Journal documentaire

mardi 2 septembre 2014

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L'allée de Lady Châtiment.

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samedi 30 août 2014

variétés de saison

J'ai rêvé de Renaud Camus, qui était fort aimable avec moi. Puis je me suis réveillé.

J'ai lu dernièrement Bisayan, un document dans lequel mon ami Jean-Michel Hermans, intellectuel atypique, ethnologue catholique et maoïste charentais, raconte son dernier séjour aux Philippines, de novembre 2013 à août 2014, dans la maison qu'il a fait construire sur l'île de Leyte, où il possède un terrain et une plage. C'est un fichier Word de la taille d'un livre, près de cent pages, comportant aussi des photos et des renseignements touristiques (le fichier est trop lourd pour être déchargé ici, mais je peux le transmettre par mail à qui voudra). Le texte, écrit dans un style clair et simple, relate l'expérience assez intéressante d'un homme aux moyens financiers plutôt modestes dans son propre pays, mais relativement riche dans cette terre lointaine, et confronté à une culture très exotique, où l'on n'hésite pas à bonifier le vin en y mêlant un peu de pepsi. Le moment aussi est particulier, car le voyage commence peu après le passage du typhon Yolanda, qui a ravagé la contrée et abîmé l'habitation. Il y a une complication qui ne me semble pas très utile, du fait que le corps principal du journal est précédé d'un autre petit journal, centré sur le cyclone, et suivi d'un autre encore, celui-ci axé sur la reconstruction de la maison. Mais enfin il y a dans ces pages de quoi s'instruire sur les problèmes et les mystères de ce coin d'Asie. A l'occasion de cette lecture, j'ai voulu voir si mon grand Britannica Atlas, dont je ne me sers pas souvent, pouvait m'aider à reconnaître les lieux, et j'ai eu le plaisir de découvrir que les Philippines s'y étalaient sur une vaste double page. Entre autres toponymes cités par Hermans, j'y ai retrouvé l'archipel d'îlots au nom joliment bilingue de Cuatro Islands.

Des lecteurs de ma note du 2 août m'ont proposé diverses possibilités pour un adjectif relatif au nom d'Albert Caraco : «caracasque» (d'après monégasque), «caracain» (d'après mexicain, portoricain, franciscain) et «caracien». Je pense maintenant qu'il y aurait aussi «caraquien», tout simplement.

En feuilletant les demandes de livres, dans les annonces du Bon Coin, je me dis que la curiosité intellectuelle de ce lectorat n'est pas très élevée. La syntaxe et l'orthographe sont assorties : «Livre sur les bienfait médicale», «Livre terminal S», «Amour, orgueil et préjuger», «Livre homéopathique», «BD en bonne état», «Livre sur les peintre vangoge etc»... Mais après tout, les illettrés aussi ont le droit d'acheter des livres.

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vendredi 29 août 2014

lecture suédoise

sjöberg

J'ai lu avec plaisir La troisième île, de l'écrivain et entomologiste suédois Fredrik Sjöberg (paru cette année chez Corti). Cet ouvrage d'aspect austère, à la quatrième de couverture peu engageante, imprimée en noir sur vert foncé, ne s'adresse probablement pas à un vaste public, mais la personne qui me l'a offert savait qu'il pouvait intéresser un lecteur que ses goûts portent à la fois vers les belles-lettres et les sciences naturelles. Sjöberg, qui ne cache pas son «manque d'intérêt pour la fiction», y aborde principalement la personnalité pittoresque et quelque peu oubliée de son éminent compatriote Gustaf Eisen (1847-1940), lequel excella dans des domaines aussi divers que la collection et la classification des insectes et des vers de terre, la viticulture, qu'il pratiqua en Californie, la botanique, la critique d'art ou encore l'archéologie. Il ne s'agit cependant pas à proprement parler d'une biographie de ce pionnier de l'écologie, car l'auteur n'essaie pas de dresser du personnage un portrait complet : il se contente de l'évoquer par tableaux successifs, qu'il alterne avec nombre de digressions dans lesquelles il livre tantôt des souvenirs personnels, et tantôt esquisse d'autres individualités, liées à lui-même ou à Eisen. Il en résulte un livre curieux, plein d'érudition et d'humour, qui propose une promenade intellectuelle parfois déroutante, où les anecdotes les plus légères se mêlent à des réflexions sur le désir de connaître et le plaisir de collectionner. On s'y perd un peu et j'ai déjà oublié le sens du titre, qui est aussi celui d'un des chapitres. Mais j'ai retenu, entre autres détails bizarres, qu'un seul animal porte un nom latin dédié à Hitler, Anophtalmus hitleri, une espèce de scarabée découverte en 1933. Je partage le penchant de l'auteur pour les listes, qui «sont toujours utiles», et sa défiance envers la part de «fumisterie» de l'art contemporain. Je relève aussi un beau dicton qu'il tient de son grand-père : «Pendant que le mal sévit, le bien se prépare». Une bonne lecture.

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jeudi 28 août 2014

quelques nouvelles

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La principale nouvelle de ces derniers jours a été la vente en bloc de la collection de livres que j'appelais ma «librairie». Un libraire pour de bon, venu de Poitiers visiter la brocante de fin juillet à la Charrière, avait remarqué que je vendais de bons livres à bon marché. Je lui ai signalé que j'en avais d'autres, et que je pouvais lui en mailer la liste complète, d'une trentaine de pages. Après en avoir discuté au téléphone, il a bien voulu m'acheter le tout, contre une somme équivalant pour moi à deux mois de salaire. Il est venu lundi et a tout emporté ou à peu près, dans sa camionnette. Il a fait une bonne affaire, car il pourra largement en tirer bénéfice, et j'en ai fait une pas mauvaise, en me débarrassant d'un coup d'un stock de marchandise que j'écoulais laborieusement, via la brocante ou la poste, avec les éternels problèmes d'emballage et de pesage, d'affranchissement et de paiement. Avant la venue du libraire, j'avais procédé au récolement de la collection, et par scrupule j'avais préparé quatre listes, que j'ai présentées à mon client : celle des livres vendus entre temps dans une seconde brocante (une dizaine, plus deux que j'ai promis à une acheteuse de Bordeaux), celle des livres perdus ou en tout cas introuvables (une douzaine aussi, probablement vendus sans en avoir pris note), celle des livres regrettés (en tout cinq, dont il a bien voulu me laisser quatre, un recueil de poèmes de Hugo, un des fables de La Fontaine, et les dictionnaires en images Duden du français et de l'espagnol), enfin celle des livres que j'avais exclus de la transaction (essentiellement les deux auxquels je n'avais pas attribué de prix mais juste la mention «faire offre»). Ce n'était qu'en petite partie une bibliothèque personnelle, mais naturellement je l'ai vue partir avec quelque regret, car c'est un peu de moi qui s'en allait avec. Dans les points positifs, outre l'entrée d'argent inattendue, il y a que je me retrouve avec des étagères vides, où je vais pouvoir ranger des affaires qui traînaient çà et là. Je ne voudrais pas terminer ce paragraphe sans remercier, s'il y en a qui me lisent, les nombreuses personnes qui, depuis des années, m'ont aidé en m'achetant des livres de temps en temps.

Il y a de cela une trentaine d'années, Laurent Septier et Anny Lazarus m'avaient rapporté de Chine un cadeau précieux : un sceau en pierre rouge, peut-être du marbre, figurant un caractère censé se prononcer plus ou moins exactement comme mon nom, et orné à l'autre bout d'un petit animal sculpté dans le même bloc. Ce bel objet étant perdu depuis des années, j'ai repensé à lui de temps en temps avec non seulement du regret, mais aussi quelque honte vis-à-vis des généreux voyageurs. Or voilà qu'à l'occasion des rangements consécutifs à ma vente de livres, en ouvrant une boîte poussiéreuse, j'ai la bonne surprise de tomber sur le sceau chinois. Je l'ai retrouvé, je l'ai.

Il y a quelques semaines, j'ai retrouvé visiblement mortes les deux petites pousses de châtaignier que j'avais réussi à maintenir vivantes pendant deux années, dans une de mes parcelles où la présence de fougères m'avait fait supposer que le sol était convenablement acide pour cette espèce. J'étais justement venu leur apporter à chacune un bidon d'eau, mais par simple acquis de conscience car le temps peu estival de cet été me laissait penser qu'elles n'en manquaient pas. En repartant, je m'en voulais beaucoup d'avoir bêtement laissé périr ces deux plantes. Mais en y réfléchissant, j'ai réalisé que si je n'avais vu aucune feuille sèche pendant aux rameaux ou gisant au pied des arbrisseaux, c'est qu'ils n'étaient pas morts de soif : leurs feuilles bien vertes avaient tout bonnement été mangées par un animal, sans doute un chevreuil. Je me sentais moins coupable, après cette considération, mais je le suis quand même, si je songe à la raison pour laquelle les deux petits châtaigniers ont été broutés maintenant et pas avant. Au début de l'été je les ai pourvus d'un généreux tapis de déchets végétaux, répandu à leur pied pour maintenir l'humidité du sol. Je leur offrais ainsi une bonne protection, mais ce faisant il se peut que je les aie rendus plus repérables, visuellement ou olfactivement. Ce serait alors un cas où le mieux a été l'ennemi du bien.

Un des rares luxes de ma vie dans cette maison est que depuis ma place à table, devant la cheminée, la fenêtre à ma gauche donne vue sur le jardin, et principalement sur le bassin qui se trouve à une douzaine de mètres. Ce point d'eau est bien connu des oiseaux du quartier, où ils viennent tour à tour boire ou se baigner. Tourterelles, merles, moineaux, étourneaux… Les plus légers, comme les chardonnerets, peuvent se poser sur les feuilles des nénuphars. Les plus lourds restent sur le bord, ou s'aventurent sur la dalle en pente douce que j'ai installée à un bout, et qui permet de s'avancer dans l'eau pour s'y ébrouer. Quand je suis seul, je garde en permanence mes jumelles sur la table, à portée de main. Je m'en sers à l'occasion pour m'assurer de l'identité d'un spécimen, ou pour le seul plaisir d'observer les bestioles de plus près. Je n'ai pas vu d'oiseau rare, cet été, mais quand même quelques uns dont je ne suis pas très familier : une linotte, quelques verdiers. 

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mercredi 20 août 2014

14-18

Août 2014. Nous allons bouffer du centenaire de la guerre de 14-18 pendant quatre ans. Et vu l'ambiance qui règne, je ne serais pas plus surpris que ça si l'on nous expliquait que les poilus étaient anti-militaristes, internationalistes, gays comme des pinsons et friands de diversité.

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mardi 19 août 2014

néomots

Seniorror. Juniorror.

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lundi 18 août 2014

estivaleries

Nul copain ne devise avec moi près du feu, nulle biche ne vient se rouler à mes pieds. Je me sens un peu seul. Avec cela ma santé de fer-blanc m'inquiète, ce n'est pas la grande forme. Mon dos paraît guéri, mais je sens que je couve une nouvelle angine, la troisième de la saison, cela commence à faire. 
Je voulais au moins participer à une deuxième brocante avant de repartir d'ici, et comme c'était la dernière occasion d'en trouver une abordable et pas trop lointaine, je suis allé vendre aujourd'hui à Poursay-Garnaud. Je n'étais pas mal installé, à l'ombre conjointe d'un platane et d'un tilleul, encore que vu la température, j'eusse été aussi bien au soleil. Cet été une fois de plus le «réchauffement climatique» opère de façon discrète, le genre imperceptible. Et mes affaires n'ont pas bien marché. Je n'ai gagné qu'une soixantaine d'euros, moins les six pour payer la place, cela ne fait pas même un équivalent petit-déj-Otto. Au moins ai-je eu la bonne idée de quitter assez tôt, sur les trois heures, et n'ai-je pas perdu mon temps. J'avais emporté avec moi la Kolyma de Chalamov, dont j'ai récemment fini de lire les mille et quelques pages, et dans les moments creux j'ai pu passer tout le livre en revue pour y relire les phrases que j'avais soulignées.
Je m'impose une pénitence, à laquelle je songeais dernièrement : passer une journée entière sans me connecter au net. Je n'y ai pas regardé depuis hier samedi soir et si je tiens bon, je n'y retournerai que demain lundi matin, pour poster cette note. Je pense que ça ne m'était plus arrivé depuis des années.

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samedi 16 août 2014

souvenir de roger billé

RogerBILLE

J'ai appris samedi dernier que mon oncle Roger était mort dans la nuit. Cette mauvaise nouvelle n'était pas vraiment une surprise, je le savais mal en point. C'était le frère de mon père, l'homme dont je racontais récemment qu'il m'avait appris à me raser avec un rasoir jetable.
Mon père et lui étaient les deux enfants de l'électricien Maurice et de l'institutrice Alix. Ils étaient nés respectivement en 1933 et 1937 à Moragne, un petit bled au fin fond de la campagne, à l'est de Rochefort. A ce que je crois savoir, leur mère est morte en 1943, peut-être de la tuberculose. Leur père s'est ensuite remarié avec une autre instite, qui ne souhaitait pas élever les enfants du premier lit, lesquels furent confiés à leur tante Laure, dans un village voisin, un peu plus important, nommé Lussant. Je ne sais si ce père, mon grand-père paternel, a dès lors négligé sa descendance, mais je me rappelle que de mon temps il brillait par son absence auprès de nous, j'ai dû ne le voir que deux fois dans ma vie. Mon père a passé le reste de son enfance à Lussant, tandis que son frère a connu un destin tout différent. Parce qu'il souffrait lui aussi de troubles respiratoires, Roger, peut-être sur la suggestion de sa belle-mère, a été envoyé en Provence, dans l'école de Célestin Freinet, dont il a toujours gardé le meilleur souvenir. Il fait partie des écoliers que l'on voit dans un film où le rôle de Freinet est joué par Bernard Blier. Il y prononce une répartie bébête, demandant «un faux quoi?» à quelqu'un qui parle de fossile. Il est longtemps resté dans sa région adoptive et a gardé toute sa vie l'accent de Marseille. Après avoir été pensionnaire quelques années dans cette école, il est devenu marin, peut-être mécanicien à bord de bateaux qui assuraient des liaisons entre Marseille et Alger. Je crois savoir qu'un ancien de la profession a été en quelque sorte son tuteur et l'a initié au syndicalisme, et peut-être à la politique, si bien qu'après quelques années, il est devenu permanent dans un syndicat de marins. Je ne sais si ce changement est intervenu avant ou après la guerre d'Algérie, au cours de laquelle il a été blessé. Il était à bord d'un camion qui a sauté sur une mine, dans lequel les hommes couchés ou assis ont été tués ou grièvement blessés, tandis que lui qui se tenait debout a seulement eu les chevilles brisées. Je ne sais plus si c'est lui-même qui m'a raconté cela. Je me rappelle avoir voulu l'interroger sur la guerre d'Algérie, mais il ne tenait visiblement pas à en parler. J'ignore aussi quand et comment il est entré au service du Mouvement de la Paix, je suppose que ce fut par l'intermédiaire du Parti communiste. Il y fut un secrétaire d'une certaine importance, chargé de missions internationales, conférencier, et pour ce poste il a dû habiter Helsinki plusieurs années, je dirais dans la décennie de 70. C'est en pensant à cette période de sa vie que je me suis mis, plus tard, à le désigner comme «mon oncle du KGB», en ne plaisantant qu'à moitié. Il nous envoyait des lettres chargées de timbres exotiques, provenant de pays plus ou moins lointains, mais en général situés dans la sphère soviétique ou dans le Tiers-Monde. Quand il nous rendait visite, environ une fois l'an, ce n'était pas l'oncle d'Amérique que nous recevions, mais en quelque sorte l'oncle de Russie, avec ses cadeaux et ses gadgets, ses anecdotes et ses blagues. Mon père et lui se ressemblaient beaucoup physiquement, mais le premier toujours maigre, et le second tendant à l'embonpoint. Je crois qu'ils s'entendaient assez bien, mais leurs psychologies étaient très différentes : autant mon père était un taciturne, dont le grand plaisir était la pêche à la ligne, autant Roger était un bavard intarissable, aimant voir du monde, boire et manger. C'était, comme on dit, une forte personnalité, un charmeur, quelqu'un qui se remarquait au sein de n'importe quel groupe, et c'est certainement grâce à son charisme que cet homme, qui n'avait pas fait d'études, a pu mener sa carrière. Il avait de la prestance en public, dont je m'étais rendu compte en particulier lors d'une causerie «pour la Paix» qu'il était venu donner dans une salle de Caudéran ou de Saint-Augustin. Il aimait la cuisine et a tenu un temps une chronique gastronomique dans un journal. Nous avons quelquefois passé des vacances ensemble, sa famille et la nôtre, chez l'oncle et la tante Zahnd, à Collonges, un village de Côte d'Or où ce couple sans enfants passait la meilleure moitié de l'année, et l'autre à Paris. Après la mort de mon père, l'été 81, il m'a gentiment invité, avec ma compagne d'alors, à passer quelques jours avec lui dans un gîte du Gers, en compagnie de ses deux filles et de la mère de la seconde. Il me choquait un peu par sa rudesse affichée envers l'aînée, et sa préférence marquée pour la cadette. Il a continué de venir nous voir de temps en temps, tantôt l'été, tantôt l'hiver, chez ma mère avec qui affleurait une certaine rivalité, surtout quand ils jouaient au scrabble. Depuis son retour de Finlande, il habitait Argenteuil, dans le Val d'Oise, où il m'a hébergé une paire de fois. (Voilà une liste que j'aimerais avoir, celle des fois où je suis allé à Paris, il y en a peut-être une dizaine). Pour ses dernières années d'activité, le Parti lui avait trouvé une invraisemblable sinécure, comme président d'une mutuelle d'assurance. Il était venu passer quelques jours avec moi dans le gîte de Fournel que nous louions, au début des années 90. Il y avait eu un incident, un soir où nous dînions avec des parents de la mère de mon fils, et où par une dérive de plaisanterie malsaine certaines personnes s'étaient mises à s'adresser à Roger par un nom féminin. Il avait tout d'un coup tapé du poing sur la table et menacé de casser les dents au premier qui recommencerait. Il est en effet certaines requêtes qui ne sont bien comprises que quand elles sont formulées clairement. Il y avait en lui de la truanderie. Je me rappelle qu'un jour il m'a demandé si je ne pouvais pas lui procurer quelque bout de bois assez court et solide, comme un manche de marteau, qu'il pourrait ranger facilement à côté de son siège de conducteur. Je n'ai pas compris tout de suite qu'il voulait en fait une matraque, en cas de besoin. Il appelait ça une gomme, «la gomme à effacer le sourire». Je me rappelle aussi qu'il était venu à Bordeaux dans le milieu des années 90, et que nous avions passé une soirée avec l'amie algérienne que je fréquentais alors, et une copine marocaine à elle. Dans la conversation, mon oncle nous avait surpris en rétorquant à je ne sais plus quel propos, que «les Espagnols, c'est des Arabes». Je l'aimais beaucoup, et lui aussi m'a toujours marqué un attachement évident. Il avait de l'estime pour mes études et mes connaissances, mais aussi une affection sincère et fidèle pour ma personne. Malgré quoi je me suis quelque peu éloigné de lui sur la fin du siècle. Cela tenait en partie aux désaccords politiques, qui s'étaient installés puis accrus entre nous depuis que j'avais entrepris de me renseigner par mes propres moyens sur les merveilles du communisme, allant de désillusion en désillusion, mais nous trouvions toujours moyen de nous entendre. Il y a eu surtout les soupçons qu'ont éveillés en moi certaines opérations qu'il a menées. Je n'ai jamais eu le courage de lui exposer ouvertement mes sentiments sur le sujet, et je ne saurai jamais s'il a compris que ces affaires avaient pourri nos relations. Malgré mon attachement, je n'ai plus recherché dès lors sa compagnie, me contentant de l'accueillir quand il venait me rendre visite, comme il a fait tous les deux ou trois ans depuis que j'ai une maison en Charente. Je l'ai reçu alors avec la gêne des sentiments partagés entre l'amitié perdurant tout de même, et la méfiance muette mais bien installée. Quel étrange personnage. Il venait toujours généreusement chargé de vivres, de bouteilles de vin de Bourgogne, et du cassis de sa production. Il nous a emmenés une fois manger des anguilles à Lussant, du temps que mon fils daignait encore me fréquenter. Sa dernière visite remonte à l'été d'il y a deux ans, je crois. J'étais seul et nous avons passé quelque trois jours ensemble. Il a eu un accident le premier soir, alors que nous buvions du vin sur la terrasse. Une guêpe qui s'était posée sur son verre l'a piqué à la lèvre. Nous avons eu de bons moments, et les conversations amères que peuvent tenir en picolant un communiste professionnel et un anti-communiste bénévole, comme je nous définissais. Je lui ai parlé pour la dernière fois au début de cette année, au téléphone. Je l'avais appelé pour prendre de ses nouvelles, après avoir su qu'il avait été victime d'une attaque cérébrale, qui l'avait physiquement diminué. Il paraissait content que je l'appelle. Il faisait de la rééducation. Il semble qu'après quelques mois, malgré les avis contraires, il ait tenu à se rendre dans sa maison de campagne. Un matin où il n'apparaissait pas, au lendemain d'une soirée arrosée, des voisins ont appelé les pompiers, qui ont forcé la porte et l'ont trouvé gisant sur le sol, un verre brisé près de lui. Il avait depuis lors été admis dans une maison de retraite, et sa santé s'était encore dégradée de façon alarmante. Voilà pourquoi la triste nouvelle était plus redoutée qu'inattendue.
Comme il m'est déjà arrivé quelques fois, j'apaise l'angoisse du deuil en rassemblant comme je peux les souvenirs plus ou moins nets qui me reviennent du défunt, et qui en dessinent un portrait. Je le conçois comme un hommage, malgré les traits de franchise qui peuvent sembler manquer de déférence. Je ne sais ce que mon oncle en aurait pensé, s'il en serait fâché, et il n'est plus temps de discuter avec lui. C'est d'une certaine façon ce qui me paraît le plus oppressant dans un trépas, cette impression d'une porte qui s'est refermée sur quelqu'un à qui l'on ne peut désormais plus poser aucune question.
L'après-midi du jour où j'ai reçu l'annonce du décès, je suis allé travailler quelques heures à la lisière du bois où je suis en train de pratiquer une entrée. Il m'est arrivé cet incident bizarre, que j'ai été, si l'on peut dire, attaqué par un papillon. C'était un assez joli papillon, de couleur caramel, que je ne sais identifier, mais qui est peut-être une espèce de nacré. J'étais accroupi, occupé à racler la terre avec une griffe métallique, quand cet animal s'est mis à voleter autour de moi, en s'approchant plusieurs fois comme s'il voulait me toucher ou se poser sur moi. J'ai fait quelques gestes pour le chasser, mais rien n'y faisait. Il continuait à me tourner autour de son vol saccadé, avec une insistance si étrange et inattendue que cela devenait presque inquiétant, pour le moins énervant, et il a fallu que je me redresse et que je fasse de grands moulinets du bras tenant l'outil, pour qu'enfin il se décide à s'éloigner en survolant le champ d'en face. Cet assaut m'a laissé une drôle d'impression, et au bout de quelques instants la rêverie m'est venue que cette apparition insolite, c'était peut-être l'âme de mon oncle venue ainsi me dire adieu, sous cette allure légère. Pendant tout un moment cette idée m'a hanté, et j'avais beau me dire que ce n'était là qu'une fantaisie, je ne pouvais m'empêcher de ressentir un peu de la même gêne, qu'aurait suscitée la présence réelle.

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vendredi 15 août 2014

une journée laborieuse

Unknown

Je m'arme de courage et j'entreprends de mettre au clair des notes de lecture sur deux livres, notes qui traînent depuis des années, puis je m'aperçois que pour les compléter, il me manque ici des documents que je ne pourrai consulter qu'ailleurs, le mois prochain. Je rédige une longue page sur un sujet personnel, après quoi je me demande s'il est bien opportun de la publier et je décide de surseoir. Je fais le tour de mes messageries et de mes réseaux, comme un mendiant, voir si quelqu'un m'a adressé la parole. «Bonjour. Vous n'avez aucun nouveau message.» Je sors disposer des bouts de bois mouillés pour les faire sécher au soleil, mais le temps change aussitôt et il se met à pleuvoir. Bon. Je vais me foutre au pieu et je feuillette lentement Les terres arctiques, dans la collection «Faune et flore du monde». Là, pas de déception.

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jeudi 14 août 2014

jean-claude roché

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Je feuillette un livre provenant de chez ma mère, Promenades d'un naturaliste, dont le dos jaune et noir m'est familier. Il est paru chez Ima en 1961 et je l'ai toujours vu chez mes parents, entre les albums Kohler et ceux du commandant Cousteau. Dans celui-ci aussi les photos en couleurs sont collées manuellement. Je me souviens que malgré ma passion précoce pour les animaux, cet ouvrage ne m'attirait pas beaucoup, enfant je recherchais les grands fauves plutôt que les sauterelles et les crapauds. Mais je lui dois probablement la découverte du mot «naturaliste». En y revenant aujourd'hui, je suis d'abord frappé par le nom de l'auteur, Jean-Claude Roché. Je réalise que c'est probablement le même que le spécialiste des cris d'animaux, en particulier d'oiseaux, le directeur des éditions Sittelle, dont j'achetais les cd dans les années 90. J'en possède une douzaine, en particulier la série des quatre guides d'identification sonore de Tous les oiseaux d'Europe, dans lesquels j'ai tant appris. En parcourant maintenant ces Promenades d'un connaisseur, bien renseignées et bien écrites, je regrette de ne pas les avoir lues plus tôt, mais je me réjouis d'en posséder un exemplaire. Cherchant à m'informer sur l'auteur, je suis d'abord étonné que ce naturaliste hors pair, pionnier de la bio-acoustique, ayant réalisé des dizaines de milliers d'enregistrements, ne soit l'objet d'aucune notice dans Wikipedia. On trouve cependant ici et quelques articles le concernant, et surtout son propre site. Né en 1931, il est le fils naturel d'Henri-Pierre Roché, le collectionneur d'art et écrivain, auteur de Jules et Jim, avec qui il semble n'avoir pas toujours été sur la même longueur d'ondes. Tout jeune il s'est intéressé à la biologie, puis à l'enregistrement des sons, a lu Fabre et a fréquenté Jean Rostand. Maintenant séparé de Sittelle (ses disques sont repris chez Frémeaux), il diversifie ses activités, se consacrant à la photographie et recevant dans les chambres d'hôte de sa maison de la Planette, à Banne en Ardèche.

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mercredi 13 août 2014

actualités

Avec une capacité d'étonnement sans cesse renouvelée, le ministère du Relâchement découvre chaque jour un peu plus que la simple pose d'un bracelet électronique, au lieu de l'incarcération, ne suffit pas à empêcher un malfaiteur de nuire. Par contre, le ministère du Désastre n'a pas encore compris que le virus Ebola pouvait prendre l'avion.

Sur Facebook comme ailleurs, les friends de nos friends ne sont pas toujours nos friends. (twit)

J'avais déjà remarqué cette bizarrerie de Twitter, que certaines des notes que j'y ai publiées ne sont pas datées du jour exact ou je les ai écrites. Mais en voyant l'autre jour une note où s'affichait 23 h 40, alors qu'il était chez moi 8 h 40, j'ai cru comprendre que tout simplement l'horloge du site n'est pas réglée sur le fuseau horaire où je réside.

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mardi 12 août 2014

civilisation

La civilisation, c'est la tranquillité. Je ne sais jusqu'où je pourrais défendre cette opinion, mais au moins elle tient dans un alexandrin.

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vendredi 8 août 2014

morton feldman

La musique de Morton Feldman m'a toujours fait chier.

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jeudi 7 août 2014

en ville et au bois

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Un copain ayant attiré mon attention sur cette chaîne, je vais visiter le Noz de Saint-Jean. Dans le vaste entrepôt, on brade à peu près tout : des films et de l'insecticide, des slips et des cahiers… C'est une étuve où l'on se marche sur les pieds. La clientèle est des plus diverse, nègrerie et araberie, gitanerie et petite blancherie. La chaleur et la foule me donnent le tournis, je songe à fuir. Pour ne pas repartir les mains vides, j'achète quelques conserves et des bouteilles. Le caissier me demande si j'ai l'appoint, mais j'ai laissé mes pièces dans la voiture.

En ressortant du bois à la tombée du jour, je tombe sur un couple de chevreuils qui gambade dans le champ d'en face. Ils ne m'ont pas remarqué, la voiture me dissimule. Ce sont deux jolies bêtes, je les regarde un moment. La femelle vadrouille à droite et à gauche dans les blés coupés, Monsieur la suit dans ses tours et détours, le museau rivé à son cul. Quand enfin je me décide à partir, ils détectent le bruit de la portière et s'immobilisent dos à dos, la tête tournée vers moi, près de la lisière du fond. Et soudain ils s'éclipsent dans les trous du feuillage.

Je revends à mon voisin anglais une partie des bûches coupées par le jardinier gallois. Nous allons sur place un matin de temps couvert, charger des bouts de bois dans sa Renault 4 et dans sa remorque. Il y en a un bon stère. C'est tout du chêne sec, mais d'âge et de qualité différents. Je le vends à un prix timide, quarante euros, c'est bon marché. Mais pour moi c'est un acte important car c'est ma première transaction de cet ordre. Je m'accorde intérieurement un certificat de ruralité.

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mardi 5 août 2014

mao

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Je garde le meilleur souvenir du Mao the unknown story lu cet hiver, dont j'ai déjà dit un mot en début d'année. J'ai trouvé cette biographie captivante, malgré l'effort de lire dans la version originale anglaise, qui m'avait été offerte par l'ami Pascal Z (il en existe une traduction française chez Gallimard). Les auteurs sont un couple, l'écrivaine Jung Chang, née chinoise, et l'historien irlandais Jon Halliday. Ils avaient déjà publié ensemble une biographie de la veuve de Sun Yat-sen, et séparément divers ouvrages touchant l'histoire contemporaine de l'Extrême Orient. Cette sérieuse vie de Mao parue en 2005 compte près de 770 pages de texte, plus deux cents pages de notes et de références, et suit un fil strictement chronologique. La clarté de l'exposé, la précision des faits établis, l'absence de baratin théorique, en font un document agréable, édifiant et convaincant, dépeignant sans complaisance les horreurs du régime communiste et la monstruosité personnelle du tyran. Il y a mille sujets de curiosité dans ces pages. Je citerai par exemple les agissements réels des forces communistes pendant la Longue Marche, peu conformes à ce que raconte la légende officielle, rappelant plutôt l'attitude de n'importe quelle bande de hors-la-loi exploitant sans pitié une paysannerie désarmée et terrorisée. Un point que j'ignorais totalement, dans les rapports entre communistes et nationalistes, est la pression que les Soviétiques pouvaient exercer sur Tchang Kaï-chek, dont un fils était retenu en Russie comme une sorte d'otage officieux. Ce qui m'a intéressé, plus encore que les faits historiques et les anecdotes, ce sont les aperçus que le livre donne sur certains mécanismes de la terreur. L'importance du vocabulaire de la propagande, par exemple : traiter systématiquement d'ennemi, de traître, de contre-révolutionnaire etc, ceux qui ne sont en réalité que des rivaux, ou des récalcitrants de bonne foi. Dans les moments de purge, ne pas s'embarrasser de scrupules : torturer indistinctement coupables et innocents, le but n'étant pas seulement d'éliminer des adversaires ou des concurrents, mais de faire régner une terreur générale, telle que chacun comprenne bien que sa vie est en jeu à tout moment. Je terminerai en faisant remarquer qu'actuellement, Wikipedia présente sur ce livre un article long et équilibré dans sa version anglaise, tandis que la version française se résume comme par hasard aux critiques négatives.

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lundi 4 août 2014

Lettre documentaire 497

Unknown

L’ESPAGNE ET LES JUIFS

par Pío Moa

 «Dès que l’Espagne eut expulsé les Juifs, le pays a connu une floraison des arts et des lettres, a développé son commerce et son industrie pendant un siècle (avant de se mettre à décliner économiquement pour diverses raisons), a découvert une grande partie du monde, a colonisé d’immenses territoires, et est devenu la première puissance mondiale.» Que pensez-vous de cette affirmation? Certes, ses deux parties sont exactes, et en effet l’expulsion des Juifs [en 1492] a été suivie d’un essor comme l’Espagne n’en a jamais connu avant ni depuis. Cependant, suggérer qu’il y ait une relation de cause à effet entre les deux données serait une stupidité qui ne mériterait pas de commentaire, et que du reste, à ma connaissance, personne ne soutient.
En revanche, ce que beaucoup soutiennent, avec un air sérieux et plein de bons sentiments, c’est une stupidité contraire mais équivalente : que l’expulsion des Juifs a privé l’Espagne de ses meilleurs éléments dans les domaines intellectuel et économique, qu’il s’en est suivi immédiatement une décadence profonde mais toutefois pas visible sur le moment, et que l’Espagne est depuis lors affligée d’un vice incorrigible, qui incline le pays à la guerre civile et ses habitants à s’entretuer. C’est à peu près ce qu’a cru découvrir le bon Américo Castro, bientôt suivi par Juan Goytisolo et une légion d’auteurs supposés progressistes, si zélés qu’ils ont réussi à transformer cette ânerie en un lieu commun indiscutable dans de vastes et influents milieux intellectuels. Et cela bien que l’Espagne ait peut-être été, du XVIe au XIXe siècle, le pays intérieurement le plus stable d’Europe (pour ne pas le comparer au Maghreb, si chéri de ces messieurs, et dont l’histoire se résume pratiquement à une guerre civile permanente). Les luttes intestines en Espagne sont plutôt une plaie du XIXe siècle, avec une séquelle au XXe dont il faut espérer que ce soit la dernière, si les nationalistes périphériques veulent bien cesser de s’acharner à balkaniser le pays.
Bien entendu, l’expulsion des Juifs n’est pas un fait dont nous puissions nous enorgueillir. Mais de là à ce que prétendent ces bien-pensants, il y a de la marge. A l’occasion du cinquième centenaire de l’Amérique, le célèbre chasseur de criminels de guerre nazis Simon Wiesenthal a affirmé que cette expulsion constituait un précédent de l’extermination des Juifs par Hitler. Il n’en est rien. Si elle est un précédent, ce ne peut être que de l’expulsion des Palestiniens par les Israéliens au XXe siècle. A ces deux différences près, pas très favorables aux thèses de Wiesenthal : que les Palestiniens ont été expulsés par la terreur, et que cette terre avait été la leur pendant de nombreux siècles. N’est-ce pas?

España y los judíos», article paru sur le site espagnol Libertad Digital le 26 février 2001, ici traduit en français par Philippe Billé)

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samedi 2 août 2014

munster, zorro, caraco

Unknown

Il y avait longtemps que je n'étais tombé sur aussi bon munster, pas «fermier» pour un sou, mais crémeux et qui pue l'écurie à s'en régaler. (twit)

Je me souviens que petit, je ne comprenais pas, dans la chanson de Zorro, le passage où l'on dit que «vainqueur, tu l'es à chaque fois». Je croyais entendre «vainqueur du lez» ou «du lèse», imaginant que ce mot inconnu désignait quelque défi ou combat indéfini.

En lisant une étude sur Albert Caraco, je réalise que je ne m'étais jamais posé la question de savoir quel devrait ou pourrait être l'adjectif dérivé du nom de cet écrivain, et je ne me souviens pas d'en avoir rencontré. J'aurais peut-être opté pour «caracoïen». L'auteur de l'étude, Romain Delpeuch, emploie «caraconien», qu'il me confie avoir forgé et non emprunté. Pourquoi pas. En cherchant un exemple d'autre personnalité au nom terminé par o, je songe à Hugo et à «hugolien». On pourrait, selon ce modèle, imaginer «caracolien», mais la résonance caracolante ne conviendrait peut-être pas bien à l'austère Albert. «Caraconien» présente l'avantage de rimer avec «draconien», ce qui ne va pas mal au dragon Caraco.

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vendredi 1 août 2014

chronique lexicale

La manie des périphrases tarabiscotées continue de frapper. En triant mes mails de fin d'année, je lis que les collègues n'appelaient pas à se retrouver pour un «pot» mais pour un «moment de convivialité».

Jacquot l'ancien, que je ne voyais plus ces temps-ci, est passé l'autre soir faire un tour du jardin. Peut-être voulait-il en profiter pour regarder discréto comment sont installés les nouveaux voisins, mais sa visite m'a fait plaisir. Comme c'était l'occasion, je lui ai demandé ce qu'il pensait de mon noyer, dont j'ai remarqué que l'écorce est percée d'au moins quatre trous, d'où suinte une sorte de pourriture. «Ah, o l'est l' noyer. I sont tous comme ça». Si c'est vrai, ça me rassure, mais je n'y crois qu'à moitié. Un peu plus tard, les mains sur les hanches, considérant l'ensemble du jardin, il déclare : «O l'a pris d' la mine» (ça a pris bel aspect). Et là, faut-il y croire?

Un de mes copains, qui n'est pas très ami de la clarté, réussit ce prodige : même sur le papier, il écrit en bredouillis.

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jeudi 31 juillet 2014

ma barbe et moi

images

Je n'en ai pas de souvenir précis mais je sais qu'à l'époque où je suis né, mon père se rasait au rasoir classique, le redoutable coupe-chou qui m'épouvantait, et qu'aujourd'hui encore je ne voudrais pas manipuler. Quand j'ai été en âge de me raser à mon tour, cet homme était passé au rasoir électrique et on m'en a acheté un aussi, un petit Calor blanc me semble-t-il, dont je me suis longtemps servi. Je crois que c'est précisément à l'occasion de la mort de mon père, quand j'avais vingt-cinq ans, que j'ai changé de manière. Je me retrouvai mal rasé dans l'appartement de mes parents, à cent kilomètres de chez moi, sans mes affaires de toilette, et l'on ne pouvait mettre la main sur un rasoir électrique, peut-être parce que le disparu était passé entre temps à l'usage du rasoir jetable. Comme il fallait quand même se faire propre pour l'enterrement, c'est mon oncle, son frère et à certains égards son remplaçant, qui m'a montré qu'il n'était pas bien difficile de se servir de cette nouvelle sorte de rasoir. La petite industrie du rasage sans électricité m'a tout de suite plu, je l'ai adoptée pour n'en plus changer depuis lors. 

Au fil des ans, naturellement, mes habitudes se sont quelque peu modifiées ou précisées. Après en avoir testé plusieurs sortes, j'ai assez tôt accordé ma préférence au rasoir Bic à manche orange, devenu le nouveau «classique». Il me chagrine un peu de gaspiller ainsi de la matière plastique, mais pour compenser j'utilise le rasoir plus d'une fois, et comme je ne pratique guère qu'une fois par semaine, l'instrument me sert un bon mois. Il pousse au menton de certains hommes, peut-être plus virils, un véritable barbelé qui ressurgit chaque jour aussi dru, les contraignant à une lutte quotidienne, s'ils veulent conserver la joue lisse. Au contraire la providence m'a doté d'une pilosité tendre et peu hâtive, qui me dispense d'une telle assiduité. Je ne dois pas non plus trop attendre, sans quoi la lame glisse désagréablement sur le poil au lieu de le trancher. L'idéal dans mon cas serait de procéder tous les cinq ou six jours, mais par commodité je me range à un cycle hebdomadaire, quitte à avoir la mine socialiste dans les derniers moments. Ces temps-ci par exemple je me rase le mercredi, qui est le jour où je rends visite à ma mère. 

Je ne déteste pas l'aspect des hommes barbus ou seulement moustachus, mais pour ma part je me suis toujours mieux senti rasé. Il m'est quand même arrivé de laisser pousser ma barbe, en de rares occasions, une seule fois plusieurs mois de suite. Cela ne m'allait pas mal mais j'ai préféré y renoncer, et la corvée de se remettre la peau à nu ne m'encourage pas à refaire l'expérience.

Pour assouplir la peau je me suis longtemps servi de mousse en bombe, qui est en général d'un beau blanc, et parfois de mousse en tube, plus grasse, qui ne m'a jamais bien plu. Puis est venu le moment, peut-être dans la trentaine, où j'ai décidé de donner un tour plus artisanal aux opérations en adoptant le savon à barbe et le blaireau. Je me rappelle que dans les premiers temps je me fournissais le plus simplement dans les supermarchés. On n'avait alors que le choix, si je me souviens bien, entre les boîtes blanchâtres de savon à barbe Monsavon, très laides mais omniprésentes, et les boîtes noires de Wilkinson, plus élégantes mais plus rares et souvent introuvables. Pour faciliter l'approvisionnement, je ne voyais d'autre solution que de me rendre dans les boutiques spécialisées, où je n'osais entrer, et où je redoutais de trouver des prix exorbitants. J'ai alors profité de mes rares voyages pour me pourvoir à l'étranger, et je possède encore des boîtes de savon à barbe rapportées de la République tchèque et du Brésil, dont je n'ai pas fini de me servir. La grande époque fut celle où je me suis enfin enhardi à fréquenter un magasin bordelais merveilleusement anachronique, la brosserie Au Sanglier de Russie, cours d'Alsace et Lorraine, où l'on trouve aussi toute sorte d'instruments dont je ne soupçonnais pas même l'existence. Comme je me rase peu, et que le savon à barbe s'use lentement, les quelques boîtes dont je me retrouve propriétaire suffiraient à mes besoins pour des années. D'autant qu'en déménageant les affaires de ma mère, voilà plus d'un an, j'ai récupéré chez elle une bombe de mousse entamée, venant de je ne sais qui et datant de je ne sais quand, que j'ai voulu utiliser par économie, et que je viens tout juste de finir.

Quant aux lotions d'après-rasage, elles me déplaisent moins par leur parfum que par leurs appellations ridicules. Un homme digne ne peut tolérer chez lui la présence d'un flacon de Brut ou d'Acier, de Savane ou de Cap Horn. Pour ma part, une Eau de Cologne «naturelle classique» suffit à ma joie.

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mercredi 30 juillet 2014

chronique estivale (mes aventures palpiteuses)

Unknown

Petite journée que celle d'hier, où le principal événement fut le départ de ma garde du corps et de l'âme, que les devoirs sociaux appellaient ailleurs, me rendant à la solitude. Qui plus est, ce jour et la veille, l'excellent infirmier se faisait remplacer par un sien collègue, d'un genre plus rustique et expéditif, qui me plaisait moins. Je suis incapable de dire ce que j'ai fait de mes heures. (C'est sans doute aussi bien).

Grande journée en revanche que celle d'aujourd'hui, avec retour du soigneur insigne, remplacement providentiel d'un capuchon de stylo perdu, e-mails avenants, temps relativement divin, si l'on peut dire, et surtout venue de Wyn, le jardinier gallois et bûcheron occasionnel, qui s'est arrêté devant le portail à 9 h 25. Il était venu comme je préférais, sans sa remorque ni son fils. Nous montâmes bûcher à Volebière pour une séance qui dura deux heures et demie. C'était très bien. Entre les chênes morts dont je savais l'emplacement par coeur, ceux que j'avais signalés au ruban fluo pour être plus sûr de les retrouver, et ceux que j'avais oubliés mais que nous découvrions à mesure, il a bien dû en couper une vingtaine. Sauf oubli possible, les deux seuls que nous ayons laissés sont placés au milieu de ronciers que je n'avais pas pris le temps d'éclaircir, et j'ai décidé de les remettre à une autre fois. Wyn a fait comme annoncé des bûches d'un mètre, mais un mètre variable, qui faisait à vue d'oeil parfois soixante-dix centimètres et parfois cent-vingt. Cependant à la fin, comme il restait du carburant dans la tronçonneuse, il a utilisé le reste du troisième plein d'essence à recouper en deux toutes les bûches qu'il pouvait, jusqu'à ce que la machine tombe en panne. Ce n'est pas un expert mais c'est un travailleur, prudent et avisé. Le seul accident a été qu'en faisant un mouvement brusque, je me suis bien râpé le tibia gauche contre une souche. J'ai passé l'après-midi à dormir et à ranger des affaires, puis je suis retourné ce soir faire un tour dans le bois, et j'en ai rapporté un premier chargement dans ma voiture sale.

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