Bibliographie franco-brésilienne des recueils
Un de mes plus vieux fers au feu, un projet que je traîne depuis longtemps, et que j’hésite à bazarder depuis presque aussi longtemps, est celui de ce que j’appellerais une bibliographie franco-brésilienne des recueils (après une telle entrée en matière, je me demande quelle part de mon lectorat s’est déjà endormie ou a pris la fuite, mais poursuivons). Ce serait de la bibliographie de dépouillement de recueils, comme on la pratique plus volontiers dans les pays civilisés anglo-saxons, et appliquée à un domaine binational, en l’occurrence aux textes d’auteurs brésiliens traduits en français. Les bibliographies classiques permettent facilement de repérer quels sont les livres entiers d’un auteur qui ont été traduits dans une langue donnée. Il est beaucoup plus malaisé de savoir quel est le détail des textes de l’auteur traduits dans un volume d’œuvres choisies, plus encore de savoir si des textes de lui, et lesquels, se trouvent à l’intérieur d’anthologies collectives, de numéros de revue, etc. Il manque souvent un inventaire de ces traductions cachées. Un tel instrument est d’abord utile à un traducteur, et l’idée m’en est venue parce qu’il m’est arrivé plus d’une fois de traduire tel poème ou tel conte avant de découvrir des années plus tard que le travail avait déjà été fait des années plus tôt. J’ai conçu ce projet de bibliographie, je pense, dans le début des années 90, à une époque où je traduisais beaucoup, et où je développais parallèlement une tendance nette à la bibliographomanie. Vers 1995, au moment de choisir, c’était un des trois sujets de thèse entre lesquels j’hésitais à m’engager, et ce fut un des deux que finalement j’écartai (l’autre étant Ternaux). J’ai continué cependant, quand je le pouvais, quand les occasions se présentaient, à accumuler des fiches sur la question, sans jamais faire aboutir l’ouvrage.
Régulièrement, je me dis qu’il faudrait que je prenne une décision, soit de reprendre ce projet pour le mener à terme, soit de le laisser tomber pour de bon. Les arguments en faveur du premier choix sont que le résultat de l’opération serait un joli petit jouet intellectuel, qu’il ne nuirait pas à ma réputation, et que j’ai déjà claqué quelques dizaines d’heures de ma vie à le constituer. Les arguments en sa défaveur sont que ce beau catalogue n’intéresserait que fort peu de monde, serait certainement impubliable, et même difficile à placer en revue. Je ne voudrais plus du scénario connu : je me dévoue, j’en fais une coquette livrette que je photocopie à mes frais en cent exemplaires, dont je vends péniblement dix, j’offre honteusement dix autres, et le reste pourrit dans mon chai. Un autre motif de découragement est la faible qualité d’une part du matériau, un certain nombre d’auteurs ne présentant pas grand intérêt à mes yeux, voire aucun. Alors...
Dernièrement, songeant de nouveau à statuer sur la question, j’emprunte dans une collection publique trois anthologies récentes de littérature brésilienne francisée, dont une de nouvelles et deux de poésie, que je n’avais pas encore eu l’occasion d’éplucher. Une nouvelle confrontation avec ce matériau allait m’aider, pensais-je, à opter, probablement pour la renonciation définitive. Mais voilà qu’un des volumes m’apporte une découverte de taille, et relance l’intérêt du projet, au moins comme outil personnel.
Ouvrant la copieuse Anthologie de la poésie brésilienne parue en 1998 aux éditions Chandeigne, j’y trouve traduit in extenso le long poème de João Cabral de Melo Neto, dont j’ai mis en ligne ma propre version pour inaugurer mon blog Archives documentaires, en septembre 2006. Ma traduction remonte au milieu des années 90, j’ai dû démarcher pour elle, en vain, quelques éditeurs, avant et après cette publication dont je n’avais pas connaissance. Voilà qui rendrait précieuse la réalisation d’une Bibliographie franco-brésilienne des recueils.
J’ai profité de l’occasion pour comparer les deux traducs. Pas de grande surprise, le travail concurrent me semble bien inspiré sur certains points, je préfère le mien en certains autres, rien de bien notable. Une anomalie est que seuls apparaissent les titres des quatre parties du poème («Paysage du Capibaribe», etc) mais pas le titre général (O cão sem plumas / Le chien sans plumes), ni dans le corps de l’ouvrage, ni dans la table. La table, que j’ai dû parcourir de près pour mon relevé bibliographique, recèle d’ailleurs plusieurs bizarreries, trois poèmes du recueil n’y figurent pas, elle en mentionne au contraire quatre qui ne sont pas dans le livre.