La révolte des Gilets jaunes s'est déroulée pour l'essentiel sous la forme de manifestations du samedi et l'usage s'est répandu de désigner ces rassemblements comme des actes, à compter du premier le samedi 17 novembre jusqu'au dernier en date l'acte V, samedi dernier le 15 décembre. Comme les pièces du théâtre classique s'arrêtent au cinquième acte, et comme ce cinquième Sabbat était le dernier avant les vacances de Noël, il y a lieu de se demander si c'est la fin du mouvement. Mais peut-être va-t-il se poursuivre, ou reprendre l'an prochain après une trêve de fin d'année. Je ne sais trop ce que je souhaite ou ce que je redoute en la matière, mes sentiments étant partagés entre la solidarité envers les déshérités et les rackettés, et la méfiance envers tout ce qui ressemble à une révolution violente (laquelle s'avère en général être un remède pire que le mal). Pour ma part je n'ai participé qu'à l'acte I mais pas au II (par manque de conviction), ni au III (avec l'excuse que j'étais de week-end dans mon hacienda), ni au IV (mais me trouvant à Tourny, j'ai regardé passer le long défilé, dont le calme apparent ne laissait pas présager les ravages du soir), ni au V (j'étais pourtant décidé mais la pluie m'a découragé). Le dimanche 9 au matin je suis allé voir et photographier les dégâts cours Victor Hugo, encore visibles bien que les services de nettoyage aient enlevé déjà tout ce qu'ils pouvaient. Poubelles, bancs, feux de circulation, objets divers brûlés, camionnette entièrement carbonisée, traces de feu sur les trottoirs et la chaussée, inscriptions (du niveau «Macron FDP») et taches de peinture, vitres cassées (d'abribus et de banques, notamment), bureau de poste entièrement détruit. Voilà qui ne va pas arranger les affaires du contribuable. J'ignore qui sont au juste les auteurs du vandalisme : malfaiteurs communistes infiltrés? «jeunes» délinquants pour qui l'occasion de casser et de piller est trop belle? mais on ne peut exclure qu'il y ait aussi parmi les Gilets jaunes eux-mêmes une frange de fous furieux. Un témoin direct m'a rapporté une scène opposant des ados ethniques s'employant à incendier des poubelles cours Alsace-Lorraine, et des manifestants tâchant de les dissuader, en vain. Au milieu de cette désolation j'ai eu la chance de trouver une pièce de monnaie en plein sur la chaussée, un beau doublon un peu noirci mais présentable, tombé peut-être des mains d'un pillard fuyant dans la nuit avec son butin.