vendredi 6 novembre 2009
Arbres de Bordeaux
Etant Bordelais pour l'année, j'ai entrepris à temps perdu un relevé des arbres publics du centre ville. C'est ma tournure, me dis-je en l'occasion, il faudrait vraiment que je sois placé dans des circonstances très spéciales, pour ne pas me mettre tôt ou tard à collectionner tel ou tel type de données. Pour l'heure je ne me fixe aucun devoir d'exhaustivité. Je me limite aux vrais arbres, à l'exclusion des arbustes sauf exceptions notables, et je me contente de ceux que l'on rencontre dans les rues et sur les places, sans entrer dans les parcs. C'est amusant. Je me rends compte que souvent on a le vague souvenir que tel endroit est arboré, sans pouvoir dire quelle essence est plantée. Je découvre la présence d'arbres en certains points, où je n'aurais pas cru qu'il y en ait, comme l'unique plant se trouvant rue des Ayres. Je me heurte aux problèmes d'identification, bien content si j'arrive à donner le genre, par exemple des tilleuls, ou des érables, quant à préciser l'espèce, c'est farine d'un autre sac, comme disent les Castillans. Dans certains cas le mystère est total : que sont les inconnus qui bordent l'église Saint-Paul, rue Ravez? Ce petit jeu, qui m'oblige à faire attention, m'apporte quelques bonnes révélations. Ainsi je n'avais pas encore remarqué la grâce extraordinaire des deux platanes monumentaux qui ombragent la place Saint-Christoly. La médiocre photo que je publie ci-dessus n'en donne qu'une petite idée. Il faut trouver un meilleur photographe, ou aller voir sur place.
lundi 2 novembre 2009
Giono plantait
Apprenant par hasard l’existence d’une nouvelle de Jean Giono dont le titre m’intéressait, L’homme qui plantait des arbres, et entreprenant de me renseigner sur le sujet, je suis d’abord tombé sur l’adaptation de cette œuvre en dessin animé, réalisée par le cinéaste canadien Frédéric Back en 1987. C’est donc par la belle voix off de Philippe Noiret que j’ai découvert cette charmante histoire, joliment mise en images (et dont on peut lire le texte en ligne ici). Le narrateur dit avoir rencontré avant la première guerre mondiale, lors d’une course de plusieurs jours à travers les montagnes reculées de la Provence, un quinquagénaire veuf, retiré dans la solitude pour y garder les moutons, et accessoirement se consacrer au hobby de peupler d’arbres les étendues désertiques, en plantant chaque jour des glands d’abord, passant plus tard des chênes aux hêtres et aux bouleaux, des forêts entières naissant peu à peu de ces innombrables plantations. Dès la première audition je me suis demandé ce qu’il pouvait y avoir là de véridique ou de fictif. L’auteur donnait quelques détails réalistes, citant par exemple des noms de villages et des dates. Ce qui me semblait clocher, c’est que la vocation naturelle du sol français étant surtout forestière, il y a déjà des bois presque partout où l’agriculture n’exerce pas son action sans arrêt. En conséquence de quoi dans les rares endroits où, sans qu’on les en empêche, les arbres ne poussent pas, c’est que pour une raison ou une autre ils ne peuvent y pousser. Je suis allé chercher des explications là où je m’attendais en effet à en trouver, dans l’auguste collection de la Pléiade, plus précisément dans le cinquième volume des Œuvres romanesques complètes de Giono, où la savante notice de Pierre Citron casse le morceau : c’est une invention. Le commentateur ne parle pas des problèmes du sol mais évoque une autre invraisemblance, à savoir que le protagoniste est supposé planter continuellement dans les 100 glands par jour, arrivant ainsi au total de quelque 100.000 plants en trois ans, «alors que l’opération ne peut se faire avec quelque chance de succès que pendant deux mois par an environ». Il semble qu’en réalité Giono, convaincu que planter des arbres est une action bénéfique, ce que je pense aussi, ait purement inventé cette fable édifiante, inspirée en partie du souvenir de son propre père, qui l’emmenait enfant faire avec lui des promenades, au cours desquelles il plantait des glands, en perçant le sol du bout ferré de sa canne. L’histoire, au début sans titre, a été écrite en février 1953 à la demande de la revue américaine The Reader’s Digest, pour sa chronique «The most unforgettable character I’ve met» (le personnage le plus inoubliable que j’aie rencontré). Le manuscrit fut reçu avec enthousiasme mais, après qu’un enquêteur eut constaté qu’aucun élément n’était vérifiable sur le terrain, le revue se ravisa et refusa de publier. La version anglaise fut quand même la première à paraître, mais dans Vogue, puis dans d’autres publications. Il y a eu depuis lors plusieurs éditions françaises et des traductions dans différentes langues, le caractère fictif du récit étant rarement signalé. J’ignore si Giono avait cru de bonne foi que son personnage «inoubliable» pouvait être inventé, ou s’il a délibérément recherché la mystification, comme il semble si l’on songe qu’à un éditeur allemand, souhaitant reprendre le texte dans un recueil de biographies et demandant à Giono une photo du personnage, il fournit celle d’un inconnu, achetée d’occasion.
mardi 29 septembre 2009
Courette
Il y a vers le bout du cours de l’Argonne, au coin de la rue Duluc, une touffe de verdure ébouriffée dont la vue me réconforte à chaque fois. C’est une courette exiguë, triangulaire, dans laquelle se bousculent quelques arbustes. Une si petite chose, pas plus de trois mètres carrés, on peut espérer qu’elle ne présentera aucun intérêt pour aucun promoteur avant longtemps.
vendredi 25 septembre 2009
Situation de mes bois charentais
Voici quelques indications sur les quatre petites parcelles de bois que j'ai pu acheter à la Toussaint dernière, il y aura bientôt un an, à côté de la Croix-Comtesse.
Ci-dessus une photocopie des cartes topographiques de l'IGN au 1:25000. Le trait horizontal noir marque la marge de la carte de Saint-Jean d'Angély (partie sud) et de celle de Chizé (partie nord) que j'ai assemblées. Les lignes rouges délimitent les territoires communaux : ceux de la Croix-Comtesse (en bas à gauche), Coivert (en bas à droite) et Villeneuve-la-Comtesse (tout le haut). J'ai marqué d'une tache rose l'emplacement des quatre parcelles. On voit qu'elles sont toutes assez près du bourg de la Croix, mais situées sur les terres de Villeneuve.
Ci-dessus le plan cadastral de la parcelle de la Rigeasse, la parcelle (33) la plus proche du bourg, et la plus distincte car c'est un bosquet complètement isolé au milieu des champs (très facile à voir en vue aérienne sur Google Earth).
Il forme un triangle de 1000 mètres carrés (côté chemin il fait dans les 57 mètres de long). La pointe sud ne compte pratiquement que des épines noires (prunelliers) et blanches (aubépines). La moitié nord est une ormée, mêlée d'épines, de fusains, de quelques érables, de lianes de troène, le seul arbre précieux étant un noyer d'une dizaine d'années. Entre ces deux parties se trouve une clairière où peut entrer une voiture. Quand j'ai pris, il y avait une vieille ruche dans la clairière.
J'ai voulu m'en débarrasser, nul ne savait à qui elle était, puis on m'a dit que le propriétaire était mort l'année d'avant, alors j'ai voulu la garder, mais quelqu'un l'a emportée. Dans l'angle nord-ouest il y a une unique touffe de fragon, qui m'est chère. Il y a quelques pousses, émigrées d'une vigne voisine, qui donnent un petit raisin que je me suis disputé avec les merles.
Ci-dessus une vue du cadastre à plus grande échelle, montrant les trois terrains situés plus à l'est, sur les hauteurs. Les champs sont en blanc, les massifs de bois en couleur, mes trois chênaies en vert. Elles sont curieusement disposées, sur une même ligne, et à peu près équidistantes.
Celle du milieu et celle du bas sont comprises dans la zone dite Volebière, ou Volle-Bierre.
Celle du milieu est la parcelle "principale", au départ ce devait être ma seule acquisition. Un chemin permet de s'y rendre en voiture mais c'est un cul de sac (ce qui n'apparaît pas sur la carte) et il faut manoeuvrer pour repartir. C'est un beau rectangle d'environ 70 mètres de large sur 30 de profondeur, couvrant donc dans les 2100 mètres carrés, en bout de massif. Pour l'instant j'ai tracé dedans un passage qui va du coin du chemin au coin opposé. Il y a principalement des chênes et des noisetiers, avec des merisiers, quelques érables, des alisiers (je rêvais d'en posséder un jour) et différents morts-bois (épines, viorne, troène etc). Le long du chemin il y a une série de grands trous formant comme un fossé irrégulier, ce sont là je suppose d'anciennes petites carrières d'où ont été extraites des pierres pour faire des bâtiments en bas dans la plaine. La séparation entre cette parcelle et la voisine n'est pas marquée sur le terrain, sauf d'une grosse pierre au bord du chemin.
La parcelle du bas est la plus mystérieuse car la plus difficile d'accès, celle où je vais le plus rarement. Elle a dû être bûchée plus récemment que les autres car elle figure comme une clairière sur la carte de l'IGN. C'est un petit rectangle de 20 mètres sur 50, soit environ 1000 mètres carrés, complètement enclavé mais bien délimité par des fossés au nord et à l'ouest, des talus à l'est et au sud. Je n'y ai vu pratiquement que des chênes, des noisetiers et des aubépines. C'est la seule parcelle où j'ai des fougères. On peut traverser assez facilement du coin nord-ouest au sud-est, mais toute la moitié sud-ouest est si broussailleuse qu'on ne peut quasiment pas y pénétrer pour l'instant.
La parcelle la plus au nord se trouve au lieu-dit le Désert (photo ci-dessus). Pour y aller, il faut se garer au bord du chemin et traverser un champ. Ce bois est enclavé entre les champs et le reste du massif. Sur ses côtés boisés, nord et ouest, il est clairement délimité par un fossé. La parcelle fait dans les 2400 mètres carrés et elle a une forme bizarre, au nord une partie large et si touffue que je ne l'ai encore jamais traversée, au sud une étroite bande de terrain longue de 80 et quelques mètres, large seulement de 6. J'adore cet endroit, dans lequel j'ai tracé un layon sinueux qui va jusqu'au bout. Ici dominent les chênes, noisetiers, érables et aubépines, avec quelques merisiers et surtout des charmes. Tout au bout du long couloir, à la pointe sud, il y a quelques arbres gris épineux que je ne connais pas, peut-être des poiriers sauvages, et au coin de gros blocs de pierre qui forment un cairn. La pensée de ces endroits magiques me soutient quand je me fais chier dans le tramway.
Dans les bois on ne s'ennuie pas, même un branleur comme moi est toujours occupé, pour peu qu'il ait le goût de l'ordre, il y a toujours un coin à éclaircir, un arbre à soigner, du bois mort à récupérer, etc. Ca me fait faire de l'exercice, dont j'ai grand besoin. Je ressors de là griffé et fatigué, j'avance la voiture jusqu'au bord du plateau, je la mets au point mort et je redescends en roue libre, lentement vers le village.
lundi 3 août 2009
Calibrage
On peut distinguer les arbres en mesurant leur taille avec les mains. Il y a les petits plus fins qu’un doigt, ensuite les troncs qui tiennent dans le rond formé par le pouce et l’index, puis par les deux pouces et les deux index, puis par les deux bras, enfin les plus gros. Personnellement ce calibrage corporel ne me sert pas à grand chose, c’est surtout un objet de contemplation.
mercredi 17 juin 2009
Un cèdre
Les nouvelles pommes d'un vieux cèdre, sur le campus la semaine dernière.
lundi 20 avril 2009
Un sapin
Ce sapin sous les fenêtres de la fac était déjà incliné depuis la tempête de 1999, celle de 2009 l’a fait pencher encore plus. Les ouvriers du campus l’ont tronçonné, la sciure a conservé quelques jours un fantôme d’arbre, le souvenir de sa présence.
vendredi 17 avril 2009
Deux buis
Un coin de mon jardin est une pépinière de buis dans laquelle je puise de temps en temps de bons spécimens que j’élève en pot, avant de leur trouver un autre destin. Selon l’occasion je peux en vendre, en offrir, en planter. J’en ai planté deux dans la communauté urbaine de Bordeaux, au début de cette année, deux jeunes pousses d’une vingtaine de centimètres. Le premier le mardi 6 janvier à Pessac, dans un patio étroit de la fac, où vont fumer les fonctionnaires, et où j’avais repéré depuis longtemps une jardinière circulaire, d’un peu moins d’un mètre de diamètre, dans laquelle ne végétait que de la mauvaise herbe. Le second cinq jours après, le dimanche 11, dans une grosse urne en fonte, délaissée dans certaine impasse du quartier Saint-Pierre. Je surveille discréto, en passant, s’il faut je nettoie un peu. Ces petits arbres sont en danger, plantés de la sorte, une main malveillante peut facilement les arracher. C’est ce qui vient d’arriver au buis de Bordeaux, me trouvant hier soir en ville, j’ai constaté sa disparition. Il aura tenu un peu plus de trois mois, on verra ce qu’il advient de l’autre.
lundi 16 février 2009
Un alter ego
Dans la pelouse devant chez ma mère, il y a un arbre qui me plaît. C’est un genévrier d’une espèce particulière, probablement un genévrier de Virginie, au feuillage abondant, plus touffu que les genévriers classiques, avec lesquels il n’a de commun que la forme des petites baies. Je me souviens qu’avec les autres gamins des HLM, jadis, c’était un arbuste assez bas pour que nous sautions par-dessus. Il atteint maintenant la hauteur du deuxième étage, son épaisse ramure toujours verte abrite en toute saison une menue volaille. Les autres arbres de la cour qui survivent, quelques pruniers à feuilles pourpres et des catalpas, ont tous été taillés en têtard depuis le début. Le genévrier seul a grandi entier. J’ai réalisé récemment que l’arbuste de jadis devait être plus ou moins aussi jeune que l’enfant, qui le sautait d’un bond. Par conséquent il est le seul arbre de ma connaissance, dont je sache assurément qu’il a à peu près le même âge que moi. Il m’était déjà sympathique, cette considération me le rend plus cher, bien sûr, cela crée un lien en quelque sorte.
jeudi 15 janvier 2009
Paysage de l'Iowa
Une photo que son auteur, le cher Lloyd Dunn, m'a envoyée pour les voeux. Elle représente un arbre servant de borne entre deux comtés. Landmark Tree near Brayton, Iowa, on the border of Cass and Audubon counties (...) A story is told of a surveyer who, during a survey of southwest Iowa in 1850, cut a walking stick from a young living cottonwood tree. He later drove the stick into the ground to mark a section corner. Years later, when it came time to make roads along the section lines that had been surveyed, it was discovered that the stick had put down roots and grown into a fairly large cottonwood tree. The road builders found that the tree was too large to remove, and they decided simply to build the crossroads so that the road encircled the tree. Le cottonwood, "bois de coton", est du genre Populus, donc une espèce de peuplier.







