Journal documentaire

dimanche 25 janvier 2015

mes jours et mes nuits

08-01-12---Bordes-2

J'ai un peu honte d'avoir relayé l'autre jour sur Facebook l'appel de la Ligue de protection des oiseaux à participer ce week-end au comptage des oiseaux de jardin, alors que j'ai moi-même eu la flemme de le faire. Je dois dire pour m'en excuser que les conditions climatiques sont très austères en ce moment. Il fait bon devant ma cheminée mais sur mon thermomètre, qui est fixé à deux mètres du foyer, la température n'est remontée que jusqu'à 11, et je ne me vois pas passer une heure à geler devant ma fenêtre pour compter des oiseaux qui, de leur côté, semblent avoir justement déserté le jardin. Peut-être est-ce parce que le bassin est encore gelé et qu'ils ne peuvent plus venir y boire? J'en ai vu quelques uns ailleurs. Il y a des vanneaux dans les champs, comme souvent quand il fait grand froid. Dans mon bois "principal", où je suis allé travailler quelques heures, j'ai eu la chance d'apercevoir un roitelet triple-bandeau. L'inconvénient des roitelets est qu'ils bougent sans arrêt, mais j'ai bien pu distinguer celui-ci, avec la calotte orange et le sourcil blanc. Et en rentrant, il y avait un héron immobile non loin de la route.

J'avais des branches à couper à la lisière sud de cette parcelle et c'était le moment idéal pour ce faire, car hier tantôt et aujourd'hui encore il faisait grand soleil. Rien ne se compare à la sensation de pureté qui émane de ces périodes de temps glacial mais ensoleillé. L'air était trop froid et me faisait mal aux sinus dès que je m'enfonçais parmi les arbres, mais le climat était idéal en bordure, où j'ai passé des heures paisibles à m'occuper. En plus, j'ai trouvé une vieille souche de chêne avec une forme d'encoche très pratique pour scier des bouts de bois en les calant sous la botte, sans avoir à porter mon chevalet.

La solitude m'incline à quelques traits de sauvagerie et notamment, lorsque je suis à table, je me passe de verre et je bois au goulot. Pour les premiers repas je me servais du genre de mousseux à deux balles qui suffit à ma joie, mais ce midi j'ai ouvert un Sainte-Croix du Mont qui se trouvait là, ça fait plus chic.

Une de ces nuits, j'ai encore eu le rêve inquiétant, comme l'été dernier, que j'étais aveugle. Je me trouvais sur une sorte de grande place grise et déserte et je me mettais à courir, mais aussitôt je devais m'arrêter car je n'y voyais plus rien. J'espère que ces chimères sont le simple fruit du désordre de l'âme au repos, et n'ont rien de prémonitoire. J'ai aussi vu en rêve, l'espace d'un instant, une très belle femme qui marchait vers moi, entièrement nue mais probablement chaussée, car elle avait ce maintien particulier que donnent les talons hauts. Et il se trouve que je la connaissais. Ça tombait bien.

-------------------------

Il est trop tard pour compter, mais en ouvrant ce lien vers l'enquête, on peut encore voir en bas de la page deux jolies planches avec des oiseaux de jardin.
Je pique la photo du roitelet ci-dessus à un certain Jérôme Sottier.

Posté par Ph B à 20:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]


samedi 24 janvier 2015

au vert

i_612774

Comme j'en ressentais le besoin, et comme rien ne s'y opposait, j'ai décidé de prendre quelques jours de congé pour me mettre au vert. J'ai quitté la ville pour la brousse jeudi après-midi, et j'envisage d'y rester au-delà du week-end, la semaine prochaine. Je n'ai peut-être pas choisi le meilleur moment, car à vrai dire pour l'instant le «vert» est plutôt gris et blanc : le ciel est plombé, la campagne couverte de givre, et il fait une température glaciale (dans les moins 5, à ce qu'on m'a dit hier). Il y avait cinq degrés dans mon palais quand je suis arrivé, et le lendemain matin j'ai trouvé le bassin gelé, ainsi que les seaux et les flaques. A vrai dire, il ne me déplaît pas tout à fait d'affronter la froidure : tant que je ne tombe pas malade, cela me donne l'illusion d'être encore vaguement jeune et rude. Et puis j'ai d'autres misères, plus agaçantes : il faut encore que j'aille faire rafistoler ma voiture, et que je prenne des mesures contre une arrivée de souris, qui font des dégâts dans la maison. Hier j'ai pris rendez-vous avec mon garagiste, pour mercredi prochain, et je me suis procuré une petite souricière, ainsi que deux sortes de sachets toxiques. Je sens que ça va chier. Il se prépare entre mes murs un crime contre la souricité.

Posté par Ph B à 12:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

A vendre chez moi - (mise à jour)

Ouvrages publiés et vendus par Philippe Billé
20 rue de l’Amitié, 17330 La Croix-Comtesse
05 46 24 60 32 - 05 57 12 46 26
philippe.bille@hotmail.fr 
Par correspondance, frais d'envoi à déterminer. 

* * *

PENSEES du marquis de Maricá, choisies, traduites et présentées par Philippe Billé.
Décembre 2013. 28 pages. 2 euros.

CENT LISTES D'ACHAT trouvées dans les caddies et les paniers des supermarchés,
et quelquefois même par terre sur le parking, par Philippe Billé. Mars 2010. 40 p. Couverture illustrée par Lolmède. Tirage 100 exemplaires numérotés, comportant chacun une des listes originales. (Voir détails
ici). 5 €.

L’EXPATRIOTE, un Américain à Bordeaux. Journal tenu en France par Lloyd Dunn
en 1994-1995, traduit par Ph Billé.
 Avec une photo en frontispice et un index des noms de personnes et de lieux. Imprimé à Lille, 2009. 156 p. 10 €. (Peut aussi êtrecommandé ici).

RREVES de John M Bennett.
Traduction française du long poème minimaliste Ddreams, composé en 1981.
Imprimé à Lille, 2009. 140 p. 10 €. (A commander ici ou ).

Série DISCRETO, 2008-2010 (liste détaillée ici).

ETUDES n° 3, revue politique et agricole. Février 2005.
Avec entre autres Bukowski, Pessoa, Benavente, Suel, Goarnisson.
48 pages format A5.  Soldée 1 €

ETUDES n° 2, revue obscurantiste. Janvier 2004.
Avec entre autres Dávila, Maistre, Rivarol, Marc-Aurèle, Suel, Costes.
40 pages format A5, couverture couleurs. Epuisé.

BORDEAUX, cité citée. Florilège de citations sur Bordeaux,
extraites de quelque 222 auteurs, et réunies par Ph Billé.
Editions du Silence, 2003.
 
40 pages format A5. Soldé 1 €

ETUDES n° 1, revue littéraire et artistique d’arrière-garde. Juin 2003.
Avec entre autres Huidobro, les Massé, Baudelaire, Ohl.
40 pages A5, couverture couleurs. Epuisé.

LE CINEMA DE A à E : films vus en 2002, par Philippe Billé.
Editions du Silence, 2003. 12 pages A5. (129 critiques de films).
« Ridicule » (Cinéma Utopia). « Aaargh! » (D Toscan du Plantier). 1 €

Lucien Suel, REGARDE UN JARDIN.
Editions du Silence, La Croix-Comtesse, 2003.
24 pages A6. 1 €

JOURNAL DOCUMENTAIRE (année 2001) par Philippe Billé,
contenant quantité de choses particulières et secrètes.
Editions du Silence, La Croix-Comtesse, 2002.
«A fine read» (Laurence Remila, Contraband).
44 pages A5, couverture illustrée de 2 photos en couleurs. Soldé 1 €

CORRESPONDANCE PASSIVE (1999-2000) de Philippe Billé.  
(Lettres et e-mails reçus par l’auteur pendant ces deux années)
Editions du Silence, Amsterdam, 2001. 

«Une chronique où se dessine en creux le portrait de Ph Billé, apparaissant tour à tour en intellectuel précaire, père désolé ou néo-rural intermittent» (Fr Talmont, La Boutonne libérée).
Ouvrage embelli d’un fidèle portrait de l’auteur et doté d’un index des correspondants.
76 pages, format A5, couverture bristol jaune. Soldée 2 €

LETTRES DOCUMENTAIRES. Bulletin d’informations diverses.
Première série (n° 1 à 51, 1989-1992) : 20 cents l’unité
et deuxième série (n° I à 351, 1992-2002) : 10 cents l’unité.
Liste des numéros encore disponibles sur simple demande.

Posté par Ph B à 06:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 19 janvier 2015

loubianka 1928

img096

Avant de le ranger dans mes archives, je scanne une des photos d'un article paru dans le supplément hebdo du journal espagnol de gauche El País il y a quelques années (je n'ai pas noté la date). L'article «Ejecutados : las víctimas de Stalin», sous-titré «Los asesinados por Stalin son víctimas dobles : no había razones» (doublement victimes car assassinés sans raison) est illustré par quelques dizaines de saisissantes photos d'identité de personnes arrêtées, hommes et femmes, jeunes et vieux, beaux et moches, au visage perplexe, épouvanté ou résigné. Mais le document le plus frappant reste à mes yeux cette photo d'un suspect débarquant d'un fourgon à la Loubianka pour y être interrogé, en 1928. Noter en particulier la tronche des deux agents du NKVD sur la gauche, ceux-là même, si ça se trouve, qui vont lui défoncer la gueule quelques minutes après dans une cave pourrie. ("La plupart n'en ressortaient pas", précise la légende).

Posté par Ph B à 09:08 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

vendredi 16 janvier 2015

Ce détail pittoresque, hier, dans les faits divers de Sud Ouest (édition Gironde, page 15) : un type, qui a tué sa femme en la défenestrant du dixième étage, s'appelle Abdel Aziz Sadik.

Posté par Ph B à 08:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,



jeudi 15 janvier 2015

et c'est pas fini

Il se confirme de jour en jour qu'après l'attentat de la semaine dernière contre Charlie-Hebdo, le pays est en train de traverser une phase de délire collectif comme il en a rarement connu. C'est depuis le début une aubaine inespérée pour la gauche de se requinquer, et l'on a droit, sous couvert de défense des libertés, à un raz-de-marée de propagande orientée. Il ne suffit pas de soutenir le journal par simple solidarité républicaine, ce qui me semble naturel en la circonstance, il faut «être Charlie», comme dit le slogan omniprésent, c'est à dire y adhérer jusqu'à la fusion. L'hebdomadaire, qui avait paraît-il des difficultés de trésorerie, croule maintenant sous les dons publics et privés. Le tirage du nouveau numéro va s'élever à un ou peut-être même plusieurs millions d'exemplaires, au lieu de quelques dizaines de milliers d'habitude. Les gens font la queue pour l'acheter, et dans certains endroits se battent littéralement pour cela. Là, on atteint la transe. Il est vraisemblable que Charlie va être étudié dans les écoles et placardé dans les mairies, lesquelles abonnent leurs bibliothèques municipales à tour de bras. En attendant que fleurissent les boulevards Cabu et les avenues Wolinski...

Posté par Ph B à 04:26 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

mardi 13 janvier 2015

après coup

Quelques réflexions...

L'attentat contre Charlie-Hebdo a provoqué sans doute la plus formidable vague d'affolement collectif, depuis les élections de 2002. Le tourbillon a pris des proportions et a enflé jusqu'à la gigantesque messe «républicaine» de dimanche dans les rues du pays. Le mouvement m'était sympathique au départ mais avait à la fin quelque chose d'oppressant, l'omniprésence du slogan «Je suis Charlie» a tourné au bourrage de crâne.

On voit bien d'où vient la formule «Je suis Charlie», énième resucée d' «Ich bin ein Berliner» et autres «Nous sommes tous des juifs allemands». Mais j'aimerais savoir précisément qui, ce coup-ci, a eu l'idée, géniale à sa manière, de lancer la phrase. Quel carton! (PS. C'est le publicitaire Joachim Roncin, me dit-on. Sa carrière est assurée).

Une connaissance m'a dit qu'elle se demandait s'il ne fallait pas comprendre le slogan «Je suis Charlie» au sens du verbe suivre. Il y avait en effet comme un moutonnement.

Elle n'était sans doute pas si rude, l'époque où les libertaires disaient pis que pendre des flics, et traitaient allègrement les CRS de SS. Confrontés à un danger plus menaçant, ils trouvent maintenant la police plus aimable, à ce qu'il semble.

Certains déplorent que l'on parle surtout des victimes célèbres (les stars Cabu, Wolinski, etc) et trop peu des obscurs (les flics, les employés...). Or c'est regrettable mais la vie est ainsi et l'on n'y peut rien. Nous sommes inégaux en rayonnement : il y a les vedettes (y compris d'extrême gauche) et les autres.

C'est très bien, de défendre la liberté d'expression, mais je n'entends pas beaucoup d'experts examiner l'idée que s'en faisait au juste l'hebdomadaire qui par exemple a viré Siné comme un malpropre, en 2008.

«Nous vomissons sur tous ces gens qui, subitement, disent être nos amis» aurait déclaré le dessinateur Willem, avec son élégance habituelle. Beaucoup de manifestants doivent donc s'essuyer, s'ils étaient trois millions, alors que le journal ne tire qu'à 50.000 exemplaires. (Cela me fait d'autant moins regretter de ne m'être pas joint à la procession). Pour ma part, je répète qu'être solidaire sur le principe n'implique nullement d'être ami. C'est dur, de soutenir des cons.

Posté par Ph B à 06:47 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :

samedi 10 janvier 2015

en résumé

Le problème de la liberté d'expression (d'opinion) est bien exposé dans la phrase attribuée à Voltaire :

«Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.»

J'y souscris (avec toutefois une réserve prudente sur «jusqu'à la mort»…).

Donc : je soutiens le droit de Charlie-Hebdo à exprimer ses opinions (y compris sous forme de dessins ou caricatures plus ou moins injurieux).

Mais : cela ne m'oblige en rien à partager ces opinions (je ne suis pas «Charlie») et je conserve en retour mon droit à dire ce que j'en pense.

(Remarque annexe : je ne suis pas sûr que «Charlie» et ses amis seraient prêts à se battre pour mon droit à exprimer les miennes, d'opinions.)

Posté par Ph B à 11:13 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

vendredi 9 janvier 2015

ma vie palpiteuse

10413426_10205622392502082_746651147118795074_n

Est-ce d'avoir connu plusieurs deuils l'an passé, ou parce que je ne me sens moi-même pas très gaillard, jamais je n'ai eu aussi peu envie de présenter des voeux de bonne année, dont l'idée seule («et la santé, surtout») me déprime. Je me suis contenté de reproduire une carte de voeux ancienne sur Fb, et de répondre à ceux qui m'avaient adressé les leurs, auxquels j'étais tout de même sensible, surtout quand il ne s'agissait pas d'un simple mail impersonnel envoyé gratis par le net à des centaines d'exemplaires.

J'avais plus ou moins pris la décision d'arrêter d'écrire avec la nouvelle année, mais je vois que cette manie perdure. Il faudrait que j'essaye un truc. L'acupuncture, peut-être?

J'ai vu deux films, ces derniers temps. A la télévision, Le secret de Brokeback Mountain, d'un certain Ang Lee (2005). Vu la réputation de l'oeuvre, je faisais le gros dos en m'attendant à un navet de pure propagande homosexiste, et ce n'est pas tout à fait le cas. Bien sûr, les hétéros y sont présentés plus souvent qu'à leur tour comme des brutes bornées ne rêvant que de casser du pédé, et les deux héros comme de bons gars, dont on souligne à gros traits l'origine sociale humble. Mais enfin cette assez belle histoire d'amour se laisse regarder (oui, un coeur de midinette bat dans mon large thorax de straight) et j'apprécie de voir que sur le plan moral, les protagonistes ne sont pas toujours montrés à leur avantage : entre autres détails, la muflerie du premier marié vis-à-vis de son épouse n'a rien d'exemplaire, à mes yeux sévères. Un critique a reproché au film son esthétique de carte postale, mais n'étant moi-même pas ennemi des cartes postales, j'ai aimé toutes ces belles vues bien cadrées, bien composées, bien colorées. En me renseignant dans Wiki, j'étais surpris d'apprendre que les deux acteurs jouaient là des rôles de composition, n'étant eux-mêmes visiblement pas homosexuels, et que celui des deux qui survit dans la fiction est déjà mort dans la réalité, à pas même trente ans, d'une surdose de médicaments. Je n'ai toujours pas compris la signification du toponyme du titre, mais ça ne me manque pas vraiment. B.

J'ai regardé par ailleurs L'Anglaise et le duc, d'Eric Rohmer (2001), dont le Père Noël m'a gentiment offert le disque. Autant Rohmer m'avait insupporté avec son Perceval le Gallois (E), autant ce film-ci m'a ravi. J'ai beaucoup aimé l'artifice technique par lequel on a l'impression de voir les personnages évoluer au milieu de peintures (même si ces peintures par elles-mêmes n'étaient pas extraordinaires). J'ai aimé les deux acteurs principaux (le duc Jean-Claude Dreyfus et l'Anglaise Lucy Russell, laquelle m'agaçait un peu au début mais a conquis mon coeur vraiment de scène en scène) et certains des secondaires, comme Alain Libolt. J'ai apprécié que le réalisateur ait le courage de montrer quelques aspects de la Terreur, sans pour autant faire un film royaliste ou anti-républicain. J'ai aimé le français légèrement suranné des dialogues. J'ai eu envie de boire un verre de porto. A.

Hier à midi, après avoir hésité, je suis allé participer à la minute de silence qui était organisée dans mon entreprise publique suite à l'attentat contre Charlie-Hebdo. La décision n'était pas évidente pour moi, car au fil des ans, et il en a passé quelques uns depuis ma jeunesse, je me suis beaucoup éloigné de l'esprit soixante-huitard, pour faire bref, que représente ce journal, et qui, d'anticonformiste qu'il fut en son temps, incarne aujourd'hui l'idéologie dominante. Mais en fin de compte il m'a paru correct d'aller marquer publiquement ma solidarité, par principe, en tant qu'Occidental de base, c'est à dire quand même grosso modo républicain, démocrate et laïc, face à la guérilla islamiste affolée. A cette occasion le président de l'institution a prononcé un petit discours, mais comme j'étais assez loin et que son micro n'était pas branché, je n'en ai rien entendu et ce n'est peut-être pas plus mal. Dans la matinée, un chef de service avait adressé à ses «chères et chers collègues» un mail humaniste où il déclarait : «Parce que qu'apprendre, étudier et enseigner les langues étrangères (…) c'est apprendre, étudier et enseigner avec sérieux les mots des autres, c'est découvrir avec joie la pensée des autres, c'est s'émerveiller avec plaisir du pluralisme des idées des autres…», à quoi je n'ai pu me retenir de répondre que «Cela est fort bien, cher Monsieur, mais pour ma part, quand les «idées des autres» consistent à mitrailler des dessinateurs, j'ai du mal à m'émerveiller.» Ce cuculte de l'Autre m'insupporte. Bref, je me suis quand même tapé la minute de silence, mais je n'ai pas voulu brandir un petit écriteau disant «Je suis Charlie». Non, je ne suis pas Charlie, et non, je ne participerai pas à ces pitreries.

Il y avait une ambiguïté, dans tous les hommages rendus aux victimes, car il était incertain qu'on les rendait à des victimes du terrorisme, ou à des héros de la liberté-d'expression-de-gauche, qui permet à des publications comme Charlie de dégueuler si élégamment sur tous ceux qui ne pensent pas comme elles. J'ai dans l'idée que si l'attentat avait frappé par exemple Rivarol, on n'aurait pas vu beaucoup de gens défiler avec un écriteau «Je suis Rivarol».

Parmi les morts célèbres de cet attentat, les cinq dessinateurs, qui étaient tous talentueux, mais plus ou moins bien inspirés, mes préférés étaient sans doute Wolinski et Honoré, le premier pour l'humour, le second pour le trait.

Un drame comme cet attentat provoque immanquablement l'échauffement des esprits, et j'y ai perdu au moins un ami. Comme l'ancien journal Hara-Kiri Hebdo a pris je crois le nom de Charlie-Hebdo par dérision envers Charles de Gaulle (ce personnage méprisable…) et comme il avait salué bassement la mort de ce dernier par le célèbre titre «Bal tragique à Colombey : un mort», j'ai cru de bonne guerre de retourner l'insolence contre ceux qui en ont usé si généreusement, et j'ai passé sur Facebook cette blague : «Bal tragique à Charlie-Hebdo : 12 morts.» Un de mes «amis» de Fb, qui fut aussi un copain réel, l'a si mal pris qu'il m'a injurié. Il m'a fallu lui dire adieu, que faire d'autre? Mais cet épisode me déprime, au moment où je n'ai pas besoin de ça.

J'ai fait un exploit, hier soir, j'ai pris le tram pour aller jusqu'à Bordeaux. Je voulais me rendre à un vernissage dans le secteur de la Rousselle. En chemin je me suis arrêté un instant devant la vitrine de la boutique de filets Larrieu Frères. Son air ancien lui donne une sacrée gueule, en plein quartier bobo. J'ai remarqué qu'un écriteau avertissait : «Le magasin ne se visite pas». Quel dommage. Enfin, je comprends : ils seraient débordés par la demande. Mais bon, j'avais autre chose à faire.

Posté par Ph B à 17:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mardi 6 janvier 2015

le maire et la mère

Les médias étudient très sourcilleusement les moyens de culpabiliser le maire de Champlan. Par contre, ils ont très vite admis que la mère "rom" n'avait aucune responsabilité dans la mort du bébé avec lequel elle faisait la manche dans le courant d'air glacé.

Posté par Ph B à 08:41 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

lundi 5 janvier 2015

Lettre documentaire 499

camonaznar

APHORISMES DU SOLITAIRE par José CAMON AZNAR

choisis et traduits par Philippe Billé d’après Aforismos del solitario (1982).

(Page 24). La conscience règne, le subconscient gouverne.

(26). Sur la peau amère de l’homme, le chien lèche toujours une plaie.

(26). Les dieux grecs se contentent d’être beaux.

(27). Si tu es en avance sur ton temps, on ne te suit pas, on te poursuit.

(27). Le doute n’est rien d’autre que la certitude méditée.

(28). Parler ironiquement de la religion est aussi facile et lâche que de faire un carton sur un éléphant.

(31). Tout plaisir sans amour est vice. C’est pourquoi il peut même exister un vice de la charité.

(44). Idéal humain. Etre pauvre, mais pas au point que cela t’empêche d’avoir de la compassion envers les pauvres.

(45). Le meilleur tableau : celui qui nous donne, en même temps qu’une impression de réalité, la conscience de son artifice.

(48). Tout ce qu’offre le diable est à portée de main.

(55). Signe de maturité : quand tu découvres que le lieu commun est une vérité.

(57). Le bonheur est derrière ce coin de rue où nous ne tournons jamais.

(65). L’orgueilleux donne l’impression d’être toujours monté à cheval sur lui-même.

(67). Aime ton prochain comme toi-même : c’est-à-dire avec une certaine honte.

(67). Le cyprès crée autour de lui des cloîtres gothiques.

(84). J’aimerais connaître les paroles du chant des merles.

(87). Dieu a créé les substantifs. L’homme, les adjectifs.

(89). Méfie-toi des paroles qui ont besoin de musique pour atteindre ton coeur.

(90). L’imagination, c’est la raison en vacances.

(93). Oh, si la haine, comme l’amour, était monogame !

(94). Le message des morts, serait-ce leur terrible silence ?

(102). La figure biblique qui m’inspire le plus de compassion ? L’agneau que l’on sacrifie à la place d’Isaac.

(102). Les nuages passent dans le ciel comme les pensées dans notre âme.

(104). Ce qui sépare le bien du mal, ce ne sont pas quelques concepts, mais quelques siècles.

(104). Quand les couleurs veulent nous sauter dessus comme des animaux furieux. Ou quand elles sont enfermées dans la cage du dessin. Voilà les deux grands styles.

(105). Il y aura toujours ce que l’on appelle peuple, car il y aura toujours une bourgeoisie ratée.

(105). Servitude du sceptique : il ne doute pas de son doute.

(105). Pourquoi ne pas parler de la pollution des imbéciles, qui infeste le monde et le rend irrespirable ?

(107). La Nature lui présente un paysage. Et le peintre en tire l’âme de ce paysage.

(109). C’est seulement campé sur quatre pattes, que l’on peut avoir cet air tranquille des boeufs.

(110). Différence entre la Nature et l’Art. Dans la Nature, tu éprouves la tentation de contempler l’autre côté de la montagne. Dans la peinture, non.

(125). Le caractère est le squelette de l’âme.

[illustration : portrait de Camón Aznar par Guayasamin]

Posté par Ph B à 05:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

dimanche 4 janvier 2015

à bruxelles (6/5) : post-scriptum

Cambier_1930

Je remercie Ryanair de m'avoir transporté sain et sauf, mais là s'arrête ma reconnaissance. J'ai trouvé indigne la gestion des voyageurs, que l'on fait longuement poireauter dans l'inconfort avant d'embarquer, dans des salles où ils sont bien plus nombreux que les sièges disponibles. Le terminal de Mérignac était glacial, celui de Bruxelles mieux chauffé mais on en est parti avec une bonne heure de retard, après avoir changé trois fois de portail et d'horaire, sans explication. Je ne suis plus très ami des voyages, et ce n'est pas cette expérience qui m'en a rendu friand.

Je ne suis pas non plus fan des bandes dessinées, qui le plus souvent me paraissent manquer de consistance. Cependant elles constituent un secteur culturel important dans la Belgique d'aujourd'hui, et je comprends qu'on en parle, qu'on en remplisse des vitrines et qu'on leur consacre des musées, mais je crois qu'on a tort, comme c'est maintenant la mode, d'en reproduire des cases sur des murs entiers dans la rue. Les dessins sont mieux à leur place dans les albums, et les vieilles façades en briques rouges, parfois peintes en blanc, ne sont pas embellies par l'invasion de ces grandes images puériles.

Je n'avais pas prévu de voir autant d'églises, j'envisageais au mieux d'en visiter une ou deux, si elles se présentaient sur le passage, et je m'étonne un peu, après coup, de la place qu'elles ont tenu dans ce séjour. Mais il est vrai que Bruxelles en est bien fournie, que la rigueur du climat incitait plus à rechercher les intérieurs qu'à flâner dehors, et qu'elles offrent pour rien leur calme, et leurs trésors à contempler.

Après avoir recopié mes quelques notes sur les vitraux, cherchant à me renseigner sur leurs auteurs, je découvre dans Wikipédia un portrait en photo de Nestor Cambier (le verrier des Riches-Claires), qui avait fière allure, avec sa moustache et son chapeau (voir ci-dessus), et j'apprends que Jean-Baptiste Capronnier (de la cathédrale) n'était pas seulement peintre verrier, mais aussi entomologiste, auteur en 1889 d'une Liste des lépidoptères capturés au Congo, et de la Liste d’une collection de lépidoptères recueillis au Gabon, avec la description de quatre espèces nouvelles! (J'en profite pour ajouter des liens hypertextes aux pages de ces derniers jours).

Une singularité de ce voyage est que j'ai passé cinq jours sans ordi, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. J'ai cherché quelques renseignements et écouté quelquefois la radio sur la tablette de ma camarade, mais j'ai tenu les cinq jours sans consulter mes messageries ni mes réseaux, c'était une désintoxication. Et j'ai écrit mes notes au stylo, sur un cahier. C'était aussi ça, le dépaysement.

Posté par Ph B à 09:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

jeudi 1 janvier 2015

à bruxelles (5/5)

Schopenhauer_3

Le matin, vaine sortie en quête de pain et de vitraux, tous les magasins semblant fermés, comme l'étaient l'église Notre-Dame de la Chapelle et la chapelle des Brigittines, jusqu'où je suis allé. La belle grande façade blanche de l'église était salopée par une énorme inscription «Ni dieu ni maître», répétée à côté dans une deuxième couleur de peinture, au cas où l'on n'aurait pas saisi du premier coup la profondeur du message. Je devrais être blasé devant ce genre d'exploit, mais je ne peux m'empêcher de penser que les auteurs mériteraient qu'on leur apprenne les manières. Ils savent qu'ils ne risquent pratiquement rien, ayant d'abord eu la prudence de ne s'en prendre ni à une mosquée, ni à une synagogue. Pour ma part, n'étant plus très catholique, je me sentirais assez peu obligé au pardon, le cas échéant.
Nous ne fîmes pas grand chose, ce jour. Nous avançâmes jusqu'au Jardin botanique, qui n'avait pas fière allure.
De retour sur la Grand Place, nous avons vu deux femmes qui tenaient chacune devant elle un écriteau où elles avaient écrit «Free Hugs» (accolades gratuites). C'était amusant, mais elles n'avaient guère de succès. Il faut dire qu'elles n'étaient pas non plus très attirantes, mais peut-être venaient-elles d'arriver. Il semble qu'en fait le message ne s'adressait pas à n'importe qui, car elles m'ignoraient totalement et n'avaient d'yeux que pour ma compagne. C'étaient, je suppose, des lesbiennes-féministes-révolutionnaires. Bon, nous passâmes notre chemin.
En considérant les étalages bien fournis des marchands de souvenirs, je me suis demandé quel pouvait être le plus ridicule de ces articles (qui ne le sont pas tous). A la réflexion, je désignerais peut-être le bonnet simili-inca marqué Brussels, avec des pompons qui pendouillent sur les côtés.
Le second des livres que j'avais emportés avec moi était le plus mince de ceux que le Père Noël m'a offerts la semaine dernière, les Aphorismes sur la sagesse dans la vie, d'Arthur Schopenhauer. A vrai dire, vu le profil de ce que l'on appelle d'ordinaire aphorismes, je m'attendais à des énoncés beaucoup plus brefs que ces longs développements, dans lesquels j'ai un peu la flemme de me plonger. Mais en y faisant quelques incursions ces jours-ci, j'y découvre plus d'une phrase à mon goût. Le tempérament d'un vieux râleur transparaît et m'amuse, dans des observations comme celle-ci : «J'accorde toute ma considération (...) à celui qui étant inoccupé, parce qu'il attend quelque chose, ne se met pas immédiatement à frapper ou à tapoter en mesure avec tout ce qui lui tombe sous la main, avec sa canne, son couteau, sa fourchette ou tout autre objet.»
Mais voilà qu'approche l'heure de repartir, il faut préparer les bagages. Adieu Bruxelles, adieu belles façades, adieu vin chaud et fromage de Herve...

Posté par Ph B à 20:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

mercredi 31 décembre 2014

à bruxelles (4/5)

images

Ce jour-là entre quelques courses nous visitâmes l'église Sainte-Catherine, spacieuse et belle mais sans vitraux. Son architecture massive m'a plu dès que je l'ai eue sous les yeux, et m'a replu a posteriori quand j'ai lu qu'elle déplaisait au Guide du routard (que je ne serais jamais allé chercher, mais on en avait aimablement mis la dernière édition à notre disposition).
Je voulais profiter d'un de ces quatre jours de résidence sur place pour aller visiter, de préférence, le musée de peinture ancienne, que j'avais raté lors de mon précédent séjour, fin 2011. Comme le lundi est le jour de fermeture générale des musées, comme en outre il était annoncé qu'ils seraient fermés le jeudi pour cause de 1er janvier, et comme j'étais allé perdre mon mardi à regarder les oeuvres de Paul Delvaux, il ne restait plus pour ce faire que cette journée du mercredi. Aussi, en début d'après-midi, nous gravîmes le mont des Arts pour aller enfin visiter le Musée d'Art ancien, mais l'ayant trouvé inopinément fermé, nous ne le visitâmes pas.
Nous rentrâmes en ville par le chemin des écoliers, en nous fixant le but plus modeste de nous procurer un dessert décent pour le réveillon du soir. Mais c'était là encore un vaste défi et, sur le point de renoncer, nous finîmes par acheter chez un Arabe quelques simili-gâteaux qui feraient peut-être l'affaire. Et chez un autre, j'ai pris un guide des Arbres et arbustes à feuilles persistantes, une de ces petites éditions populaires de chez Gründ, aux jolis dessins, une valeur sûre.
Au moment de rentrer, alors que nous avions hâte de nous réchauffer, je remarquai qu'un sac à main entrouvert, visiblement volé, avait été jeté par terre au bord de la rue, en face de notre porte. Si bien que nous repartîmes aussitôt confier l'objet au poste de Politie de la rue Kolenmarkt, avant d'enfin pouvoir nous reposer.

Posté par Ph B à 20:27 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

mardi 30 décembre 2014

à bruxelles (3/5)

HGC_Papegaai_detail

Je m'éveillai ce matin-là sur le rêve que j'avais vu un extrait de film où Richard Bohringer jouait un rôle intelligent. Des proches, à qui je faisais part de cette nouvelle improbable, m'assuraient que je devais confondre avec quelque autre acteur lui ressemblant. La solution de l'énigme se trouvait au sein d'une énorme pile de courrier, que je n'avais pas encore commencé à examiner, et ainsi de suite, tout cela était bien laborieux.
Nous fûmes ce jour-là en bus au musée d'Ixelles, pour y visiter une exposition «Paul Delvaux dévoilé». Je ne connaissais jusqu'à présent ses oeuvres que par les reproductions, sur lesquelles au mieux certaines me paraissaient presque belles, mais après avoir examiné sur pièces le copieux assortiment de dessins, gravures et peintures présenté là, je me dis que cette imagerie, de femmes livides et pas très bien dessinées, dans des décors assez ridicules (antiquité d'opérette, gares de chemin de fer) n'est pas pour moi. Les deux oeuvres que j'ai préférées sont du genre post-impressionniste, un Port de Bruxelles (1922) et une Promenade à Rouge-Cloître (1923). Cette dernière (mais il en existe je crois plusieurs du même titre) montre une vue de forêt obscure, toute mêlée de verts sombres et de zones d'ombre, d'où se dégage à mes yeux un mystère plus attrayant que des pantomimes surréalistes avec femmes blafardes au regard vide.
Acessoirement, j'ai appris à cette occasion le nom flamand du rêve, de droom. L'abondance des mentions bilingues, noms de rue et autres, est appréciable pour un amateur d'étrangerie lexicale comme moi, car beaucoup de mots flamands me resteraient incompréhensibles si je les voyais isolés, alors que la traduction contiguë non seulement livre aussitôt leur sens, mais me permet en outre de les rapprocher de leurs équivalents dans les deux autres langues voisines dont je suis plus familier (l'allemand et l'anglais).
Nous rentrâmes d'Ixelles à pied. J'avais récupéré parmi les prospectus du musée deux cartes signalant une exposition intitulée «Papegaai / The Parrot» et figurant chacune une jolie peinture de perroquet (dont une de Rubens, montrant un de ces aras jaune et bleu que les Brésiliens nomment canindé) et par coïncidence ce fut dans ces rues que peu après, alerté par des cris inhabituels, j'ai vu passer un couple des perruches à collier, maintenant naturalisées dans la région.
Le trajet nous conduisait à traverser le quartier de Matongé, que l'on m'avait présenté comme une enclave africaine, et dont du coup l'aspect m'a quelque peu déçu, ou alors je ne suis pas passé dans les bonnes rues, car je n'avais sous les yeux qu'une ville de Blancs avec beaucoup de Noirs sur les trottoirs, comme on en voit maintenant un peu partout.
Sur le chemin du retour nous fîmes halte dans la cathédrale vouée à saint Michel et sainte Gudule. Elle présente un bel assortiment de grandes verrières anciennes, des XVIe et XVIIe siècles, dont un fascinant Jugement dernier, avec les corps blancs sortant de l'herbe, et une collection plus commune de vitraux du XIXe (ici d'un certain Capronnier). Tout autour de la nef étaient disposées des crèches offertes par les communautés catholiques de pays étrangers, parfois lointains, dont certaines charmantes, et d'autres réalisées avec plus de bonne volonté que de bon goût. Il y a dans cette église une magnifique chaire en bois, énorme et très ouvragée, figurant dans le socle Adam et Eve, et sur la rampe de l'escalier de gauche sont sculptés en haut un aigle, et en bas ce qui m'a paru être un perroquet (pour moi, donc, le cinquième de la journée).

Posté par Ph B à 19:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

lundi 29 décembre 2014

à bruxelles (2/5)

statue1000godefroiddebouillon01

L'un des deux seuls livres que j'avais emportés avec moi en voyage était le mince recueil (une centaine de pages) des Aforismos del solitario, de José Camón Aznar (1898-1979). C'est un peu par hasard qu'en m'intéressant à cet historien d'art espagnol, fondateur de la bonne revue Goya, j'avais découvert qu'il était aussi l'auteur de ces «aphorismes du solitaire» parus posthumément, en 1982. Ayant pu emprunter un exemplaire de l'ouvrage, et le lire avant de partir, je l'avais emporté cependant afin de recopier dès que possible sur une page, et ainsi relire plus à mon aise, les phrases que j'avais préférées (parmi beaucoup qui ne m'ont pas passionné). Je consacrai à ce travail une part de la matinée. Je traduirai prochainement ces sentences dans une Lettre documentaire.
Au cours de nos promenades en ville ce jour-là, nous visitâmes quatre églises : Notre-Dame du Bon Secours (soit Onze-Lieve-Vrouw van Goede Bijstand, ou Goede Hülp, juste derrière chez nous), Notre-Dame des Riches Claires (la seule où j'aie fait un relevé sérieux des vitraux, dus à un certain Cambier), Saint-Nicolas (au coin de la place de la Bourse), enfin Sainte-Marie-Madeleine. Dans cette dernière, il y avait une boutique où j'achetai deux prières illustrées, imprimées sur de petits cartons, l'une à saint Antoine de Padoue, pour la joliesse de l'image kitsch rehaussée de dorures, l'autre à sainte Rita, patronne des causes désespérées, et donc très indiquée dans mon cas. La prière à Rita tient presque entière dans la longue première phrase, que je relis avec plaisir : «O glorieuse sainte Rita, patronne des causes humainement réputées impossibles ou désespérées, qui avez été, au milieu des pénibles épreuves de toute sorte qu'il a plu à Dieu de vous réserver durant votre vie, le modèle achevé de toutes les vertus, et qui après votre mort avez répandu sur ceux qui vous invoquent vos faveurs les plus insignes, daignez m'obtenir de Dieu, avec le pardon de mes fautes, les grâces nombreuses que j'implore de votre puissante intercession».
Et nous marchâmes jusqu'au mont des Arts, où je pus admirer le vieil hôtel de Ravenstein et, sur la place Royale, la statue équestre de Godefroy de Bouillon, «premier roi de Jérusalem» (le genre de truc qui me plaît d'autant plus que cela fait horreur au Guide du routard). Malgré le temps maussade, c'était une journée agréable, pendant laquelle nous traînâmes dans nombre de magasins et de galeries, et ma camarade nous offrit un chocolat chaud dans l'estaminet Poechenellekelder, qui est un remarquable capharnaüm.

Posté par Ph B à 18:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

dimanche 28 décembre 2014

à bruxelles (1/5)

moineau2_s

Avec mon aide de camp, ce jour-là, nous fûmes en voiture de Taussat à Mérignac, en avion de Mérignac à Charleroi, en autocar de Charleroi à Bruxelles, et à pied, depuis la gare du Midi, via l'avenue de Stalingrad et la rue du Midi (Zuid straat), à la rue de la Gouttière, où nous disposions d'un appartement jusqu'au 2 janvier. La plus belle part du voyage, à mes yeux, fut le début du trajet en bus, avant que la nuit tombe, car les lambeaux de la campagne belge, d'ordinaire si ingrats, reluisaient alors sous une élégante couche de neige, où se détachait la fine silhouette des arbres sans feuilles.
A  Bruxelles il n'y avait guère de neige que quelques traces, restant sur quelques tuiles, pavés et pelouses. Non loin de chez nous la Grand-Place était éclairée de lumières aux couleurs changeantes, d'un assez bel effet, et décorée en outre d'une grande crèche et d'un gigantesque sapin offert par la ville de Riga.
Notre rue coupait celle des Moineaux, en flamand Mussen straat, dont le nom m'a rappelé le cas des «moissons» cités par Léry dans son voyage de jadis au Brésil, mot sur lequel sa traductrice américaine avait buté. Je lui avais indiqué le sens de moineau, dans le parler ancien et régional, notamment normand, avec sans doute la même origine que les mussen bruxellois.

Posté par Ph B à 18:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 25 décembre 2014

la kolyma de chalamov

chalamov

Je ne voudrais pas laisser finir 2014 sans dire quelques mots du livre qui m'a le plus troublé cette année, les Récits de Kolyma, de Varlam Chalamov. Il en existe maintenant une édition plus complète chez Verdier, m'a-t-on dit, mais celle que je me suis procurée au hasard d'une brocante, publiée par La Découverte / Fayard en 1986, est déjà assez copieuse, avec ses presque 1200 pages, plus un cahier de photos. Ces récits sont une longue série de textes brefs, ou plus exactement quatre séries, dans lesquelles l'auteur rapporte des scènes, des souvenirs des années qu'il a passées dans les bagnes de Kolyma. La région de la Kolyma, située dans l'extrême Orient sibérien, près du cercle polaire arctique, est si inhospitalière que même les tsars, qui n'étaient pas tendres, n'y avaient jamais déporté de prisonniers, mais les communistes, à la pointe du progrès, n'ont pas hésité à y envoyer leurs indésirables déguster les travaux forcés par moins 50 degrés. La Kolyma, c'est en quelque sorte le goulag au cube. Le froid, la sous-alimentation, les brimades, les coups, la crasse, les maladies, le désespoir, y transformaient n'importe quel athlète, après quelques semaines de séjour, en zombie squelettique titubant halluciné. Il y a dans ces pages quelques rares visions panoramiques, tel ce passage où un flanc de montagne, suite à un glissement de terrain, se met à dégueuler les cadavres d'un charnier, congelés dans le permafrost («Prêt-bail»). Mais la plupart du temps, l'auteur présente des plans rapprochés, avec peu de personnages. La traduction ne permet pas d'apprécier proprement la qualité du langage, bien sûr, mais elle transmet cependant le ton du narrateur (qui s'exprime sans pathos, sans élever la voix) et sa façon d'amener l'histoire, de livrer soudain tel détail frappant (la première dent cassée en se faisant tabasser, l'épluchure de betterave ramassée dans la neige sale et dévorée aussitôt, les poux qui se réveillent et grouillent sur le corps du bagnard quand il entre dans le bureau chauffé d'un chef, les doigts qui ont pris la forme du manche de pelle et ne se déplient qu'après plusieurs jours d'hospitalisation), et de conduire à une conclusion souvent inattendue. Un bon exemple est celui de «La nuit», où deux détenus complotent on ne sait trop quelle action, où l'on comprend ensuite qu'ils vont discrètement déterrer un mort inhumé depuis peu, et où il s'avère enfin que c'est dans l'intention de le dépouiller de ses vêtements. Resté homme de lettres jusque dans ces circonstances extrêmes, Chalamov évoque au fil du livre nombre d'écrivains russes. Il émaille également ses récits de précisions historiques, rappelant par exemple la décision prise par les autorités, en 1938, d'obliger les prisonniers arrivés au port de Magadane, à se rendre à pied dans les gisements où ils devaient travailler : «Sur une colonne de cinq cents personnes ayant cheminé sur cinq cents kilomètres, trente à quarante hommes arrivaient à Iagodnoïe», les autres étant morts en route, de froid, de faim, ou fusillés (page 762). (Accessoirement, les lecteurs de Crad Kilodney trouveront l'occasion de sourire, en voyant mentionnée à au moins trois reprises la cité d'Oïmiakon, l'une de ses Villes bigrement exotiques). Sans entrer dans les détails, je laisse au lecteur curieux le soin de découvrir les exemples saisissants d'injustice, de cruauté, de mesquinerie, d'avilissement, qui jalonnent cette oeuvre. La comparaison du goulag avec les camps de concentration nazis vient naturellement à l'esprit. Chalamov désigne d'ailleurs la Kolyma comme un «camp spécial d'extermination» (p 636) et cite à deux reprises la version soviétique du slogan «Arbeit macht frei», placée sur tous les portails de camp : «Le travail est une question d'honneur, de gloire, de vaillance et d'héroïsme» (p 531 et 751). Pour ma part, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je considère que si la violence répressive nazie et la soviétique sont comparables dans leur réalisation, la seconde est aggravée du fait que les communistes l'ont exercée non seulement contre leurs ennemis désignés, mais également contre leurs propres partisans, et surtout contre d'innombrables personnes qui ne s'attendaient à rien («des gens pris au hasard» comme dit Chalamov p 492, et il déclare aussi, p 171 : «Le massacre de milliers de gens en toute impunité ne put justement réussir que parce qu'ils étaient innocents. C'étaient des martyrs. Pas des héros.»). C'est une chance, qu'un homme de sa qualité ait pu survivre à ses épreuves (mais dans quel état), et nous transmettre son témoignage hors du commun.

L'article sur Chalamov dans Wikipedia est comme d'habitude bien moins complet en français que celui en anglais.
Voir aussi , et en particulier ça.

Posté par Ph B à 00:29 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mercredi 24 décembre 2014

propos de table, de luther

images

J'avais noté de visiter à l'occasion les Propos de table de Luther. Je me demandais d'où je tirais cette suggestion, et je pensais à un Pléiade lu il n'y a pas trop longtemps, peut-être le second volume des journaux de Jünger, grand lecteur s'il en fut, mais non : l'index indique pour le théologien une dizaine de renvois, qui ne me disent rien. C'est en fait une phrase de Jules Renard, qui avait attiré mon attention. Je la retrouve dans son Journal, à ce qui semble être la seule occurrence de ce nom, le 5 octobre 1904. Dans mon souvenir, le conseiller évoquait l'idée d'un livre amusant. Ce n'est pas du tout le cas : «Luther. Lire les Propos de table de cet homme admirable.» Le mot est peut-être ironique, je n'ai aucune idée de ce que Jules, passablement anti-clérical, pouvait penser de Martin. Quoiqu'il en soit, j'ai trouvé le moyen d'emprunter une édition, pas toute jeune, de cet ouvrage, traduite et préfacée par un certain Louis Sauzin en 1932. Les Tischreden originaux doivent faire une belle somme, car cette version française, qui n'est qu'une sélection, compte déjà plus de 500 pages. Le vieux livre fragile n'était pas très agréable à feuilleter, se délabrant à mesure que je tournais les pages, ni très passionnant à lire. On y sourit de temps en temps, mais c'est plutôt le genre de lecture qui convient à l'heure où l'on cherche à dormir, et je me suis contenté de le parcourir, comme on dit, en diagonale. Il s'en dégage l'impression d'un curieux personnage, mélange de science et du rudesse, d'humour et de sévérité. J'en ai copié une page de citations, que je relirai à l'occasion. Il y a un moment où il développe l'idée bizarre (page 78, reformulée page 94) que Dieu est en quelque sorte comptable, ou financier, de la Création : «Personne n'est capable de faire le compte de ce que coûte à Dieu, en fait de dépenses, la nourriture des seuls oiseaux, et rien que de ceux qui sont inutiles. Je tiens que pour nourrir pendant un an rien que les moineaux, cela lui coûte une somme supérieure aux revenus annuels du roi de France. (…)» C'est amusant. Mais après tout, s'Il est aussi près de ses sous, Dieu n'avait qu'à ne rien créer… Une autre idée m'intrigue, celle de la divinité de la musique, page 470 : «C'est un des meilleurs, un des plus magnifiques dons de Dieu que la musique. Satan la déteste fort, car elle nous aide à chasser bien des tentations et des mauvaises pensées. Le diable ne peut supporter de l'entendre. (…)» Il devait exister déjà de son temps autre chose que les cantiques, je suppose, mais que dirait-il de nos jours…

Posté par Ph B à 01:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mardi 23 décembre 2014

kindling

J'ai statué sur un cas récent de déconvenue. Un beau jour, voilà deux ou trois mois, pour me divertir, je cherchais à me renseigner sur le sens précis du mot anglais kindling (fagot, bois d'allumage), ses possibles synonymes et nuances, lorsque je suis tombé sur la belle page qu'un habitant du Michigan avait consacrée au sujet. Le reste de son site, voué pour l'essentiel au genre d'activités ludo-artistiques en faveur dans le courant Fluxus, ne m'attirait guère, mais je savourais avec joie les quelques paragraphes où l'auteur exposait son goût, que je partage, pour le feu, la collecte et le stockage du bois de feu, la contemplation des tas de fagots et de bûches. Naturellement l'idée m'est venue de faire ce que je sais faire dans ces circonstances, traduire la bonne page et en tirer une Lettre documentaire de plus, pour ajouter à ma collection et la faire lire aux copains. Comme je suis de moins en moins entreprenant, il m'a fallu plusieurs semaines avant de me mettre à la tâche, et plusieurs autres avant de me décider à contacter l'auteur, pour lui présenter le projet et lui demander son accord. Le site, inactif depuis des années, ne donnait pas d'adresse, ou je ne l'ai pas trouvée, mais j'eus bientôt repéré que l'artiste disposait maintenant d'une page Facebook, où il publie à longueur de journée de généreux messages de solidarité envers les opprimés rebelles, et où j'ai pu facilement lui passer un mot. Hélas, le fagotteur n'a pas daigné répondre. Je me suis demandé pourquoi : a-t-il renié sa passion du bois? a-t-il horreur qu'on le traduise, surtout en français (j'ai déjà rencontré ce cas)? Plus vraisemblablement, j'imagine qu'il se sera renseigné à mon propos, et que quelque trait de ma personnalité lui aura déplu. Ma coupe de cheveux, peut-être. Eh, tant pis. Cette page de fagot va filer au feu, tiens.

Posté par Ph B à 08:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,



Fin »