée, auto-proclamé noble mais pas défavorable aux idées nouvelles (147-149). «Badin et bon vivant», «il avait, des Français d'autrefois, la sensibilité, l'esprit, l'honnêteté, et aussi les jolis défauts complémentaires de ces qualités nationales, la naïveté, la légèreté, la hâblerie». Ayant abandonné les armes, il s'était installé à Paris où il publiait un journal satirique, recueil de bons mots et de poésies. J'adore la formule de Lenotre selon qui Jourgniac, devant la révolution menaçante, «croyait éteindre cet immense incendie en versant dans la flamme un flacon d'eau de lavande» (de l'eau de lavande, me dis-je, voilà ce qu'il faudrait, mieux que l'eau de Cologne, pour apaiser mes joues après m'être rasé, mais où en trouverai-je, si l'on en trouve encore?). Le livre dans l'ensemble donne une bonne idée de ces journées folles, à l'ambiance tragique et incertaine, où selon le moment tout pouvait arriver, le pire et le meilleur, ainsi que dans les rêves. Il y a quelques cas de sauvetage miraculeux, comme ces trois hommes que leur aspect ne désignait pas particulièrement et qui, dans un moment de confusion, se mettent à faire semblant de délibérer, comme s'ils faisaient partie des organisateurs, et parviennent ainsi à échapper (134). Les sentences elles-mêmes sont parfois surprenantes, certains accusés réussissant à en imposer aux juges, grâce à leur prestance, tandis que d'autres, guère coupables, se laissent condamner pour leur air effaré et leurs balbutiements (263). Les casuistes ont tout loisir d'examiner la responsabilité de ceux qui, bien intentionnés au départ, se laissent emporter dans le tourbillon, telles ces personnes envoyées pour calmer les esprits et présidant finalement à des tueries (210), ou les deux émissaires se retrouvant à leur tour menacés par les enragés, après avoir fait remarquer que les objets pris aux accusés n'étaient pas enregistrés (142). Il y a çà et là les détails saisissants : les meurtriers qui, leur besogne accomplie, vont tranquillement passer la soirée «au caffé rue de Seine» (224), le nom d'un malheureux qui tente en vain de s'enfuir par les toits (Caraco, 107), les deux oeufs qu'une main charitable tend à la fenêtre d'un affamé, qui les refuse faute de pouvoir les cuire (ibidem), la tache de lumière que le clair de lune projette sur le sol, avec l'ombre de trois barreaux, sous les yeux de prisonniers prostrés (157). Cet ouvrage est ainsi plein de révélations. Et comme disait Jourgniac, «Quel est l'homme qui lira (ces) détails sans que ses yeux se remplissent de larmes, sans éprouver les crispations et les frémissements de la mort»...

Posté par Ph B à 01:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

vendredi 20 février 2015

ma vie palpiteuse, suite

reproduction-de-clé-lille

Hier dès le matin et toute la journée, j'ai éprouvé cette sensation inhabituelle, chez moi presque anormale : j'étais en pleine forme. A la bonne heure. Je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec le triste état dans lequel je me trouvais deux jours auparavant : j'ai passé la journée de mardi à garder le lit, autant que je pouvais, tourmenté par la gastro. Mais c'est peut-être cette misérable pénitence, par son effet de purge, qui m'a remis en forme…

Je me suis réveillé ce matin sur le rêve que je rangeais des livres sur un appui de fenêtre, donc à la merci des éléments. Et pour comble d'absurdité, je les plaçais avec le dos tourné vers l'extérieur, de sorte qu'il n'était plus possible de lire leur titre.

Je noterai maintenant, malgré le retard, un autre rêve, que j'ai eu il y a quelques semaines et dont le souvenir me reste. Je passais dans un couloir désert, dans quelque institution, et je trouvais par terre non seulement une clé (une clé plate de serrure d'appartement) mais en outre une demi-clé (mais je ne saurais dire si c'était la partie pointue ou la partie arrondie). Là-dessus arrivait le professeur retraité Vincent G, à qui je faisais part de ma découverte. Mais elle est à toi, cette clé, me disait-il, ou quelque chose comme ça. Le propos me surprenait par la familiarité inattendue du tutoiement, et par l'air désabusé semblant suggérer qu'il savait que je passais mon temps à chercher et à retrouver des objets que je perdais sans cesse. De nouveau seul, je me dirigeai vers la porte de ce que je croyais être mon bureau, mais elle était entrouverte et je voyais dans l'entrebaillement qu'il s'agissait en fait d'une chambre à coucher. Je regardai les noms sur les portes voisines. L'une d'elles portait celui de Cédric M. Désorienté, je repartais vers l'accueil du bâtiment. J'y trouvai ma directrice de conscience, assise à une petite table, et je lui montrai ma clé et demie. Mais non, me disait-elle, il suffit d'assembler ainsi les deux pièces, pour ne former qu'une seule clé... (Ah, ce n'est pas pour rien, que l'on est directrice).

J'ai posé hier, sur le réseau social Facebook, la question de savoir lequel choisir, si je devais ne lire qu'un seul livre de Roger Nimier, ou d'Antoine Blondin, deux auteurs que je n'ai encore jamais lus. Mon auditoire fantomatique s'est bien gardé de m'apporter aucune réponse et j'en suis déçu, quoique pas vraiment surpris. Je me demande si les lecteurs de ce blog auraient des suggestions.

Posté par Ph B à 09:09 - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mardi 17 février 2015

bête immonde

Qu'est-ce à dire, au juste, «LA bête immonde»? Y en a-t-il pas de toutes parts, des bêtes immondes, et de toutes les couleurs?

Posté par Ph B à 02:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 12 février 2015

ohl

J'apprends par hasard qu'OHL est le sigle par lequel les Allemands désignaient, pendant la première Guerre mondiale, leur Oberste Heeresleitung (Commandement suprême de l'armée). Je suis sûr que Michou s'en serait amusé, j'aurais aimé le lui apprendre. Mais peut-être l'a-t-il su, même si je ne me rappelle pas qu'il y ait jamais fait allusion...

Posté par Ph B à 10:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,



lundi 9 février 2015

haïku ready-made

Ainsi font font font
Les petites marionnettes,
Trois tours et s'en vont.

(Service minimum cette semaine : j'ai oublié mon câble d'ordi en week-end.)

Posté par Ph B à 12:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

vendredi 6 février 2015

Ld 500

images

J'ai publié hier la Lettre documentaire n° 500. Je voyais venir depuis quelque temps ce nombre imposant, et je me demandais si je devrais préparer pour l'occasion quelque chose de spécial. Mais n'ayant pas d'idée particulière à ce propos, et n'ayant guère l'esprit de célébration, j'ai décidé d'attendre simplement ce que le sort m'apporterait. Et c'est bien ainsi, cet article brésilien n'était pas la pire éventualité. Récemment j'ai fini de lire l'assez gros volume, de plus de 600 pages, que je butinais épisodiquement depuis l'été dernier : le recueil d'articles que le polémiste conservateur Olavo de Carvalho a publié sous le titre provocateur de O mínimo que você precisa saber para não ser um idiota ("Le minimum que vous devez savoir pour ne pas être idiot", Rio de Janeiro : Editora Record, 2013, réédition 2014). Je ne suis pas d'accord avec tout ce que pense Olavo, mais je partage bon nombre de ses opinions et surtout j'aime son style plein de punch, son humour cruel, son érudition redoutable, la logique rigoureuse de ses développements, son culot pour prendre à rebrousse-poil toutes les croyances gauchistes, toutes les superstitions humanistes qui forment aujourd'hui la bondieuserie laïque générale dans laquelle patauge le monde moderne. La page que j'ai choisie est assez atypique de l'ensemble dont elle est extraite : au lieu d'y exposer ses arguments de façon directe comme à l'accoutumée, l'auteur joue dans cette «Brève histoire du machisme» la carte de l'ironie, pour dresser une satire du féminisme avec ce qu'il faut de mordant (et, avouons-le, un brin de mauvaise foi). Telle est la page que j'ai voulu traduire en hommage à son auteur, en espérant qu'elle amusera quelques lecteurs.

Posté par Ph B à 09:37 - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

jeudi 5 février 2015

Lettre documentaire n° 500

BREVE HISTOIRE DU MACHISME, par Olavo de Carvalho.

Les femmes ont toujours été exploitées par les hommes. S’il est une vérité que nul ne conteste, c’est bien celle-ci. Des solennels amphithéâtres d’Oxford aux talk-shows télévisés, du Collège de France au carnaval de Rio, le monde entier réaffirme cette certitude, peut-être la moins mise en doute de toutes celles qui ont jamais traversé le cerveau humain, si tant est qu’elle ne soit pas directement passée des utérus aux thèses universitaires.
      Ne souhaitant pas m’opposer à une si auguste unanimité, je me propose de réunir ici quelques données qui pourront renforcer, chez les croyants de tous les sexes existants et à inventer, leur sentiment de haine envers le mâle hétérosexuel adulte, ce type exécrable à qui aucun individu, ayant eu le malheur de naître de sexe masculin, ne veut ressembler en grandissant.
      Notre histoire commence à l’aube des temps, à quelque période imprécise, entre Néandertal et Cro-Magnon. C’est dans ces heures sombres qu’a débuté l’exploitation de la femme. L’époque était dure. Les communautés humaines, vivant dans des grottes, étaient constamment ravagées par les attaques des fauves. Les hommes, profitant de leurs prérogatives de classe dominante, eurent tôt fait de se réserver les places les plus confortables et les plus sûres de l’ordre social : ces petits malins restaient à l’intérieur des cavernes, donnant à manger aux bébés et se peignant les cheveux, tandis que les pauvres femmes, armées de simples massues, partaient affronter les lions et les ours.
      Lorsque l’économie de cueillette fut remplacée par l’agriculture et l’élevage, les hommes réalisèrent encore un beau coup en assignant aux femmes les tâches les plus lourdes, comme de transporter des pierres, de dompter des chevaux, d’ouvrir des sillons dans la terre avec la charrue, tandis qu’eux-mêmes restaient bien tranquilles à la maison, peignant des poteries et jouant au tissage. C’est vraiment révoltant.
      Quand les grands empires de l’Antiquité furent dissous, laissant la place aux fiefs en guerre perpétuelle les uns contre les autres, ceux-ci formèrent des armées privées, entièrement constituées de femmes, tandis que les hommes restaient bien à l’abri dans les châteaux, à savourer les poèmes que les guerrières, entre deux combats, composaient en l’honneur de leurs charmes virils.
      Lorsque quelqu’un eut l’idée extravagante d’évangéliser le monde, rendant ainsi nécessaire d’envoyer sous tous les cieux des missionnaires, qui couraient le risque d’être empalés par les infidèles, égorgés par les bandits de grand chemin, ou trucidés par l’auditoire ennuyé de leurs sermons, ce fut encore aux femmes qu’incomba cette lourde tâche, tandis que ces messieurs se contentaient machiavéliquement de réciter des neuvaines devant les autels domestiques.
      Les malheureuses subirent une exploitation comparable, à l’occasion des croisades, lorsque, chargées de lourdes armures, elles traversèrent les déserts pour y être passées au fil de l’épée par les musulmans (ou plutôt par les musulmanes, car les disciples de Mahomet n’étaient pas moins machistes que nous). Sans parler des grandes navigations ! A la recherche d’or et de diamants, avec quoi parer leurs indolents compagnons, les braves navigatrices traversaient les sept mers et combattaient les féroces indigènes, qui parfois se les enfilaient mais uniquement – quelle misère ! – au sens gastronomique du terme.
      Enfin, quand l’Etat moderne institua le recrutement militaire obligatoire, ce furent les femmes qui constituèrent les troupes, avec peine de mort pour les désertrices et les récalcitrantes, tous cela pour que les hommes puissent rester chez eux à lire La princesse de Clèves.
      Depuis des millénaires, en somme, les femmes meurent sur les champs de bataille, charrient des pierres, construisent des bâtiments, luttent contre les fauves, traversent les déserts, les mers et les forêts, en sacrifiant tout pour nous, les mâles oisifs, qui n’affrontons pas de plus grand danger que celui de salir nos menottes avec les couches de nos bébés.
      En échange du sacrifice de leurs vies, nos héroïques défenseuses n’exigent rien de nous que le droit de parler fort à la maison, de percer quelques nappes avec la braise de leurs cigarettes et, éventuellement, d’égarer une paire de bas dans un coin du salon où il faut les chercher.

 «Breve história do machismo», parue dans le Jornal da Tarde du 16 août 2001, reprise dans le recueil O mínimo que você precisa saber para não ser um idiota (Editora Record, Rio de Janeiro, 2013, p 497-498) et ici traduite par Philippe Billé.
Sur le penseur brésilien Olavo de Carvalho, voir parmi ces sources.

Posté par Ph B à 07:51 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 29 janvier 2015

super plans

Dans un moment d'oisiveté, je considère la liste des messages «indésirables» reçus dans une de mes boîtes «mail», en particulier d'invraisemblables propositions financières, qui se veulent alléchantes et puent l'arnaque à plein nez. Je ne connais personnellement aucun de leurs auteurs : Ahma Bkari, Paul Compaore, Dewi Sandra, Olivier Kone, Zongo Aristide, Mariam Kofana, Wilson Obutu, Sawdu Bello, Ali Ousman, Dintou Sawadogo, Rita Kikelya... Il y a là-dedans quelque chose qui m'intrigue. Je me demande ce que j'ai fait aux Bretons, pour qu'ils me poursuivent de la sorte.

Posté par Ph B à 18:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

mardi 27 janvier 2015

honneur chevaleresque

Je remarque et je rapproche deux séries de mauvaises nouvelles, que les faits divers nous rapportent régulièrement. Dans le premier cas, une personne se fait agresser ou même tuer par un ou plusieurs sauvages, sans que les passants, passagers ou autres témoins n'interviennent, ce qui est fâcheux. Dans le second cas, un tiers s'interpose, mais du coup c'est lui qui se fait tabasser, ou poignarder, parfois à mort, ce qui est également regrettable. Ces situations périlleuses, qui requièrent, si l'on veut réagir, une réaction rapide, mais toujours aventureuse, mettent en conflit deux impératifs moraux : la charité, assistée par le courage, et la prudence, dictée par l'instinct de survie. Il est toujours beau qu'un justicier costaud prenne la défense du faible, et chasse ou écrase les assaillants. Mais l'action n'est jamais assurée : ni le courage, ni la force ne mettent à l'abri d'une lame, d'une balle, ou d'adversaires trop nombreux. On blâme parfois trop vite «l'indifférence» de l'assistance : je suppose que le plus souvent, l'inaction n'est pas inspirée par l'indifférence mais au contraire par l'épouvante, laquelle n'est pas nécessairement injustifiée. Il n'est pas facile de juger ces cas, moins encore dans la précipitation du moment. Schopenhauer a un bon mot à ce propos, quand il caractérise «l'honneur chevaleresque» comme «l'enfant de ces siècles où les poings étaient mieux exercés que les têtes» (Aphorismes, page 81).

Posté par Ph B à 20:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

lundi 26 janvier 2015

chasse au trésor

Dans un récit de naufrage d'autrefois, je relis la préface d'un fonctionnaire d'aujourd'hui, archéologue officiel, en charge d'un site difficile d'accès mais garni d'épaves. Il oppose «l'engouement inquiet» des scientifiques comme lui (les bons) à «la convoitise cynique» des prospecteurs privés (les méchants). En attendant, l'expédition qu'il a menée sur le site en question aux frais du contribuable, ruinée au bout de quinze jours par une tempête, n'a strictement rien donné, et c'est bien grâce aux vilains chasseurs de trésors que d'intéressants objets ont été sauvés des flots, pour se retrouver non seulement chez des collectionneurs particuliers, qui ne sont pas les pires conservateurs, mais aussi bien dans des musées publics. Cependant il n'en démord pas, il reste persuadé qu'il mène le combat de la vertu contre le vice. C'est d'un lourd…

Posté par Ph B à 08:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

dimanche 25 janvier 2015

mes jours et mes nuits

08-01-12---Bordes-2

J'ai un peu honte d'avoir relayé l'autre jour sur Facebook l'appel de la Ligue pour la Protection des Oiseaux à participer ce week-end au comptage des oiseaux de jardin, alors que j'ai moi-même eu la flemme d'y procéder. Je dois dire pour m'en excuser que les conditions climatiques sont très austères en ce moment. Il fait bon devant mon feu mais sur le thermomètre, qui est fixé à deux mètres de la cheminée, la température n'est remontée que jusqu'à 11, et je ne me vois pas passer une heure à grelotter devant ma fenêtre pour compter des oiseaux qui, de leur côté, semblent avoir justement déserté le jardin. Peut-être est-ce parce que le bassin est encore gelé et qu'ils ne peuvent plus venir y boire? J'en ai vu quelques uns ailleurs. Il y a des vanneaux dans les champs, comme souvent quand il fait grand froid. Dans mon bois "principal", où je suis allé travailler quelques heures, j'ai eu la chance d'apercevoir un roitelet triple-bandeau. L'inconvénient des roitelets c'est qu'ils bougent sans arrêt, mais j'ai bien pu distinguer celui-ci, avec la calotte orange et le sourcil blanc. Et en rentrant, il y avait un héron immobile non loin de la route.

J'avais des branches à couper à la lisière sud de cette parcelle et c'était le moment parfait pour cela, car hier tantôt et aujourd'hui encore il a fait grand soleil. Rien ne se compare à la sensation de pureté qui émane de ces périodes de temps glacial mais ensoleillé. L'air était trop froid et me faisait mal aux sinus dès que je m'enfonçais parmi les arbres, mais le climat était idéal en bordure, où j'ai passé des heures paisibles à m'occuper. En plus, j'ai trouvé une vieille souche de chêne avec une forme d'encoche très pratique pour scier des bouts de bois en les calant sous la botte, sans avoir à porter mon chevalet.

La solitude m'incline à quelques traits de sauvagerie et notamment, lorsque je suis à table, je me passe de verre et je bois au goulot. Pour les premiers repas je me servais du genre de mousseux à deux balles qui suffit à ma joie, mais ce midi j'ai ouvert un Sainte-Croix du Mont qui se trouvait là, ça fait plus chic.

Une de ces nuits, j'ai encore eu le rêve inquiétant, comme l'été dernier, que j'étais aveugle. Je me trouvais sur une sorte de grande place grise et déserte et je me mettais à courir, mais aussitôt je devais m'arrêter car je n'y voyais plus rien. J'espère que ces chimères sont le simple fruit du désordre de l'âme au repos, et n'ont rien de prémonitoire. J'ai aussi vu en rêve, l'espace d'un instant, une très belle femme qui marchait vers moi, entièrement nue mais probablement chaussée, car elle avait ce maintien particulier que donnent les talons hauts. Et il se trouve que je la connaissais. Ça tombait bien.

-------------------------

Il est trop tard pour compter, mais en ouvrant ce lien vers l'enquête, on peut encore voir en bas de la page deux jolies planches avec des oiseaux de jardin.
Je pique la photo du roitelet ci-dessus à un certain Jérôme Sottier.

Posté par Ph B à 20:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

samedi 24 janvier 2015

au vert

i_612774

Comme j'en ressentais le besoin, et comme rien ne s'y opposait, j'ai décidé de prendre quelques jours de congé pour me mettre au vert. J'ai quitté la ville pour la brousse jeudi après-midi, et j'envisage d'y rester au-delà du week-end, la semaine prochaine. Je n'ai peut-être pas choisi le meilleur moment, car à vrai dire pour l'instant le «vert» est plutôt gris et blanc : le ciel est plombé, la campagne couverte de givre, et il fait une température glaciale (dans les moins 5, à ce qu'on m'a dit hier). Il y avait cinq degrés dans mon palais quand je suis arrivé, et le lendemain matin j'ai trouvé le bassin gelé, ainsi que les seaux et les flaques. A vrai dire, il ne me déplaît pas tout à fait d'affronter la froidure : tant que je ne tombe pas malade, cela me donne l'illusion d'être encore vaguement jeune et rude. Et puis j'ai d'autres misères, plus agaçantes : il faut encore que j'aille faire rafistoler ma voiture, et que je prenne des mesures contre une arrivée de souris, qui font des dégâts dans la maison. Hier j'ai pris rendez-vous avec mon garagiste, pour mercredi prochain, et je me suis procuré une petite souricière, ainsi que deux sortes de sachets toxiques. Je sens que ça va chier. Il se prépare entre mes murs un crime contre la souricité.

Posté par Ph B à 12:21 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

A vendre chez moi - (mise à jour)

Ouvrages publiés et vendus par Philippe Billé
20 rue de l’Amitié, 17330 La Croix-Comtesse
05 46 24 60 32 - 05 57 12 46 26
philippe.bille@hotmail.fr 
Par correspondance, frais d'envoi à déterminer. 

* * *

PENSEES du marquis de Maricá, choisies, traduites et présentées par Philippe Billé.
Décembre 2013. 28 pages. (Voir détails ici). 2 euros.

CENT LISTES D'ACHAT trouvées dans les caddies et les paniers des supermarchés,
et quelquefois même par terre sur le parking, par Philippe Billé. Mars 2010. 40 p. Couverture illustrée par Lolmède. Tirage 100 exemplaires numérotés, comportant chacun une des listes originales. (Voir détails
ici). 5 €.

L’EXPATRIOTE, un Américain à Bordeaux. Journal tenu en France par Lloyd Dunn
en 1994-1995, traduit par Ph Billé.
 Avec une photo en frontispice et un index des noms de personnes et de lieux. Imprimé à Lille, 2009. 156 p. 10 €. (Peut aussi être commandé ici).

RREVES de John M Bennett.
Traduction française du long poème minimaliste Ddreams, composé en 1981.
Imprimé à Lille, 2009. 140 p. 10 €. (A commander ici ou ).

Série DISCRETO, 2008-2010 (liste détaillée ici).

ETUDES n° 3, revue politique et agricole. Février 2005.
Avec entre autres Bukowski, Pessoa, Benavente, Suel, Goarnisson.
48 pages format A5.  Soldée 1 €

ETUDES n° 2, revue obscurantiste. Janvier 2004.
Avec entre autres Dávila, Maistre, Rivarol, Marc-Aurèle, Suel, Costes.
40 pages format A5, couverture couleurs. Epuisé.

BORDEAUX, cité citée. Florilège de citations sur Bordeaux,
extraites de quelque 222 auteurs, et réunies par Ph Billé.
Editions du Silence, 2003.
 
40 pages format A5. Soldé 1 €

ETUDES n° 1, revue littéraire et artistique d’arrière-garde. Juin 2003.
Avec entre autres Huidobro, les Massé, Baudelaire, Ohl.
40 pages A5, couverture couleurs. Epuisé.

LE CINEMA DE A à E : films vus en 2002, par Philippe Billé.
Editions du Silence, 2003. 12 pages A5. (129 critiques de films).
« Ridicule » (Cinéma Utopia). « Aaargh! » (D Toscan du Plantier). 1 €

Lucien Suel, REGARDE UN JARDIN.
Editions du Silence, La Croix-Comtesse, 2003.
24 pages A6. 1 €

JOURNAL DOCUMENTAIRE (année 2001) par Philippe Billé,
contenant quantité de choses particulières et secrètes.
Editions du Silence, La Croix-Comtesse, 2002.
«A fine read» (Laurence Remila, Contraband).
44 pages A5, couverture illustrée de 2 photos en couleurs. Soldé 1 €

CORRESPONDANCE PASSIVE (1999-2000) de Philippe Billé.  
(Lettres et e-mails reçus par l’auteur pendant ces deux années)
Editions du Silence, Amsterdam, 2001. 

«Une chronique où se dessine en creux le portrait de Ph Billé, apparaissant tour à tour en intellectuel précaire, père désolé ou néo-rural intermittent» (Fr Talmont, La Boutonne libérée).
Ouvrage embelli d’un fidèle portrait de l’auteur et doté d’un index des correspondants.
76 pages, format A5, couverture bristol jaune. Soldée 2 €

LETTRES DOCUMENTAIRES. Bulletin d’informations diverses.
Première série (n° 1 à 51, 1989-1992) : 20 cents l’unité
et deuxième série (n° I à 351, 1992-2002) : 10 cents l’unité.
Liste des numéros encore disponibles sur simple demande.

Posté par Ph B à 06:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 19 janvier 2015

loubianka 1928

img096

Avant de le ranger dans mes archives, je scanne une des photos d'un article paru dans le supplément hebdo du journal espagnol de gauche El País il y a quelques années (je n'ai pas noté la date). L'article «Ejecutados : las víctimas de Stalin», sous-titré «Los asesinados por Stalin son víctimas dobles : no había razones» (doublement victimes car assassinés sans raison) est illustré par quelques dizaines de saisissantes photos d'identité de personnes arrêtées, hommes et femmes, jeunes et vieux, beaux et moches, au visage perplexe, épouvanté ou résigné. Mais le document le plus frappant reste à mes yeux cette photo d'un suspect débarquant d'un fourgon à la Loubianka pour y être interrogé, en 1928. Noter en particulier la tronche des deux agents du NKVD sur la gauche, ceux-là même, si ça se trouve, qui vont lui défoncer la gueule quelques minutes après dans une cave pourrie. ("La plupart n'en ressortaient pas", précise la légende).

Posté par Ph B à 09:08 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

vendredi 16 janvier 2015

Ce détail pittoresque, hier, dans les faits divers de Sud Ouest (édition Gironde, page 15) : un type, qui a tué sa femme en la défenestrant du dixième étage, s'appelle Abdel Aziz Sadik.

Posté par Ph B à 08:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 15 janvier 2015

et c'est pas fini

Il se confirme de jour en jour qu'après l'attentat de la semaine dernière contre Charlie-Hebdo, le pays est en train de traverser une phase de délire collectif comme il en a rarement connu. C'est depuis le début une aubaine inespérée pour la gauche de se requinquer, et l'on a droit, sous couvert de défense des libertés, à un raz-de-marée de propagande orientée. Il ne suffit pas de soutenir le journal par simple solidarité républicaine, ce qui me semble naturel en la circonstance, il faut «être Charlie», comme dit le slogan omniprésent, c'est à dire y adhérer jusqu'à la fusion. L'hebdomadaire, qui avait paraît-il des difficultés de trésorerie, croule maintenant sous les dons publics et privés. Le tirage du nouveau numéro va s'élever à un ou peut-être même plusieurs millions d'exemplaires, au lieu de quelques dizaines de milliers d'habitude. Les gens font la queue pour l'acheter, et dans certains endroits se battent littéralement pour cela. Là, on atteint la transe. Il est vraisemblable que Charlie va être étudié dans les écoles et placardé dans les mairies, lesquelles abonnent leurs bibliothèques municipales à tour de bras. En attendant que fleurissent les boulevards Cabu et les avenues Wolinski...

Posté par Ph B à 04:26 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

mardi 13 janvier 2015

après coup

Quelques réflexions...

L'attentat contre Charlie-Hebdo a provoqué sans doute la plus formidable vague d'affolement collectif, depuis les élections de 2002. Le tourbillon a pris des proportions et a enflé jusqu'à la gigantesque messe «républicaine» de dimanche dans les rues du pays. Le mouvement m'était sympathique au départ mais avait à la fin quelque chose d'oppressant, l'omniprésence du slogan «Je suis Charlie» a tourné au bourrage de crâne.

On voit bien d'où vient la formule «Je suis Charlie», énième resucée d' «Ich bin ein Berliner» et autres «Nous sommes tous des juifs allemands». Mais j'aimerais savoir précisément qui, ce coup-ci, a eu l'idée, géniale à sa manière, de lancer la phrase. Quel carton! (PS. C'est le publicitaire Joachim Roncin, me dit-on. Sa carrière est assurée).

Une connaissance m'a dit qu'elle se demandait s'il ne fallait pas comprendre le slogan «Je suis Charlie» au sens du verbe suivre. Il y avait en effet comme un moutonnement.

Elle n'était sans doute pas si rude, l'époque où les libertaires disaient pis que pendre des flics, et traitaient allègrement les CRS de SS. Confrontés à un danger plus menaçant, ils trouvent maintenant la police plus aimable, à ce qu'il semble.

Certains déplorent que l'on parle surtout des victimes célèbres (les stars Cabu, Wolinski, etc) et trop peu des obscurs (les flics, les employés...). Or c'est regrettable mais la vie est ainsi et l'on n'y peut rien. Nous sommes inégaux en rayonnement : il y a les vedettes (y compris d'extrême gauche) et les autres.

C'est très bien, de défendre la liberté d'expression, mais je n'entends pas beaucoup d'experts examiner l'idée que s'en faisait au juste l'hebdomadaire qui par exemple a viré Siné comme un malpropre, en 2008.

«Nous vomissons sur tous ces gens qui, subitement, disent être nos amis» aurait déclaré le dessinateur Willem, avec son élégance habituelle. Beaucoup de manifestants doivent donc s'essuyer, s'ils étaient trois millions, alors que le journal ne tire qu'à 50.000 exemplaires. (Cela me fait d'autant moins regretter de ne m'être pas joint à la procession). Pour ma part, je répète qu'être solidaire sur le principe n'implique nullement d'être ami. C'est dur, de soutenir des cons.

Posté par Ph B à 06:47 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :

samedi 10 janvier 2015

en résumé

Le problème de la liberté d'expression (d'opinion) est bien exposé dans la phrase attribuée à Voltaire :

«Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.»

J'y souscris (avec toutefois une réserve prudente sur «jusqu'à la mort»…).

Donc : je soutiens le droit de Charlie-Hebdo à exprimer ses opinions (y compris sous forme de dessins ou caricatures plus ou moins injurieux).

Mais : cela ne m'oblige en rien à partager ces opinions (je ne suis pas «Charlie») et je conserve en retour mon droit à dire ce que j'en pense.

(Remarque annexe : je ne suis pas sûr que «Charlie» et ses amis seraient prêts à se battre pour mon droit à exprimer les miennes, d'opinions.)

Posté par Ph B à 11:13 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

vendredi 9 janvier 2015

ma vie palpiteuse

10413426_10205622392502082_746651147118795074_n

Est-ce d'avoir connu plusieurs deuils l'an passé, ou parce que je ne me sens moi-même pas très gaillard, jamais je n'ai eu aussi peu envie de présenter des voeux de bonne année, dont l'idée seule («et la santé, surtout») me déprime. Je me suis contenté de reproduire une carte de voeux ancienne sur Fb, et de répondre à ceux qui m'avaient adressé les leurs, auxquels j'étais tout de même sensible, surtout quand il ne s'agissait pas d'un simple mail impersonnel envoyé gratis par le net à des centaines d'exemplaires.

J'avais plus ou moins pris la décision d'arrêter d'écrire avec la nouvelle année, mais je vois que cette manie perdure. Il faudrait que j'essaye un truc. L'acupuncture, peut-être?

J'ai vu deux films, ces derniers temps. A la télévision, Le secret de Brokeback Mountain, d'un certain Ang Lee (2005). Vu la réputation de l'oeuvre, je faisais le gros dos en m'attendant à un navet de pure propagande homosexiste, et ce n'est pas tout à fait le cas. Bien sûr, les hétéros y sont présentés plus souvent qu'à leur tour comme des brutes bornées ne rêvant que de casser du pédé, et les deux héros comme de bons gars, dont on souligne à gros traits l'origine sociale humble. Mais enfin cette assez belle histoire d'amour se laisse regarder (oui, un coeur de midinette bat dans mon large thorax de straight) et j'apprécie de voir que sur le plan moral, les protagonistes ne sont pas toujours montrés à leur avantage : entre autres détails, la muflerie du premier marié vis-à-vis de son épouse n'a rien d'exemplaire, à mes yeux sévères. Un critique a reproché au film son esthétique de carte postale, mais n'étant moi-même pas ennemi des cartes postales, j'ai aimé toutes ces belles vues bien cadrées, bien composées, bien colorées. En me renseignant dans Wiki, j'étais surpris d'apprendre que les deux acteurs jouaient là des rôles de composition, n'étant eux-mêmes visiblement pas homosexuels, et que celui des deux qui survit dans la fiction est déjà mort dans la réalité, à pas même trente ans, d'une surdose de médicaments. Je n'ai toujours pas compris la signification du toponyme du titre, mais ça ne me manque pas vraiment. B.

J'ai regardé par ailleurs L'Anglaise et le duc, d'Eric Rohmer (2001), dont le Père Noël m'a gentiment offert le disque. Autant Rohmer m'avait insupporté avec son Perceval le Gallois (E), autant ce film-ci m'a ravi. J'ai beaucoup aimé l'artifice technique par lequel on a l'impression de voir les personnages évoluer au milieu de peintures (même si ces peintures par elles-mêmes n'étaient pas extraordinaires). J'ai aimé les deux acteurs principaux (le duc Jean-Claude Dreyfus et l'Anglaise Lucy Russell, laquelle m'agaçait un peu au début mais a conquis mon coeur vraiment de scène en scène) et certains des secondaires, comme Alain Libolt. J'ai apprécié que le réalisateur ait le courage de montrer quelques aspects de la Terreur, sans pour autant faire un film royaliste ou anti-républicain. J'ai aimé le français légèrement suranné des dialogues. J'ai eu envie de boire un verre de porto. A.

Hier à midi, après avoir hésité, je suis allé participer à la minute de silence qui était organisée dans mon entreprise publique suite à l'attentat contre Charlie-Hebdo. La décision n'était pas évidente pour moi, car au fil des ans, et il en a passé quelques uns depuis ma jeunesse, je me suis beaucoup éloigné de l'esprit soixante-huitard, pour faire bref, que représente ce journal, et qui, d'anticonformiste qu'il fut en son temps, incarne aujourd'hui l'idéologie dominante. Mais en fin de compte il m'a paru correct d'aller marquer publiquement ma solidarité, par principe, en tant qu'Occidental de base, c'est à dire quand même grosso modo républicain, démocrate et laïc, face à la guérilla islamiste affolée. A cette occasion le président de l'institution a prononcé un petit discours, mais comme j'étais assez loin et que son micro n'était pas branché, je n'en ai rien entendu et ce n'est peut-être pas plus mal. Dans la matinée, un chef de service avait adressé à ses «chères et chers collègues» un mail humaniste où il déclarait : «Parce que qu'apprendre, étudier et enseigner les langues étrangères (…) c'est apprendre, étudier et enseigner avec sérieux les mots des autres, c'est découvrir avec joie la pensée des autres, c'est s'émerveiller avec plaisir du pluralisme des idées des autres…», à quoi je n'ai pu me retenir de répondre que «Cela est fort bien, cher Monsieur, mais pour ma part, quand les «idées des autres» consistent à mitrailler des dessinateurs, j'ai du mal à m'émerveiller.» Ce cuculte de l'Autre m'insupporte. Bref, je me suis quand même tapé la minute de silence, mais je n'ai pas voulu brandir un petit écriteau disant «Je suis Charlie». Non, je ne suis pas Charlie, et non, je ne participerai pas à ces pitreries.

Il y avait une ambiguïté, dans tous les hommages rendus aux victimes, car il était incertain qu'on les rendait à des victimes du terrorisme, ou à des héros de la liberté-d'expression-de-gauche, qui permet à des publications comme Charlie de dégueuler si élégamment sur tous ceux qui ne pensent pas comme elles. J'ai dans l'idée que si l'attentat avait frappé par exemple Rivarol, on n'aurait pas vu beaucoup de gens défiler avec un écriteau «Je suis Rivarol».

Parmi les morts célèbres de cet attentat, les cinq dessinateurs, qui étaient tous talentueux, mais plus ou moins bien inspirés, mes préférés étaient sans doute Wolinski et Honoré, le premier pour l'humour, le second pour le trait.

Un drame comme cet attentat provoque immanquablement l'échauffement des esprits, et j'y ai perdu au moins un ami. Comme l'ancien journal Hara-Kiri Hebdo a pris je crois le nom de Charlie-Hebdo par dérision envers Charles de Gaulle (ce personnage méprisable…) et comme il avait salué bassement la mort de ce dernier par le célèbre titre «Bal tragique à Colombey : un mort», j'ai cru de bonne guerre de retourner l'insolence contre ceux qui en ont usé si généreusement, et j'ai passé sur Facebook cette blague : «Bal tragique à Charlie-Hebdo : 12 morts.» Un de mes «amis» de Fb, qui fut aussi un copain réel, l'a si mal pris qu'il m'a injurié. Il m'a fallu lui dire adieu, que faire d'autre? Mais cet épisode me déprime, au moment où je n'ai pas besoin de ça.

J'ai fait un exploit, hier soir, j'ai pris le tram pour aller jusqu'à Bordeaux. Je voulais me rendre à un vernissage dans le secteur de la Rousselle. En chemin je me suis arrêté un instant devant la vitrine de la boutique de filets Larrieu Frères. Son air ancien lui donne une sacrée gueule, en plein quartier bobo. J'ai remarqué qu'un écriteau avertissait : «Le magasin ne se visite pas». Quel dommage. Enfin, je comprends : ils seraient débordés par la demande. Mais bon, j'avais autre chose à faire.

Posté par Ph B à 17:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,



Fin »