Le Nouvel Obscurantiste

Le blog de Philippe Billé, misanthropologue. Contenant son Journal documentaire (des notes de lecture, et des notes du reste) ainsi que de belles Lettres documentaires, etc.

dimanche 15 novembre 2009

Cette semaine

PB
(photo Yannick Lavigne)

Comme je ne travaille que les quatre premiers jours de la semaine, et que cette semaine le mercredi était férié, il est apparu qu'en prenant un congé pour le seul jeudi, je bénéficierais d'un beau pont allant du mardi soir au dimanche. Et comme mon ordinateur personnel est en panne, il était indiqué que j'aille consacrer ces vacances à mes affaires de campagne. J'ai bien fait. Malgré le temps qui s'annonçait maussade, et qui en fin de compte ne le fut qu'à moitié, un week-end de cinq jours donne tout de suite à la semaine un air aimable, qu'on aimerait lui voir plus souvent. J'ai pu en profiter pour mettre de l'ordre dans mon courtil, pour planter quelques arbres dans la clairière de la Rigeasse, pour continuer d'ouvrir des passages dans mes buissons. Ce faisant j'ai dû renoncer à quelques occasions sociales qui se présentaient en ville, en particulier la réception de l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa à l'université de Bordeaux, qui lui accordait le titre de docteur honoris causa. Je le regrette un peu. J'aurais aimé comparer mes impressions nouvelles avec mes souvenirs de la seule autre cérémonie honoris causante à laquelle j'aie assisté, il y a fort longtemps, quand j'étais tout jeune étudiant. On recevait alors un autre Latino-Américain, le poète noir cubain Nicolás Guillén. Fameuse époque où l'université n'avait pas honte d'honorer en fanfare un stalinien de la pire espèce, mais il n'est pas certain, vu l'ambiance qui y règne, que ça la gênerait beaucoup plus aujourd'hui. En tout cas Vargas Llosa est un homme plus raisonnable et, si les romans de lui que j'ai essayé de lire me sont tous rapidement tombés des mains, j'ai la plus grande estime pour son oeuvre de reporter sérieux. J'ai d'ailleurs traduit dans ma Lettre documentaire 422, en mars de l'an dernier, son savoureux article sur l'affaire Enric Marco, l'humaniste espagnol dément qui a réussi à faire croire pendant des années qu'il avait été déporté à Mauthausen, alors que c'était pure invention, et à présider l'amicale des déportés de ce camp. Toujours est-il que mes jours cette semaine ont été bien occupés, de même que mes nuits. Deux fois j'ai rêvé que je volais, ce qui ne m'arrive jamais. Une fois je m'élevais peu au-dessus du sol, alors que quelqu'un me tirait par une corde en courant. L'autre fois j'étais fort haut dans un ciel nuageux et sombre, au sein d'un groupe de trois ou quatre personnes. Nous nous déplacions dans les airs sans véhicule et sans effort particulier, mais en restant aussi proches les uns des autres que si nous avions été assis dans une voiture. C'était mon copain Witold, dont je n'ai plus de nouvelles depuis longtemps, qui nous guidait. Ce haut vol ne me semblait ni étonnant, ni très inquiétant, mais un peu tout de même. Nous finîmes par atterrir en plein Bordeaux, place Pey-Berlan, devant la terrasse du Café Français. Une autre nuit j'ai rêvé que je venais de débarquer dans une gare fluviale, dans un pays de langue portugaise. Un panneau mural indiquait les deux types de musique devant être diffusés par haut-parleurs à certaines heures. Il y avait d'une part Música silenciosa, ce qui voulait dire en fait silence pur et simple, d'autre part Música submissiva, désignant des musiques d'ambiance calmissimes à la Eno et Budd. En vérité cette semaine, ne pouvant disposer de l'ordi, j'ai écouté des disques à la maison. Si le disque le plus cool du monde n'était, de notoriété publique, le Thursday afternoon de Brian Eno, ce pourrait bien être The Pearl, de Harold Budd et Eno. Après avoir acheté cette oeuvre il y a quelque vingt ans, et l'avoir attentivement écoutée, j'ai déterminé que des onze morceaux, mes trois préférés étaient le deuxième, le cinquième et le huitième (le morceau-titre). Depuis lors je n'écoutais que ceux-là et, quand j'ai disposé de i-Tunes, ce sont les trois seuls de ce disque que j'y ai enregistrés. Or voilà quelque temps, au hasard de la programmation d'un flux musical californien qui a ma sympathie, je suis tombé sur un autre morceau du même disque, auquel j'ai trouvé bonne mine. Vérification faite, je réalise que vraiment The Pearl est la perle, un rare cas de disque sans déchet, tous les morceaux sont dignes d'écoute, et je me dis en outre que le neuvième, "Foreshadowed", est un des plus éminents. J'ai eu aussi sur le buffet un coffret de trois disques de Ray Charles, prêté naguère par l'ami Patrick. Cet ensemble, Confession blues, me semble réunir, compilées dans le désordre, les chansons de deux ou trois vinyles originaux, parmi lesquelles j'ai immédiatement reconnu celles d'un 33 tours excellent que j'ai possédé jadis, hérité de ma soeur émigrée outre-mer. Moi qui n'aime pas souvent la musique, et presque jamais le jazz, je me souviens que ce disque m'avait subjugué alors, et que malgré cela, Judas des étagères, je l'avais revendu, sans doute à vil prix, comme tant d'autres choses. Et maintenant je reconnaissais sans peine les airs, je retrouvais instantanément les paroles. Je gardais la meilleure impression de morceaux enjoués comme "She's on the ball" ou "Ain't that fine", d'autres plus mélancoliques comme "Sitting on top of the world". Patrick m'a fait remarquer la beauté de "Let me hear you call my name", seule chanson dans laquelle un passage est fait de pure vocalise, la belle gueule de Ray ne chantant plus là que de petits sons brefs comme des notes de piano, avec une justesse parfaite. Ces mélodies m'ont accompagné, ces jours-ci.

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jeudi 13 août 2009

Science des rêves

Je n'ai étudié l'allemand que pendant deux années quand j'étais au collège, encore la seconde ne foutis-je pas grand chose, je ne connais donc pas bien cette langue et il est peu vraisemblable qu'il m'arrive jamais de rêver en allemand. Pourtant, il y a quelques nuits de cela, j'ai rêvé d'un titre, sans doute celui d'un livre, qui était Niels und Traum. Dans mon esprit cela voulait dire Animaux et rêve. Vérification faite au réveil, Niels n'est nullement un mot allemand, tout au plus un prénom nordique si j'ai bien compris. Je ne sais de quel repli de la mémoire ma pauvre tête l'avait tiré pour cet usage, mais elle avait oublié que le s final n'est pas un signe de pluriel en allemand, comme il est en français. N'importe, le rêve a sa propre grammaire, qui est assez libérale.

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dimanche 19 avril 2009

Lettre documentaire 463

NOUVELLE THEORIE DES REVES
par Ramón Gómez de la Serna

            Les rêves, selon ma nouvelle théorie, sont tramés par les diables, et quand les diables n’y suffisent pas, ils sont inventés par les instincts, ou s’ils ont un argument dramatique et logique, ce sont des augures du destin personnel de chacun.

            Dans la grotte obscure du rêve, l’ange ne peut entrer. Dans l’égout des bas-fonds libérés, qui est en vérité au fond des rêves, aucun élément divin ne peut se trouver. On peut assurer que les rêves sont abandonnés de la main de Dieu.

            Seuls les naïfs peuvent échafauder ces croyances qui idéalisent les rêves.

            Les façons d’agir et de se transformer du diable sont innombrables et inouïes.

            Naguère, me trouvant dans un jardin, il arriva un insecte aux ailes rouges qui disparut en s’enfonçant dans la partie éclairée du sentier, où il n’y avait ni n’est resté aucun orifice, qui puisse expliquer cette disparition. Cela m’a fait penser que la diablerie n’a pas besoin de se déguiser en Méphistophélès de théâtre, mais qu’elle peut prendre l’aspect d’un simple insecte. Pourquoi appelle-t-on petit cheval du diable un insecte aux grandes ailes bleues? N’est-ce pas la meilleure façon pour les diables, de se promener de par le monde sans attirer l’attention?

            Dans les rêves, toute la profondeur de l’être est souterraine et obscure, c’est un cloaque où le diable se régale, où l’esprit du mal court en tous sens comme un rat.

            Tout ce qui entre dans la perversion dormante abandonnée de Dieu, suit un chemin préparé par les tire-lignes et les compas lucifériens. Ne voit-on pas que s’il n’en était ainsi, les rêves ne seraient qu’un fatras de choses et d’illusions, un brassage présidé par le hasard le plus bête?

            Si nous examinons bien la façon dont commence le sommeil, nous observerons la présence d’une sorte de maître nageur qui nous emmène par la main à la mer ou à la piscine des rêves, où nous éprouvons une sensation de froid d’abord, puis de bien-être.

            Ce qui est occulte joue dans le sommeil, et seul le vilain démon peut avoir l’idée de faire ce qu’il fait avec ceux qui s’aiment, à savoir que quand ils sont endormis l’un à côté de l’autre, ils ont des rêves de trahison, leurs cauchemars les pervertissent.

            De même qu’aux heures diurnes et nocturnes, avant de tomber dans le sommeil, l’esprit du mal vient du monde de l’or, de la domination et de la région des vents mauvais, dans le sommeil il vient de l’intérieur, du sous-sol canalisé.

            Il y a des nuits où les rêves sont ourdis par le diable père, ou par quelque diable de première catégorie, alors surviennent des rêves à la manière de Bosch, qui a si bien peint comme des rêves les tentations de saint Antoine. Il y a tout, dans ces rêves spéciaux, admirablement miniaturisés et dont l’effet de réalisme est de ce fait encore plus terrible. (Ceux qui meurent en dormant, c'est qu'ils ont fait l'erreur, pour fuir un mauvais rêve, d'ouvrir la porte de la Mort au lieu de celle de la Vie.)
           Lorsque ces diables majeurs se relaient auprès du couple d’amoureux, l’homme doit réveiller sa femme en même temps que lui, pour ne pas la laisser sous l’empire de Lucifer, qui est le grand abuseur des femmes endormies.

            Vous ne sentez pas que vous êtes libre, quand vous sortez d’un rêve?

            C’est pourquoi l’homme supérieur veille, ne veut pas se coucher, fait tout ce qu’il peut pour passer la nuit blanche à parcourir les rues nocturnisées, car à l’état de veille Dieu nous protège en surveillant depuis là-haut ce qui arrive.

            La clairvoyance du noctambule lui permet d’échapper au Ténébreux, lequel agit outrageusement comme tel sur ceux qui dorment, profitant de ce qu’ils sont reclus jusqu’au matin dans des alcôves fermées, enfoncés dans le souterrain des rêves.

«Nueva teoría de los sueños», in Nuevas páginas de mi vida, 1957. Traduction Philippe Billé.

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dimanche 12 avril 2009

Alka Seltzrêve

J'ai rêvé qu'une maison d'édition s'appelait Dolphin Puke, ou Dolphin Pukes, ou Dolphins Puke (Vomi de Dauphin, ou Le(s) Dauphin(s) Vomi(ssen)t).

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mardi 24 février 2009

ça m'a repris

Ce week end, j'ai rêvé que je composais des phrases par collage. Je me suis réveillé sur celle qui disait «La Lorraine est un balcon parfait.»

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samedi 24 janvier 2009

Pour un rêve mémorable à quelque titre, dont on a la grâce de temps à autre, combien de pauvres lambeaux psychiques, où l’on ne trouve guère que la parodie de nos petites misères, et dont l’oubli nous délivre.

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lundi 15 décembre 2008

Rêveries

Caradec1998Parce que nous avions parlé de feu Caradec, et que je surveille un peu le résultat de mes rêves, Michou m’a prêté une verte brochure préfacée par le défunt, les Hypnagogies de son collaborateur sud-américain Albano Rodríguez, lui aussi disparu si j’ai bien compris. Dans ce mince ouvrage publié par le Cymbalum Pataphysicum en 1987, Albano ne raconte pas ses rêves, il se contente de livrer son Tesoro de frases soñadas, une collection de 205 phrases recueillies directement dans les rêves et transcrites laconiquement, le plus souvent sans explication sur le contexte. Des bizarreries comme : «Ca fait un quart et demi d’œuf». Ou encore : «Je m’en irai avec un végétateur de Dieu». Le préfacier fait remarquer la particularité, que ces énoncés ne procèdent ni du langage littéraire, ni du langage parlé ordinaire.

J’observe rétrospectivement que j’ai moi-même cité quelquefois des paroles entendues dans mes rêves. Je repense maintenant à deux cas que je ne crois pas avoir relatés, mais dont j’ai gardé le souvenir.

Quant j’étais étudiant au cours d’été de Coïmbre, dans la fin des années 70, j’ai rêvé cette phrase en portugais, sans verbe : «Piedade, batatas, pão» (c’est à dire : piété, patates, pain). Cette trilogie ressemblait à une devise grotesque, j’avais amusé Antônio en la lui rapportant.

Plus tard, dans les années 80, ou peut-être déjà 90, j’ai rêvé la phrase : «Le détail attend, volumineux». Cet oracle mystérieux m’enchanta quelques jours, puis m’inquiéta : l’annonce d'une grosseur tapie, était-ce pas quelque funeste présage ? Puis le temps a passé et l’énigme est restée.

Les deux fois, c’était en quelque sorte une voix off qui parlait, ou bien ma propre voix qui prononçait ces phrases intérieurement, dirais-je, et non dans un dialogue.

Tout récemment, peu après avoir lu l'opuscule vert, et peut-être sous son influence, j’ai vu en rêve une dame d’un certain âge, qui réprimandait deux ou trois jeunes femmes, cependant qu’une voix là encore non identifiée commentait la scène par ces mots en espagnol : «les da una guitarra» (mot à mot : elle leur donne une guitare) ce qui alors voulait dire «elle leur passe un savon».
Revenons au plan physique et considérons un instant la svelte brochure de format A5, simplement faite de feuilles A4 pliées en deux et agrafées. Je continue de trouver séduisante cette belle forme archétypique des livrettes A5 pliées. J’en ai publié plus d’une de la sorte, dont une part du tirage à cent exemplaires seulement moisit encore dans mon chai, ce qui ne m’encourage pas à recommencer. Celle-ci est tirée à 799 exemplaires. Je lisais l’autre jour un entretien où Caradec estimait qu’il y a en France quelque «3000 personnes qui aiment la littérature et qui ont le temps de lire». Encore faut-il savoir les toucher.

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jeudi 27 novembre 2008

Rêve de Roux

Je ne sais pas pourquoi tout d'un coup j'ai rêvé de Frédéric Roux, cette nuit. Il me donnait du fric à pleines poignées, par liasses. Et je suis tellement con, même en rêve, que je lui disais non, Fred, il ne faut pas...

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dimanche 16 novembre 2008

Courte rêverie

aigleCourte rêverie l’autre matin, en découvrant dans le catalogue que certain livre portugais aurait été publié en 1950 par une Junta Central das Asas do Povo, c’est à dire un Conseil Central des Ailes du Peuple. Ces ailes du peuple me transportaient, quelle belle image. Vérification faite, ça n’était qu’une coquille, il ne s’agissait point des Asas mais des Casas, les Maisons du Peuple. On retombait sur terre.

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lundi 10 novembre 2008

Rêve de rêve

Ce week-end, j’ai rêvé que j’avais rêvé, je ne me rappelle pas que ça me soit déjà arrivé auparavant. J’étais redevenu lycéen des classes terminales, et j’avais rêvé de... Xavier Bertrand ! (formidable univers du rêve, où vraiment tout est possible). Puis je me trouvais dans un couloir du lycée, en train de discuter avec une condisciple, à qui je voulais raconter que j’avais eu ce songe incongru. Mais sur le coup un trou de mémoire m’empêchait de retrouver le nom du ministre (il valait peut-être mieux). Voilà, je ne sais plus s’il y avait une suite. En repensant à ce médiocre rêve, je m’amuse de constater qu’il contient deux anachronismes. Le premier, c’est qu’à l’époque lointaine où j’étais lycéen, Monsieur Bertrand n'était lui-même qu'à la petite école. Le second, c’est qu’en ce temps béni, je ne perdais guère la mémoire comme aujourd’hui. Mais maintenant, au moins, j’ai un petit carnet sur ma table de nuit, pour pouvoir ensuite raconter mes conneries aux copains.

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