Journal documentaire

lundi 30 janvier 2012

Le cinéma de A à E - cinq pièces

fep

Vu Five easy pieces, de Bob Rafelson (1970). Un jeune bourge caractériel anti-bourgeois tâte de la vie de prolo et se consacre à accabler son entourage par ses mufleries. Il est particulièrement odieux avec sa petite amie prolotte, ravissante idiote dont on se demande dès le début et jusqu'au bout pourquoi il ne la largue pas une bonne fois pour toutes. Le film maintient habilement l'ambiguïté quant à l'essence du protagoniste, que l'on peut considérer comme un rebelle anti-conformiste, un existentialiste angoissé, ou un simple malade mental. Je trouve Jack Nicholson plutôt agaçant dans ce personnage de tête à claque, malgré son grand charme physique et l'évident talent d'acteur qu'il manifeste par exemple dans la scène du monologue avec son père handicapé. La déco de la maison de campagne me plaît assez, mais ce n'était sans doute pas le but. La plus mémorable me semble être la dernière scène. C.

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mercredi 25 janvier 2012

Le cinéma de A à E - thérèse

therese

Vu Thérèse, d'Alain Cavalier (1986). J'admire autant le talent pictural du réalisateur, que son culot dans le choix du sujet. A.

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mardi 24 janvier 2012

résistance du livre

imagesOn ne s'étonne qu'à moitié de trouver encore sur les étagères de l'université des ouvrages qui ont eu sans doute bonne mine en leur temps, mais que trois ou quatre décennies ont suffi à rendre complètement obsolètes, dans le fond ou dans la forme. Exemple du premier cas, Un se divise en deux : l'arme révolutionnaire de Mao Tsé-toung, une somme de plus de 600 pages pondue en 1976 par un halluciné dûment diplômé. Le bibliothécaire qui ferait le ménage affronterait ce choix : bazarder dans l'oubli cette bouse inutile et honteuse, ou au contraire la conserver pour édifier la jeunesse en lui prouvant que sans blague, cela fut. Exemple du second cas, une savante histoire de l'art parue en 1971, réunie dans un coffret avec une boîte de diapositives et une cassette audio. Les diapos, représentant des oeuvres maintenant faciles à retrouver en ligne, ont viré au monochrome rougeâtre et leur cadre se décolle, quant à la cassette, on n'a plus même l'appareil qui permettrait de vérifier au moins si elle marche encore. On voit là que seule se maintient, parmi ces trois formes, la plus ancienne, celle du livre en papier, à qui je vois encore un avenir.

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dimanche 22 janvier 2012

Le cinéma de A à E - stellet licht

Lumiere_s

Vu l'autre jour Lumière silencieuse (Stellet licht, 2007) de Carlos Reygadas. Film atypique, au rythme lent, joué par des acteurs non professionnels, dans une communauté mennonite du nord du Mexique, avec les dialogues en plautdietsch (un patois germanique). C'est l'histoire simple d'un homme marié qui s'éprend d'une autre femme. Il y a là du bon goût pour le silence et les paysages, moins pour les décors. Les scènes sont parfois longuettes, toujours bien cadrées, dont une surprenante où les personnages regardent une petite vidéo de Jacques Brel chantant les Bonbons. Le premier plan, une vue de ciel, est prodigieux, le dernier l'imite sans l'égaler. C'est une belle oeuvre. B.

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vendredi 20 janvier 2012

rêve de salamandres

Rêve serein juste avant le réveil, que j'habitais une maison de campagne un peu comme dans la réalité, mais celle-là située sur des hauteurs. C'était la nuit, et malgré l'obscurité je remarquais la présence de plusieurs salamandres dans le jardin. La découverte me réjouissait. J'attribue cette vision à ma récente relecture de notes de l'époque où j'ai acheté mon premier bois, celui de Dordogne. Pendant les quelques mois entre le moment où j'ai découvert son existence et celui où je suis devenu propriétaire, il m'est arrivé deux fois, en en repartant à la tombée du jour, de trouver des salamandres, notamment des couples de salamandres, un peu partout sur le chemin d'accès et ensuite sur la route. Je pensais avoir le plaisir d'en retrouver souvent mais je n'en ai plus jamais revu. Dans le rêve, les salamandres n'étaient pas tachées de jaune mais entièrement noires, comme la grenouille mélanique rencontrée une fois dans le même bois. Je manipulais ensuite des billes en terre cuite, en expliquant à quelqu'un qu'il s'agissait plus précisément de "flot-billes". Le sens de ce mot me semblait évident, mais une fois éveillé je ne le comprends plus. Il y a quelque chose de liquide dans une quantité de billes, qui peut en quelque sorte couler à la façon d'un gros sable, mais il ne s'agissait pas de ça. L'évocation de ce jeu enfantin m'a rappelé un souvenir de maladresse, un de plus, de quand j'avais dans les sept ans, la première année où j'ai vécu à Bergerac. Je venais d'arriver dans une école où je ne connaissais personne, et où tout le monde jouait aux billes. Un gamin m'avait proposé de faire une partie avec lui et j'acceptai volontiers. Avant de commencer, il me demanda si je ne "bourrais" pas. Je n'avais aucune idée de ce que cela signifiait, mais je sentais que ce n'était pas un comportement souhaité. Au bluff, je l'assurai que non. En fait, "bourrer" voulait dire envoyer le boulet trop loin, au début de la partie, ce que justement je fis aussitôt. Le gars a râlé un peu mais sans plus. Et moi j'étais un peu gêné mais pas trop. Alors, ça allait.

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jeudi 19 janvier 2012

Le cinéma de A à E - wenders

alice

Vu Alice dans les villes, de Wim Wenders (1973). Il y a un moment où le protagoniste improvise une histoire pour endormir la fillette, et le scénario donne la même impression de bricolage incertain (l'effet soporifique est d'ailleurs analogue). Le dandysme du branlocheur qui prend des polaroids en affichant une mine désabusée fait un peu rigoler, quarante ans après. De même la critique de l'aliénation, vue d'aujourd'hui, pue l'enfant gâté. Le plus frappant dans le film, qui n'a pas été fait pour ça, c'est le témoignage sociologique involontaire sur le changement des moeurs : on s'étonne maintenant de voir ces gens fumer n'importe où, rouler sans ceinture de sécurité, et faire le plein d'essence comme qui rigole. La fillette est vraiment charmante. D.

Vu aussi, du même, Faux mouvement (1975). Film entièrement chiant, d'un bout à l'autre (j'ai tout regardé). On sent dans le scénario la patte gluante de Peter Handke. E.

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mercredi 18 janvier 2012

encore un

J'ai remarqué l'autre jour cet alexandrin sans façons (un alex popu, disons-le) : "Je le voyais venir gros comme une maison".

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mardi 17 janvier 2012

ses inscriptions

scutUn heureux hasard m'a permis de découvrir l'oeuvre de Louis Scutenaire, en l'occurrence son premier volume de Mes inscriptions (1945) dans une réédition de 1990 (Editions Labor, à Bruxelles). Le livre comporte quelques photos sur lesquelles je vois que Scut, à défaut d'une belle tête, avait une bonne tête, sympathique. J'apprends que ce surréaliste belge a mené une carrière pas très rebelle de fonctionnaire au ministère de l'intérieur. Il était paraît-il communiste (cela va bien avec le métier) et des plus mordus, puisqu'il aurait fait partie de ceux qui ont défendu la Chine après l'URSS, puis l'Albanie après la Chine. Mais l'idéologie ne se ressent pas beaucoup dans la teneur de ces pages très agréables à lire, et je trouve que Scutenaire s'est honoré en refusant de signer le tract excluant un membre du groupe surréaliste belge sous prétexte qu'il avait composé la musique d'une messe. Lesdites inscriptions sont des textes courts, leur longueur moyenne est celle d'un petit paragraphe, pouvant se réduire à une ligne ou s'étendre à une page. Vers le milieu de l'ouvrage se trouve une déclaration à tous égards centrale, dans laquelle l'auteur donne son programme : «Je note volontiers ces choses que chacun pense et dit mais que n'écrit personne» (p 155). Le «chacun» et le «personne» seraient à discuter, mais le fait est que l'on est en présence d'un recueil hétéroclite rassemblant des pensées morales, des aveux de goût, des récits de rêve, des notes de lecture, des propos rapportés, des souvenirs, des citations, des blagues, des listes, etc. Le penchant pour l'éclectisme et la brièveté m'a rappelé quelqu'un. Quelques unes des inscriptions m'ont déplu par leur caractère vaseux, ridicule ou absurde, mais l'ensemble est assez frais, inspiré et excitant, sincère, sensible et subtil (comme Louison, «j'aime bien les adjectifs», p 321).

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lundi 16 janvier 2012

rêve de jaune

byrrhJ'ai rêvé cette nuit que j'étais devant un étalage de brocante, dans lequel je choisissais une statuette publicitaire de la marque Byrrh, faite dans une sorte de résine synthétique jaune vif. Près de la table se tenait debout l'écrivain Céline, vêtu d'un manteau et d'une écharpe, et je comprenais tout d'un coup que c'était lui le vendeur. Je lui demandais le prix de l'objet. Il marqua un temps avant de répondre à voix basse qu'il en demandait seize francs. J'observai moi-même un silence avant de dire que j'acceptais le marché.
(PS. En vérifiant des informations sur cette boisson, j'apprends qu'elle était la création des frères Violet, couleur complémentaire du jaune...)

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mercredi 11 janvier 2012

verbes de couleur

Des remarques lues chez Jünger m'amènent à considérer les verbes dérivés des noms des couleurs. Il en existe en français toute une série, pouvant avoir le sens passif de prendre une couleur, ou le sens actif de la donner. Ils s'appliquent naturellement aux couleurs de base (rougir, jaunir, bleuir, verdir, blanchir, noircir) mais aussi à quelques couleurs secondaires (rosir, brunir, griser) et à des teintes métalliques (argenter, dorer, cuivrer, bronzer). On observera dans cette série que les trois couleurs primaires (ou parfois tenues pour telles) soit le jaune, le rouge et le bleu, ont toutes un verbe associé, mais que parmi leurs trois intermédiaires, seul le vert en est doté, et non le violet, ni l'orange (bien que la variante "orangé" ait un air de participe, qui supposerait un verbe "oranger"). Je constate qu'il existe aussi des verbes possédant le sens très particulier de rayonner d'une certaine couleur, avec peut-être une idée de luminosité, mais je n'en trouve que deux exemples : rougeoyer et verdoyer. Ce privilège du rouge et du vert suggère que les deux couleurs, qui sont celles du feu et de la forêt, celles de l'herbe et du sang, possèdent une importance primordiale, un pouvoir spécial.
couleur_primaire

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mardi 10 janvier 2012

épargne

Régulièrement quelqu'un fait remarquer que l'on épargnerait les deniers publics en supprimant ou en restreignant telle dépense injustifiée, et aussitôt la voix sonore des imbéciles s'élève en choeur pour assurer que ce ne serait là que bout de chandelle, mesure symbolique et donc inutile. Dès lors tout est perdu. Dans de telles dispositions, on ne parvient à rien.

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dimanche 8 janvier 2012

au jardin

Il faut se promener dans le jardin et faire des petits trucs précis et calmes. Peu de gens le savent, sans quoi il y aurait foule au jardin et il perdrait son intérêt.

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jeudi 5 janvier 2012

Lettre documentaire 488

Mes préférés des 706 PROVERBES BASQUES recueillis par le sieur Arnaud d’Oyhenart

(Je les ai lus en dans une photocopie de l’édition originale, parue à Paris en 1657, qui présente d’abord les phrases en langue originale puis la version française, en précisant que «Ce qui se trouvera en cette interprétation écrit en italique, sont des ajoutements faits au texte basque, pour une plus ample explication d’icelui». Et j’ai légèrement modernisé l’orthographe ou la tournure de certains.)

 

9. L’effronté, dans un festin, se fait traiter avec des perdrix rôties, au lieu que le honteux, ou le discret, n’a que les restes du pain.

15. A un père qui amasse du bien, succède un fils qui le dissipe.

21. Une mère qui a trop de tendresse pour ses enfants, les fait teigneux.

34. Le poisson et l’hôte deviennent puants, passé trois jours, et il faut les jeter hors de la maison.

55. La borne sied très bien entre les champs de deux frères.

64. Tout le monde court sur un arbre abattu, pour en tirer du bois.

72. Il y en a de si malheureux, que les vers s’engendrent jusque dans leur salière.

91. Qui peut être à soi, ne soit à autrui.

103. Vis bien avec les gens de bien, & ne te brouille pas avec les méchants.

112. Chéris ton ami, pour les bonnes qualités qu’il a, & ne l’abandonne pas pour quelque petit défaut, car chacun a le sien.

123. A chaque oiseau, son nid paraît beau.

126. Celui qui fait son bois de chauffage en un mauvais endroit, est obligé de le charrier sur ses épaules.

143. La sottise est un mal incurable.

148. Dis la vérité, et tu seras pendu.

157. L’une main lave l’autre, & les deux lavent le visage.

159. Ni grain de lieu marécageux, ni bois de lieu ombrageux.

164. Il n’y a point de montée, qui n’ait sa dévalée.

169. Châtie ton enfant pendant son bas âge, afin qu’après il ne vienne à se perdre et devenir misérable.

177. Tout mal a son pire.

185. Une jeunesse oiseuse, produit une vieillesse nécessiteuse.

186. Il n’y a point de laides amours, pour celui qui aime.

199. La matinée rouge est présage de pluie, la soirée rouge de beau temps.

217. Celui qui a des enfants, ne mange pas les meilleurs morceaux lui-même.

222. Celle qui couche avec les enfants, n’a pas toujours sa chemise nette, quand elle se lève.

231. Tu ne daignerais fendre ce bois, comme étant issu de grande race, ni moi, pour être le fils du gentilhomme de ce lieu, qui sera-ce donc qui nous le fendra?

241. Trois peu, et trois beaucoup, gâtent le monde : avoir peu et dépendre beaucoup, savoir peu et parler beaucoup, être peu de chose et présumer d’être beaucoup.

245. Il vaut mieux peu de bien, et ne devoir rien, que d’avoir beaucoup de bien, et être accablé de dettes.

251. Cela est bien dit, mais amène-nous quelqu’un qui le fasse.

259. Quel est le plus rude entre tous les seigneurs? C’est celui qui est parvenu de rien à être seigneur.

270. Le meilleur jeu, c’est celui qui dure le moins.

279. Celui qui a des noix à manger, trouvera assez de pierres pour les casser.

285. La mer n’a point de branches, à quoi on puisse se prendre quand on se noie.

301. Laquais fainéant, il n’y a qu’un an qu’il était misérable, le voilà à présent leste et bien vêtu, l’année qui vient il fera le monsieur, et enfin deviendra gueux.

305. Qui délaie, n’achève pas.

307. Le vin, bu avec mesure, fortifie les faibles, et pris outre mesure, affaiblit les forts et les gaillards.

313. Si ton domestique te demande de ton argent ou de ton grain pour autrui, baille-lui d’un tison par le cul.

320. Le monde ressemble à la mer, on y voit noyer ceux qui ne savent nager.

321. Celui-là devient de maître valet, qui à son serviteur découvre son secret.

339. Là où il trouve du potage, il trempe sa soupe.

341. C’est chose légitime, que chacun ait le sien.

343. Une injure soufferte en appelle aussitôt une autre.

357. Les trop longues promenades perdent les poules et les femmes.

369. Tandis que le chaudron, pour faire cuire le cerf, est pendu à la crémaillère, le cerf court parmi le désert.

376. C’est une tâche fort malaisée, de faire chose qui à tous agrée.

391. En fuyant le loup, j’ai rencontré l’ours.

398. Ne t’amuse pas à prêter ton argent à celui à qui tu serais obligé après de le demander le chapeau au poing : c’est à dire à plus grand que toi.

402. Loue le champ qui est sur le coteau, mais acquiers pour toi celui qui est en plaine.

403. Chaque buisson a son ombre.

408. Un railleur subtil donne du plaisir, mais s’il est grossier, il est dégoûtant.

411. Il faut faire le feu à Noël avec de grosses souches, et à Pâques avec des branches.

430. Lequel est le plus riche de tous? C’est celui qui se contente de ce qui lui faut justement.

446. Que sait faire le lourdaud? Il sait défaire ce qui est bien fait.

448. Celui-là gagne beaucoup, qui oublie le jeu et les putains.

505. Le complant du pauvre est clair et mal fourni de plantes, et encore celles qui y sont se trouvent tordues.

535. Il n’y a arbre qui n’ait quelque branche sèche.

542. Celle qui s’engrossa de vent, s’accoucha de vesses.

579. Celui qui a une belle femme en sa maison, sa maison en la terre de l’ennemi, et sa vigne auprès du grand chemin, n’est pas sans souci.

601. Le mal qu’on a souffert sert d’instruction.

631. La colère d’une personne faible, c’est comme une noisette rôtie, c’est à dire une chose qui ne fait ni mal ni bien.

654. Celui-là fait tort aux bons, qui pardonne aux méchants.

663. Celui qui ne sait pas prier Dieu, qu’il s’adonne à la mer pour l’apprendre.

674. Le lard et le vin de l’année courante, l’ami de plusieurs années, sont les meilleurs.

685. Celui qui seul mange sa poule, que seul il cueille son avoine, ou son orge.

688. En cent ans, tu pourras voir un seigneur devenu roturier, et un roturier devenu seigneur.

695. Celui-là ne sera pas bien servi, qui folâtre ou se joue avec son serviteur, ou avec sa servante.

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mercredi 4 janvier 2012

tous ensemble

Il paraît que les Français ont de moins en moins de pèse, mais vont de plus en plus au cinéma. Sans vouloir être déplaisant, je me demande si ce n'est pas le signe qu'ils sont de plus en plus cons.

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dimanche 1 janvier 2012

Bonne année à tous

CfI40

(Le Chasseur français, janvier 1940)

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jeudi 29 décembre 2011

bruxelles

mediumJe reviens de passer quatre journées à Bruxelles, entre le soir du vendredi 23 et le mercredi 28 au matin. Je n'ai plus moi-même le goût des voyages, mais je faisais ce déplacement pour accompagner une faible femme de ma connaissance, qui allait là-bas rendre visite à sa fille. Nous étions reçus dans la banlieue de Jette, au douzième et dernier étage d'un grand immeuble de petits logements.
La vue depuis la terrasse offrait un vaste panorama de la ville, d'où se détachaient sur la gauche les projecteurs du Heysel et les boules enguirlandées de l'Atomium, sur la droite la basilique de Koekelberg. Ce vaste édifice, paraît-il le quatrième plus grand bâtiment chrétien au monde, me plaisait de loin par sa silhouette néo-byzantine majestueuse, et plus encore par réaction au petit paragraphe infect que lui consacre le Guide du routard, feuilleté un moment. Entre les toits autour de chez nous volaient quelques pies et corneilles parmi une foule de mouettes, probablement de l'espèce dite rieuse.
Je connaissais à Bruxelles trois correspondants que je n'ai jamais rencontrés en personne et je pensais en profiter, mais l'un d'eux était parti en vacances, un autre n'avait pas l'air bien disposé, et du coup je n'ai pas osé contacter le troisième, ce qui a simplifié ma vie sociale.
Dans les rues et dans les transports, nous étions surpris par le grand nombre de personnes étrangères ou d'origine étrangère, si bien que nous éprouvions parfois la sensation de notre propre étrangeté moins comme des Français chez les Belges, nos semblables, que comme des Européens isolés parmi une majorité d'Exotiques.
Lors de ma seule précédente venue dans cette ville il y a plus de vingt ans, j'avais déjà vu la Grand Place, qui m'a paru cette fois-ci moins grande mais plus belle que dans mon souvenir. J'ai découvert deux autres places charmantes, celle du Petit Sablon (un square à statues) et celle du Grand Sablon. Entre les deux, Notre-Dame du Sablon, la seule église où j'ai eu l'occasion de noter des signatures de verriers, jusqu'alors inconnus de moi, Camille Ganton-Defoin et Louis-Charles Crespin.
Au cours d'une promenade dans le parc de Laeken, par temps maussade, nous avons pu contempler une série de bâtiments remarquables, de styles très différents : le bizarre Atomium, le mémorial néo-gothique à Léopold Ier, les Serres royales, un pavillon dans le goût chinois et une tour japonaise. J'ai eu pendant cette marche la meilleure surprise du voyage, en remarquant la présence de Perruches à collier (Psittacula krameri). Je savais que quelques colonies de ces oiseaux afro-asiatiques d'un beau vert, longs d'une quarantaine de centimètres, se sont naturalisées en quelques points de l'Europe, mais je n'en avais jamais vu. Il y en avait aussi dans les autres parcs de la ville où je suis passé.
J'ai visité une supérette Delhaize qui ne m'a pas fait bonne impression, mais j'ai bien aimé le supermarché Delhaize de l'avenue de l'Arbre Ballon, assez grand sans être immense.
J'ai failli lire une bande dessinée d'Enki Bilal, Animal-z (Casterman, 2009) qui s'ouvre sur une citation ridicule de Jean Baudrillard et se poursuit par une histoire qui ne m'intéressait pas. Je trouvais les dessins talentueux mais insipides, et il manquait peut-être un scénariste.
J'ai examiné plusieurs fois le bel album de Shaun Tan, au titre français un peu pompeux de Là où vont nos pères (The arrival, 2006, Dargaud, 2010). C'est une bande dessinée sans paroles racontant des scènes de la vie d'un émigré. Il ne s'agit bien sûr pas du genre d'émigré parasite arrogant hostile auquel les esprits chagrins pourraient songer. C'est tout au contraire un type à la bonne mine (tout simplement les traits de l'auteur australien lui-même, me semble-t-il), l'air si humble et bien disposé, avec son petit chapeau et sa petite valise. Ce thème de bon ton est alourdi par quelques tendances enfantines, comme la représentation d'animaux domestiques sous la forme d'espèces de Mickeys futuristes, ou l'habitude du personnage d'établir de bonnes relations en fabriquant des cocottes en papier. Malgré toute la niaiserie que l'on peut trouver à la pelle, j'admire la qualité brumeuse des illustrations, notamment des paysages visionnaires et des portraits.
J'ai abandonné pendant deux jours les journaux de Jünger pour dévorer un passionnant "page turner" que l'on avait eu la gentillesse de m'offrir, à savoir L'instinct de mort, les mémoires de Jacques Mesrine, sans cesse réédités depuis leur première parution en 1977, maintenant en Pocket. Malgré mon peu d'attirance pour le personnage, j'étais depuis longtemps curieux de lire ce document. Je ne sais si l'auteur s'est fait aider ou revoir. Le style n'est pas ouvragé mais très clair, c'est assez réussi sur ce point. Le bonhomme était malin, d'esprit très vif, hardi, brutal, parfois même cruel. Il y a quelques rares passages philosophiques dans lesquels bizarrement il semble balancer, essayant tantôt de se trouver des justifications (les traumatismes, la vilaine Société, la prison école du crime et tout le bataclan habituel), tantôt avouant sincèrement sa responsabilité, son goût pour le genre de vie qu'il a bel et bien choisi à ses risques et périls. Je n'y trouve rien d'exaltant, mais le récit est sans aucun doute fascinant.
A part bien ça, je suis très satisfait de n'avoir pas vu l'agaçant Manneken Piss, qui pérorait déjà suffisamment sur tous les présentoirs de cartes postales.

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mardi 20 décembre 2011

Joyeuses fêtes à tous

CfXII41

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lundi 19 décembre 2011

lumières de noël

Samedi soir j'ai vu les derniers rayons du jour jeter quelques dorures de luxe dans le bois de Cunèges, où je rangeais un peu. Et hier après-midi je suis monté de là-bas en Charente, trois heures au volant par temps radieux. Je me demande ce qui ravit le plus dans ces belles journées d'hiver, si c'est qu'elles consolent des moments plus rudes, ou si c'est la magie spéciale du soleil au plus bas, qui vient éclairer le paysage en quelque sorte de face : les maisons et les arbres en sont si bien illuminés, que même les médiocres ont une fière allure.

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vendredi 16 décembre 2011

mencken vu par morand

4557193742_3ef36da2faUn portrait de Henry Louis Mencken par Paul Morand

extrait de la Préface à Défense des femmes (Gallimard, 1934)

Ce descendant d’Allemands, resté très allemand par sa rondeur joviale, ses camaraderies, sa bonne humeur un peu «brasserie», son amour de la musique, son mâle jugement, sa brutale franchise humoristique et ses sympathies teutonnes, devait souffrir impatiemment les innombrables liens qui, dans les sociétés anglo-saxonnes, garrottent la pensée et entravent la vie ; autour de lui se groupèrent des critiques, des dramaturges, des romanciers avides de liberté. Leur revue, l’American Mercury, se donna pour tâche, vers la fin de la guerre, de dénoncer les tartuferies, les tabous hypocrites, la tyrannie des sots, les cruautés et les bassesses démocratiques ; aucun pays n’a subi, de la part de son intelligentsia, un assaut aussi violent, aussi impitoyable ; c’est au point que les plus sévères diatribes des penseurs européens contre les Etats-Unis semblent de courtoises critiques auprès des Americana, des pamphlets, des sottisiers de l’American Mercury et des tempêtes de rire et de sifflets qu’ils déchaînèrent pendant plus de dix ans. De l’érudit critique, connu surtout dans les milieux universitaires, cette campagne fit un homme public, et comme ils disent là-bas, «a figure head».

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jeudi 15 décembre 2011

sur henry louis mencken

henryLMHenry Louis Mencken (1880-1956) naquit, vécut et mourut à Baltimore, dans le Maryland. Fils d’un fabriquant de cigares d’origine allemande, il avait trois ans quand sa famille s’installa au 1524 Hollins Street, dans la maison où, mis à part cinq années de mariage, il passa tout le reste de sa vie, et qui appartient maintenant aux musées de la ville. Bien éduqué mais sans formation universitaire, et peu attiré par l’usine de son père, pour laquelle il travailla cependant quelques années, il se lança dans le journalisme dès 1899, travaillant d’abord six ans au Baltimore Morning Herald, puis au Baltimore Sun jusqu’à sa retraite en 1948. Il fut en outre cofondateur en 1924 de la revue d’opinion The American Mercury, qu’il dirigea jusqu’en 1933. Frappé par une attaque cérébrale en 1948, il cessa d’écrire et consacra ses dernières années à mettre en ordre ses archives.
     Pour l’essentiel, son oeuvre abondante est celle d’un essayiste éclectique. Une part de ses livres provient de textes d’abord parus dans la presse. Il a étudié dans The American language les particularités de l’anglais parlé aux Etats-Unis. Admirateur, commentateur et traducteur de Nietzsche, il a publié de nombreuses critiques littéraires et musicales (il a fréquenté un club masculin où des gentilshommes se réunissaient le samedi soir pour écouter du piano et boire de la bière). Mais il est surtout connu pour les écrits polémiques dans lesquels il a exposé en termes tranchants, sur maintes questions, ses points de vue d’individualiste, misanthrope, misogyne, élitiste, ennemi narquois de toute religion et de la démocratie. Il a notamment publié de 1919 à 1927 une série de six volumes d’essais intitulés Prejudices («Préjugés»). En 1948, il a réuni dans une remarquable Chrestomathy une abondante sélection d’extraits de ses oeuvres, classés par thèmes. Il a aussi composé quelques ouvrages autobiographiques.
     Sa mauvaise réputation aujourd’hui ne tient pas seulement à la nature de ses opinions de base déjà évoquées, mais aussi à quelques remarques inclémentes qu’il a faites sur diverses races, nations et communautés, bien qu’il se soit toujours fermement opposé à toute violence physique. Par ailleurs il est resté plutôt germanophile pendant les grandes guerres. Malgré quoi il a été au programme de l’agrégation d’Anglais voilà quelques années, comme quoi tout est possible.
     A ma connaissance, seuls quatre livres de lui ont été traduits en français : un choix de ses Préjugés (Boivin & Cie, 1929), son ironique Défense des femmes (Gallimard, 1934, avec une préface de Paul Morand), un volume de Correspondance avec John Fante (Bourgois, 1991) et son essai Comment peut-on être américain? (Saint-Simon, 2004, déjà compris dans ses Préjugés).

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