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La sentence est tombée : l’ordi était foutu, il fallait en changer. Après avoir hésité à aller voir ailleurs, et soupesé à l’aveuglette le pour et le contre, j’ai rempilé chez Apple, pour des raisons qui ne sont pas toutes bien claires dans mon esprit. Ils sont chers et leur matériel n’est pas des plus durable, mais j’y suis habitué et ils ont un magasin à portée de voiture juste derrière le campus. Et puis ils m’offraient cent euros pour la reprise du défunt, et pour pas trop cher la récupération exacte des données perdues dedans. Le nouvel engin, un mince Macbook Air de 11 pouces, est un assez beau jouet, qui présente l’avantage de la légèreté, à peine un kilo, et un joli clavier, aux touches noires soulignées de petits traits lumineux. Espérons qu’il me rendra d’aussi bons services qu’il a bonne mine.
En même temps que le vieil ordi me lâchait, mon propre corps, qui lui-même n’est plus sous garantie, m’a joué des tours et je suis accablé, depuis une semaine, d’un lumbago qui me force à marcher plié. Je ne sais à quelle imprudence, à quels efforts je dois ce triste résultat : est-ce d’avoir porté des sacs trop lourds, une certaine fois, ou bien d’avoir manipulé des dalles de ciment dans mon jardin et dans celui de mon aide de camp, chez qui j’ai aussi bâti dernièrement un nouveau bûcher d’appoint? Toujours est-il qu’après quelques signes sourdement menaçants, le mal s’est déclaré dans toute sa vivacité vendredi dernier. J’ai d’abord tenu trois jours sans rien faire de spécial, pensant que le problème se réglerait tout seul, puis n’y tenant plus, j’ai consulté lundi. On m’a prescrit des anti-inflammatoires, dont l’usage m’inquiète, et dont les effets n’ont pas l’air foudroyants. Non seulement la douleur dans le bas du dos persiste à m’empêcher de me tenir droit quand je marche, mais elle a même tendance à se répandre vers la hanche, et jusque dans la province reculée du genou (les troubles se situent du côté droit). Sur mon nouvel ordi, je consulte Wiki : j’apprends que malgré son nom commun de tour de rein ou lombalgie-lumbago, ce mal n’affecte en réalité ni les reins ni les vertèbres, mais les nerfs, ce qui est sans doute un moindre mal. Aimablement la doctoresse m’a demandé si je voulais prendre quelques jours de repos. J’ai décliné. Honnêtement, le handicap ne m’empêche pas de travailler. Je me suis aperçu que dans le cadre professionnel, je souffre surtout par pudeur : je me gare au plus près des bâtiments, pour avoir le moins possible à montrer le triste spectacle d’un marcheur voûté, et une fois dans les locaux, je reste terré dans mon bureau. Dans lequel j’ai du pain sur la planche, ça me change les idées.