Au début de ce mois, j'ai enfin trouvé l'occasion
Au début de ce mois, j'ai enfin trouvé l'occasion de me débarrasser (j'avoue que c'est vraiment le terme qui convient) de mes deux pauvres poulettes, dont le sort est maintenant entre les mains d'un éleveur des Deux-Sèvres. Il était grand temps, car si les pires développements sanitaires sont encore incertains, les emmerdements administratifs, eux, sont déjà là.
Au moment où je me séparais de mes bêtes, une première circulaire venait d'être distribuée dans les boîtes à lettres, adressée «à tous les éleveurs et détenteurs de volailles et autres oiseaux captifs», leur ordonnant de confiner les volatiles, si possible «à l'intérieur de bâtiments fermés» et leur annonçant qu'ils devaient obligatoirement se faire visiter par un vétérinaire avant le 1er avril, l'état participant au financement à hauteur de 45 euros par visite, ce qui laisse à supposer des frais pas négligeables. J'ai lu depuis dans un journal que l'amende pour non-observation du confinement s'élevait à la bagatelle de 750 euros.
De passage quinze jours plus tard, je trouve une seconde circulaire, cette fois-ci accompagnée d'une «Fiche de recensement des oiseaux détenus par toute personne physique ou morale», sur laquelle on est prié de déclarer les espèces possédées et le nombre de spécimens.
Par ailleurs un copain m'a transmis dans le courrier un prospectus d'information sur la grippe aviaire distribué ce mois-ci par la Ville de Paris. J'y retrouve un propos que les politiciens nous ont seriné sans relâche ces dernières semaines, à savoir que le risque de contamination de l'homme par ingestion de viande infectée serait «faible voire négligeable», vu que «le virus est détruit à des températures supérieures à 60°C». Cela se veut rassurant mais je ne suis pas bien sûr de comprendre. Le virus meurt peut-être à 60°, mais auparavant, il peut bel et bien se trouver sur des aliments que l'on achète, que l'on transporte dans sa voiture ou dans son panier, et que l'on va manipuler dans sa cuisine avant de les mettre à cuire, et à part ça il ne faut pas s'inquiéter?
Pour le reste, le prospectus de la capitale n'incline pas à l'insouciance. On y estime que la mutation du virus H5N1 en virus transmissible d'homme à homme «est probable». Je suis frappé d'y lire pour la première fois cette remarque : «En cas d'épidémie: Dans les premiers jours, la population sera invitée à rester chez elle pour éviter toute propagation du virus, ce qui suppose que chaque foyer parisien, par mesure de précaution, possède un minimum de provisions alimentaires.»