Journal documentaire

mercredi 31 août 2016

nord

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J’ai appris cet été que les noms français des points cardinaux (Nord, Sud, Est, Ouest) proviendraient de l’anglais. Les dictionnaires font remonter les premières traces de cet emprunt au Moyen Age, ce qui ne dit pas quand les quatre mots sont devenus usuels. J’ai remarqué que, dans des documents plus récents, encore même au dix-neuvième siècle, le français utilisait plus volontiers des termes traditionnels, comme Orient ou Levant pour Est, Couchant ou Ponant pour Ouest, et Midi pour Sud, mais je ne vois pas quel a pu être le mot banal pour Nord. Je ne lui trouve comme synonyme que le romain Septentrion, les «sept boeufs», par allusion aux sept étoiles de la Grande Ourse, paraît-il (ce pourrait aussi bien être celles de la Petite Ourse, moins visible mais plus exactement polaire). Belle image, mais le paysan ou le marin médiéval ou antique se servait-il vraiment d’une telle appellation?

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mardi 30 août 2016

Cette rentrée m'épuise.

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dimanche 28 août 2016

glace

Quand on n'offre au dessert que deux boules de glace, mon choix est simple : rhum-raisin et rhum-raisin.

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samedi 27 août 2016

sociologie

Il nous manque une thèse qui évaluerait dans quelle mesure, au cours de l’Histoire et jusqu’à présent, la promotion sociale par la coucherie a bénéficié plus souvent aux pauvres femmes opprimées ou aux vilains hommes oppresseurs.

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jeudi 25 août 2016

visite d'un peintre

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J’ai rencontré l’homme idéal, en tout cas celui qui a été capable de venir affronter ma chambre d’amis crasseuse et délabrée, pour lui donner un air non seulement présentable, mais tout à fait agréable. Il a passé quasi trois jours à nettoyer, à retaper, à enduire, à peindre et à repeindre. J’avais imaginé de simplement tout reblanchir, mais pour un coloriste comme Hubert-Isidore, c’est difficile à envisager. Il n’a peint en blanc que le plafond et la moitié Nord des murs, en rose la moitié Sud, et il a réservé un petit bleu grec pour le coffrage de la poutre et le tour de la fenêtre. Ce bleu-blanc-rose m’ a convaincu. Dans la foulée, il a aussi refait toute mon entrée, dans laquelle il a associé des pans blancs et jaunes, un peu comme sur le drapeau du Vatican (un jaune Ensor pour le plafond, un jaune Vélasquez, plus clair, pour la partie du fond et le tour de la porte). C'est un grand progrès. Merci, Hubert, merci.

 

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dimanche 21 août 2016

ma vie palpiteuse, suite

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J’ai rêvé que je faisais à quelqu’un cette confidence : «Plus j’ai été de droite, plus j’ai passé de temps à étudier. Et plus j’ai étudié, plus j’ai été de droite. » Cela m’amuse, quoique ce ne soit pas tout à fait vrai : je n’étais pas moins studieux, du temps que j’étais de gauche.
Comme chaque dimanche, j’ai reçu un communiqué au sujet des publications de Renaud Camus, et cette fois-ci j’en ai profité pour lire deux pages gratuites dans son Journal de ce mois. Le 7, il pose cette question judicieuse : «Si les attentats n’ont rien à voir avec l’islam, pourquoi vouloir réformer l’islam (…)? » Le 10, il présente un programme en 63 points pour l’élection présidentielle de l’an prochain, dont le ton rigoureux mais nuancé me plaît assez dans l’ensemble. Il faudrait que je le relise, pour en juger plus assurément, mais j’ai relevé au passage le point 25, auquel je suis particulièrement sensible : «Il sera créé un droit au silence.»
Je ne suis pas en grande forme. A un rhumatisme, qui me gêne l’épaule gauche par intermittences depuis cet hiver, et à une tendinite, qui m’affecte le coude droit depuis le printemps, se sont ajoutées cet été des douleurs sporadiques dans les reins, probablement consécutives au zèle que j’ai mis à ranger ma collection de pierres, de tuiles, de parpaings et de barres de ciment. J’allais encore assez bien lundi soir lorsque l’ami Talmont, de passage dans la contrée, fit halte pour dîner, et nous avons pu tranquillement discuter de bloguerie, de Belles-Lettres, et de la vie rurale. Le mal a pris un tour brutal à mon réveil, mardi matin sur les six heures. J’avais soudain le dos en si mauvais état, qu’un moment j’ai douté si j’allais seulement être capable de sortir du lit. Les tâches les plus simples, comme d’aller ouvrir mes fenêtres, ou tomber de l’eau, prenaient les proportions de pénibles exploits à l’issue incertaine. Par chance mon aide de camp, qui voulait passer quelque jours à la campagne, devait arriver en fin de matinée. Mais comme il paraissait sans cesse plus évident que sa seule assistance ne suffirait pas à me tirer d’affaire, je fis appel à un médecin, qui accepta de se déplacer, diagnostiqua le lumbago, et me prescrivit des médicaments. Ce n’était pas une petite lumbaguette, car j’avais non seulement la station debout intenable mais également la station assise, de sorte que j’ai passé trois journées complètes, de mardi à jeudi, en station vautrée, cherchant péniblement, parfois au centimètre près, quelle position donner à mon tronc et à mes jambes pour arrêter la douleur, ou seulement pour l’amoindrir. Cela va un peu mieux depuis avant-hier, mais je ne peux pas dire que je caracole. Espérons que le pire est passé.

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vendredi 19 août 2016

tourterelle

Tu m'ennuies, tourterelle, avec ton cri stupide.

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jeudi 18 août 2016

burkini

Il y a ces jours-ci en France une polémique à propos du «burkini», une tenue de bain très couverte, et probablement très incommode, dont s’affublent des musulmanes, et dont quelques municipalités veulent interdire le port. Je pense qu’une telle mesure est excessive et inutile, et qu’il ne faut interdire que les emmitouflages intégraux, qui nuisent à la sécurité publique en empêchant l’identification. Pour le reste, les différents accoutrements, féminins et masculins, qui ne laissent guère de doute quant aux convictions de leurs porteurs, ils relèvent de la liberté individuelle. Tout comme il relève de la liberté des citoyens d’en penser ce qu’ils veulent et de le dire. Mon avis est que certain(e)s, au lieu de suivre la maxime «A Rome, fais comme les Romains», proclament au contraire «Nous sommes venus nous incruster ici uniquement pour les avantages, mais à part ça nous ne pouvons pas vous sentir, vous et vos manières, et nous tenons à vous le faire savoir de toutes les façons possibles».

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mercredi 17 août 2016

inégalités

Les inégalités sont des acquis sociaux.

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mardi 16 août 2016

sculptures de plensa

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N’étant pas particulièrement fan d’art monumental, je ne me suis pas déplacé, en 2003, pour aller voir les onze oeuvres énormes du sculpteur catalan Jaume Plensa, qui furent installées dans Bordeaux de juin à octobre cette année-là. Je ne me souviens pas d’en avoir aperçu d’autre que la seule qui resta ensuite sur place, et que j’aime bien. Il s’agit d’une grande tête féminine en fonte, haute de sept mètres, aux yeux fermés, aux traits vaguement négroïdes ou exoticoïdes, et couleur de rouille. Elle trône joliment près du Grand Théâtre, à la jonction des cours de l’Intendance et du Chapeau Rouge, et s’intitule Sanna, ce qui semble être une abréviation du prénom Susanna. En me renseignant sur l’auteur, je n’ai pas trouvé beaucoup d’oeuvres de lui qui soient à mon goût, et aucune qui me plaise comme celle-ci. Une souscription publique fut lancée à l’époque pour conserver sur place la sculpture, d’une valeur estimée à 4 ou 500 000 euros, mais n’a pas recueilli assez de fonds, après quoi un mécène anonyme aurait avancé en 2014 une somme suffisante pour l’acquérir, et elle devrait rester encore quelques années là où elle est. J’ai entendu de nouveau parler de Jaume Plensa à l’automne dernier en lisant des articles américains à propos d’une statue de lui intitulée Spillover II («Débordement II») installée depuis 2010 au bord du lac Michigan, à Shorewood, localité voisine de Milwaukee, dans le Wisconsin. Elle représente un homme accroupi dont le corps transparent est figuré par un assemblage de lettres de l’alphabet en acier, disposées aléatoirement, et soudées entre elles. Vers le début de novembre 2015, un blogueur et photographe juif du New Jersey, Matt Sweetwood, venu voir sa fille à Milwaukee, visita les environs, où il eut l’occasion de photographier et d’examiner ladite statue. C’est alors qu’il crut distinguer que certaines des lettres n’étaient pas placées au hasard mais formaient des inscriptions «antisémites» : il y a en effet quelque part dans ce corps trois lettres mal alignées qui peuvent former le mot JEW, et autour d’autres encore moins bien alignées dans lesquelles il faudrait lire les énoncés FRY BAD JEW (frire un mauvais juif), DEAD JEW (juif mort) et CHEAP JEW (juif bon marché). Il rapporta ses observations dans son blog, publiant des photos, dont certaines avec les lettres en question colorées artificiellement pour mieux faire ressortir les propos supposés, et exigeant de la commune qu’elle retire la sculpture aux phrases «haineuses». Au passage le blogueur traitait Plensa de lâche (coward) et un de ses lecteurs jugera que le sculpteur est un «antisémite dégénéré». Ces accusations déclenchèrent un scandale. Embarrassés, l’artiste et ses représentants dénoncèrent une interprétation abusive, mais s’empressèrent de retirer la sculpture pour en modifier le lettrage, à leurs frais. Elle fut réinstallée en janvier 2016. Les reproches de Sweetwood me laissent perplexe. D’abord, sa vision des phrases me semble tirée par les cheveux, surtout dans une langue à tendance monosyllabique, où l’on a vite fait de former un mot avec trois lettres mal ajustées. Mais comme ont observé certains, les hallucinés peuvent aussi bien distinguer une apparition de la Vierge Marie dans une tranche de pain grillé. Le caractère peu évident des insinuations se trouve confirmé du fait que la statue était déjà sous les yeux du public depuis cinq ans, sans que nul jusqu’alors ne se soit avisé du prétendu problème. Enfin il serait extravagant que Plensa, dont on pense ce qu’on veut, mais dont toute l’oeuvre se nourrit des thèmes de l’humanisme, de l’universalisme et de la diversité, ait attendu d’être dans la cinquantaine bien engagée pour manifester soudain un antisémitisme que nul n’avait encore remarqué. J’ai l’impression que le haineux des deux n’est pas ce pauvre Jaume mais le triste Matt, haineux et délirant, et que sa crise d’hystérie n’a guère fait progresser la concorde parmi les hommes. Il devrait s'excuser.

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dimanche 14 août 2016

Tous les hommes sont égaux, mais il y en a qui ont besoin d'encadrement.

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samedi 13 août 2016

ma vie palpiteuse, suite

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Mes néomots ces derniers temps : Ouestonie, offriture, dreyfusible. Hier soir j’ai fait de l’art en fumant de la drogue. Neuf collages, dont huit portraits et une scène de genre. En écoutant des oeuvres de Brian Eno sur YouTube, j’ai découvert son saisissant I dormienti, de 1999 (39 mn). Je rapporte un peu de bois de mes bois. Il faut marcher en recherchant les arbres secs, tout en regardant par terre pour s’assurer de ne pas mettre le pied sur un serpent. Ni hache, ni machette, les plus utiles sont le banal sécateur de jardin et la petite scie d’élagueur, pour ce que j’ai à faire. Quand j'y pense, elle mieux que lui serait une arme par destination en cas de mauvaise rencontre, homme ou bête. Comme on capte mal ici en voiture je me contente des radios d’Etat, France-Patati, France-Patata. J’aime bien leurs efforts de pluralisme, dans tous ces débats de société réunissant des experts de gauche, d’extrême gauche, de centre gauche, d’ultra-gauche, et des divers gauche, ça nous aide à nous faire une idée. Madame Sauvage va rester en taule, malgré son absolution médiatique. Les journalistes sont furieux que les juges ne suivent pas les jugements des journalistes. Je suis pétrifié à l’idée de repeindre mes murs. J’ai songé, puis renoncé à chercher de l’aide sur AlloVoisins.com, finalement c’est un copain disponible, qui devrait venir officier d’ici une dizaine de jours.

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vendredi 12 août 2016

"librairie"

A tout hasard je signale aux amateurs mon nouveau catalogue de vente de livres d'occasion (incluant quelques neufs, et des revues).
On peut retrouver ce catalogue dans la marge droite de ce blog (dans Pages > Archives Ph.B > Librairie).

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mercredi 10 août 2016

des hauts et des bas

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A défaut de vraiment l’étudier, j’observe du coin de l'oeil mon penchant cyclothymique, sans espoir d’y changer grand chose. Tantôt l'euphorie, puis les gémissements. Ainsi hier j’ai passé une bonne partie de la journée à accomplir une tâche à laquelle je songeais depuis longtemps, en adressant une publicité pour mon blog à une série de personnes, dont j’avais collecté les e-mails pendant l’année, et à mesure que j’avançais dans la besogne, j’étais de plus en plus convaincu de l’inutilité de mes efforts. Dans la soirée, comme j’étais passablement déprimé, je tombai par hasard, en feuilletant Facebook, sur la photo de belles oeuvres d’art dont la forme, les couleurs notamment, me faisaient penser à celles d’un sculpteur hérétique de ma connaissance, dont j’admire les oeuvres, et dont je regrette d’autant plus qu’il se soit montré si avare de chaleur, lors de nos rares contacts. Malgré quoi je lui transmis la photo, mais un moment après il me répondit, affirmant que Yes, nice, m’indiquant que lui-même retransmettait l’image, et me remerciant. Cette amabilité improbable m’apportait soudain un tel réconfort, que je me dis que j’avais en effet grand besoin d’aide. Après quoi je cherchai refuge dans les bras de Morphée. Je me suis réveillé ce matin a l'issue d'un long rêve, qui m’a fait penser à des propos entendus cette année me semble-t-il à la radio, et dont j’ignore l’auteur, affirmant qu’il est illusoire de croire que les rêves peuvent être des sortes d’histoires, mais qu’ils ne sont que des visions instantanées et sans connexion. Je n’arrive pas à admettre cette conception des choses. Il me semble que mon rêve de ce matin, et d’autres dont j’ai le souvenir assez net, sont indiscutablement des séries de scènes, avec un lien logique entre elles, des actes avec leurs conséquences, etc. Par contre je veux bien croire que chacune de ces scènes soit plus brève en réalité qu’elle ne semble dans le souvenir que l’on en garde, et se réduise en effet à une vision fugitive. Et il est vrai aussi que la narration d’un rêve, avec les descriptions qu’elle implique, est nécessairement plus longue, parfois beaucoup plus longue que le rêve lui-même. Chaque matin Facebook me propose, avec son application On this day, de revisiter, et si je le souhaite de repasser, des choses que j’ai publiées le même jour dans les années passées. Une utilité inattendue de ce service est qu’il m’a permis, en revoyant des liens vers mon blog, de retrouver les dates auxquelles j’avais changé de titre. Il semble que j’avais rebaptisé mon Journal documentaire «Le Nouvel Obscurantiste» pendant quelques années jusqu’en 2010, et «L’Ennemi du Peuple» vers 2011. Ces titres provocants ne manquaient pas d’allure, malgré quoi j’ai finalement préféré revenir à la formule plus sobre de «Journal documentaire». On ne me demande jamais pourquoi j’ai recouru à cet adjectif pour caractériser ma série de Lettres documentaires, puis mon Journal documentaire (mon pauvre ami, mais que crois-tu!). C’est tant mieux, car j’aurais sans doute la flemme de donner des explications. Je serais tenté de déclarer que c’est de la documentation sur mon âme, cela suffirait bien.

(En photo, coquillages de Barbara Moloney Callen).

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mardi 9 août 2016

petit nombre

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Voltaire aurait affirmé que «L’esprit d'une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand, est nourri par lui, et le gouverne.» J’ai copié cette phrase il y a des mois, peut-être plus d’un an, dans un de ces moments où Voltaire devient bizarrement populaire, et je ne sais qu’en faire. Je la considère comme une vérité désagréable, et d’autant plus inconfortable qu’elle est incontestable. On ne voit pas qu’aucun régime révolutionnaire, si républicain, démocratique ou communiste soit-il, ait jamais changé cette donne, ni qu’aucun à venir le puisse, sauf à sombrer dans les rêveries les plus naïves. Il faut s’arranger avec ça.

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dimanche 7 août 2016

brocante à villefollet (79)

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Je ne me doutais pas que j’allais connaître aujourd’hui l’une des pires, peut-être la pire brocante de ma carrière. C’était à Villefollet, où l’on offre gratuitement l’emplacement de cinq mètres, ce qui me convient. J’envisageais de me présenter au moment de l’ouverture officielle, sur les sept heures. Ce fut malheureusement l’heure ou j’ouvris l’oeil. Je déjeunai hâtivement, oubliant deux tranches dans le grille-pain, et je m’en fus dès que possible. Hélas le vide-grenier de ce village se tient maintenant dans un stade, qui était à mon arrivée déjà plein comme un oeuf, et fermé. Les organisateurs avaient prévu une solution pour les quelques retardataires, consistant à les parquer au fin fond d’un pré voisin, jusqu’où ne venait quasiment personne. C’était la cata. Le pire fut le moment où, pour animer mon désoeuvrement, j’eus la bonne idée d’ouvrir toutes les lames de mon beau couteau Swiss made Victorinox, pour me rappeler à quoi elles ressemblent. Naturellement, j’en profitai pour m’entailler un doigt. Il y a des jours comme ça. Le majeur gauche, bien au bout, là où la plaie se rouvre chaque fois qu’on attrape un objet sans réfléchir. J’avais pour voisins une pittoresque famille de cas sociaux, un couple avec un grand dadais, aimables mais vociférants, et ne se lassant pas d'afficher mille preuves qu'ils n'étaient pas très fins. Il y eut un moment où le jeune homme, qui m’avait témoigné plusieurs fois de sa sympathie, vint me demander si je pouvais lui expliquer comment on joue avec un diabolo. C’est ainsi, pour certains de mes congénères, je dois avoir la tête d’un homme à qui l’on peut poser ce genre de question. Je passai donc là quelques heures, au cours desquelles j’épuisai entièrement la ration de survie que j’avais emportée, consistant en un magnum d’eau de source et un paquet de biscottes. Je ne sais comment, dans ces circonstances extrêmes, je réussis tout de même à arracher la misère de trente-six euros. Le Seigneur veille à nous administrer de temps en temps la petite leçon d’humilité, dont nous avons grand besoin. Je pris la fuite sur les quinze heures. Au retour chez moi, dans un accès de bonne volonté, au lieu de me jeter sur une boîte de conserve froide, j’eus le courage de faire chauffer une casserole de riz, que j’agrémentai d’oeufs mollets, d’une échalote, de raisins secs, et de maquereau au poivre. Je méritais bien ça.

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samedi 6 août 2016

mes lectures au lit

Ces derniers jours, j’ai passé une après-midi à essayer de reconstituer sur les pages de mon atlas routier européen, que je n’ai pas encore rangé, l’itinéraire du voyage de Montaigne en Italie, en 1580-81. En me servant d’un marqueur fluo rose, j’ai marqué toutes les villes que je pouvais retrouver, en suivant le calendrier du voyage qui se trouve avant le texte, dans l’édition de la Pléiade. Ce n’était pas facile, parce que certaines localités ne figurent pas dans l’atlas, et parce que le trajet est compliqué. Montaigne et ses compagnons se rendent d’abord au Nord-Est de Paris, puis effectuent tout un circuit à travers l’Est de la France, la Suisse, le Sud de l’Allemagne, le Tyrol, avant de descendre jusqu’à Rome. De plus ils font volontiers des excursions et repassent quelquefois dans des villes déjà visitées. Voilà quelque temps je me suis plongé dans la lecture de ce récit de voyage pas très long, dans les deux cents pages, mais c’est une lecture récréative qui me prendra des semaines, si j’arrive au bout. Il me semblait l’avoir déjà lu, et j’en avais si bien perdu tout souvenir que j’en doutais, mais j’ai retrouvé des phrases soulignées, preuve que j’étais déjà passé par là. J’en suis encore dans la partie rédigée par le secrétaire de Montaigne, qui ne prend lui-même la plume qu’à un certain moment. Ce n’est pas folichon, mais c’est une honnête curiosité. J’aime beaucoup les noms très évidents, très datés, des établissements où les voyageurs font halte : Au Brochet, A la Couronne, A l’Etoile, Au Tilleul. J’aime bien aussi les comparaisons faites avec des lieux de Guyenne : le Rhin à tel endroit est large «comme notre Garonne devant Blaye», et Kempten est «une ville grande comme Sainte-Foy».

J’ai passé une autre après-midi et une soirée a feuilleter en entier le Dictionnaire des mots d’origine étrangère, de Henriette et Gérard Walter, que je connaissais déjà, mais je voulais le passer en revue pour tâcher d’y repérer tous les mots français d’origine tupi, qu’ont relevés ces lexicographes. Ceci pour un projet d’article sur le sujet, auquel je songe depuis longtemps, et pour lequel je dois déjà disposer d’une documentation assez complète. Mais c’est là le genre de vérification pesante, que je n’ai pas le temps ou le courage d’effectuer dans le cours habituel de ma vie laborieuse. Ce dictionnaire est un peu incommode, du fait qu’il est constitué de deux parties essentielles, d’une part un Trésor dans lequel les mots sont commentés et leur origine bien précisée, d’autre part un Complément où les mots sont simplement listés sans explication, et avec une indication d’origine moins précise, en l’occurrence AM pour Langues Amérindiennes, comprenant indistinctement les mots provenant du tupi mais aussi bien de l’eskimo, de l’algonquin, du nahuatl, de l’arawak ou du quechua.

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Et aujourd’hui j’ai passé la plus grande partie de la journée au lit, en la délicieuse compagnie d’une ébauche de traduction qui traîne dans mes papiers depuis des années, et dont je reprends connaissance avec le plus grand intérêt. Il s’agit d’une lettre d’une grosse quarantaine de pages, adressée au siège de la Compagnie de Jésus, à Rome, en 1565, par le missionnaire et linguiste José de Anchieta, qui rendait compte de ses activités auprès des Indiens de la côte brésilienne. Dans ce rapport, il raconte la mission dangereuse qu’il a accomplie pour aider les autorités à conclure la paix avec une tribu hostile. Pendant que des chefs indiens partent négocier avec les chrétiens à Rio de Janeiro, Anchieta et son supérieur Manuel da Nóbrega séjournent comme otages chez les anthropophages, ce qui donne lieu à des scènes hautes en couleur. Mon dossier se compose de deux versions du document très légèrement différentes, que j’avais photocopiées jadis, et d’un cahier de brouillon où j’avais traduit au stylo le premier tiers du texte, que je saisis maintenant sur ordi. J’aimerais beaucoup parvenir à conclure cette traduction, un de ces jours. Mais ce n’est pas demain que j’y travaillerai. Demain je bosse, j’ai brocante.

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vendredi 5 août 2016

les beaux draps

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Je m’étais trouvé comme on dit une «idée-cadeau», quelques semaines avant Noël, en apprenant qu’on vendait par correspondance les pamphlets de Céline, et je me suis offert Les beaux draps, que je n’avais pas relus depuis fort longtemps. On connaît le sujet, je ne résume pas, c’est la deuxième suite aux Bagatelles, en un peu moins volcanique peut-être. Dans ces pages on ne trouve guère de propos conciliant, ou relativisant, du type «Y a des petits juifs bien sympathiques, et des Français des vaches finies»… Au contraire le ressentiment de l’auteur est absolu, pour lui le juif ne peut être qu’un communiste ou un banquier, un Trotsky ou un Rothschild, dans tous les cas un emmerdeur hostile, à qui il ne pardonne pas «sa haine pour nous, son mépris». Qu’aurait-il pensé d’un juif patriote, comme Eric Zemmour? Pas grand chose, sans doute. En lisant ces diatribes je repensais à Caraco, qui jugeait que les gens comme Céline ou Bloy «nous voient mieux que nous ne nous voyons nous-mêmes, on doit se pencher sur leurs livres, on doit les méditer…» A part cela que remarqué-je au fil des pages? L’emploi du verbe raller, que je tenais jusqu’alors pour une trouvaille ohlienne, pour aller de nouveau, et qui donne au futur je rirai, on rira… Des considérations intéressantes, mi-ironiques mi-sérieuses, sur le «communisme Labiche», c'est à dire le droit à la petite propriété. Cette évocation de la poésie, qu’il se garde bien de nommer, mais définit comme «des choses qui ne s’achètent pas, qu’on fait soi-même avec des ondes»…

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jeudi 4 août 2016

fiançailles à saint-domingue

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A notre époque de bons sentiments, où il n’est plus permis de parler de l’Autre qu’en termes positifs, et si possible élogieux, rien n’est plus drôle que de lire un de ces romans du temps où l’on n’était pas si embarrassé, comme les Fiançailles à Saint-Domingue, de Heinrich von Kleist (à vrai dire une nouvelle de soixante pages, Die Verlobung in St Domingo, 1811, dont l’intrigue se déroule «à l’orée de ce siècle où les Noirs massacraient les Blancs»). Les premières pages surtout sont réjouissantes, où l’auteur présente l’horrible personnage d’un ancien esclave noir, cruel et ingrat, qui, à la faveur de la révolte, n’hésite pas à assassiner son bon maître, alors que celui-ci, en reconnaissance d’un grand service, lui avait auparavant rendu la liberté, et l’avait couvert de bienfaits. Peu de narrateurs s'aventureraient aujourd'hui à mettre en scène un tel protagoniste. Pour le reste, cette histoire romantique, larmoyante et pleine d’invraisemblances, ne m’a pas fait grande impression. C’est dommage, il y aurait matière à exploiter dans cette situation intéressante, d’un petit groupe de Blancs traversant un pays plongé dans l’anarchie, et risquant de se faire massacrer à tout instant.

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mercredi 3 août 2016

tuilerie

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Dans son angle sud-est, ma maison est prolongée d’un petit bâtiment carré d’environ deux mètres sur deux, que je n’ai jamais bien su désigner. Je ne me rappelle pas si mes grands-parents lui donnaient un nom particulier. Pour moi ce fut longtemps le «poulailler», parce qu’il y eut au moins une période, peut-être brève, durant laquelle ils y élevaient des poules. J’ai des souvenirs très vagues mais très chaleureux d’y être allé, enfant, fouiller les nids de paille à la recherche d’oeufs. Bien plus tard, mon expérience de promeneur à la campagne m’a conduit à supposer qu’il s’agissait plus sûrement d’une étable à cochon, une soue. Je le nommai dès lors la «cochonnerie», sans être bien sûr que l’appellation soit plus explicite pour mes interlocuteurs (parents, voisins, visiteurs, artisans…). Le maçon qui a réparé cet édicule l’appelait le «toit à cochon», me semble-t-il. Moi-même, depuis que je suis propriétaire, je ne m’en suis servi que pour stocker du fagot, pendant plus de quinze ans. Mais enfin dernièrement, comme j’avais considéré plus d’une fois que ce local insuffisamment ventilé n’était pas bien fait pour cet usage, et comme par ailleurs je cherchais un endroit où ranger un tas de vieilles tuiles, qui encombrait la terrasse voisine, j’ai décidé de débarrasser ce qui restait là de fagot, et de faire de cette dépendance ma «tuilerie». J’ai donc passé quelques jours, au début de l’été, à manipuler et à trier non seulement toutes ces tuiles, mais aussi d’autres qui traînaient dans différents coins du jardin, et que j’ai rassemblées. Je peux maintenant dire que je possède, dans ma tuilerie, une centaine de tuiles modernes, et sept cents et quelques tuiles anciennes. Les modernes comprennent pour un quart des très modernes, crantées, du XXIe siècle, et pour le reste de simples tuiles bien droites, du XXe siècle. L’exercice le plus intéressant pour moi a été d’examiner une à une toutes les tuiles anciennes, et de me confronter au mystère de leur histoire. De quand datent-elles, quelles sont les plus vieilles, se peut-il que certaines remontent jusqu’au XVIIIe siècle, je vais continuer de l’ignorer, faute de disposer d’une typologie. Toutes sont de forme plus ou moins irrégulière, parce qu’elles sont de facture artisanale et non industrielle. Je crois savoir maintenant mieux distinguer celles de dessous, les courants, plus plates, et au dos cambré, destinées à reposer sur le plancher du toit par les deux bouts, et celles de dessus, les chapeaux, plus rondes, et au dos bombé, reposant sur les courants par les quatre coins. Pour le reste, leur variété de taille, d’épaisseur et de couleur, demeure à mes yeux une intrigue.

 

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