Le Nouvel Obscurantiste

Le blog de Philippe Billé, misanthropologue. Contenant son Journal documentaire (des notes de lecture, et des notes du reste) ainsi que de belles Lettres documentaires, etc.

lundi 23 novembre 2009

Le cachet de Le Goff

le_GofflecachetwJ'ai lu et beaucoup aimé, il y a quelques années, le livre d'un certain Jean-Pierre Le Goff intitulé Le cachet de la poste (feuilles volantes) paru chez Gallimard en 2000. J'étais même allé m'acheter un exemplaire de ce curieux ouvrage, que l'on m'avait d'abord prêté. Il se présente comme un recueil de textes plus ou moins brefs, qui sont des invitations ou des comptes rendus de cérémonies en quelque sorte artistiques, au cours desquelles l'auteur symbolise ou commémore tel ou tel fait en disposant de menus objets ou traces, souvent des perles. Ces actions charment par l'excellence des choix, la subtilité des calculs, la clarté de l'expression, le goût de la précision, la discrétion des opérations parfois menées en secret. Les quelques fois où, depuis lors, j'ai voulu me renseigner sur l'auteur, je n'ai pas trouvé grand chose. Les recherches sur internet sont malaisées, du fait que Jean-Pierre Le Goff a deux homonymes plus célèbres que lui, un mathématicien né en 1948 à Innsbruck et un sociologue né en 1949, avec lesquels il ne faut pas le confondre s'il est vrai que lui-même serait né à Douarnenez en 1942,  selon les indications par ailleurs brumeuses de la couverture. Cependant, même en triant les informations, on est surpris d'en trouver aussi peu sur ce mystérieux personnage, qui pourtant déclare quant à lui être familier du net. Une des rares références disponibles est son amusante étude sur "Le poids de l'âme" (qui serait de 21 grammes) trouvée sur le site de la galerie parisienne Satellite. D'un auteur si fantomatique, avec des accointances dans le milieu de la pataphysique, c'est-à-dire des orfèvres en supercherie, on finit par se demander s'il existe bien, s'il n'est pas en fait le masque trompeur derrière lequel se cache quelqu'un d'autre. Mais je n'ai pas les moyens, ni d'ailleurs grand besoin de mener l'enquête plus avant.

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lundi 9 novembre 2009

Vladimir dans le tram

dimitriL'on s'adapte même aux circonstances les plus pénibles et j'arrive à lire dans le tram, les jours où mes stratagèmes me permettent de voyager assis. Mon livre de tram ces derniers temps fut une trouvaille de brocante, Personne déplacée, l'autobiographie de Vladimir Dimitrijevic. Il est le fondateur et directeur des éditions L'Age d'Homme, maison spécialisée dans les traductions françaises d'écrivains slaves, par ailleurs éditrice, entre une foule d'autres, de bons diaristes comme Jacques d'Arribehaude ou Albert Caraco. Ce volume paru en 1986 chez Pierre-Marcel Favre à Lausanne, est basé sur des entretiens de l' "homme qui n'écrit pas" avec Jean-Louis Kuffer, critique littéraire et maintenant blogueur. La première partie, celle que j'ai préférée, raconte l'enfance et la jeunesse du personnage en Macédoine, sa formation, son expérience épouvantable du communisme, son exil en Suisse, ses débuts dans la librairie puis l'édition. Accessoirement ce récit me rapportait les très flous souvenirs de mon passage en voiture par Belgrade et Skopje lors de mon premier voyage en Grèce, il y a longtemps. La deuxième partie est pour l'essentiel une évocation de différents auteurs publiés par Dimitrijevic. Une dernière partie, plus personnelle et plus brève, est faite de courts essais tirés de carnets, sur différents sujets. Ce livre m'a plu.

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lundi 2 novembre 2009

Giono plantait

glandApprenant par hasard l’existence d’une nouvelle de Jean Giono dont le titre m’intéressait, L’homme qui plantait des arbres, et entreprenant de me renseigner sur le sujet, je suis d’abord tombé sur l’adaptation de cette œuvre en dessin animé, réalisée par le cinéaste canadien Frédéric Back en 1987. C’est donc par la belle voix off de Philippe Noiret que j’ai découvert cette charmante histoire, joliment mise en images (et dont on peut lire le texte en ligne ici). Le narrateur dit avoir rencontré avant la première guerre mondiale, lors d’une course de plusieurs jours à travers les montagnes reculées de la Provence, un quinquagénaire veuf, retiré dans la solitude pour y garder les moutons, et accessoirement se consacrer au hobby de peupler d’arbres les étendues désertiques, en plantant chaque jour des glands d’abord, passant plus tard des chênes aux hêtres et aux bouleaux, des forêts entières naissant peu à peu de ces innombrables plantations. Dès la première audition je me suis demandé ce qu’il pouvait y avoir là de véridique ou de fictif. L’auteur donnait quelques détails réalistes, citant par exemple des noms de villages et des dates. Ce qui me semblait clocher, c’est que la vocation naturelle du sol français étant surtout forestière, il y a déjà des bois presque partout où l’agriculture n’exerce pas son action sans arrêt. En conséquence de quoi dans les rares endroits où, sans qu’on les en empêche, les arbres ne poussent pas, c’est que pour une raison ou une autre ils ne peuvent y pousser. Je suis allé chercher des explications là où je m’attendais en effet à en trouver, dans l’auguste collection de la Pléiade, plus précisément dans le cinquième volume des Œuvres romanesques complètes de Giono, où la savante notice de Pierre Citron casse le morceau : c’est une invention. Le commentateur ne parle pas des problèmes du sol mais évoque une autre invraisemblance, à savoir que le protagoniste est supposé planter continuellement dans les 100 glands par jour, arrivant ainsi au total de quelque 100.000 plants en trois ans, «alors que l’opération ne peut se faire avec quelque chance de succès que pendant deux mois par an environ». Il semble qu’en réalité Giono, convaincu que planter des arbres est une action bénéfique, ce que je pense aussi, ait purement inventé cette fable édifiante, inspirée en partie du souvenir de son propre père, qui l’emmenait enfant faire avec lui des promenades, au cours desquelles il plantait des glands, en perçant le sol du bout ferré de sa canne. L’histoire, au début sans titre, a été écrite en février 1953 à la demande de la revue américaine The Reader’s Digest, pour sa chronique «The most unforgettable character I’ve met» (le personnage le plus inoubliable que j’aie rencontré). Le manuscrit fut reçu avec enthousiasme mais, après qu’un enquêteur eut constaté qu’aucun élément n’était vérifiable sur le terrain, le revue se ravisa et refusa de publier. La version anglaise fut quand même la première à paraître, mais dans Vogue, puis dans d’autres publications. Il y a eu depuis lors plusieurs éditions françaises et des traductions dans différentes langues, le caractère fictif du récit étant rarement signalé. J’ignore si Giono avait cru de bonne foi que son personnage «inoubliable» pouvait être inventé, ou s’il a délibérément recherché la mystification, comme il semble si l’on songe qu’à un éditeur allemand, souhaitant reprendre le texte dans un recueil de biographies et demandant à Giono une photo du personnage, il fournit celle d’un inconnu, achetée d’occasion.

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mardi 27 octobre 2009

Hamsun repousse

hamsun_repousseOn m’a prêté le livre de Knut Hamsun (1859-1952), Sur les sentiers où l’herbe repousse, une de ses rares œuvres de non-fiction (Calmann-Lévy, 1981). A peine deux cents pages, imprimées gros, je me suis laissé tenter et j’ai lu sans ennui, par pincées de quelques feuilles chaque fois que je pouvais m’asseoir dans le tram, ce n’est pas tous les jours, cette chronique des trois années d’après-guerre pendant lesquelles l’écrivain norvégien, presque octogénaire, fait l’objet de poursuites pour n’avoir pas caché sa sympathie envers Adolf Hitler, sans toutefois qu’aucun acte malveillant ne puisse lui être reproché. L’ouvrage plaît par le ton désinvolte du vieillard désabusé, que l’on persécute mollement en l’obligeant à abandonner sa ferme pour le placer en hôpital psychiatrique, puis en maison de retraite. Il y a au début cette ambiance irréelle de l’asile qu’il n’a pas le droit de quitter mais dont rien ne l’empêche de s’échapper en se promenant dans les collines alentour. Une courte phrase qui revient deux fois dans les premiers moments résume beaucoup de choses : «Je lis, je flâne, je fais des réussites». L’auteur est humilié mais serein, il ne se reproche rien de ce qu’il a fait ou pensé, il raconte simplement ce qui lui arrive, rapporte des anecdotes, évoque des souvenirs. Il se livre de temps en temps à quelque exercice de style montrant bien qu’il n’est ni fou, ni gâteux : il résume comme une esquisse de roman l’histoire d’amour lue dans quelques pages d’un agenda que lui a montré un prédicateur itinérant, plus tard un lambeau de feuille de journal, ramassé dans une décharge d’ordures, lui inspire d’imaginer sur quelques pages le dialogue d’un couple qui se dispute, etc. Il râle sur son sort, tout en se réjouissant d’être toujours en vie et assez en forme, bien que presque sourd et voyant de plus en plus mal. Il se moque à l’occasion de lui-même, s’amuse de l’irruption d’une jeune infirmière, alors qu’il fait sa toilette torse nu et sans son dentier. Il reste bon, s’inquiète d’un petit sapin que l’ombre d’un grand peuplier empêche de bien pousser. La couverture est illustrée d’une photo montrant le beau visage du vieil homme paisible et fatigué.

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lundi 28 septembre 2009

Pression fiscale

reliureJe me rends compte que par manque de temps libre ces dernières années, ou par excès de trucs à faire dans le temps dont je dispose, je n’arrive plus à lire, au-delà d’une certaine épaisseur,  les livres que l’on me prête gentiment, ni ceux que l’on m’offre encore plus gentiment, ni les rares que j’achète moi-même. Je parcours quelques pages, au mieux quelques dizaines, dans un moment de calme qui ne dure pas, et déjà de nouvelles urgences écartent le volume, qui s’ajoute à la pile en attente. Songeant à des moyens d’inverser la tendance, j’imagine l’institution d’une taxe amicale et pas trop lourde, tout de même pas un euro la page offerte ou prêtée, mais ne serait-ce que quelques centimes, cela ferait bientôt une petite rente, mais qu’est-ce que je raconte là, je rêvasse à voix haute et ça ne se fait pas.

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jeudi 3 septembre 2009

La patience de Mauricette

patienceLe second roman publié par Lucien Suel aux éditions de La Table Ronde, La patience de Mauricette, a comme le premier pour protagoniste une personne âgée, cette fois-ci une dame. L’action se déroule au moment où le récit est écrit, en 2008. Mauricette Beaussart, née en 1933, a 75 ans (l’âge qu’aurait eu également mon défunt père, né la même année, ce détail me pique) et l’âme froissée par certains accidents de la vie, quand elle disparaît de l’hôpital psychiatrique où elle est soignée. Le jeune ami qui part à sa recherche est amené à reconstituer l’histoire de sa personnalité perturbée. J’imagine la satisfaction de Lucien à couronner par un livre entier le travail de fiction qu’il a entrepris de longue date avec ce personnage, dont il s’est servi épisodiquement comme d’un masque littéraire féminin depuis une vingtaine d’années. Ceux qui suivent son travail régulièrement retrouveront mentionnés des événements qui ont réellement eu lieu au fil du temps, comme les publications de textes sous ce faux nom dans Le Dépli amoureux, au Corridor bleu ou aux éditions de Garenne, ou encore l’ouverture puis la fermeture du blog Etoile Point Etoile. L’ouvrage retient moins par le suspense, cependant pas inexistant, que par l’agrément du portrait longuement tissé, d’une plume sûre, comme en un jeu de patience (avec qui sait la patience emblématique de ce personnage, qui compose un sonnet par semaine au rythme de deux vers par jour). Les chapitres narratifs alternent avec des monologues intérieurs qui transcrivent la pensée bizarre de Mauricette, parfois ornée d’un joli néomot comme «Psychérie». Je partage avec elle un goût des alexandrins qui nous conduit à en déceler y compris dans des énoncés prosaïques (elle a repéré le beau «Ne jamais laisser à la portée des enfants»). L’auteur s’amuse à citer ici et là des références qui lui sont chères, allant des disques de Coltrane au nombre 23 (comme par hasard celui d’un Psaume cité). Une saine lecture.

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mercredi 2 septembre 2009

Bouvard & P

vinaigreJ’ai obtenu à la brocante et lu en diagonale un livre de Philippe Bouvard intitulé Du vinaigre sur les huiles (poche 1978 d’un original de 1976). Les huiles sont les célébrités que Bouvard a rencontrées, le vinaigre les portraits pas toujours flatteurs qu’il en tire. Fatalement certaines de ces personnalités sont aujourd’hui bien oubliées, d’autres non. Le ton général désabusé mais soigneux me plaît assez, ainsi que la forme de l’ouvrage conçu comme un dictionnaire, dans lequel les notices apparaissent dans l’ordre alphabétique des patronymes. Une des rencontres les plus improbables est sans doute celle de Pier Paolo Pasolini, que l’auteur se trouve être le dernier journaliste à avoir fait parler, deux jours avant qu'il ne soit lynché.

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mardi 1 septembre 2009

Levionnois mélangé

img171Mon chasseur de textes préféré a encore dégoté chez un bouquiniste de Saintes un livre de Louis Levionnois, qu'il me prête, cette fois-ci un volume de 400 pages de Mélanges, paru en 2001 aux Editions Les Aimereaux. C'est un recueil d'essais à dominante littéraire, sur des sujets comme «Jusqu'en Afrique», «Passage de Hölderlin en Charente», ou «A propos d'un daguerréotype de Nerval». Dans le rabat de la couverture on avait inséré quelques documents photocopiés, dont une carte à la saveur estivale et rurale, datée du 24 août 2001, que je ne résiste pas au plaisir indiscret de recopier : «Cher Monsieur, A la campagne où j'achève de passer l'été, je lis vos Mélanges avec un plaisir et un intérêt constants. Les pages que vous consacrez à Leiris sont pénétrantes et belles. En vous remerciant de m'avoir envoyé ce recueil dense, riche, varié, je vous prie, cher Monsieur, de croire à mes sentiments très attentifs et les meilleurs. - Claude Lévi-Strauss.» Un éloge mérité.

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lundi 31 août 2009

Wiki macht frei

Dans le «portail du nazisme», chez Wikipedia, je découvre avec intérêt un article au sujet du «mouvement anti-tabac sous le troisième Reich». Je m'en amuse un peu car ce n'est pas tous les jours, que l'on peut constater qu'une des marottes hygiéniques des démocraties modernes avait eu pour précurseur le Parti national-socialiste des ouvriers allemands. J'apprends dans un autre article qu'Hitler ayant disparu en 1945, son autobiographie polémique Mein Kampf (Mon combat) tombera dans le domaine public en 2015. Je me demande quelles réalisations éditoriales se préparent pour alors.

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samedi 22 août 2009

Journal roman

images_1J’ai lu un peu, dans la mesure de mes moyens en temps et en énergie, dans le sympathique Journal roman, tome 2, de Louis Levionnois (extrait) que m’a prêté Talmont. Ce journal d’un an (1980-1981) a été imprimé en 2004 au Poiré-sur-Vie (Vendée) par l’Imprimerie Graphique de l’Ouest, probablement aux frais de l’auteur. Né en 1944 en Normandie, il a enseigné dans la région des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime (Niort, Melle, Aulnay, Saint-Jean d’Angély, c’est-à-dire dans nos coins, à Talmont et moi). Il y a été subjugué par la lumière qu’il qualifie de florentine et raconte ses extases devant de petites merveilles d’art roman rural, comme il s’en trouve à Saint-Etienne-la-Cigogne (juste derrière Villeneuve-la-Comtesse), au Cormenier (prendre la première à gauche après l’Inter de Beauvoir) ou Prin-Deyrançon (où j’entends me rendre prochainement, près de Mauzé-sur-le-Mignon).

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