UN PEU PLUS DE DISTRIBUTEURS DE CHEWING-GUMS

par Jim Goad

J’étais à la petite école et ma sœur était déjà une jeune pisseuse à queue de cheval et à faux cils, en blouson lamé argent et en santiags, qui écoutait les tubes de chez Motown. Elle a claqué en entier sa première paye de serveuse pour m’acheter des jouets, notamment un petit distributeur de boules de chewing-gum en plastique. Elle a tellement dépensé pour moi, qu’elle n’avait plus assez pour le bus et qu’on a dû faire à pied les cinq miles pour rentrer à la maison, moi avec la machine à chewing-gums sur les bras.
Vers la même époque, elle a découvert que des gosses du voisinage me faisaient des misères, alors elle est allée droit chez eux et leur a crié dessus comme seules les femmes savent crier. Elle était très protectrice pour son petit frangin intello empoté.
Mais quand j’avais douze ans, elle a laissé son mari me faire saigner du nez et me faire vivre sous la menace. Plus tard encore, elle s’est révélée être une telle pourriture, que je ne lui parlerai plus jamais. JAMAIS.
Telle a été mon expérience des femmes : distributeurs de chewing-gums et saignements de nez, moments chaleureux et méchanceté ignoble, protection et mise en danger. Je me demande à quel point ma trajectoire de vie aurait été modifiée, s’il y avait eu un peu plus de distributeurs de chewing-gums.

A few more gumball machines», par Jim Goad, 3 septembre 2003, ici traduit par Philippe Billé)