J'ai appris la mort de la chatte Foxy, mort par automobile, vraisemblablement, il y a deux ou trois semaines, sans doute pendant mon voyage aux Pôles. Quelqu'un l'a retrouvée au coin de la rue et de l'impasse, vivante encore, la tête ensanglantée. Je l'avais connue toute petite, dès les premières années où j'habitais ici, peut-être même dès 1999. Le logement de l'autre côté de l'impasse était occupé par une mère célibataire avec deux jeunes enfants, qui avaient adopté deux chatons, eux-mêmes frère et soeur, une petite femelle rousse et un mâle tigré. Il s'avéra bientôt que les deux chatons étaient délaissés, et ils furent recueillis au fond de l'impasse par mes voisins brits, chez qui se tenait alors un Haut Commissariat aux Réfugiés Félins du Quartier. Ils baptisèrent la roussette Foxy, pour la ressemblance du pelage avec le renard, et le tigré Marcus, pour des raisons que j'ignore. Comme leur maison était alors surpeuplée de chats, seuls quelques uns y avaient leur résidence officielle, cependant que les autres, au statut plus précaire, continuaient de zoner dans le voisinage. C'est ainsi que Foxy devint ma première chatte à temps partiel, en 2005. Comme elle était venue mendier avec des accents convaincants, je lui avais accordé un permis de séjour, valable pour les week-ends et les vacances que je prenais dans les lieux. Elle avait toujours table ouverte chez mes voisins, mais venait se faire nourrir chez moi dès que j'étais là. Elle passait volontiers des moments dans la maison, s'installant par exemple pour dormir sur une chaise glissée sous la table. Mais je ne la laissais pas rester la nuit, me semble-t-il. Je me souviens qu'elle était capable d'entrer dans la maison par la petite fenêtre de la salle d'eau, à près de deux mètres du sol, une des chatières les plus haut placées du monde. Puis les rapports se sont distendus, elle a cessé de venir chez moi et, après avoir fait quelques tentatives chez la colonelle en face, est retournée se faire adopter à sa première adresse, par le gentilhomme solitaire qui occupe maintenant le logement de l'impasse. Il y a eu les moments pénibles où elle ne venait presque plus chez moi, mais encore un peu, et quelquefois tombait sur une autre pensionnaire que j'avais adoptée, rencontre toujours orageuse. Ces dernières années je ne voyais plus Foxy que de temps en temps, par la fenêtre de ma cuisine, qui donne sur l'impasse. Avec l'âge elle était devenue acariâtre, me semble-t-il. Elle se perchait parfois sur le toit d'en face et pimait à la cantonade, sans que l'on sache bien de quoi elle se plaignait. Il lui arrivait encore de venir mendier chez moi et je lui donnais des croquettes, sur le bord de la fenêtre. Son grand diable de frère était tombé malade et avait dû être piqué, cette année. Elle ne lui aura survécu que de quelques mois. Mais à leur échelle, ces deux animaux ont eu une longue vie, et pas des pires.

Je n'ai hélas pas de photo de Foxy, du moins pas de retrouvable facilement.