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J'ai été peiné d'apprendre la mort subite de l'éditeur californien Adam Parfrey jeudi dernier, à l'âge de 61 ans. Il faisait partie de mes «amis» de Facebook, pour ce que cela veut dire. Je crois que j'avais connu son existence par l'intermédiaire du site Unpop, jadis. Sa maison d'édition Feral House était spécialisée dans les ouvrages documentaires sur les cultures américaines marginales. Je ne suis pas fan de black metal ou de satanisme, mais j'admirais de loin ce catalogue éclectique, sérieux à sa manière, avec des titres pittoresques comme Anne Bonny the infamous female pirate, et des albums à colorier pour adultes. Je ne possède que deux volumes de chez Feral, les deux écrits par Jim Goad, notamment son autobiographie Shit magnet. J'ai eu un temps, donnée par un copain, une version française de l'anthologie Apocalypse culture, que j'ai revendue. Parfrey avait aussi publié le mémoire Republican party animal, de David Cole, un de mes Juifs atypiques préférés, et un livre sur les maisons et les jardins de Morris Graves, artiste-culte du Nord-Ouest américain. Etabli à Port Townsend, près de Seattle, Parfrey avait approché il y a quelques années le sculpteur hérétique Charles Krafft, animateur d'une loge ou société des Mystic Sons of Morris Graves, après quoi ils avaient échangé des propos aigres-doux sur Facebook, si je me souviens bien. Un de mes rares contacts avec cet éditeur avait été pour lui demander s'il avait déjà envisagé de publier une biographie de Krafft, qui aurait pu être basée sur un entretien (ce n'était qu'une suggestion, je ne me proposais pas de faire ce travail). Il m'avait répondu que Krafft refuserait, parce qu'il était juif («He'd be against me publishing such a thing, since I'm part Jewish»). Dernièrement Parfrey s'était entiché de Françoise Hardy, dont il a publié les mémoires en anglais, et il proclamait volontiers ses bons sentiments anti-Trump, ce qui cadrait mal avec sa réputation sulfureuse de jadis. Mais la vie est ainsi. A sa mort les journaux ont beaucoup reproduit le très beau portrait de lui où il apparaît l'air grave, en manteau noir, sur fond de gloriette rustique et de ciel gris, tenant à la main le livre Love, sex, fear, death. J'avais conservé dans ma collection une autre photo de lui, où il se tient penché sur une plate-bande de fraisiers. Je l'aimais bien.