dimanche 25 octobre 2009
Proportions
A partir de quelle amplitude la criminalité devient-elle guerre civile?
jeudi 11 juin 2009
Sociologie
J’ai relevé dans le Sud Ouest d’avant-hier un entrefilet rapportant que : «Une femme de 33 ans a été interpellée dimanche matin vers 11 heures en gare Saint-Jean. Elle avait demandé une cigarette à une passante et, face à son refus, lui avait arraché son sac à main. Après l’avoir arrêtée, les policiers se sont rendu compte que la mise en cause avait commis, deux heures auparavant, un cambriolage chez un couple de personnes âgées de Pessac. Elle avait également été interpellée quelques jours plus tôt pour des violences.» L’article ne précise pas quels exploits la furieuse avait à son actif au-delà de ces «quelques jours». La nouvelle fait sourire, car il est inhabituel qu’une dame soit l’auteur de tels agissements. Par contre il est de moins en moins inhabituel que des malfaiteurs s’avèrent être des récidivistes «bien connus des services» pour la bonne raison qu’ils ont déjà été pris, parfois des dizaines de fois, et donc autant de fois libérés. Il semble ainsi que la principale activité des agents, à part «interpeller» des malfaiteurs, consiste à les relâcher. On avait déjà remarqué que la mission de la police en France n’est plus d’assurer la sécurité des citoyens. On en vient à se demander dans quelle mesure elle n’est pas d’assurer précisément leur insécurité.
mercredi 25 février 2009
Ce que j'aime bien, chez les humbles, c'est quand ils sont pas fiers. Rien de pire, rien de plus pénible qu'un humble arrogant.
dimanche 15 février 2009
Albaneries
Dans un couloir de la fac, un placard béant laissait voir un amoncellement de vieilles publications, syndicales et autres. En passant j’ai tendu le bras et j’en ai ressorti Albanie, la revue trimestrielle de l’Association des Amitiés Franco-Albanaises. C’est le n° 11, de février 1981. Papier solide, couverture quadri, les Amitiés avaient les moyens. La rédaction était aux mains d’un beau petit ramassis d’en...és de première catégorie, dûment estampillés universitaires. Le célèbre docteur Faucille, le fameux professeur Marteau, n’y allaient pas avec le dos de la cuiller : « L’Albanie m’apparaît plus que jamais comme une chance de dignité pour tous les hommes épris de justice et de paix ... Le bien-être à la campagne, comme à la ville ... Lire Enver Hoxha ... L’unité qui lie le Parti et le peuple reste l’objet d’un engagement chaque jour renouvelé ... Tout un peuple, dans et par l’expérience de l’édification du socialisme, affirme son génie créateur au niveau de la littérature et des arts ... » Plusieurs d’entre ces pingouins vivent encore probablement, certains travaillent peut-être, aucun n’a été ni ne sera inquiété par aucune Inquisition humaniste, qui demanderait des comptes sur cet étalage accablant de collaboration délirante. L’humanisme a les devoirs de mémoire qu’il peut, n’est-ce pas, ou qu’il veut...
jeudi 12 février 2009
Mail art
Une fois n’est pas coutume, j’ai signé une pétition, qui plus est pour soutenir un artiste. Toute ma sympathie pour la gendarmerie ne peut m’obliger à fermer les yeux sur les âneries qu’il lui arrive de commettre. Philippe Pissier a eu l’imprudence de participer à une expo de mail art en envoyant sans enveloppe quatre photos de femme à poil. On lui a saisi son ordi depuis des mois et il encourt pour pornographie 3 ans de prison et 75000 euros d'amende. On croit rêver. A l’époque où des milliardaires philanthropes sont fiers de se présenter comme des «Enfoirés», où la cheftaine de la ligue «Ni putes, ni soumises» est devenue ministre, et où des dizaines de voitures brûlent pendant les nuits les plus calmes, on va chercher des noises à un mec qui a posté quatre photos de nichons. On est en France, pays du Tiers-Monde mental.
mercredi 11 février 2009
Ville rose
Je relis une carte postale de hasard, achetée dans une brocante l’été dernier. Elle était partie de Toulouse à 12 h 45, le 24 septembre 1952, si je déchiffre bien le cachet. Une certaine Andrée s’y adressait d’un ton amer à un habitant de Dampierre sur Boutonne. « Monsieur – Mes cartes de Gréoulx étant une conclusion définitive, il n’était nul besoin d’inventer une histoire, fort touchante du reste, pour poser un point final à votre tour. Ne pas me répondre eût été plus grand seigneur. Comme quoi, en définitive, c’est vous qui aviez raison. Afin de s’éviter des maladresses blessantes, il faut se résigner à rester dans le milieu social où on a été élevé. Je vous souhaite bonne chance, de tout cœur, très sincèrement. » Il est troublant de songer au drame qui a dû précéder ces lignes, une rupture certainement. En n’écrivant pas sous enveloppe, favorisant ainsi la publicité du conflit, qu’espère Andrée, aggraver la dispute ? Au contraire tend-elle une perche, avec l’air de ne pas y toucher, en répondant à son tour à une réponse qu’elle déclarait pourtant déjà superflue ? Les voeux appuyés de la conclusion me font soupçonner qu’elle continuait de rechercher le contact humain, si je puis dire. D’ailleurs n’écrit-elle pas sur une vue aérienne représentant au premier plan un pont ? Quant à ce thème des barrières sociales qui empêchent de s’entendre, il ne m’a jamais convaincu. Le milieu d’origine peut être une gêne, évidemment il l’est souvent, mais tout aussi souvent les individus s’en affranchissent, on en a mille exemples. Comme disait mon sociologue préféré : « Alors deux races si distinctes ? Les patrons ? Les ouvriers ? C’est artificiel 100 pour 100 ! C’est question de chance et d’héritages ! Abolissez ! Vous verrez bien que c’étaient les mêmes ! » Par contre, si l’on n’est pas fait pour s’accorder, on a beau être du même niveau, inutile d’insister, c’est peine perdue.
jeudi 13 novembre 2008
Pas si tristes tropiques
Après quelques années de tentatives infructueuses, je conclus qu’il n’est pas facile d’acheter ou de faire acheter en France l’ouvrage de l’historien brésilien Eduardo França Paiva, Escravidão e universo cultural na colônia : Minas Gerais 1716-1789, qui a pourtant été réédité en 2006 par l’Universidade Federal de Minas Gerais, après une première publication par la même institution en 2001. J’y parviendrai peut-être un jour, mais en attendant c’est ainsi sans l’avoir ouvert (une fois de plus) que j’évoquerai ce livre, dont je ne sais que ce qu’en a dit un compte rendu paru dans l’hebdomadaire Veja (du 28 novembre 2001). En se basant sur des témoignages d’époque et sur des documents, notamment un corpus de plusieurs centaines de testaments et d'inventaires après décès, l’auteur a donc étudié l’esclavage au XVIIIe siècle dans l’Etat des «Mines Générales». Ses recherches le conduisent à des conclusions assez inattendues sur deux points. D’une part, il semble que l’extrême violence exercée par les Blancs contre les Noirs, si elle a parfois réellement existé, a sans doute été amplifiée par la propagande abolitionniste. « Il y a aussi eu beaucoup de coexistence pacifique, de relations commerciales et de compréhension spontanée », déclare Paiva. D’autre part, il apparaît que le statut d’esclave n’empêchait pas l’enrichissement, et quelques uns ont été en mesure de prêter de l’argent à leur maître. Nombre d’esclaves ont pu racheter leur liberté, et nombre d’affranchis sont devenus à leur tour propriétaires d’esclaves noirs. Certains, enrichis dans le commerce ou la recherche d’or, transmettaient des biens considérables à leurs héritiers.
Sur un sujet voisin, j’apprends dans le numéro de mai 2005 de la revue pauliste Nossa História, qu’au moment de la Loi Dorée d’abolition de l’esclavage au Brésil, en 1888, 95 % des Noirs du pays étaient déjà libres, soit par affranchissement, soit par désertion.
