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L'un des deux seuls livres que j'avais emportés avec moi en voyage était le mince recueil (une centaine de pages) des Aforismos del solitario, de José Camón Aznar (1898-1979). C'est un peu par hasard qu'en m'intéressant à cet historien d'art espagnol, fondateur de la bonne revue Goya, j'avais découvert qu'il était aussi l'auteur de ces «aphorismes du solitaire» parus posthumément, en 1982. Ayant pu emprunter un exemplaire de l'ouvrage, et le lire avant de partir, je l'avais emporté cependant afin de recopier dès que possible sur une page, et ainsi relire plus à mon aise, les phrases que j'avais préférées (parmi beaucoup qui ne m'ont pas passionné). Je consacrai à ce travail une part de la matinée. Je traduirai prochainement ces sentences dans une Lettre documentaire.
Au cours de nos promenades en ville ce jour-là, nous visitâmes quatre églises : Notre-Dame du Bon Secours (soit Onze-Lieve-Vrouw van Goede Bijstand, ou Goede Hülp, juste derrière chez nous), Notre-Dame des Riches Claires (la seule où j'aie fait un relevé sérieux des vitraux, dus à un certain Cambier), Saint-Nicolas (au coin de la place de la Bourse), enfin Sainte-Marie-Madeleine. Dans cette dernière, il y avait une boutique où j'achetai deux prières illustrées, imprimées sur de petits cartons, l'une à saint Antoine de Padoue, pour la joliesse de l'image kitsch rehaussée de dorures, l'autre à sainte Rita, patronne des causes désespérées, et donc très indiquée dans mon cas. La prière à Rita tient presque entière dans la longue première phrase, que je relis avec plaisir : «O glorieuse sainte Rita, patronne des causes humainement réputées impossibles ou désespérées, qui avez été, au milieu des pénibles épreuves de toute sorte qu'il a plu à Dieu de vous réserver durant votre vie, le modèle achevé de toutes les vertus, et qui après votre mort avez répandu sur ceux qui vous invoquent vos faveurs les plus insignes, daignez m'obtenir de Dieu, avec le pardon de mes fautes, les grâces nombreuses que j'implore de votre puissante intercession».
Et nous marchâmes jusqu'au mont des Arts, où je pus admirer le vieil hôtel de Ravenstein et, sur la place Royale, la statue équestre de Godefroy de Bouillon, «premier roi de Jérusalem» (le genre de truc qui me plaît d'autant plus que cela fait horreur au Guide du routard). Malgré le temps maussade, c'était une journée agréable, pendant laquelle nous traînâmes dans nombre de magasins et de galeries, et ma camarade nous offrit un chocolat chaud dans l'estaminet Poechenellekelder, qui est un remarquable capharnaüm.