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Il se trouve que par coïncidence, en même temps que feu mon ordi rendait l’âme et que je me lançais dans de coûteuses opérations de remplacement, mon fournisseur d’accès aux télécommunications, qui officie à l’enseigne d’une couleur intermédiaire entre le jaune et le rouge, se proposait, de son côté, de remplacer ma «livebox». J’en avais été avisé par courrier. Ma longue expérience des relations commerciales m’avait permis de soupçonner aussitôt que la formule sur laquelle s’ouvrait la lettre : BONNE NOUVELLE, signifiait en réalité : EMMERDEMENTS ASSURES. Je ne me trompais pas. On ne me demandait nullement si je souhaitais ou non changer de machine, on m’annonçait de but en blanc qu’une nouvelle allait m’être expédiée en «Colissimo». Je laisse imaginer déjà comme il a été simple de récupérer le colis, pour un homme dans ma situation, c’est à dire résidant communément à 170 kilomètres de sa boîte à lettres, laquelle est depuis peu surveillée par ses aimables Nouveaux Voisins, qui en ont une clé mais ne disposent pas de procuration pour retirer les courriers suivis, procuration que possède en revanche mon ancien lieutenant Véro, autre Voisine, qui ces temps-ci perd un peu la tête, et a perdu tout à fait sa copie de la clé de ladite boîte. Mais enfin, après quelques échanges téléphoniques, j’ai pu m’assurer que l’on s’était arrangé pour mettre la main sur la bête et qu’on la tenait à ma disposition, dès que le lumbago me permettrait de faire le voyage pour m’en emparer. Comme je vais un peu mieux, j’ai décidé de venir passer ce week-end dans mon hacienda, ce pour quoi j’ai appareillé dès jeudi après-midi. Et le soir, lorsque j’eus fini de m’installer et de me restaurer, lorsque enfin je n’eus plus aucun prétexte valable pour reculer plus longtemps, je me mis à l’ouvrage en suivant les instructions du mode d’emploi. Ce livret luxueux, où ne sont pas imprimés plus de dix mots par page, comme pour rendre plus évidente la simplicité des opérations, ne donne en fait que des indications plus ou moins fiables, parmi lesquelles j’eus tôt fait de repérer la plus inquiétante : on recommandait fortement, pour une première installation, de connecter la boîte à l’ordi au moyen du câble ethernet, et non en mode «wi-fi». Or il se trouve, par malchance, que mon tout nouveau MacBook Air, s’il est très dans le vent, ne dispose d’aucun orifice propre à y enfiler le câble en question. Et en effet, après plusieurs essais, le branchement sans fil s’avéra impossible. Il fallait se rendre à l’évidence : cela ne marchait pas et j’allais devoir, le lendemain, chercher de l’aide, de préférence dans une boutique Orange. En attendant, il me fallait tâcher de savoir où se trouvait la plus proche de chez moi, et accessoirement ses horaires d’ouverture. Le mieux pour cela, aujourd’hui, est de consulter internet, mais ce recours m’était précisément interdit. Eh bien, j’allais passer deux ou trois coups de fil, on finirait par m’informer. Or après mes tentatives de branchement du nouveau matériel, mon téléphone ne marchait plus. Patiemment, je réinstallai l’ancien équipement, pour rétablir la ligne, mais ce ne fut que pour constater ma solitude. De toute part on était absent, ou inopérant. De guerre lasse, les nerfs à bloc, je fus me jeter sur mon matelas, non sans avoir gobé au passage un somnifère de miséricorde. Le lendemain, hier matin, sentant que je n’avais pas de temps à perdre, je pris la route à 8 h 10, en direction du pôle Niort. Un souvenir incertain et invérifiable, mais qui dans la circonstance était mon seul guide, me disait que le point Orange devait se trouver dans la rue principale de cette ville, chef-lieu du département voisin, et située à quelque 30 kilomètres de mon ranch (aller-retour = 60 km). Je savais qu’il me faudrait une bonne demi-heure pour m’y rendre, puis un petit quart d’heure de marche pour gagner le centre depuis certain parking de supermarché, le seul endroit où j’étais assuré de me garer commodément (j’évite autant que possible le grand parking payant de la place centrale, non par souci d’économie, mais terrorisé par la perspective d’avoir à comprendre comment on parvient à y pénétrer, puis à en ressortir). J’avais assez bien calculé mon coup pour arriver devant le magasin sur les 9 heures, mais ce fut pour apprendre qu’il n’ouvrait qu’à 10. Que faire en attendant? Comme le temps froid n’invitait guère à flâner, et comme j’ai horreur d’aller au café, je décidai de chercher refuge dans la pénombre silencieuse d’une église. J’en apercevais une, à quelque distance, et je dirigeai mes pas vers elle. Hélas, elle avait été transformée en «centre culturel» pour feignasse, et n’ouvrait que l’après-midi. Je décidai alors de gagner la cathédrale. Si une seule église était ouverte, me disais-je, ce serait elle. Je parvins à m’y rendre, en suivant un itinéraire hésitant, mais elle était close de tous côtés, telle une grosse Huître divine. Il ne me restait plus qu’à revenir à la case départ, mon automobile, et, après m’être égaré quelque peu en chemin, je la retrouvai à 9 h 35. J’y passai un quart d’heure immobile sur mon siège, à méditer, après avoir feuilleté quelques instants un numéro de Niort Ma Ville ramassé en chemin, et qui se révéla aussi creux et vide que peut l’être ce genre de canard gratuit. A dix heures, j’étais derechef devant le magasin, où piétinaient déjà quelques clients mieux avisés que moi. Quand mon tour fut arrivé, on m’expliqua que je devais me rendre dans le magasin attenant, spécialisé dans les interventions techniques. J’y fus accueilli par un gentilhomme des plus aimable, qui m’assura pouvoir procéder, pour la modique somme de 9 euros, à tous les réglages nécessaires, de sorte qu’en rentrant chez moi je n’aurais plus qu’à rebrancher la machine. J’acceptai le marché. Mais il apparut bientôt, malgré plusieurs essais, que la manoeuvre était impossible, du fait que dans ma maison, j’avais coupablement reconnecté l’ancienne boîte, à seule fin de pouvoir me servir du téléphone. Je sentais venir que j’allais devoir rentrer chez moi uniquement pour débrancher l’appareil, et me retaper un second aller-retour. Mais enfin nous parvînmes, non sans difficulté, à joindre un de mes voisins, qui put se charger d’intervenir. Je passe les détails, dont certains piquants, pour arrêter ici cette histoire déjà trop longue. Je souris aujourd’hui de ces mésaventures, mais je dois avouer que par moments je n’en menais pas large.