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Des cours sur la révolution mexicaine suivis lorsque j'étais étudiant, j'avais gardé l'impression que je n'y comprenais pas grand chose. Où étaient les bons et les méchants, y avait-il pas des méchants un peu partout, qui était vraiment contre ou avec qui, à quoi tout cela rimait-il? Récemment la lecture de l'excellent La révolution mexicaine, 1910-1940, de Jean Meyer (édition 1973) m'a confirmé que je n'y comprendrai sans doute jamais rien. Quelle période confuse. J'en tire cependant quelques enseignements :
Il y a comme dans toute révolution le mystère de ses origines. On peut facilement trouver des causes, et tout aussi facilement les mettre en doute. Pourquoi en ce lieu et à ce moment? Ce moment était-il le pire de l'histoire du pays, la situation était-elle pire ou moins pire que celle des pays voisins? Ce ne fut pas un soulèvement des plus basses classes, mais de petits fonctionnaires, petits propriétaires, petits commerçants, simples bandits. «La révolution ne fut le fait ni du désespoir, ni de la misère» (p 37). «Le mécontentement populaire n'a pas fait cette révolution» (47). Beaucoup d'anciens instituteurs parmi les généraux révolutionnaires (16). Le «peuple» (pour ce que cela veut dire) a moins fait la révolution qu'il ne l'a subie (103).
C'est après Madero, «chef de gouvernement le plus honnête» (41) et le plus paisible (il ne fusillait personne, 44) que le pays sombre dans la guerre civile et l'anarchie, et l'on assiste à la «division à l'infini des factions» (62) et à la «partition du pays en fiefs appartenant aux seigneurs de la guerre» (78). Ceux «qui avaient crié ... contre les riches, la première chose qu'ils firent fut de s'enrichir» (155). «La révolution a engendré une caste de généraux grands propriétaires» (247, 268).
La violence fut effroyable. «Les gens s'habituaient à la tuerie» (62). Le livre donne quelques aperçus du pillage, du vandalisme, des massacres. Viols de femmes devant les maris, exécutions en musique (91), outrages infligés aux cadavres (130), mourants que l'on châtre (156).
L'auteur dresse les portraits de différents personnages, dont les célèbres Villa et Zapata. Le premier sans surprise brute épaisse, qui «massacrait sans pitié tous les prisonniers» (52) et installera un «banditisme endémique» (66). Le second plus subtil que je n'aurais imaginé. Zapata respecte la hacienda (75) et «a veillé à la sécurité de ses anciens employeurs» (236). Son idéal est la petite propriété, un «monde où chacun aurait ses quatre hectares» (77).
Zapata vouait un culte à la Vierge de Guadalupe et protégeait les prêtres. Carranza fut le principal artisan de la répression anti-religieuse (incendies, fusillades, lois tyranniques). L'anticléricalisme carranciste, impopulaire parmi la petite paysannerie, entraînera la révolte des Cristeros, à la fin des années 20, dont l'auteur est un spécialiste.
Je n'aborderai pas la question compliquée mais très intéressante de la réforme agraire. Je note la bonne formule pointant un des problèmes récurrents, le «processus de pulvérisation par voie d'héritage» de la propriété foncière (19). Le livre est bien écrit et agréable à lire, ce qui n'est pas toujours le cas des livres d'histoire. Je terminerai en citant cette jolie tournure, à propos des routes médiocres, «bonnes seulement pour les oiseaux et les daims» (22).