Le nouvel obscurantiste

Journal documentaire de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste (Philologie de proximité, misanthropologie, désenvoûtement, broutilles).

samedi 31 mai 2008

Le cinéma de A à E

Films vus en mai :

* de David Trueba, Soldados de Salamina (2002). Un film sur la guerre civile espagnole de 1936-39, dans lequel on évoque pour une fois l’existence de crimes de masse de gauche, ne peut pas être tout à fait antipathique, surtout si l’on y entend plusieurs fois la belle musique Fratres, d’Arvo Pärt. Ce film est basé sur une scène de charité, rapportée si j’ai bien compris par l’écrivain franquiste Rafael Sánchez Mazas, lequel se terrant après avoir échappé à une fusillade, avait été découvert par un jeune milicien républicain, qui pris de pitié a fait semblant de ne pas le voir et ne l’a pas dénoncé. Belle parabole en vérité, malheureusement délayée dans une narration inutilement compliquée et pesamment sentimentale. C.

* de Manuel Pradal, Un crime (2006). On est un peu surpris d’y trouver un vieux Harvey Keitel tout buriné, amoureux d’une Emmanuelle Béart bien mignonne mais plus incolore que jamais, enfin c’est un divertissement potable. C.

* de Roman Polanski, Rosemary’s baby (1968). On s’attend sans cesse à ce qu’il se passe plus qu’il n’advient en fait. Les quelques représentations du christianisme sont très antipathiques. L’image finale du berceau noir est bien trouvée, très frappante. Ma scène préférée est celle où apparaît le livre hérité de l’ami mort, je ne m’en lasse pas. B.

* de Lars von Trier, Breaking the waves (1996). Film intéressant mais interminable (2 heures et demie), pendant lequel j’ai dormi un bon moment. En émergeant vers la fin, j’ai vu que le mari mal parti avait l’air de se requinquer. C.

* de Henri Verneuil, Le mouton à cinq pattes (1954). Un festival de Fernandel, qui joue à la fois l’aïeul et chacun des fils quintuplés. C’est amusant mais cela manque un peu de caractère. C.

* de Wim Wenders, La lettre écarlate (1972). Film humaniste (un protagoniste explique sans rire que «les Indiens connaissent plus de choses que nous... ils sont plus humains que nous») un peu mou et guindé, servi en revanche par de beaux paysages, beaux décors façon XVIIe, beaux acteurs et actrices. C.

* de Terence Fisher, Le cauchemar de Dracula (1957). Le début promet plus qu’il ne tient. La première victime de Dracula est un bibliothécaire, sosie de François Bayrou, qui arrive au château, où le comte vient de l’embaucher car il y a «a large number of volumes to be indexed». J’adore la décoration du salon d’accueil et de la chambre de l’hôte (je regarde ce genre de film un peu comme on visite un magasin d’ameublement). Hélas on voit trop peu la bibliothèque ornée de vitraux. J’aime aussi beaucoup la scène de l’arrivée du docteur à l’auberge («May I have a brandy, please ?») Mais passé le charme des premières minutes, on s’enfonce dans une histoire macabre et ridicule, qui au mieux peut amuser au second degré. D.

* de Fernandel, Adhémar ou Le jouet de la fatalité (1951). Cette «adaptation d’un ouvrage inédit de Monsieur Sacha Guitry» est un film étrange, au sujet original mais d’un goût douteux, le protagoniste s’efforçant d’échapper à son destin, qui est de déclencher le rire chez les autres par son aspect physique. Occasion pour le réalisateur d’exécuter un beau numéro d’acteur, mais que l’on n’a pas envie de revoir tout de suite. C.

* de Jean Boyer, Le couturier de ces dames (1956). Une comédie légère, et même sexy, avec un Fernandel en pleine forme, batifolant parmi de charmantes créatures, notamment Suzy Delair et Françoise Fabian. C+.

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mercredi 28 mai 2008

Philipperies

J’ai un prénom d’origine grecque mais assez répandu en Europe, où l’usage des différents pays lui a donné une grande variété de formes. Je l’ai vu aussi déformé en Phlippe, par privation accidentelle ou malveillante de la première voyelle. Je le retrouve cette semaine grossi d’une consonne de trop, dans une coquille d’un hebdomadaire pourtant soigneux, où il est écrit Philippre !

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lundi 26 mai 2008

Cotes

Les cotes des livres sont ces petites séries de chiffres et/ou de lettres qu’on leur attribue, dans les bibliothèques organisées, afin de leur fixer la place où ils doivent être rangés, et où on les retrouvera s’ils ne se sont pas égarés entre temps. Elles peuvent être uniquement numériques, ou au contraire alphabétiques, mais de nos jours la plupart des collections recourent aux cotes hybrides dites «alpha-numériques», comprenant les deux types d’éléments. La cote alphabétique, ou la partie alphabétique d’une cote hybride, est souvent constituée de deux segments de trois lettres, dont le premier correspond aux trois premières lettres du nom de l’auteur, et le second aux trois premières du titre de l’ouvrage, selon un modèle que l’on peut symboliser par la formule AUT.TIT. Cette technique moderne de la cotation rend les plus grands services aux usagers des livres, par sa commodité, mais elle consterne souvent l’esthète par l’aspect ingrat des abréviations, c’est à dire des moignons de mots, dont elle fait usage. Rares sont les auteurs, comme notre ami conteur Michel Ohl, ou son défunt confrère Edgar Poe, dont le patronyme est assez bref pour subir sans dommage la mise en cote, plus rares encore les titres que l’on ne doive tronquer. Il arrive toutefois que le résultat soit assez heureux, comme j’ai pu le constater, au fil du temps, dans certaine bibliothèque espagnole où j’ai mes habitudes. Ainsi pour Carlos Larrea, dont le nom est intégralement restitué dans la cote de son ouvrage sur La Real Audiencia de Quito (LAR.REA). Ou bien pour José Polo, dont l'anthologie Lengua, gente, humor sécrète un charmant POL.LEN. Mais inévitablement, l'industrie de la cote produit aussi les plus regrettables catastrophes, comme avec le pauvre Osvaldo Salazar, dont La Opera de los fantasmas implique une incongrue SAL.OPE, ou encore le malheureux Juan Mera, dont l'enquête sur La Dictadura y la Restauración aboutit à un résultat tout à fait MER.DIC!

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jeudi 22 mai 2008

A table

Je préfère la manière anglo-saxonne de placer la table des matières au début du livre. L’habitude française de la mettre à la fin me paraît aussi rationnelle, que le serait de présenter le menu quand le repas est fini.

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mercredi 21 mai 2008

Toujours dans ma veine lyrique

Regardant l’autre jour dans l’index de mon atlas routier Michelin, j’ai pu vérifier qu’il existe bien, comme je m’en doutais, un certain nombre de communes françaises, dont le nom commence par un chiffre. Aucune ne commence par le chiffre Huit, mais j’ai trouvé de quoi composer ce petit poème-liste des ...

COMMUNES CHIFFREES

Unverre (Eure-et-Loir),
Deux-Jumeaux (Calvados),
Trois-Maisons (Moselle),
Quatre-Champs (Ardennes),
Cinq-Chemins (Haute-Savoie),
Six-Fours-les-Plages (Var),
Sept-Frères (Calvados),
Neuffontaines (Nièvre),
Dixmont (Yonne).

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mardi 20 mai 2008

Clapotis

La Nive serpente dans l’univers,
Dans la connivence et l’anniversaire.

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lundi 19 mai 2008

Sonnet des communes

SONNET DES COMMUNES DE FRANCE ET D’ESPAGNE

Figueras, Bilbao, Caceres, Oviedo,
Rennes, Toulouse, Caen, Marseille, Lyon, Bordeaux,
Andorre, Valencia, Malaga, La Corogne,
Nantes, Clermont-Ferrand, Limoges, Rouen, Boulogne.

Cadix, Vigo, Murcie, Pampelune, Gijon,
Isbergues, Montpellier, Lille, Orléans, Dijon,
Avila, Santiago, Donostia, Barcelone,
Echiré, Besançon, Metz, Les Sables d’Olonne.

Santander, Ségovie, Salamanque, Séville,
Poitiers, Onesse, Amiens, Talmont, Paris, Deauville,
Alicante, Cordoue, Tarragone, Albacete,

Gazinet, Orléans, Saint-Jean d’Angély, Sète,
Nerja, Leon, Madrid, Grenade, Cadaquès,
Etauliers, Gap, Châlons, Strasbourg, La Croix-Comtesse.

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samedi 17 mai 2008

Céline, Ohl et la République

Le citoyen Michel Ohl, ambassadeur des Landes auprès de mes Archives, m’avait remis jadis la photocopie d’un article paru en avril 1962 dans Le Grelot, revue du lycée Victor-Duruy de Mont-de-Marsan. Il s’agissait d’un compte rendu de lecture du roman de Céline, Voyage au bout de la nuit. Cet article de bonne tenue, mais sans grande surprise, ne retiendrait pas forcément l’attention aujourd’hui, s’il n’était signé d’un brillant condisciple un peu plus âgé que Michou, et qui devait plus tard assumer les charges de premier ministre et maire de Bordeaux, Alain Juppé. Vers l’année dernière, j’ai pris l’initiative de  transmettre cette petite curiosité à monsieur Marc Laudelout, pour le cas où cela pourrait intéresser son Bulletin célinien. De passage dans ma campagne ce week-end, je trouve au courrier le n° 297 du mensuel bruxellois, où reparaît enfin, ce mois-ci, ledit document. (Renseignements commerciaux sur le site ou au Bulletin célinien, BP 70, B 1000 Bruxelles 22, Belgique).
Par ailleurs l’estimé Michel, à qui je dois tant, me signale, après que j’eus publié certain mien désaccord esthétique avec le président de la République, que celui-ci aurait déclaré que Céline était son écrivain préféré, ce qui du coup me rapproche de l'Elysée. Prié de préciser d’où il tenait cela, monsieur l’Ambassadeur se rappelle seulement l’avoir lu dans la salle d’attente de son masseur, mais ne jurerait pas de la source (Fig-Mag, Elle, ou autre ?). Son Excellence toutefois se rappelle avec une quasi certitude le bel argument présidentiel : « On peut aimer Proust sans être homosexuel et Céline sans être antisémite ». Voilà en tout cas qui ferait un sujet de discussion scolaire un peu plus excitant que la lettre ridicule de Guy Moquet.

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vendredi 16 mai 2008

Alexandrin

Je n'ai rien à branler du festival de Cannes.

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jeudi 15 mai 2008

Sorcellerie

Dans le Rosemary’s baby de Polanski, ma scène préférée est celle où apparaît le livre hérité de l’ami mort. Je suppose que c'est un faux, créé pour le film, mais il est assez habilement réalisé pour faire illusion, on a vraiment l’impression de voir un livre datant des années 30, avec une dédicace manuscrite sur la page de garde. En faisant des arrêts sur image, on peut lire quelques lignes de texte, de part et d'autre de celles que lit la protagoniste. Sur la couverture, le titre All of them witches (Tous des sorciers) est bien visible mais je n’arrive pas à distinguer l’inscription en petites lettres figurant plus bas, et qui pourrait être le nom de l’auteur, lequel n’est jamais mentionné, me semble-t-il.

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