juan-reynaldo-sc3a1nchez

J'ai lu dernièrement (ou «G lu», comme on écrit maintenant) La vie cachée de Fidel Castro, signée d'un certain Juan Reinaldo Sánchez, qui fut son garde du corps (et co-signée par le journaliste Axel Gyldén, qui j'imagine s'est chargé de la mise en forme). Le sous-titre de couverture, de cet ouvrage paru cette année chez Michel Lafon, exagère quelque peu (mais c'est de bonne guerre) en parlant de «révélations explosives», car à vrai dire on n'y apprend rien de très surprenant, mais il est tout de même instructif, et intéressant à lire. D'origine modeste et âgé de dix ans seulement au moment de la révolution cubaine (janvier 1959), Sánchez s'est révélé assez tôt doué pour le sport, la discipline militaire et le maniement des armes à feu, de sorte qu'il a pu intégrer les forces de sécurité et y a si bien progressé qu'il s'est retrouvé être l'un des gardes du corps les plus proches du roi socialiste. Il était en outre chargé de besognes secondaires, comme de tenir à jour les carnets où étaient consignés tous les faits et gestes (y compris les marques et les millésimes de toute les bouteilles de vin ouvertes), de seconder le chef d'état dans ses parties de pêche sous-marine, ou d'enregistrer en secret ses conversations officielles ou officieuses, de sorte qu'il est en effet très bien placé pour parler de ce que fut l'existence réelle de son ancien patron. Il peut ainsi décrire assez en détail l'emplacement, l'agencement et le fonctionnement de différentes résidences de Castro (notamment celle de Punto Cero à La Havane et l'îlot récréatif de Cayo Piedra), et des lieux réservés à la nomenklatura nationale et internationale. La relation comporte aussi des anecdotes concernant quelques grandes figures de la gauche latino-américaine, comme Lula, García Márquez ou Daniel Ortega, et des vues sur certains épisodes de l'histoire du castrisme, comme la crise de Mariel ou le procès Ochoa. L'auteur raconte aussi un peu sa propre histoire. En 1994, après 25 ans bons et loyaux services auprès de Fidel, dont 17 au sein de son escorte, il est subitement renvoyé, probablement du fait que sa fille s'étant expatriée à Caracas pour se marier à un Vénézuélien, et son frère s'étant exilé en Floride, il est devenu malgré tout un suspect. Refusant les postes de remplacement qu'on lui propose, il demande à être mis à la retraite. Cela ne lui est pas accordé, et bientôt on l'arrête et on l'accuse d'être un traître à la patrie. Il est emprisonné pendant deux ans, puis occupe divers emplois et fait plusieurs tentatives pour s'exiler, avant d'y parvenir en 2008. On imagine qu'il éprouve quelque amertume après ce mauvais traitement, mais cela ne le conduit pas aux outrances et il parle sur un ton mesuré, sans cracher sur Castro, lui reconnaissant des qualités, semblant même par moments lui conserver de la sympathie. D'après ce qu'il en dit, Castro n'a pas vécu dans un luxe extravagant mais dans un luxe pépère, simplement la belle vie, très éloignée des privations et du rationnement qui sont le lot de ses sujets.