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Une anecdote sans grande importance, mais significative d’un certain état d’esprit : l’autre jour (le 28 février), un ami d’ami américain de gauche diffuse sur Facebook une soi-disant citation de Trump datée de 1998, dans laquelle celui-ci déclare avec cynisme que s’il faisait de la politique (je résume), il se placerait sous la bannière des Républicains, car ce sont de méprisables imbéciles faciles à manipuler. Le lendemain, un autre lecteur signale que la citation est un faux, et présente un lien dénonçant l’imposture. Le premier ne retire pas sa publication, ni ne s’en excuse, mais donne pour toute réponse : « Yeah but I am against him enough to not care » (Oui, mais je suis tellement contre lui que ça m’est égal). En effet, s’il s’agit de salir, qu’importe la vérité…

Je ne sais plus comment j’ai connu Donald Trump, probablement en feuilletant les Google News, l’été dernier. Jusqu’alors il n’était pour moi qu’un nom cité de ci de là dans les histoires de Crad Kilodney. Je ne sais ce que Kilodney pensait de lui, mais je suppose que l’actuelle campagne du candidat à l’élection présidentielle ne lui déplairait pas. J’ai remarqué en me renseignant qu’ils étaient tous deux nés dans le même quartier de Jamaica, dans le Queens à New York, et à la même époque, Trump en juin 1946, Crad en juin 48.

Le premier discours de Trump que j’ai vu est peut-être celui du 14 août à Hampton, New Hampshire, devant un bel écran bleu foncé. Pendant un temps je regardais tous ses meetings sur YouTube, j’en ai vu quelques dizaines, une heure chaque en moyenne, j’ai fait connaissance. J’ai aussi écouté ses entretiens avec les journalistes. Pour un inexpert de la langue orale comme moi, il présente l’avantage d’une excellente diction, je comprends à peu près tout ce qu’il dit. 

Il y a une force magnétique dans sa présence, sa voix, qu’il soit en costume et cravate, ou en polo et casquette. A bien des égards il est tout le contraire de moi : il est riche, grande gueule, décontracté, sûr de lui, à l’aise en public…

Ce que j’aime le moins dans ses discours : les redites, mais elles sont inévitables. Malgré quoi ils sont toujours très vivants, du fait qu’il les improvise, au contraire des autres candidats qui lisent des téléprompteurs. Je n’aime pas beaucoup sa flatterie (I love you, vous êtes formidables, votre état est un endroit formidable) mais qu’y faire, la démagogie est consubstantielle à la démocratie, semble-t-il. Je n’aime pas ses excès de méchanceté, comme quand il se moque de la transpiration de Rubio, etc. Cela dit, même dans ces cas, ses propos restent relativement bon enfant, en comparaison des calomnies et des injures très basses, parfois ordurières, qui lui sont balancées de toutes parts. A l’inverse il sait faire preuve de panache, par exemple en félicitant ses rivaux, en reconnaissant leurs mérites.

Un point fort est que sa richesse lui permet d’auto-financer sa campagne, et de rester indépendant des donateurs. Son électorat est sensible à cette relative garantie de loyauté. J’ai cherché sans trouver des raisons de douter de sa sincérité. Sa préoccupation semble être celle du patriote, qui juge chaque décision, chaque événement, en posant simplement la question : cela est-il ou non bon pour mon pays? J’aime bien son image symbolique, des travaux de construction qu’il a su mener de façon moins coûteuse et plus rapide que prévu («under budget and ahead of schedule»). Sa réputation d’homme d’affaires économe joue pour lui, ou il en joue habilement.

Certains lui ont trouvé des airs de Mussolini. Indiscutablement c’est un tribun, à la voix sonore, mais cela ne suffit pas à faire un fasciste, loin s’en faut. S’il y a du fascisme dans cette campagne, il est plus certainement dans les harcèlements des groupes de gauchistes violents qui essayent d’interdire les meetings de Trump. Je crois que ce que la gauche et l’establishment lui reprochent surtout, dans le fond, c’est son talent à mettre les pieds dans le plat, sur bien des questions.

Je ne crois pas au racisme, dont on l’accuse, comme on en accuse fallacieusement tout citoyen qui s’inquiète des effets négatifs de l’immigration incontrôlée. La question de la race est notoirement absente de ses discours, elle n’est pas sa préoccupation. Les gens qu’il invite à le rejoindre sur scène, et ceux qui lui accordent leur soutien, sont aussi bien des Blancs, des Noirs et des Latinos. Il obtient auprès de ces deux dernières catégories les meilleurs scores qu’un Républicain ait obtenus. La vague de criminalité imputable aux immigrants illégaux, le parasitisme de masse (de ceux qui viennent pour chômer, et des mères à «anchor babies»), et la concurrence des travailleurs étrangers sur les emplois et les salaires, affectent les Américains de toutes les couleurs. Les mesures de protectionnisme commercial et démographique qu’il préconise sont destinées à favoriser ses concitoyens sans distinction de couleur. Son observation, que sans frontière il n’y a pas de pays, tient du simple bon sens.