«Cher Daniel, j'avais failli te mailer pour te dire finalement de n'apporter que le moins de livres possible. Le problème est que j'ai le book-appeal et que les bouquins m'arrivent sans cesse de partout et s'accumulent chez moi plus vite que je ne les revends (pour ceux que je revends). J'ai parfois l'impression qu'ils envahissent la maison et y stationnent comme une armée d'occupation. Mais bon, c'est une occupation aimable, et puis quand je serai à la retraite avec 450 euros par mois, il vaudra mieux que j'aie des réserves de marchandise. Merci donc pour ces vingt livres. J'ai noté que je devrai te rendre le Reclus et les deux J Perret, mais ne veux-tu pas récupérer aussi le Tuset? Quant aux autres, après en avoir pris connaissance, j'aviserai si je les conserve pour moi, si je les destine au commerce, ou si je les offre au peuple via les boîtes ad hoc. Après un premier tour d'horizon j'ai déjà vu que je ne ferai rien du Viguerie, ni du Honorez. J'ai parcouru les promenades de Michel Déon et Les Charentes à vol d'oiseau d'Onésime Reclus, tous deux très stylés mais dans des styles très différents. Le premier vraiment charmant, son «A la recherche d'Ulysse» en particulier. Onésime est élégant et clair mais un peu soporifique, je n'ai lu en entier que la partie sur Oléron et Ré, je l'ai même relue. J'aurais pu l'apprendre ailleurs mais c'est à cette occasion que j'ai réalisé certaines différences et ressemblances des deux îles, comme le fait que la surface d'Oléron soit à peu près le double de la maigrelette Ré, ou que ni l'une ni l'autre ne possède aucun cours d'eau. Je me demande d'où les habitants tirent l'eau potable, j'imagine qu'ils la puisent dans le sous-sol? Ces pages m'ont plu pas seulement pour leur qualité mais aussi pour les mille souvenirs qu'elles me rapportaient des visites annuelles à l'île de Ré avec mon aide de camp, et qui jusqu'à présent, par chance, sont de bons souvenirs. Maintenant j'ai commencé de lire le Horace à la campagne de Xavier Patier. J'aime beaucoup, ce Patier m'épate. Il va me servir de livre de tram cette semaine, quand je serai rentré en ville. Bien à toi, cher pourvoyeur, à bientôt. Ph.»