Hommage à Jacques d'Arribehaude
Le numéro de ce mois-ci du Bulletin célinien (n° 308) est consacré à Jacques d'Arribehaude, qui nous a quittés fin mars. On y trouve réunis quelques hommages et témoignages, dont la note parue dans ce blog le 1er avril , ainsi que la reprise de quelques études que le disparu avait consacrées à l'auteur du Voyage. On peut se procurer ce numéro contre 6 euros, port compris, par chèque à l'ordre de Marc Laudelout (Bulletin célinien, BP 70, B 1000 Bruxelles, Belgique).
Adieu, cher Jacques
On m’a appris hier la disparition de mon ami Jacques d’Arribehaude, vendredi dernier le 27 mars, je ne sais encore de quoi précisément. Cette nouvelle m’a peiné, sans vraiment me surprendre. Je le savais affaibli, et il n’était pas tout jeune.
J’avais fait sa connaissance vers la fin de 2004. Des articles favorables m’avaient incité à me lancer dans la lecture d’un de ses principaux livres, Un Français libre, le recueil de ses journaux des années 60. Je lui avais écrit en apprenant que nous étions tous deux nés un 6 juin, mais lui bien avant moi, en 1925. Il aurait donc eu 84 ans en juin prochain.
A l’époque, d’Arribe venait de quitter Paris pour s’installer à Nice, il râlait dans ses mails contre l’ébéniste qui ne construisait pas assez rapidement sa nouvelle bibliothèque. Dans la foulée, j’ai lu son autre grand livre, Cher Picaro, recueil de ses journaux des années 50, et en mai 2005 j’ai publié sur le net une sélection des entretiens que j’avais eus avec lui par courrier (liens 0, 1, 2, 3, 4, 5).
Nous sommes restés amis, nous nous contactions de temps en temps, il téléphonait volontiers. J’ai composé un grand index de ses deux recueils de journaux, qui l’a enchanté. Du coup, l’an dernier, il m’a demandé de faire l’index de son dernier livre, S’en fout la vie, ses mémoires des années 80, imprimé par TheBookEdition.
Je ne l’ai rencontré en personne qu’une fois, au printemps dernier, vers Pâques. Rentrant de Santander, je me suis arrêté me reposer une heure en sa compagnie chez son amie Margot qui l’hébergeait alors quelques jours, dans son Pays Basque natal, sur les hauteurs de Guéthary.
Son dernier coup de fil date je crois de fin janvier, il m’avait appelé à la bibli pour me présenter gentiment ses vœux et discuter un moment. Je comptais lui récrire, dernièrement, et puis voilà.
C’était un gentilhomme, peu diplômé mais très cultivé, de bon goût, subtil mais simple. Il m’a beaucoup apporté, il me manquera.
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PS. On peut lire cette nécrologie par Christopher Gérard.
Lettre documentaire 369
QUESTIONNAIRE DIT DE MARCEL PROUST
Réponses de Jacques d’Arribehaude (janvier 2005)
Quel est votre principal trait de caractère ? – L’incertitude.
Quelle qualité appréciez-vous le plus chez un homme ? – La loyauté.
Quelle qualité appréciez-vous le plus chez une femme ? – La bonté.
Quelle est votre vertu préférée ? - La volonté.
Quel est votre principal défaut ? – La paresse.
Quelle est votre occupation préférée ? – La rêverie.
Quel est votre rêve de bonheur ? – Aimer et être aimé.
Quel serait votre plus grand malheur ? – Survivre à la perte de toutes mes facultés.
Qui aimeriez-vous être ? – Un des 13 de Balzac.
Où aimeriez-vous vivre ? – Là où je suis (Nice).
Quelle est votre couleur préférée ? - Bleu roi.
Quelle est votre fleur préférée ? – La pensée.
Quel est votre oiseau préféré ? - Le canari.
Quels sont vos prosateurs préférés ? – Shakespeare, Balzac, Dostoïevski, Céline.
Quels sont vos poètes préférés ? – Villon, Ronsard, Rimbaud, Apollinaire.
Quels sont vos héros favoris dans la fiction ? – Don Quichotte, Fabrice del Dongo, le Prince André.
Quelles sont vos héroïnes préférées dans la fiction ? – Les Illustres Françaises, du roman éponyme du XVIIIe siècle.
Quels sont vos compositeurs préférés ? – Bach, Beethoven, Chopin, Albeniz.
Quels sont vos peintres préférés ? – Angelico, Rembrandt, Velázquez, Goya, Matisse, Bonnard.
Quels sont vos héros dans l’histoire réelle ? – César, Napoléon.
Quelles sont vos héroïnes dans l’histoire réelle ? – Héloïse, Jeanne d’Arc.
Quels sont vos noms favoris ? – Horst, Kurt, Knut (scandinaves ou germaniques, qui claquent comme des épées).
Que détestez-vous par-dessus tout ? – Prétention, lâcheté, bêtise.
Quels personnages historiques méprisez-vous le plus ? – Pilate, nos dirigeants politiques de 36-39.
Quel fait militaire admirez-vous le plus ? / Quelle réforme estimez-vous le plus ? – M’en fous. L’Angleterre se passe de constitution depuis mille ans.
Quel don naturel aimeriez-vous avoir ? – La composition musicale.
Comment aimeriez-vous mourir ? – Intact, sans m’en apercevoir.
Quel est votre état d’esprit présent ? – Le doute, ouvert à l’espoir.
Quelles fautes tolérez-vous le mieux ? – La gourmandise, la curiosité.
Quelle est votre devise ? – Celle du Taciturne : «Il n’est pas besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.»
Note complémentaire au questionnaire de Proust :
L’incertitude vient en premier. Et pourtant je suis plutôt gai, bon public, me marre facilement.
Questions bizarres, choix pas évident pour les réponses. Je n’ai jamais songé à être quelqu’un d’autre et si je m’emmerde quelque part, je vais ailleurs, voilà tout. « Où aimeriez-vous vivre » n’a pour moi aucun sens.
Noms favoris. Lesquels ? Lieux ? Professions ? Pour les prénoms, les français manquent de musicalité, sonnent neutre, plat. Je préfère les sonorités scandinaves ou tudesques, ou le romanesque latin hispanique ou italien : Consuelo, María, Silvio, Salvador, Ettore.
Personnages historiques détestés ? Tout le personnel de la IIIe, mais surtout toutes les crapules vénérées comme «grands ancêtres» de la Révolution et toutes celles qui ont suivi, plus néfastes et stupidement criminelles les unes que les autres.
(Réponses et Note complémentaire publiées en février et mai 2005 sur le blog Journal documentaire).


