Journal documentaire

lundi 25 mai 2015

haïku nourricier

Je garde les miettes
Pour les oiseaux, les poissons,
A chacun sa part.

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samedi 23 mai 2015

sur lady di et guy debord

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La semaine dernière, n’ayant plus de livres nouveaux, je me suis aventuré à feuilleter chez mon hôte un album consacré à Diana, princesse des coeurs (par Stéphane Bern, éditions Michel Lafon, 1997). A vrai dire je n’avais guère envie de lire cet ouvrage et je me suis contenté de regarder les photos, où l’on voit Lady Di généralement très bien habillée, ainsi d’ailleurs que le prince Charles (j’aime assez l’allure de ce dernier sur une photo où il est vêtu à l’écossaise et tout en vert, pull, kilt et chaussettes de la même couleur). Ne connaissant le sujet que par ouï-dire, et trompé par la légende complaisante de la princesse «populaire», je m’en faisais l’idée d’une sorte de Cendrillon roturière, ayant bénéficié d’un mariage improbable, mais j’apprends que ce n’est pas le cas. Elle était bel et bien d’une famille d’aristocrates, les Spencer ayant d’ailleurs de lointains liens de parenté avec la famille royale, comme en témoigne un arbre généalogique.

Dans la foulée, comme j’étais d’humeur biographique, j’ai emprunté ailleurs le Vie et mort de Guy Debord 1931-1994, de Christophe Bourseiller. Ce livre avait d’abord paru chez Plon en 1999, puis en livre de poche deux ans plus tard, et je l’ai lu dans une troisième édition (Galodé, 2012) qui a pu bénéficier, pour éclaircir certains points, du fait que la correspondance de Debord a été publiée entre temps (8 volumes, entre 1999 et 2010). Cette Vie et mort est un fort volume, de près de cinq cents pages, qui paraît assez complet tel qu’il est (mais une bizarre note page 189 indique que certaine «pièce figure en annexe n° 3 du présent ouvrage», or il n’y a pas d’annexes, sinon une chronologie et un index).

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Je ne sais pas pourquoi j’ai bien aimé ce livre et je l’ai dévoré sans en perdre une miette. Je ne l’avais pourtant pas pris sans hésiter, redoutant d’être déçu. Il faut dire qu’il y a bien longtemps que je ne crois plus au genre de rêverie post-marxiste dont relèvent les idées de Debord, et que le personnage lui-même ne me fascine plus comme jadis. Je me souviens qu’encore dans le milieu des années 90, je n’aurais pour rien au monde manqué d’acheter ses derniers livres, même quand ils s’avéraient d’une médiocrité désolante, comme Panégyrique II ou Des contrats. J’avais remarqué mon désintérêt quand à la fin de la décennie, je n’ai éprouvé aucune envie de connaître sa correspondance, qui commençait d'être publiée. De même je n’avais encore jamais senti le besoin d’ouvrir le livre de Bourseiller.

Celui-ci n’écrit pas mal, il raconte sans ennuyer, et reste clair même quand il faut expliquer les subtilités idéologiques. Je ne partage pas certaines de ses options rhétoriques, comme son goût marqué pour l’expression «au final», ou la qualification de l’extrême droite comme «nauséabonde» (p 185 : ce poncif laisse imaginer qu’à l’inverse l’extrême gauche sentirait la rose, ce dont l’auteur donne lui-même quelques exemples du contraire). Mais son bon livre a le mérite d’être une vraie biographie biographante, touffue, bourrée de faits concrets, d’anecdotes, de dates et de lieux précis, d’adresses de cafés et de logements. C’est le fruit d’un travail sérieux, dont témoignent les nombreux entretiens cités en référence. Et puis cette lecture éveillait en moi mille souvenirs de l’époque où je découvrais la saga et la mythologie des situs, c’est à dire quand j’avais vingt ans.

La partie de la vie de Debord que j’ignorais totalement, c’est son enfance. Je n’imaginais pas sa situation de parenté compliquée. Il était le fils unique de son père, mais sa mère eut ensuite deux enfants d’un autre père, puis se remaria avec un homme qui avait lui-même deux enfants, si bien que le jeune Guy eut quatre demi-frères et demi-soeurs, et en quelque sorte deux beaux-pères. Il semble que la mère s’intéressait aux hommes plus qu’à ses enfants, et que le futur situationniste fut surtout choyé par sa mamie, qui, quand le jeune révolutionnaire fut installé à Paris, faisait chaque semaine transporter son linge à Cannes pour le lui laver (58). Sa belle formule, comme quoi il était «né virtuellement ruiné» (28), ne veut pas dire grand chose et peut être retournée : en fait il est né réellement fortuné et a longtemps vécu confortablement. On peut noter que les menaces qui ont pesé sur la prospérité familiale, et sur l’aisance individuelle du rejeton, ne sont pas dues à des facteurs "marxistes", comme les lois implacables des mécanismes économiques, mais aux effets de la fortune : la mort prématurée du grand-père italien doué pour les affaires, puis celle du père moins doué, les aléas des rencontres de la mère pleine de vitalité, le choix du second mari de ne pas adopter le fils aîné comme il l’a fait des deux autres enfants de la mère (qui n’avaient pas de père officiel), l’excluant ainsi d’un héritage prometteur. Mais il n’a pas beaucoup manqué. Jusque tard dans sa vie il a eu tout le loisir de venir se reposer dans les maisons de la famille sur la Côte d’Azur. Son grand principe de «ne travailler jamais», si prisé de ceux qui ont les côtes en long, était d’autant plus facile à suivre, qu’il a longtemps eu la possibilité de se faire entretenir et ne s’en est pas privé : par sa famille d’abord, ensuite par sa première femme Michèle Bernstein, enfin par ses amis Asger Jorn et Gérard Lebovici.

Avec Michèle Bernstein, qu’il rencontre en 1952 et épouse en 1954, Guy Debord a tiré un bon numéro. Elle est très libérale, financièrement et moralement. Elle n’est pas regardante sur les coucheries à droite et à gauche, et pourvoit à la subsistance de Monsieur, à son logement, à ses beuveries et à ses publications (dans une proportion qui n’est pas précisée, sur ce dernier point). Elle continuera de le subventionner même après qu’il l’aura quittée pour s’installer en 1964 avec Alice Becker, et cela jusqu’à leur divorce en 1972, suivi du mariage avec Alice. Il faut être, comme on dit, de bonne composition, pour faire preuve d’une aussi fidèle, et patiente, générosité.

Guy Debord détestait les artistes qui faisaient des oeuvres d’art (c’est à dire la plupart, n’est-ce pas) sauf s’ils avaient beaucoup d’argent. C’est ainsi qu’Asger Jorn fut l’ami de Debord, et le resta même après que celui-ci l’eut exclu de sa secte marxiste culturelle, qu’il appelait l’Internationale situationniste. (Quelqu’un qui n’aurait rien d’autre à faire pourrait s’amuser à calculer combien de temps chacun des rares privilégiés qui ont fait partie de l’IS, a réussi à en rester membre avant de s’en faire virer ou d’en démissionner. Je serais curieux de savoir qui a tenu le plus longtemps, dans cette épreuve de rodéo idéologique.) Jorn aussi était généreux, et a contribué a financer Debord dans sa vie et ses oeuvres. Je n’aime pas du tout ses horribles peintures, mais le peu que je sais du personnage me le rend sympathique (la biographie n’est pas illustrée, mais comme tout le monde aujourd’hui je lis tout en m’informant en même temps sur le net). Il avait une bonne tête, c’est à dire avec de beaux traits et l’air intelligent, ce qui ne va pas toujours ensemble. Et contrairement à Debord, il n’était pas sectaire, s’il est vrai qu’il a entretenu une longue amitié avec le peintre catho et réac Pierre Wemaëre (129). Il possédait une belle maison en Italie, à «Albisola Mare» (sur le net on écrit plutôt Albissola Marina), qui se visite encore aujourd’hui, et sur laquelle existe un livre (Le jardin d’Albissola, 1974, cité p 109 & 364) qui n’a pas l’air facile à trouver.

En 1971, un an avant son divorce d’avec Bernstein, et deux ans avant la mort de Jorn, Debord fait la connaissance de l’homme d’affaires Gérard Lebovici, producteur de cinéma, imprésario et directeur des éditions Champ Libre, qui va devenir son plus riche mécène. Avec lui, Guy Debord a tiré le gros lot. Lebovici bichonne son gourou en le publiant et en lui accordant d’avantageux contrats. Le point d’orgue est atteint quand, en 1983, un an avant d’être assassiné, il achète une salle de cinéma, le Studio Cujas, dont l’unique mission est de projeter en boucle les «chefs d’oeuvre» cinématographiques imbuvables de Debord (398). L’opérateur a le devoir de continuer la projection même quand il n’y a personne dans la salle, ce qui est souvent le cas. Je me souviens d’être passé à Paris à cette époque et d’avoir assisté à une séance, où je devais être le seul spectateur. On peut se demander si une telle générosité relève de la simple amitié ou de la possession. L’assassinat mystérieux de Lebovici en 1984 est un des épisodes les plus tumultueux de la saga Debord. A cette occasion le situationniste a démontré ses talents de limier en déclarant que Lebovici avait été exécuté «par l’ordre social établi». Cette intuition fulgurante s’est révélée aussi utile pour identifier les criminels, que sa théorie de La société du spectacle l’avait été pour transformer le monde, c’est à dire nullement.

On sent que Bourseiller a de la sympathie pour l’homme qu’il étudie et pour son univers, ce qui est assez naturel. Cette sympathie le conduit à une certaine indulgence envers les aspects les plus contestables des pensées et des actes du personnage, mais il a l’honnêteté de ne pas les cacher, et de citer quelques unes des critiques les plus perspicaces qui ont été exprimées sur le sujet. Ainsi les justes inquiétudes formulées par Alexander Trocchi quant aux crimes qui n’auraient pas manqué d’être commis si le théoricien fanatique et ses acolytes, émules de Saint-Just, avaient pu accéder à un quelconque pouvoir (225). Ou la critique mordante de Pierre-Henri Simon, en 1968, à propos de Debord et Vaneigem : «… les deux auteurs … ont passé largement la trentaine, ce qui les autorise sans doute à donner des conseils aux jeunes gens, mais pas tout à fait à parler en leur nom … il est difficile de vanter la fête d’une façon plus ennuyeuse que ne font nos situationnistes…» (275) Simon juge aussi que Vaneigem «patauge dans des sottises dont il est juste de dire que Debord se garde beaucoup mieux». Vingt ans plus tard, Debord lui-même dira de Vaneigem que «tout ce qu’il écrit est nul» (426). C’est une des rares opinions sur lesquelles je reste d’accord avec lui.

La partie la moins agréable du livre a été pour moi celle touchant les années 68, par l’obligation, pour suivre le fil, de m’intéresser à tous ces groupuscules plus sectaires les uns que les autres et qui n’en finissaient pas de se scinder, de se rescinder et de se bouffer le nez. Sans compter l’ennui de tous leurs slogans délirants. Rétrospectivement, on est frappé par la disproportion entre la rage sincère des protestataires, et le peu de raisons qu’ils avaient de se plaindre, quand on compare par exemple la situation économique du pays d’alors avec ce qu’elle avait été dans l’immédiat après guerre, ou avec ce qu’elle est devenue ensuite. A bien des égards c’est une révolte d’enfants gâtés, sachant bien que dans le fond ils ne risquaient rien (cette «révolution» a fait environ zéro mort, non?). Les mecs luttaient contre le capitalisme pour avoir le droit d’aller dans les dortoirs des filles. Analysés d’un point de vue zoologique, ces mouvements relèvent en grande partie du rut printanier, ou de l’éternelle guerre des jeunes impatients de virer les vieux pour occuper leurs places, comme cela n’a pas manqué.

Debord, lui, n’a pas fait carrière dans les institutions, mais s’est peu à peu transformé lui-même en institution. Personnage hors du commun, caractériel, autoritaire, narcissique et cynique, non dénué de style, il fut l’inventeur génial d’une «internationale situationniste» peu opérante mais devenue légendaire, et d’une théorie, La société du spectacle, fumeuse et illisible, mais que ces caractéristiques n’ont nullement empêché de devenir un best-seller (sans doute même y ont-elles contribué). Je serais curieux de savoir à quel point, dans ses dernières années, il était revenu de ses idées de jeunesse. Le livre en parle peu. Il y a l’indice de la lettre de 1992 à Duteurtre dans laquelle Debord qualifie ses anciennes théories d’«extravagantes» (444). Sans doute le sexagénaire est-il loin du jeune révolutionnaire, qui vitupérait la propriété privée et le droit d’auteur (tout en s’étranglant de rage, à l’occasion, parce que Henri Lefebvre aurait plagié un texte situationniste, 211). Toujours est-il qu’en ses dernières années, et plus encore après sa mort, il a acquis un tel prestige que ses droits d’auteurs étaient une rente appréciable. Contrairement à ce qu’affirme le titre d’un de ses livres, sa réputation n’était pas «mauvaise», du moins avait-elle alors depuis longtemps cessé de l’être, mais au contraire excellente, et de façon si générale et si consensuelle qu’il s’est développé une véritable debord-mania, au point que le révolutionnaire était encensé jusque dans les revues féminines les plus sottes. Bourseiller évoque le passage de Debord chez Gallimard en 1992, par l’entremise de Jean-Jacques Pauvert (441), sans donner le chiffre du transfert, que je lis dans un article de L’Express (du 6 VIII 2009) : 700.000 francs. Pour la soirée que Canal + lui consacre fin 1994, il se fait payer 750.000 francs (même source). Plus récemment, sa veuve aux dents longues (c’est sa Yoko Ono) a vendu à la Bibliothèque Nationale les archives du défunt, préalablement classées «trésor national» par le Ministère de la culture, et d’une valeur estimée entre 2 et 3 millions d’euros (je ne connais pas le montant final de la transaction) (L'Express, 1 IV 2010). Tel peut être le curieux destin d’un soi-disant «révolutionnaire», qu’il faudrait comparer avec celui de dissidents moins voyants mais plus clairvoyants, comme un Caraco ou un Ciry. Quant à l’utilité de sa pensée et de ses actes pour soulager la misère du monde, elle fut à peu près nulle, ne serait-ce qu’en comparaison des oeuvres caritatives d’une Lady Di, par exemple. Mais enfin, il fut sans conteste un de nos grands originaux pittoresques.

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mardi 19 mai 2015

pain de l'amitié

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L’autre soir à Simply Market j’ai rencontré Bernard P, que je n’avais pas revu depuis son départ à la retraite il y a un lustre. Nous étions contents de nous parler. Vieux garçon très catholique, il m’a raconté qu’il employait son temps libre au service de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul, et notamment au Pain de l’Amitié. La société offre aux pauvres, chaque jour à midi, dimanche compris, un repas à un euro, sans condition. Bernard y exécute les tâches les plus humbles, comme d’éplucher des pommes de terre. Il m'expliquait ça en rigolant. J’admire cet exemple de dévouement, dont je ne sais pas si je serais capable. Les repas sont ouverts à tous : tu peux y venir manger, si tu veux, m’a-t-il dit. Ce n’est pas bien dans mes horaires, car il faudrait que je me déplace en ville, mais je serais curieux d’en faire l’expérience.

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dimanche 17 mai 2015

camino

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J’ai aimé bien des écrivains chrétiens, j’ai aimé bien des auteurs d’aphorismes, j’ai prisé au plus haut point un aphoriste chrétien comme Gómez Dávila, mais je dois avouer que les pensées de Josemaría Escrivá de Balaguer me laissent froid. J’ai pourtant de l’estime, bien que n’étant moi-même plus très catholique, pour le personnage de ce prêtre énergique, né en 1902, mort en 1975, canonisé en 2002. Il fonda en 1928, soit à l’âge de 26 ans, une société, l’Opus Dei (Oeuvre de Dieu) vouée à la recherche de la sainteté dans la vie ordinaire, qui joua un rôle important dans la création du CSIC (Consejo Superior de Investigaciones Científicas, le CNRS espagnol) sous le règne du général Franco, et qui fait horreur aux gens de gauche, ce qui suffirait, sans autre mérite, pour lui attirer ma sympathie. Escrivá est l’auteur de quelques recueils de règles de vie, dont le plus connu et le plus ancien est le célèbre Camino (1939, en français Chemin), composé d’exactement 999 maximes. Ce livre m’attirait mais je n’arrive pas à le lire, je m’y ennuie et j’y étouffe. Je le trouve moralement trop impérieux et exigu. «Acostúmbrate a decir que no» («Habitue-toi à dire non») dit la belle phrase numéro 5, mais l’auteur me demande trop de lui dire oui.

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samedi 16 mai 2015

cadavre exquis

Pendant une insomnie cette nuit, je me suis dit qu’il suffirait d’intervertir deux mots dans la célèbre phrase surréaliste, pour lui donner la stabilité d’un alexandrin : «Le cadavre nouveau boira le vin exquis».

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vendredi 15 mai 2015

pas de jaloux

Si l’immigration massive n’est pas un énorme boulet, mais au contraire une chance et un enrichissement, comme on nous le serine sans cesse et sur tous les tons, je ne comprends pas bien pourquoi la Commission Européenne envisage que les pays membres se répartissent par quotas le flot ininterrompu de déshérités déboulant du Tiers-Monde. Sans doute est-ce pour qu’il n’y ait pas de jaloux.

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jeudi 14 mai 2015

propos

Les paroles s’envolent, les écrits restent, et les propos en ligne perdurent plus ou moins longtemps.

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lundi 11 mai 2015

un syndrome néo-rural

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Avez-vous remarqué que certains propriétaires de tracteurs-tondeuses, quand ils s’y mettent, n’en finissent pas de tondre et de retondre leur carré de gazon? Je soupçonne que la commodité de diriger le petit engin, où ils sont confortablement assis et bercés par le ronronnement du moteur, induit en eux une griserie à laquelle ils ne veulent plus s’arracher, si bien qu’ils continuent à tourner en rond interminablement, sur leur pelouse déjà complètement ratiboisée. Il nous manque une étude pathologique sur ce trouble du comportement, que l’on pourrait désigner comme le Syndrome de John Deere.

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dimanche 10 mai 2015

platanes

Lors d’une course en ville, la semaine dernière, j’ai encore eu le plaisir de traverser le parking planté de platanes qui s’étend au nord de la place des Quinconces, entre l’allée de Bristol et l’allée de Chartres (il y en a un semblable du côté sud, entre l’allée de Munich et l’allée d’Orléans). C’est un de mes endroits préférés dans Bordeaux. Je ne suis pourtant pas fan de nature «artificielle», mais j’aime beaucoup l’atmosphère de ce bois géométrique. Il est plus aéré, plus spacieux qu’une banale peupleraie, par exemple.

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samedi 9 mai 2015

alexandrin rural

Au bord de la route, non loin de la Croix, je remarque un alexandrin, peut-être volontaire, qui sait, sur un panneau annonçant en grosses lettres, «Brocante de Vergné : Jeudi de l'Ascension».

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jeudi 7 mai 2015

deux études sur davila et caraco

 

democracia y nihilismo

Ces derniers mois par coïncidence on m’a envoyé deux ouvrages à teneur philosophique, portant sur deux des écrivains que j’ai le mieux aimés, Nicolás Gómez Dávila et Albert Caraco. Sur le premier, le livre d'un professeur espagnol de mes relations, spécialisé dans la philosophie du droit, José Miguel Serrano Ruiz-Calderón : Democracia y nihilismo, Vida y obra de Nicolás Gómez Dávila (paru en février aux Ediciones Universidad de Navarra). Sur le second, le mémoire de maîtrise d'un étudiant, Romain D, dont je préserverai l'identité tant que le fruit de ses recherches n'a pas été présenté publiquement (Albert Caraco : philosophie, littérature et prophétisme). Je suis flatté que l'on ait pensé à me présenter ces travaux, où l'on a l'attention de citer mes modestes études, et tout à la fois embarrassé, n'ayant pas l'esprit philosophique, de n'avoir guère de commentaire à en donner sur le fond. Du moins puis-je me réjouir de voir ainsi consacrer à deux auteurs pas assez connus des livres entiers, et tous deux écrits dans une langue assez claire, et dépourvue de jargon, pour me permettre d'en appréhender le contenu.

Le livre de Serrano aborde son sujet en allant pour ainsi dire du concret vers l'abstrait, évoquant d'abord la vie du Colombien, puis ses publications, son style d'écriture, avant d'examiner les lignes de force qu'il discerne dans sa pensée émiettée en aphorismes. A un moment l'auteur s'interroge sur l'intitulé mystérieux de la principale oeuvre davilienne, sa grande somme d'aphorismes Escolios a un texto implícito (Scolies à un texte implicite), livrée en deux premiers tomes d'Escolios en 1977, puis deux de Nuevos escolios en 1986, enfin un dernier volume de Sucesivos escolios en 1992. Serrano reprend et prolonge les hypothèses que l'on peut formuler quant à la nature dudit «texte implicite» : s'agit-il d'un des essais théoriques de l'auteur, dont les scolies seraient les prolongements? ou bien de l'ensemble de ses lectures, dont les scolies seraient des commentaires? ou peut-être du système resté informulé dont les scolies ne seraient que les éclats? ou autre chose encore? Sans doute l'auteur a-t-il le mot juste quand il estime qu'il s'agit là d'une question sans solution («una duda sin solución»). Pour ma part je n'ai jamais beaucoup prisé ce titre mystérieux et alambiqué, à l'air un rien prétentieux, dont l'obscurité correspond mal à la limpidité cristalline des sentences qu'il recouvre. Mais ce n'est sans doute pas un mauvais calcul, que d'avoir livré au public cette formulation ambiguë, qui se prête à une glose sans fin.

Dans la partie biographique, réunissant, corrigeant ou complétant des données jusqu'alors éparses, j'ai découvert quelques friandises documentaires favorables à la rêverie, à savoir des adresses dans Bogotá : celle de la maison natale de l'écrivain (carrera 8 con calle 16), celle du magasin dont il fut propriétaire (carrera 7 n. 17-45), celle enfin de la maison où il avait établi sa bibliothèque (carrera 8 con calle 77). Je n'irai sans doute jamais sur les lieux, mais je contemple ces informations comme de beaux titres d'oeuvres que je ne lirai pas.

Dans le mémoire de Romain D, qui est à ce jour, je crois, la plus longue étude jamais consacrée à Albert Caraco, je suis frappé pareillement d'un détail biographique, cette fois-ci temporel et non spatial, la date de la mort de l'écrivain. En discutant à ce propos avec l'auteur, j'apprends que la date en question, le 7 septembre 1971, figure maintenant dans l'article de Wikipédia consacré au personnage, ce que je n'avais pas encore remarqué. Le mémoire produit en annexe deux documents intéressants, les actes de décès d'Albert Caraco et de son père, fournis par la mairie du XVIe arrondissement de Paris. Je retranscris ici une partie de la déclaration concernant le fils : «Le 11 septembre 1971, nous avons constaté le décès survenu le 7 septembre courant à une heure indéterminée, en son domicile 34 rue Jean Giraudoux, de Alberto Caraco, né à Constantinople (Turquie) le 10 juillet 1919, écrivain, fils de José Caraco  et de Elisa Schwarz ...» Cette formulation appelle quelques observations. Tout d'abord, comme note l'étudiant, Caraco est ici prénommé à l'espagnole, Alberto, sans doute conformément à son identité officielle, puisqu'il avait pris la nationalité uruguayenne au moment d'émigrer en Amérique, et n'avait pas souhaité se faire naturaliser français quand il revint s'établir à Paris, bien qu'il écrivît principalement en français, et qu'il signât ses livres de son prénom français. Ensuite, si l'on en croit les actes, qui donnent la même date du 7 septembre pour les deux décès, il s'avère que Caraco se serait tué le jour même de la mort de son père, et non le lendemain comme je le croyais jusqu'à présent, peut-être induit en erreur par la formulation de son éditeur Vladimir Dimitrijevic (dans la préface à Ma confession, 1975) selon qui l'écrivain se serait donné la mort «dans la nuit qui suivit la disparition de son père» (ce qui en effet n'implique pas stricto sensu que l'événement ait eu lieu le lendemain) ou par quelque mention lue ailleurs. Enfin, peut-être parce que je ne suis pas familier de la médecine légale, ou de l'administration mortuaire, j'ai du mal à comprendre comment on peut «constater» assurément qu'un décès est survenu quatre jours auparavant, et non trois, par exemple. Cela n'a pas grande importance, mais en attendant mieux je continue de tenir cette date pour incertaine.

Par ailleurs, j'observe que l'on date la naissance de Caraco du 10 juillet 1919, conformément à ce qu'en dit aussi l'éditeur dans la même préface, alors que l'intéressé déclarait pour sa part être né le 8 juillet (dans le Semainier de l'agonie, 1985, p 44). On est là en présence de précisions incertaines, ou de certitudes imprécises.

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mercredi 6 mai 2015

sur blondin

 

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Un écrivain réputé pour son humour et son non-conformisme anarchisant était assez fait pour attirer ma sympathie, mais je dois admettre que ma visite aux écrits d’Antoine Blondin m’a un peu refroidi. J’ai eu l’occasion d’emprunter le copieux volume (plus de 1500 pages) de ses Oeuvres paru dans la collection Bouquins. Je ne savais pas trop par quel bout commencer. Je suis a priori mal disposé envers les fictions, c’est une sorte de handicap, j’ai rarement la patience de supporter la tyrannie des romans et des théories, qui exigent qu’on les lise in extenso et sans rien oublier en cours de route, mais enfin il arrive que je me laisse captiver. J’ai lu la première page des romans de Blondin et la première phrase de ses nouvelles, mais hélas aucune ne m’a inspiré le courage d’aller plus loin, sauf celle de L’humeur vagabonde, qui crépite comme un feu d’artifice, et comme cette histoire n’est pas trop longue, je l’ai lue jusqu’au bout, mais il faut dire que la suite ne tient pas vraiment les promesses de l’incipit. J’ai feuilleté sans illusions les centaines de pages de chroniques sportives (et ça n’est qu’une sélection) dont le sujet m’est trop étranger pour que je puisse m’y intéresser, sans compter que la production industrielle de calembours, certes me fait sourire ici et là mais me saoule assez vite. Les recueils d’essais étaient mieux à même de me plaire, comme avaient pronostiqué deux de mes amis. J’ai trouvé en effet quelques pages à mon goût dans Ma vie entre des lignes, et j’ai surtout aimé Certificats d’études. C’est une suite d’articles à teneur principalement biographique, sur des écrivains français et quelques étrangers. Ces textes n’apportent rien qui ne soit déjà connu des experts, j’imagine, mais ils séduisent par leur élégance et leur maîtrise, et parfois le point de vue inattendu, comme cette apologie d’Aupick, le beau-père de Baudelaire. J’ai aimé les considérations de l’auteur sur «ces vieux élèves à perpétuité que sont souvent les hommes de lettres» (introduction), ou sur le «clan des esprits fins et sensibles promis aux agressions jalouses des esprits inférieurs et brutaux» (sur Balzac), et d’autres encore.

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mardi 5 mai 2015

un doute

Je me demande dans quelle proportion les "communautés" se détestent parce qu'elles ont des préjugés ou parce qu'elles ont des souvenirs.

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dimanche 3 mai 2015

un excellent pineau

 

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Entre le moment où je dus quitter Saint-Pierre, à l’été de 1992, et celui où je pus m’installer dans l’appartement de la rue Sainte-Catherine, où j’allais rester jusqu’à la fin du siècle, il y eut une courte période, un trimestre peut-être, où je demeurai dans un studio sous les toits, de la rue des Augustins. L’inconfort principal de ce logement tenait au vacarme des étudiants du quartier, qui passaient la nuit dehors à boire et à vociférer, de sorte qu’il n’était pas toujours facile de trouver le sommeil. Sans quoi la maison elle-même n’était pas sans charme. L’ample cage d’escalier était baignée de lumière grâce à la verrière qui la couvrait, et mes voisines aux doigts verts disposaient sur chaque palier des assortiments de plantes en pots. Dans les premiers temps je dus faire appel à un artisan, un plombier je crois, pour installer ou régler quelque appareil. Rendez-vous fut pris. Le jour venu, j’avais complètement oublié l’affaire, mais au moins j’étais sur place. En ce début d’après-midi, je venais de fumer une cigarette de hachich, qui m’avait abîmé dans une profonde rêverie. C’était l’époque nonchalante où l’on fumait dans les maisons, et ma pièce était remplie d’une brume odorante. Le coup de sonnette me surprit. Mais enfin je fis entrer l’ouvrier, qui se mit aussitôt à l’ouvrage. L’homme était plus âgé que moi, il aurait pu être mon père : j’étais encore dans la trentaine, il arrivait à la retraite. En discutant avec lui, j’appris qu’il était lui aussi natif de la Saintonge. Mais alors que j’avais été tout jeune déraciné de ce département, il y avait vécu plus longuement que moi et y retournait plus souvent, de sorte qu’il le connaissait bien mieux. Il avait encore son vieux père, malade, mais qui continuait de produire chaque année un pineau artisanal. Il y eut un moment étrange où mon interlocuteur, tout en poursuivant ses opérations, en vint à me demander si je savais aux alentours de quelle ville se trouvait la principale zone de production du pineau. J’avouai n’en avoir pas idée. Il insista, m’enjoignant d’essayer de retrouver ce lieu. J’avançai maladroitement quelques noms qui me revenaient, sans jamais tomber sur le bon. A mesure que j’égrenais mes fausses réponses, il me semblait percevoir chez mon visiteur le dépit que lui inspirait mon ignorance. Il s’était installé entre nous une sorte de tension, accrue de mon côté par la secrète ivresse du hachich, dont les effluves devaient lui aussi l’affecter, car son arrivée imprévue ne m’avait pas laissé le temps d’aérer la pièce. Nous nous regardâmes sans plus rien dire. Enfin je rompis le sortilège en déclarant brusquement que ce jeu ne m'amusait pas. Eh bien c’était Jonzac, selon lui. Il lâcha le nom sur un ton où perçait le reproche. Le rendez-vous touchait à sa fin. Comme cet inconnu m’avait appris qu’il vendait à l’occasion le pineau de son père, sous le manteau, je le priai de bien vouloir m’en apporter deux bouteilles, quand il le pourrait. Nous fixâmes un jour et une heure. Cette fois, je me tenais prêt. Quand il fut là, je descendis ouvrir la porte de la rue, nous parlâmes à peine, je pris les bouteilles, lui donnai l’argent, nous nous saluâmes, et il disparut. Je ne le revis jamais. Mais son pineau était excellent.

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mardi 28 avril 2015

un passage de Mme de Sévigné

Le prince d'Harcourt et la Feuillade eurent querelle avant-hier chez Jeannin. Le prince disant que le chevalier de Gramont avait l'autre jour ses poches pleines d'argent, il en prit à témoin la Feuillade, qui dit que cela n'était point, et qu'il n'avait pas un sou. «Je vous dis que si. - Je vous dis que non. - Taisez-vous, la Feuillade. - Je n'en ferai rien.» Là-dessus le prince lui jeta une assiette à la tête, l'autre lui jeta un couteau ; ni l'un ni l'autre ne porta. On se met entre-deux, on les fait embrasser ; le soir ils se parlent au Louvre, comme si de rien n'était.

Lettre de Madame de Sévigné au comte de Bussy-Rabutin, Paris, 25 novembre 1655.

 

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lundi 27 avril 2015

mme de sévigné

Les Lettres de Madame de Sévigné m'intéressent par endroits, mais je dois avouer que la plupart m'ennuient.

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dimanche 26 avril 2015

arbousier

J'avais entendu dire et j'ai pu vérifier que l'arbousier donne un excellent bois de feu, pour les grillades notamment.

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samedi 25 avril 2015

du nom des rues

 

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J'ai déjà évoqué dans ces pages (le 16 janvier de l'an dernier) mon peu de goût pour les noms artificiellement donnés à des rues avec lesquelles ils n'ont pas de rapport naturel, et dont le choix obéit en général à des motifs idéologiques. Je leur préfère les noms utilitaires (rue de la Gare, place de l'Eglise ou de la Mairie, etc) ou les appellations transmises par la tradition, même quand leur signification originelle est devenue obscure. Je sais bien que la tâche n'est pas facile dans les zones récemment urbanisées, où les voies n'ont pas d'histoire, et souvent aucun caractère particulier, qui justifierait telle ou telle dénomination. Je ne suis pas non plus bien convaincu par la tendance poétisante, consistant à baptiser les rues d'un nouveau lotissement en leur attribuant des noms de musiciens, d'oiseaux ou de plantes (je fréquente une allée des Figuiers, où l'on serait en peine de trouver un seul spécimen de cette espèce). Quoiqu'il en soit, j'étais bien aise de découvrir par le quotidien régional, voilà un mois, que mes idées sur la question avaient déjà été celles de l'illustre Camille Jullian, dont certaines Editions des Malassis viennent de publier une conférence qu'il avait prononcée en 1923, intitulée Ne touchez pas aux noms des rues. Du coup, j'ai acheté ce mince livret pour lire l'exposé de l'auteur, qui dénonce justement la fonction de propagande de ce qu'il appelle «le système commémoratif». Ce texte ne manque pas d'intérêt mais je dois avouer, malgré toute mon estime pour l'historien de la Gaule et de Bordeaux, qu'il ne m'a pas emballé, et que ma phrase préférée en reste le titre. Paradoxalement, le nom de Camille Jullian a été donné à une place du vieux Bordeaux, par des édiles qui ignoraient peut-être l'opinion du savant sur la question. Tout récemment, mes études m'ayant conduit à feuilleter l'Histoire de Talence (une banlieue de Bordeaux) que Maurice Ferrus a publiée en 1926 (rééditée en 1993), j'y ai remarqué les pages (196-198) que l'auteur consacre à ce même problème des «perturbations viographiques» amenées par les changements de majorité politique. «C'est là un très mauvais système», conclut cet historien, dont une petite rue de la commune porte le nom, dans le quartier de Leysotte. Je n'ai pas bien trouvé ce que je cherchais dans ce livre, dont la consultation m'a cependant très agréablement diverti, par ses informations pittoresques et ses détails inattendus sur les petites gens et les grandes familles. J'apprends par exemple que le banquier philanthrope Peixotto, quand il se convertit du judaïsme au catholicisme, au XVIIIe siècle, n'eut pour parrain pas moins que le roi d'Espagne, ou que le seigneur de Thouars, deux siècles plus tôt, se devait d'offrir aux jurats de Bordeaux «tous les vingt-neuf ans, un épervier volant».

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vendredi 24 avril 2015

erreurs de lecture

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On me pardonnera cette futilité : je me suis amusé à relever, ces derniers temps, les erreurs de lecture, que favorise sans doute la baisse de l’acuité visuelle, ou parfois simplement le manque d’attention, ou d’éclairage. En certaines occasions, donc, j’ai cru lire :

«Prenez 10 kg rapidement» au lieu de «Perdez …» (sur une publicité).

«Anecdote : vitamine K1» au lieu de «Antidote …» (sur la notice d'une boîte de raticide).

«Grue d'atelier puante» au lieu de «Grue d'atelier pliante» (dans un prospectus de Leclerc).

«Cette édition s'adresse aux jeunes primates» au lieu de «… aux jeunes du primaire» (dans un programme du Goethe Institut).

«Gouvernement de trahison» au lieu de «Gouvernement de transition» (dans un article de Wikipédia).

«Allée des Mensonges» au lieu de «Allée des Mésanges» (sur un plan de ville).

«Garage Prestidigitation Service» au lieu de «Garage Prestation Service» (sur une enseigne).

«Directeur asiatique» au lieu de «Directeur artistique» (dans des indications éditoriales).

«Pâtisseries de chantier» au lieu de «Palissades de chantier» (dans un livre).

«Menace Service» au lieu de «Ménage Service» (sur une enseigne en capitales).

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lundi 20 avril 2015

mes vols

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Je ne me rappelle aucune leçon de morale à propos du vol, que j’aurais reçue en famille, à l’école ou au catéchisme, mais c’est probablement parce que j’ai oublié. J’étais d’une famille simple et honnête, et je ne me rappelle pas non plus que nous ayons été victimes de cambriolage.

      Mes deux plus vieux souvenirs de vol remontent à la période où je devais avoir entre sept et dix ans. J’avais un camarade et voisin, rapatrié d’Algérie, envers qui j’éprouvais beaucoup de sympathie, et l’admiration que l’on porte volontiers, dans ces âges, à ceux qui sont plus vieux de quelques années. Nous partagions la passion de la philatélie. Un jour, où il voulait faire des achats, je l’accompagnai dans une boutique spécialisée, tenue par une dame seule, dans le vieux Bergerac. Pour répondre à sa première question, la marchande a ouvert devant lui, sur le comptoir, un album où les timbres étaient fixés par de petites charnières adhésives. Puis il a demandé autre chose et, pendant qu’elle s’était retournée pour chercher ce qu’il voulait, je l’ai vu soudain arracher tous les timbres qu’il pouvait et se les fourrer dans les poches. J’en étais bien surpris, et décontenancé. Il me semble que par gêne, je n’ai jamais ensuite osé lui parler de ce qu’il avait fait. Certainement je ne l’approuvais pas, mais il était mon ami, et il l’est resté quelques années.

      L’autre souvenir de cette époque est que je possédais un petit livre de bande dessinée, en format de poche, qui me plaisait beaucoup, et qui un beau jour a disparu. Quand il fut clair qu’il n’était pas simplement égaré, il fallut se rendre à l’évidence qu’il m’avait été piqué, sans doute par quelqu’un de mes petits contemporains, qui venaient parfois jouer dans l’appartement. Cette perte m’a beaucoup peiné, et je dois dire qu’un demi-siècle plus tard, je rachèterais volontiers un exemplaire de l’ouvrage, s’il se présentait. Je crois que sur le moment, dans ma naïveté, je n’ai même pas soupçonné l’auteur vraisemblable du larcin, le même que j’avais vu à l’œuvre chez la commerçante.

      Ne sachant pas dans quel ordre se sont succédé ces deux incidents, je ne peux dire si j’ai découvert le vol d’abord comme victime, ou comme spectateur. En tout cas pas comme acteur. Je ne me souviens pas que j’aie jamais volé ni que l’on m’ait volé quoi que ce soit dans le cadre de l’école, du collège ou du lycée. Pour être exact, toutefois, je rapporterai aussi ces autres incidents.

      Je me suis trouvé une fois chez un camarade que je fréquentais peu, peut-être fut-ce là ma seule visite chez lui. Il avait en sa possession une abondante collection de timbres, et nous en vînmes à négocier. Je fus tout surpris de la facilité avec laquelle il acceptait d’échanger, contre les banalités en double que je lui proposais, une bonne douzaine de très prisés timbres que nous appelions «de Napoléon», c’est à dire à l’effigie de Napoléon III, ou de l’antique Cérès républicaine. Inattendue aubaine. Or à quelque temps de là, des bruits me parvinrent, expliquant la généreuse insouciance de mon partenaire, qui m’avait refilé des biens ne lui appartenant pas, mais faisant partie de la collection qu’un autre avait laissée chez lui. Et personne ne me réclamant rien, j’ai eu la lâcheté de faire comme si j’ignorais tout.

      Il y a eu aussi ce bizarre épisode, une fois où nous étions venus rendre visite à mes grands-parents de la Croix-Comtesse. Dans l’entrée de la maison était installé un petit buffet bas, sur lequel mon père avait posé son paquet de Gauloises. Mû par une inspiration mystérieuse, j’en ai piqué une. Je ne saurais dire pourquoi, vu que je ne fumais pas. Peut-être voulais-je ainsi confusément m’emparer de quelque attribut du pouvoir paternel, ou de l’univers des adultes. En tout cas j’ai fait cela presque innocemment, quoique secrètement, sans penser que l’acte pouvait avoir une quelconque gravité, et sûr qu’il passerait inaperçu. C’était mal calculé. Mon père, qui savait très bien à combien il en était, eut tôt fait de repérer le larcin et d’entrer dans une fureur noire, sans cacher qu’il me soupçonnait. Je ne sais plus très bien comment ça s’est terminé, j’étais épouvanté, j’ai nié farouchement, et j’ai dû remettre la cigarette à sa place sans rien dire.

      Je me souviens encore d’une fois où, partis en vacances, nous avons visité le site d’Alésia. Je trouvais ces ruines formidables, et comme cela semblait assez facile à réaliser, j’ai discrètement ramassé une petite dalle, que j’ai dissimulée sous mes vêtements. J’ai appris ce jour-là que l’on ne désire jamais que ce que l’on n‘a pas, et qu’on se trouve parfois déçu une fois qu’on s’en est emparé. Car je me suis bien ennuyé à trimballer ce trophée pendant toute la promenade, après quoi je m’en suis assez vite débarrassé. Souvent depuis je me suis dit que mes parents avaient peut-être repéré mon manège, mais avaient eu l’indulgence, une fois n’est pas coutume, de faire comme si de rien n’était.

      Plus tard, dans l’adolescence, j’ai aussi traversé une crise étrange, dans laquelle un désir soudain et impérieux m’a poussé à soustraire à la bibliothèque municipale une demi-douzaine de livres, touchant le sujet que j’avais le plus à coeur, et qui n’était plus les timbres-poste, mais l’Amazonie. Je me rappelle obscurément qu’une fois le forfait accompli, ne sachant que faire, n’osant rentrer chez moi avec ce butin, ni le rapporter où je l’avais pris, j’ai erré un moment dans la ville, puis je suis allé faire brûler ces livres au bord de la rivière. Aujourd’hui encore je ne peux repenser à cet épisode sans être ému du gâchis stupide, et de la désorientation du jeune homme que j’ai été. J’espère avoir en quelque sorte racheté ma dette en offrant, quelques années plus tard, une ou deux caisses de bons livres à cette institution.

      Dans mon premier âge adulte, je me suis bizarrement rendu coupable de deux petits vols involontaires, lors de mon premier voyage en Grèce. Le premier se déroula dans une poste, où j’étais allé faire affranchir quelques cartes postales. Pour rendre mes envois plus pittoresques, je voulais compléter les adresses en ajoutant, au nom français des trois ou quatre pays de destination, leur nom en grec. Je priai le postier de me les indiquer. Quand ce fut fait, je repartis, oubliant complètement de payer, cependant que le guichetier, pendant cet échange, avait lui-même oublié de me réclamer quoi que ce soit. Une fois dehors, je réalisai mon erreur et revins dans la poste pour régler ma dette. Mais comme l’employé ne parlait ni français ni anglais, et que la langue des signes ne suffisait pas à m’expliquer, il me fut impossible de lui faire comprendre que j’étais revenu pour payer les timbres qu’il m’avait fournis. Il ressortait son classeur, comme si je voulais lui en acheter d’autres. De guerre lasse, j’ai laissé tomber. Un autre jour, où nous repartions de la plage, comme j’étais le dernier des quatre à quitter les lieux, je ramassai sur le sable un petit débardeur mauve, qu’un de mes compagnons avait dû oublier. Or quand je les eus rejoints, il s’avéra que le vêtement n’appartenait à aucun d’entre eux, mais sûrement à quelque baigneur inconnu, qui avait eu l’imprudence de le poser assez près de nos affaires pour créer la confusion. Et comme nous étions garés loin, et que j’étais incertain de retrouver l’endroit, je suis parti avec.

      C’est je crois l’année suivante, que j’ai subi un petit vol, pas très grave mais très désagréable. Un dimanche, je rentrai de Dordogne à Bordeaux un peu trop tôt pour accéder à l’appartement de banlieue dont j’étais colocataire, mais dont je n’avais pas encore la clé, ou quelque chose comme ça. En attendant, j’allai passer la fin de l’après-midi chez des amis habitant le centre-ville, rue de la Rousselle. C’était encore l’époque où l’on pouvait aller à Bordeaux en voiture et surtout s’y garer. En repartant, j’ai trouvé ma portière forcée, et un sac de vêtements éparpillé dans l’habitacle. On ne m’avait volé qu’un objet, sans valeur sauf à mes yeux, une boîte de diapositives que je venais de recevoir.

      Je devins vers cette année-là, à vingt ans ou à peine plus, le voleur que je n’avais jamais été. Je fus influencé dans ce sens par la fréquentation d’un ami, dont j’avais été le condisciple pendant un an, dans une école. C’était un beau garçon, fils d’immigrés espagnols, intelligent, vif, assez instruit, très communiste, et un peu voyou. Il m’avait beaucoup appris, m’initiant notamment aux écrits des situationnistes, quand ils n’étaient pas encore si célèbres, et plus généralement aux publications des éditions Champ Libre, dont il était un collectionneur assidu. C’était par ailleurs un kleptomane, un voleur compulsif et culotté, dont la hardiesse m’impressionnait. Je l’ai vu une fois entrer dans un magasin, prendre de but en blanc trois livres de poche, dont il n’avait probablement pas même pris le temps de regarder les titres, et les glisser sous son simple T-shirt en croisant effrontément les mains sur son ventre. J’admirais alors ce genre d’exemple. N’était-ce pas là un vrai rebelle, qui s’en prenait à la vilaine société spectaculaire-marchande? Je ne sais ce qu’il fait aujourd’hui, je crois qu’il est devenu journaliste dans un média d’état, ce qui n’a rien d’exceptionnel, car sans doute plus d’un voleur communiste a trouvé à s’employer dans cette corporation. Toujours est-il qu’édifié par ce beau modèle, je me suis mis moi aussi à exercer l’art pas très difficile de voler dans les magasins, avec la conscience tranquille du marxopithèque commun, persuadé que s’il est mal loti, ce n’est certainement pas parce qu’il a les côtes en long, mais parce qu’il est opprimé, pardi.

      Oh, je n’ai pas volé grand chose, tout compte fait, quelques marchandises par-ci, par-là de temps en temps. Des aliments, parfois, dans les supermarchés. Mon souvenir le plus risible est celui du jour où, tandis que je passais à la caisse, une barquette de viande coincée sous l’aisselle, le sang gouttait sur mon côté. Quelques livres, aussi. Je me rappelle avoir une fois volé compulsivement un Que Sais-Je pris au hasard, dans une librairie maintenant disparue de la place Pey-Berlan, était-ce Gibert? Je me rappelle plus précisément avoir volé deux livres, chez Mollat : Les mammifères du monde entier (de Hvass et Peter, chez Nathan, un petit volume pas luxueux mais charmant) et un Guide bleu, peut-être celui du Mexique. J’ai souvent songé au moyen de réparer ma faute en dédommageant cette maison que j’estime, et dont je suis client. Mais comment faire? Je ne peux remettre les livres à leur place : je n’ai plus le Guide bleu, et j’ai si souvent feuilleté le livre des mammifères, qu’il est maintenant tout fripé. (Cette méditation me ramène le souvenir de Michou, qui ne volait guère, mais m’avait dit envisager au contraire d’introduire secrètement des livres chez les libraires, en les insérant dans les étagères). Et j’aurais trop honte de me confesser au directeur du magasin. Peut-être devrais-je simplement me renseigner sur le prix actuel des deux livres, ou de leur équivalents, et envoyer un chèque par la poste, avec ou sans explication.

      Ma carrière de voleur a connu un coup d’arrêt par une après-midi ensoleillée, quand, après avoir barboté je ne sais quoi, peut-être un stylo, dans une papeterie du cours de l’Intendance, j’ai entendu quelqu’un me héler au moment où je sortais, et je n’ai dû mon salut qu’à la fuite. Je me jurai alors d’arrêter ces conneries. Encore ne pris-je cette décision que guidé par la peur du risque, et non par la conviction morale. Et je ne suis pas sûr de n’avoir pas encore récidivé quelques fois, après cette alerte. Ce n’est que passé la trentaine, que je suis revenu à des considérations plus apaisées, au goût de la tranquillité et de la propreté. Je n’ai plus dès lors connu le vol que comme victime, me semble-t-il, et grâce à Dieu pas très souvent. Tout le monde peut être ou devenir voleur, certes, même ponctuellement, nous ne sommes que des pécheurs soumis à la tentation du mal. Mais il n’y a rien là que d’assez laid, une crasse mentale comparable à la prostitution, car hormis les cas extrêmes, nul ne vole ni ne se prostitue par obligation absolue, mais parce que dans le fond il ou elle s’accommode de cette fripouillerie.

      Je me souviens d’avoir vu de ma fenêtre, un soir, quand j’habitais à Saint-Pierre, un rodeur qui allait de voiture en voiture, inspectant l’intérieur, tentant d’ouvrir les portières. Puis il s’est aperçu que je le regardais et il s’est éloigné. Il portait sur le visage toute l’inquiétude répugnante des lascars de ce genre.

      Dans le début de ma période rue Sainte-Catherine, j’ai été victime d’une tentative de vol, sans importance, mais mémorable. Un dimanche matin, j’étais descendu au marché, dans le bas du cours Victor Hugo, et je m’étais arrêté à un étalage, sur le trottoir, pour y acheter un joli portefeuille italien en cuir rouge foncé (celui dont je me sers toujours aujourd’hui). Le marché conclu, j’ai rangé l’objet dans la poche extérieure gauche de mon blouson, et je suis resté devant l’étalage en attendant que le vendeur revienne avec la monnaie. Sur ma gauche se tenait une espèce de Balkanthrope rustaud, qui regardait ailleurs et me serrait d’un peu trop près. En m’écartant d’un pas, j’ai vu qu’il avait les bras croisés devant lui, et sa main gauche, dépassant de sous son coude droit, s’agitait dans le vide. Il m’avait vu mettre le portefeuille dans ma poche, sans comprendre qu’il était neuf et donc vide, et essayait de me le piquer, alors que je venais à peine de l’acheter.

      On a forcé mon appartement, un jour de 93, et j’ai trouvé la porte ouverte en arrivant. On m’avait volé peu de choses, mon appareil photo et un parapluie. J’ai regretté les photos. Je me souviens que je n’en avais pris que quatre sur la dernière pellicule, deux lors d’une récente et pour moi exceptionnelle visite à Toulouse, où j’avais rencontré mon correspondant Oustric, et deux portraits d’une amie, qui venait de temps en temps boire du vin blanc avec moi. Le voleur, ou la voleuse, n’avait pas touché, par ignorance ou par précipitation, des monnaies anciennes offertes par l’ami toulousain, qui trainaient sur le bord de mes étagères.

      C’est aussi dans le couloir de cette maison que l’on m’a volé un vélo, par la faute de la commerçante d’en bas, qui négligeait de tenir la porte fermée.

      Quand j’ai acheté mon premier bois, celui de Cunèges, ma mère m’a donné une quinzaine d’outils de jardin qui avaient appartenu à mes grands-parents, et je les ai naïvement déposés dans l’espèce de cabanon ouvert à tous les vents que j’avais fabriqué. On m’avait déjà volé des plantes et divers objets que j’avais apportés là. Un paysan du coin m’a donné son avis, que les voleurs sont des fainéants, que les fainéants n’aiment pas travailler, et que donc on ne me volerait pas les outils. J’ai gobé ce pauvre sophisme et me suis fait voler mes outils les uns après les autres, jusqu’à ce que je me décide à sauvegarder ceux qui restaient.

      Il y a eu aussi l’histoire de ce petit buffet, celui de la Croix, sur lequel jadis mon père déposait ses clopes. Un petit meuble très simple mais joli et ancien, un parallélipipède d’environ un mètre de large, sur cinquante centimètres de haut et un peu moins en profondeur. Il faisait partie des affaires que ma mère avait récupérées après le décès de la grand-mère et avant la mise en location de la maison. Lorsque je suis devenu à mon tour propriétaire de la maison, ma mère m’a offert ce meuble, que j’allais en quelque sorte rapporter à sa place. Je l’ai chargé sur la banquette arrière de la voiture, et me suis arrêté passer un moment au bois de Cunèges, avant de remonter en Charente. Mais quand je suis revenu à ma voiture sur le bord de la route, elle avait été forcée et le buffet avait disparu. Je ne l’ai possédé que quelques heures. Il m’en est resté la photo.

      On ne m’a presque rien volé à la Croix, ce qui m’étonne. Les premiers temps, je fermais le portail au moyen d’une chaîne, que je passais à la jointure des deux battants. Et quand j’étais sur place, je laissais la chaîne accrochée entre deux barreaux. On me l’a prise. J’en ai racheté une deuxième. On me l’a volée pareillement. Depuis j’y ai renoncé, je m’en passe. Il y a aussi un livre que j’aimais bien, un recueil de dessins d’Aslan, qui ne peut avoir été pris que par un de mes visiteurs. Un esthète, qui aura eu un moment de fébrilité, je le comprends.

      Rien de grave, dans l'ensemble, j'ai eu de la chance.

 

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