Eder

J’avais présenté cet été (le 25 juillet) quelques pensées de Ramón Eder, que j’avais remarquées dans une anthologie espagnole d'aphorismes. Cet auteur navarrais, moraliste et fin psychologue, a l’humour d'un dandy. J’ai eu dernièrement l’occasion de lire deux livres de lui, tous deux parus en 2012.

L’un d’eux est El cuaderno francés («le cahier français») paru à Barcelone chez Huacanamo. On y trouve par exemple (je traduis) cette «Prière possible : Seigneur, donnez-moi le sens de l’humour», ou encore ce constat : «Les nouvelles générations inventent toujours de nouvelles indécences.» (J’ai vu que c’est dans cet ouvrage que figure la citation dont j’avais déjà parlé, sur les deux livres qu’il convient d’emporter avec soi en voyage, «un très bon et puis un autre, au cas où l’on n’aurait pas envie de lire le très bon.») 

Le deuxième livre d'Eder, La vida ondulante, paru à Séville chez Renacimiento, réunit en fait trois petits recueils : Hablando en plata («parler d’argent»), Ironías, et Pompas de jabón («bulles de savon»). J’aimerais citer ici à titre d'exemples une phrase empruntée à chacun. Du premier : «Dans la préhistoire, il y avait déjà des cannibales de droite et des cannibales de gauche». Du second : «Il faut être très clair, mais jamais trop». Du troisième : «Mieux vaut sympathiser avec ton labyrinthe, car tu n’en sortiras jamais.»

Ramón Eder a écrit quelque part : «Quand on nous traduit, on nous sauve. On nous sort de la prison de notre langue.» Pour ma part, je trouve que la langue castillane est une assez belle prison, mais il ne me déplaît pas d’en avoir soustrait ces quelques phrases, par le biais de mes notes.