Je ne sais si des experts se sont penchés sur ce que j’appellerais les «dénominations déférentes», comment dire autrement, j’entends par là les mots par lesquels on marque du respect envers son interlocuteur («Monsieur, Madame», etc ). Quand j’y pense, je me dis que ces noms, dont l’origine remonte sans doute à l’antiquité, peuvent être répartis en quelques catégories, selon les qualités distinctives qui les ont inspirés, et que ces catégories se retrouvent d’une langue à l’autre (en tout cas dans les langues latines, qui me sont plus familières).
La première de ces qualités est peut-être le fait d’être le plus ancien (en latin senior) et donc au sens propre le plus vénérable, d’où seigneur, monseigneur, sieur, monsieur, sire, messire, sir, señor, etc. Il semble que ce soit aussi le sens de l’allemand Herr (der Ältere).
Une autre de ces qualités est de posséder une maison (en latin domus), d’en être le maître ou la maîtresse, par opposition, j’imagine, aux humbles et aux jeunes qui y sont seulement hébergés, ou qui ne possèdent que des abris plus précaires : de là viennent dom, don, dona, doña, dame, madame, etc.
J’observe en passant qu’en français, le couple de Monsieur et Madame, qui semble aller de soi, situe donc la respectabilité masculine principalement dans le grand âge et la féminine dans le fait d’être maîtresse de maison.
Une troisième de ces qualités tient au fait de posséder un cheval, à la différence de celui qui n’a qu’un âne, ou qui va à pied : d’où chevalier, caballero, etc.
L’autre jour, j’ai cherché l’étymologie des mots anglais lord et lady. J’aurais juré que le lord était lored, celui qui a du lore, c’est-à-dire celui que sa connaissance rend savant ou sage. Il paraît qu’en fait ces deux mots désignent eux aussi le maître et la maîtresse de maison, avec de compliquées histoires de pain et de je ne sais quoi.