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Le compendium de Breivik est donc un document volumineux : 1518 pages (un avant-propos, une introduction, trois parties totalisant 299 chapitres). Aurait-il pu être plus bref? Oui. En recherchant quelques mots de certain passage, qu’il me semblait avoir vu répété, j’ai constaté que ledit passage était reproduit trois fois dans le texte, qui n’est donc pas exempt de redites, et depuis j’en ai trouvé d’autres. C’est dommage, parce que cette dimension démesurée décourage la lecture plus qu’elle n’y incite, et désoriente celui qui s’y aventure. Comme en outre il n’y a pas de table des matières, un de mes travaux d’approche a été de feuilleter l’ouvrage pour en constituer une. Dans cette somme sont compilés des exposés historiques et des analyses politiques, dont de nombreux articles et fragments empruntés à d’autres auteurs, et aussi des renseignements sur la personnalité de Breivik lui-même et la préparation de l’attentat.

Le titre choisi peut s’expliquer de deux manières. D’une part, constitué d’une simple date située dans un futur menaçant, il fait penser au 1984 de George Orwell, auquel il semble faire écho (2083, c’est 1984 plus un siècle, moins un an). Orwell est cité une douzaine de fois au fil des pages, et si son roman 1984 n’est mentionné qu’une seule fois, c’est comme premier de la liste des dix livres préférés de Breivik (1407). D’autre part, celui-ci se réfère plusieurs fois à l’année 2083 comme devant être la date-butoir à laquelle la «guerre civile européenne» opposant l’Occident et l’islam, touchera son terme. Dans une vision prophétique, il assure que cet affrontement aura traversé trois phases : 1999-2030, 2030-2070, et 2070-2083 (voir p 803, 1257, 1351 et autres). Pourquoi précisément l’année 2083, et non la suivante ou la précédente? Visiblement pour faire écho à 1683, année de la défaite des Ottomans devant les murs de Vienne, marquant l’arrêt de la seconde vague de Jihad, celle des Turcs, comme 732 avait marqué l’arrêt de la première, celle des Arabes. Les mauvais esprits verront dans cette anticipation hasardeuse la marque du délire ou de la naïveté. (Les conspirationnistes examineront aussi son hypothèse plus raisonnable de la p 114, selon laquelle Ben Laden aurait choisi la date de l’attentat du 11 septembre 2001 en référence à celle du 11 septembre 1683).

La page de titre comporte en outre une croix de saint Georges rouge, pattée, et un sous-titre («A European Declaration of Independence», soit Une déclaration d’indépendance européenne : c’est là le titre d’un article de Fjordman, reproduit in extenso au chapitre 2.93, p 717-722, protestant contre la dictature immigrationniste exercée par l’Union Européenne et réclamant son abolition). Suivent deux formules latines. La première, «De Laude Novae Militiae» est le titre d’un texte écrit dans les années 1130 par le moine cistercien saint Bernard de Clairvaux (en français Eloge de la nouvelle chevalerie, en anglais In praise of the new knighthood). La seconde, «Pauperes commilitones Christi Templique Solomonici» (Pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon) est le nom complet de l’ordre du Temple, organisation militaire et religieuse des Templiers (en anglais Knights Templar), qui exista du XIIe au XIVe siècle, et qu’AB prétend réincarner (il en parle notamment aux pages 812 sq). Enfin cette première page porte une signature avec une forme anglicisée du nom de l’auteur et une localisation imaginaire («By Andrew Berwick, London - 2011»).