jeudi 3 décembre 2009
Action de grâce
Seigneur, je vous suis infiniment reconnaissant d’avoir bien voulu, pour compenser mes misères, que je devienne maître d’une jeune frênaie, puis d’une ormée et de trois parcelles de chênaies. Ces bois sont petits mais aimables, ils suffisent à ma joie. Que demander de plus, comme chantonnait Ray, can anyone ask for more? Vraiment Seigneur, si vous permettiez que je m’empare encore d’une peupleraie, même exiguë, d’une châtaigneraie, même modeste, et à la limite aussi d’une pinède, même étroite, je ne saurais comment vous en remercier. Mais j’y parviendrais, Seigneur, n’en doutez pas.
vendredi 27 novembre 2009
A l'écoute
Je n'écoute jamais la radio dans les bois, ni rien du genre. J'y ai songé parfois, ça ne m'attire pas. La première raison à cela est que pour ma tranquillité, je préfère me sentir en mesure de déceler le plus tôt possible l'approche d'un marcheur, ou d'un moteur. La deuxième est que je n'ai pas besoin d'être diverti, j'ai toujours à faire. La troisième est que même quand il est silencieux dans l'ensemble, le paysage sonore est plein de petits bruissements qui sont autant d'indices plus ou moins utiles de ce qui se passe, par exemple j'aime savoir quel oiseaux sont dans le coin. Et puis j'ai de la sympathie pour les vieux bruits de la forêt, ceux des oiseaux ou des insectes, celui du vent dans les feuilles, celui du feu, les mêmes qui résonnaient déjà aux oreilles du glaneur il y a mille ans, il y a dix mille ans. A défaut des actualités, j'écoute les éternités, ce n'est pas plus mal. Mais quelque plaisir que j'aie à traîner dans mes bois, je n’oublie pas que je me trouve là non seulement en un point précis de l'espace mais aussi à un moment particulier du temps. Je dois prendre garde à ne pas marcher sur une vipère, à ne pas me faire gifler par une branche, mais je n'ai plus à craindre les loups ni les ours, on oublierait facilement qu'ils ont existé. Il ne me surprendrait pas que le goût de la nature se soit affirmé à mesure qu'elle devenait inoffensive. Il reste les dangers de l'homme, selon les aléas de l'histoire. Je visite mes arbres sans crainte de me faire détrousser, ou estourbir, ou de sauter sur une mine. Mais cela peut changer, rien n'est assuré.
mardi 6 octobre 2009
Ce week-end à la Rigeasse

J'ai photographié l'unique noix (la première, on la voit en cherchant un peu) de l'unique noyer. Ci-dessous une vue latérale du petit labyrinthe au centre duquel pousse le noyer.
vendredi 25 septembre 2009
Situation de mes bois charentais
Voici quelques indications sur les quatre petites parcelles de bois que j'ai pu acheter à la Toussaint dernière, il y aura bientôt un an, à côté de la Croix-Comtesse.
Ci-dessus une photocopie des cartes topographiques de l'IGN au 1:25000. Le trait horizontal noir marque la marge de la carte de Saint-Jean d'Angély (partie sud) et de celle de Chizé (partie nord) que j'ai assemblées. Les lignes rouges délimitent les territoires communaux : ceux de la Croix-Comtesse (en bas à gauche), Coivert (en bas à droite) et Villeneuve-la-Comtesse (tout le haut). J'ai marqué d'une tache rose l'emplacement des quatre parcelles. On voit qu'elles sont toutes assez près du bourg de la Croix, mais situées sur les terres de Villeneuve.
Ci-dessus le plan cadastral de la parcelle de la Rigeasse, la parcelle (33) la plus proche du bourg, et la plus distincte car c'est un bosquet complètement isolé au milieu des champs (très facile à voir en vue aérienne sur Google Earth).
Il forme un triangle de 1000 mètres carrés (côté chemin il fait dans les 57 mètres de long). La pointe sud ne compte pratiquement que des épines noires (prunelliers) et blanches (aubépines). La moitié nord est une ormée, mêlée d'épines, de fusains, de quelques érables, de lianes de troène, le seul arbre précieux étant un noyer d'une dizaine d'années. Entre ces deux parties se trouve une clairière où peut entrer une voiture. Quand j'ai pris, il y avait une vieille ruche dans la clairière.
J'ai voulu m'en débarrasser, nul ne savait à qui elle était, puis on m'a dit que le propriétaire était mort l'année d'avant, alors j'ai voulu la garder, mais quelqu'un l'a emportée. Dans l'angle nord-ouest il y a une unique touffe de fragon, qui m'est chère. Il y a quelques pousses, émigrées d'une vigne voisine, qui donnent un petit raisin que je me suis disputé avec les merles.
Ci-dessus une vue du cadastre à plus grande échelle, montrant les trois terrains situés plus à l'est, sur les hauteurs. Les champs sont en blanc, les massifs de bois en couleur, mes trois chênaies en vert. Elles sont curieusement disposées, sur une même ligne, et à peu près équidistantes.
Celle du milieu et celle du bas sont comprises dans la zone dite Volebière, ou Volle-Bierre.
Celle du milieu est la parcelle "principale", au départ ce devait être ma seule acquisition. Un chemin permet de s'y rendre en voiture mais c'est un cul de sac (ce qui n'apparaît pas sur la carte) et il faut manoeuvrer pour repartir. C'est un beau rectangle d'environ 70 mètres de large sur 30 de profondeur, couvrant donc dans les 2100 mètres carrés, en bout de massif. Pour l'instant j'ai tracé dedans un passage qui va du coin du chemin au coin opposé. Il y a principalement des chênes et des noisetiers, avec des merisiers, quelques érables, des alisiers (je rêvais d'en posséder un jour) et différents morts-bois (épines, viorne, troène etc). Le long du chemin il y a une série de grands trous formant comme un fossé irrégulier, ce sont là je suppose d'anciennes petites carrières d'où ont été extraites des pierres pour faire des bâtiments en bas dans la plaine. La séparation entre cette parcelle et la voisine n'est pas marquée sur le terrain, sauf d'une grosse pierre au bord du chemin.
La parcelle du bas est la plus mystérieuse car la plus difficile d'accès, celle où je vais le plus rarement. Elle a dû être bûchée plus récemment que les autres car elle figure comme une clairière sur la carte de l'IGN. C'est un petit rectangle de 20 mètres sur 50, soit environ 1000 mètres carrés, complètement enclavé mais bien délimité par des fossés au nord et à l'ouest, des talus à l'est et au sud. Je n'y ai vu pratiquement que des chênes, des noisetiers et des aubépines. C'est la seule parcelle où j'ai des fougères. On peut traverser assez facilement du coin nord-ouest au sud-est, mais toute la moitié sud-ouest est si broussailleuse qu'on ne peut quasiment pas y pénétrer pour l'instant.
La parcelle la plus au nord se trouve au lieu-dit le Désert (photo ci-dessus). Pour y aller, il faut se garer au bord du chemin et traverser un champ. Ce bois est enclavé entre les champs et le reste du massif. Sur ses côtés boisés, nord et ouest, il est clairement délimité par un fossé. La parcelle fait dans les 2400 mètres carrés et elle a une forme bizarre, au nord une partie large et si touffue que je ne l'ai encore jamais traversée, au sud une étroite bande de terrain longue de 80 et quelques mètres, large seulement de 6. J'adore cet endroit, dans lequel j'ai tracé un layon sinueux qui va jusqu'au bout. Ici dominent les chênes, noisetiers, érables et aubépines, avec quelques merisiers et surtout des charmes. Tout au bout du long couloir, à la pointe sud, il y a quelques arbres gris épineux que je ne connais pas, peut-être des poiriers sauvages, et au coin de gros blocs de pierre qui forment un cairn. La pensée de ces endroits magiques me soutient quand je me fais chier dans le tramway.
Dans les bois on ne s'ennuie pas, même un branleur comme moi est toujours occupé, pour peu qu'il ait le goût de l'ordre, il y a toujours un coin à éclaircir, un arbre à soigner, du bois mort à récupérer, etc. Ca me fait faire de l'exercice, dont j'ai grand besoin. Je ressors de là griffé et fatigué, j'avance la voiture jusqu'au bord du plateau, je la mets au point mort et je redescends en roue libre, lentement vers le village.
mercredi 22 juillet 2009
Des images et des livres
Mes principales activités de ces derniers temps se répartissent dans deux domaines. D'une part j'essaye d'établir la liste aussi complète que possible des livres, livrettes, revues, etc, que je suis disposé à vendre. Car quand on n'a pas été assez dégourdi pour se retrouver, à l'âge de 53 ans, avec autre chose qu'un salaire de commis à 905,23 € par mois, on a quelque besoin d'un boulot de complément, et je vais me remettre à faire un peu de librairie d'occasion. D'autre part, pour prendre quand même l'air, je vais passer du temps dans les petits bois que j'ai pu acheter l'hiver dernier près du village. J'y ouvre des layons pour circuler, je récupère ce que je peux, des bons bouts de bois, des escargots, un crâne de pie. J'ai en gros deux bibliothèques : ma bibli personnelle, avec les petits et les moyens formats dans le salon, les grands dans le couloir, et le stock de livres à vendre dans le chai, sur des étagères et dans des caisses. Les bois sont trois parcelles de chênaies sur les collines au nord du village (deux au lieu-dit Volle Bière et une au Désert) et une petite ormée au milieu des champs, à la Rigeasse. Je ne connais pas encore bien ces bois, que je n'ai pas depuis longtemps, et je connais de moins en moins ma bibliothèque, que je ne fréquente plus assez souvent, n'habitant pas ici la plupart du temps. Ce deuxième point est désolant, mais le bon côté est que moins les étagères sont familières, plus elles réservent de surprises. Ainsi hier soir vers les minuit quand j'ai mis la main, tout au bout d'un rayon, sur un ouvrage oublié. Il remonte à 2004. Au printemps de cette année-là, j'avais prêté quelques jours la maison aux Suel, après quoi Josiane m'avait gentiment offert cet album dans lequel elle avait collé un choix des photos prises pendant le séjour. Le feuilletant, je tombe en arrêt devant une, dont j'avais le bon souvenir.
Au contraire des autres, qui sont mûrement composées, cadrées, etc, celle-ci vaut pour l'instantané : au hasard d'une promenade dans la campagne, un lièvre est venu à traverser le chemin devant Josiane, et elle a eu la chance de saisir l'image. Ce n'est qu'un détail presque au milieu du cadre, une tache horizontale, mais il est bien là. Or ce qui me frappe tout à coup en revoyant cette scène, c'est que le lièvre est tout simplement en train de pénétrer dans mon bosquet de la Rigeasse. A l'époque je n'aurais su situer l'endroit où le cliché avait été pris, mais maintenant cela ne fait aucun doute à mes yeux : la disposition des arbres sur le côté gauche, avec au milieu la clairière en herbe, l'inclinaison du chemin vers la droite, tout y est. C'est amusant: je ne savais pas il y a un lustre que ces arbres seraient un jour à moi, et je ne savais pas en les achetant l'an dernier que j'en possédais une photo depuis des années.
Une coïncidence supplémentaire est que c'est une oeuvre de la même photographe, qui orne la couverture d'un livre dont j'aurais déjà dû parler depuis quelques jours. Il s'agit de mon Journal documentaire des années 2002-2007, que je fais imprimer à mes frais. C'est un recueil de mes chroniques parues ici et là, notamment la quasi totalité des notes publiées dans ce blog, avec un bon index, et donc sur la couverture une photo qu'avait faite Josiane Suel de mes seaux d'eau (photo dont j'avais déjà parlé ici). J'ai reçu quelques exemplaires que je compte vendre moi-même et on peut aussi commander ce livre sur le site. Son prix public est de 20 €. Je ne sais à combien s'élèvent les frais de port. Quant à ce qui est de vendre moi-même par correspondance je suis un peu découragé par les tarifs exorbitants que m'a indiqués la Poste l'autre jour, car il s'agit d'un gros bébé de 348 pages et qui pèse près de 500 grammes mais enfin, il faudra bien s'arranger.
Pendant que j'y suis je signale également la parution ce mois-ci d'une version remaniée de ma thèse aux éditions Champion (renseignements ici). La faune brésilienne dans les écrits documentaires du XVIe siècle n'est pas donnée, 78 €, mais c'est un beau pavé de 496 pages. J'envisage d'en reparler bientôt plus longuement.
mercredi 13 mai 2009
Deux armes
Il y a deux trois semaines, dans mon bois en Dordogne, je ramasse ce petit éclat de silex, qui ressemble à une arme ancienne. Ce jour-là je reçois la visite de Talmont, qui m’aide à ranger quelques bouts de bois. A un moment, pendant que nous discutons, je casse machinalement une branchette en petits morceaux. Finalement il me reste entre les doigts une fourche qui ressemble à une fronde miniature, de la même longueur que le silex, dans les trois centimètres. Le soir, je retrouve les deux objets dans les poches de mon fute.
samedi 27 décembre 2008
Actualité politique et agricole
Les jouets idiots sont légion, il est cependant rare qu’ils atteignent au comble de laideur et de stupidité de cette horreur, dont j’ai eu connaissance en feuilletant un catalogue. Je reproduis le texte de présentation, qui vaut déjà son pesant : «La tondeuse à gazon Boys & Girls* (ici un astérisque pour faire savoir que Boys & Girls signifie Garçons et Filles) Gardena. Elle imite le ronronnement d’une véritable tondeuse (ça doit donc être un plaisir pour l’oreille autant que pour l’œil) et le mouvement de l’herbe dans le réservoir grâce à un système de propulsion d’air. Grâce à ce jouet aussi ludique que rigolo, les enfants pourront découvrir l’univers du jardinage. Alimentation 4 piles LR20 non fournies.» Je frémis de penser que certains de mes concitoyens ont réellement dépensé 29,90 euros + le prix des piles pour offrir cette monstruosité à leurs avortons, que ces crétins ont le droit de vote, et que leurs lardons tout aussi abrutis l’auront bientôt.
Le gentil animateur du journal vespéral de RTL, Nicolas Poincaré, a mis au point une nouvelle forme de débat, de type consensuel, dans lequel les deux débatteurs sont parfaitement d’accord. J’ai pu écouter hier soir, pour la troisième fois en peu de temps, un de ces étranges «débats». Il était cette fois question de faire le point sur ce qu’avait été la présidence de George Bush Junior, et les deux interlocuteurs exprimaient le même soulagement, que ce président désastreux doive bientôt céder la place au formidable Obama. Il se dégage de ces «débats» tout en ronronnements une atmosphère très apaisante, il faudrait que j’en podcaste pour me les repasser pendant mes insomnies.
Pendant l’hiver, l’eau de mon bassin se purifie et devient assez limpide pour que l’on voie parfaitement jusqu’au fond. Aussi ai-je tout de suite remarqué, en arrivant à La Croix avant-hier après-midi, ce spectacle sans précédent : tous mes poissons avaient disparu. Adieu grande carpe koï, jolis carassins et gentils carpeaux. A vrai dire, je ne crois pas qu’on les ait volés. En constatant leur absence, j’ai aussitôt repensé à cette vision fugace et elle aussi sans précédent, que j’avais eue naguère, et qui fournit probablement l’explication. Lors de mon dernier passage dans les lieux, il y a un mois, ouvrant à un moment la porte de la maison pour sortir dans le jardin, j’ai fait s’envoler un beau Héron cendré, qui était posé près du bassin. Les hérons sont plus ou moins présents dans les environs, selon les années, et ils sont assez nombreux ces temps-ci, il n’est pas rare d’en lever deux ou trois à la fois en passant le long de certains prés, y compris des prés sans eau, d’ailleurs, mais je n’en avais encore jamais vu dans les jardins. J’imagine que l’animal «au long bec emmanché d’un long cou» avait repéré le vivier et qu’il est revenu se gober les poissons l’un après l’autre. Il faudra maintenant penser à ce danger. (PS. J'ai ensuite aperçu quelques survivants furtifs, qui avaient dû se faufiler dans les coins).
Il y a de beaux moments de soleil, que l’on paie d’un grand froid, et de la morsure du vent de nord-est. Certains champs sont constellés de vanneaux, je trouve cet oiseau vraiment joli. Son nom officiel est le Vanneau huppé, ce qui n’est pas faux, mais si j’étais en charge de retoucher la nomenclature ornithologique française, je le rebaptiserais volontiers le Vanneau élégant. L’adjectif est déjà pris par le chardonneret, que l’on devrait plutôt appeler le Chardonneret coquet, avec son petit plumage si voyant. Je ne me lasse pas d’aller traficoter parmi mes nouveaux arbres. Seigneur, je voudrais qu’on m’accorde un congé sabbatique de cent mille ans, pour pouvoir y passer tout mon temps. Ou à peu près.
mardi 18 novembre 2008
Couleur café
L’autre jour vendredi 7, lors d’une tournée d’inspection dans mon bois de Dordogne, où je n’étais pas revenu depuis le début de l’été, j’ai fait une petite découverte, dont je n’ai pas mesuré toute la singularité sur le moment. En m’accroupissant pour vérifier l’état du sol au pied d’une jeune pousse de buis, que j’ai plantée au printemps dans la partie sud-ouest, près du ruisseau, j’ai dérangé une grenouille, qui a sauté un peu plus loin. Tout en m’occupant du buis, je l’ai examinée un moment. Elle se tenait sans bouger, me tournant le dos, au pied d’une touffe de grandes herbes, à un mètre de moi. Au bout de quelques instants, quand j’en eus fini avec la plante, je me suis amusé à ramasser une baguette, avec laquelle j’ai touché la bestiole. Au début elle est restée immobile, sans doute pétrifiée de peur, et soudain elle a sauté de nouveau, disparaissant dans la végétation, où je n’ai pas cherché à la suivre. J’avais tout de suite remarqué qu’elle semblait différente des deux espèces d’amphibiens anoures que je rencontre d’ordinaire dans ce lieu : elle n’avait pas la peau verruqueuse des crapauds communs, que j’ai parfois trouvés, et ne ressemblait pas non plus aux grenouilles rousses, que je vois plus souvent. Je peux me tromper, mais son corps me semblait légèrement plus lisse, moins anguleux que celui des grenouilles habituelles, et m’évoquait plus la catégorie particulière des rainettes. Ce qui est certain, en tout cas, c’est que cet animal se singularisait par sa peau d’aspect très lisse et surtout uniformément noire, ou d’un marron très foncé. Connaissant mal les amphibiens, j’imaginais qu’il s’agissait là de quelque espèce banale, que je repèrerais bientôt dans un guide. Les circonstances ont fait que je suis resté plusieurs jours sans avoir la possibilité de consulter une documentation suffisamment complète et fiable pour en avoir le cœur net. Je sais maintenant que c’était un cas énigmatique, car il n’existe en Europe aucune espèce de grenouille noire. Comme je ne crois pas avoir eu affaire à un improbable spécimen exotique égaré dans ce fin fond du Périgord, ni à un tout aussi improbable effet Obama sur les populations locales d’amphibiens, j’en viens à me demander si je ne suis pas tombé sur un individu sujet au mélanisme. Je n’avais jusqu’alors entendu parler de ce phénomène qu’au sujet des grands fauves, et je savais que les panthères et jaguars noirs ne sont pas des espèces à part, mais des individus singulièrement noirs (le phénomène inverse est le leucisme, et non l’albinisme). J’apprends que des cas de mélanisme ont été observés chez d’autres mammifères, comme les écureuils, mais aussi dans d’autres classes de vertébrés, comme les oiseaux (moineaux), ou les reptiles (vipères aspic des Pyrénées), alors pourquoi pas chez quelque espèce de grenouille ? Je ne reverrai probablement jamais cette petite négresse, ni ne m’assurerai de son identité. Et je regrette une fois de plus de ne pas avoir eu d’appareil photo avec moi pour documenter la trouvaille.




