lundi 7 décembre 2009
Dans le bon livre de David Wingeate Pike, Jours de gloire, jours de honte: le Parti communiste d'Espagne en France depuis son arrivée en 1939 jusqu'à son départ en 1950 (Sedes, 1984), bien fourni en renseignements sur les exploits du communisme, cette photo en particulier me glace et surtout sa légende.
dimanche 1 novembre 2009
Lettre documentaire 468
L’OPPOSITION (page de mon journal)
par Fernando Arrabal
Au cours d’été de l’Universidad Complutense (à l’Escurial), j’ai dit qu’il fallait éliminer le Castro, le Franco, le Staline ou le Grand Inquisiteur que nous portons tous en nous.
Je me suis comporté devant le leader communiste Marcelino Camacho et le militant socialiste Juan Prat comme ce que je suis : un poète. J’ai amusé la salle en chantant l’hymne de l’opposition au lion mort :
« Nous allons raconter des mensonges
« Tralala :
« Le lièvre court sur la mer
« Et la sardine dans la montagne »
En rappelant les exploits anti-franquistes des anti-franquistes de salon, écrits après la bataille les gens riaient... «tralala».
J’ai aussi ému la majorité quand moi-même j’ai été ému en pensant à mon père et aux victimes de la guerre civile, d’un bord et de l’autre.
J’ai regardé en face les dirigeants de ces partis, qui ont du sang sur les mains. Prat a essayé de défendre son équipe de 1936-39, acharnée à vaincre en tuant... comme ceux du trottoir d’en face. «Taisez-vous, lui ai-je dit, ni vous ni votre parti n’avez rien à faire dans cet enterrement de tant d’Espagnols du commun, qui sont morts.»
J’ai dit qu’en ne voulant pas voir les crimes de Staline... les «rouges» se sont alliés à lui... et ont ainsi perdu, ai-je affirmé, la raison de leur cause.
J’ai demandé pardon, sous les ovations, pour ces trois années de barbarie. A d’autres moments, je me suis joyeusement moqué de tous les militantismes. J’ai défendu les vaincus. J’ai affirmé qu’en juillet 1936, j’aurais lutté avec mon père... pour la liberté.
J’ai proposé que dans un monde de poètes, de Quichottes, de mystiques et d’hétérodoxes, nous allions avec Unamuno délivrer le sépulcre de Don Quichotte.
J’ai rêvé tout haut d’un avenir tournant le dos au matérialisme attendrissant (mais si sanguinaire !)... Un futur sous l’autorité de la vérité, de la morale, de la science et de la beauté.
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La version originale de cette page de journal personnel du dramaturge Fernando Arrabal («La oposición. Notas de mi diario»), relative au cours d’été 1992 de l’université madrilène, apparaît en fac-similé comme sa contribution au recueil Franco y su época, dirigé par Luis Suárez Fernández (Madrid : Universidad Complutense, 1993, pages 227-229). Ici traduit par Philippe Billé. Note : «Même les lièvres prennent des risques, devant le lion mort» (Baltasar Gracián).
jeudi 29 octobre 2009
Lettre documentaire 467
REFLEXIONS ET CONFIDENCES du Duc de Maura
Bien que je ne me sois jamais enivré, j’ai toujours aimé le bon vin et je me régale d’un bon cognac après le repas. Je déteste depuis tout petit la viande de veau, et le mouton me répugne.
Ainsi donc, si j’étais né maure, la Pâque musulmane aurait été pour moi une prolongation désagréable du jeûne coranique.
Les régimes politiques seraient bien plus féconds et durables que d’ordinaire, si l’aristocratie de chaque pays pouvait se maintenir indemne sur plusieurs générations. Mais le processus dégénératif s’avère partout inévitable.
Les descendants des meilleurs sont bientôt des médiocres, et les descendants de ceux-ci tombent souvent jusque dans l’aboulie, le crétinisme ou la dépravation.
La mentalité aristocratique de la Renaissance dédaignait, parce qu’il était servile, non seulement le travail manuel, mais aussi le travail intellectuel rémunéré.
Au contraire, la mentalité communistoïde d’aujourd’hui méprise (quand elle n’y est pas hostile) toute spéculation scientifique ou littéraire pratiquée avec un désintéressement notoire.
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le contenu moral de certain refrain populaire, perpétué par Manuel de Falla, selon lequel nous autres mortels naissons tous condamnés à être en ce bas monde enclume ou marteau.
Je déclare que n’ayant pas la vocation pour asséner sans rime ni raison des coups aux autres, je n’ai pas eu grand mal à fuir ou à esquiver ceux d’autrui.
Il n’existe en réalité que deux états d’esprit humains : envieux, ou compatissant. Mais toutes, absolument toutes les créatures passent de l’un à l’autre, à intervalles plus ou moins durables, entre le berceau et le cimetière.
Si les émanations de l’esprit n’étaient impalpables, on constaterait bientôt que les âmes humaines sécrètent des matières plus sales encore que les corps. Et cependant la beauté de celles-là se remarque en général moins que celle de ceux-ci.
Il n’y a pas de femme à qui sa beauté permette de retenir indéfiniment l’attachement d’un homme. Mais sa bonté, si.
Je n’ai jamais partagé les préjugés aristocratiques, et je m’en suis toujours tenu aux faits et aux œuvres. J’ai toujours eu plus d’estime pour le grand homme d’origine humble, que pour le Grand d’Espagne à l’âme de laquais. Mais rien ne me semble plus horrible que l’envie mésocratique, par principe bassement hostile à tout ce qui est distingué.
Si cette mesquinerie doit prévaloir dans les nouvelles générations, je demande avec ferveur à Dieu de ne pas me condamner à y assister, et de plutôt mettre un terme à ma vie.
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(Extraits de Reflexiones, confidencias y recuerdos : Cuaderno I, octubre de 1946, de Gabriel Maura y Gamazo, duc de Maura (1879-1963), choisis et traduits par Philippe Billé, d’après la charmante édition de la Fundación Antonio Maura parue en 1992 et limitée à 750 exemplaires).
mercredi 3 juin 2009
Sur Vélasquez
J’ai quand même eu le temps de lire Vélasquez le siècle d’or, un petit album paru en 1994 aux éditions Herscher, présentant 38 reproductions de tableaux du maître, chacune avec un commentaire. Le talent évident ne suffit pas à rendre attirantes des oeuvres, qui dans l’ensemble me laissent froid. Je ne condamne pas l’inspiration courtisane de la plupart des peintures, mais les modèles ne me séduisent pas, je trouve à ces grands nobles un air encore plus ennuyeux qu’aux bouffons grotesques. Le protecteur Philippe IV a une bonne tête, mais le pauvre n’était pas aussi gâté par la nature que par la fortune. Le pire à mes yeux sont les portraits équestres, vraiment ridicules, d’éminents personnages. Accessoirement, les renseignements sociaux contenus dans les explications ne sont pas pour renforcer ma sympathie : tel prince étant cardinal dès l’âge de 10 ans, tel autre portant à 6 ans les insignes de général, il n’y a rien là qui porte à la nostalgie. Je suis sensible à quelques beaux visages d’humbles, comme celui du Marchand d’eau de Séville, ou celui du gamin qui assiste la Vieille femme faisant frire des œufs. Le portrait qui éveille le plus ma curiosité est celui de Juan de Pareja, l’esclave maure de Vélasquez, peint en 1650 (voir photo ci-dessous). Il paraît que son maître l’a affranchi la même année, mais qu’il est resté volontairement à son service quatre ans encore, avant de s’établir à son propre compte, lui aussi comme peintre. Cet attachement me plaît. Que n’ai-je moi-même un serviteur fidèle, à qui je confierais mes saisies et mes scans, maquettes et tirages. Si en plus il pouvait me faire un peu de ménage, ça serait parfait.
vendredi 22 mai 2009
Lettre documentaire 465
Essai de
BIBLIOGRAPHIE FRANÇAISE DE RAMON GOMEZ DE LA SERNA (1888-1963)
relevée par Philippe Billé
dans l’ordre chronologique des premières éditions françaises,
et suivie d’un index alphabétique des titres originaux.
Schéma des notices :
DATE – TITRE FRANÇAIS (Titre original, date, genre). Auteurs secondaires et particularités. Ville : Editeur (Collection). Pages. Notes éventuelles. > Autres éditions.
Un astérisque à la date signale les éditions que j’ai eues en main. Les autres données ont été collectées dans le catalogue de la Bibliothèque nationale (Opale), dans celui des Bibliothèques universitaires (Sudoc), et dans celui des libraires (Electre).
1923 – ECHANTILLONS (Greguerías, 1917 etc, aphorismes). Traduction de Mathilde Pomès et Valery Larbaud. Paris : Bernard Grasset (Les Cahiers Verts, 16). XX-190 p.
> 1990* - Brouillages. Greguerías choisies et traduites par Frédéric Larchenc dans les bulletins Eden n° 585 & 616, publiés à Montargis en mai & septembre par Pierre Ziegelmeyer. Un choix de ces traductions sera repris en novembre 1991 à Bordeaux dans la Lettre documentaire 36. D’autres Brouillages traduits par Larchenc paraîtront en novembre 2007 dans les Eden n° 2945 & 2946, qui seront repris intégralement dans la Lettre documentaire n° 458, puis réimprimés dans Discréto n° 12, d’avril 2009.
> 1992* - Greguerias. Traduit de l'espagnol par Jean-François Carcelen et Georges Tyras. [Présentation de Valery Larbaud]. Grenoble : Cent pages. 159 p. «Cette édition reprend pour l’essentiel celle que Rodolfo Cardona a établie en 1988 pour la collection Letras Hispánicas de l’éditeur espagnol Cátedra, dont elle adopte fidèlement le découpage chronologique. Elle s’en écarte chaque fois que les échantillons empruntés à l’édition de référence commune, le fameux livre-hommage publié en 1955 par Aguilar sous le titre de Total de greguerías, ne sont pas apparus comme étant les plus représentatifs.» Réimpression, 1994.
> 2005* - Greguerias. [Traduit idem]. Edition augmentée et diminuée. Grenoble : Éditions Cent pages. 148 p.
1924 – SEINS (Senos, 1917, essai). Choix et traduction de Jean Cassou. Dessins inédits de Pierre Bonnard. Paris : G Crès et Cie (Cahiers d’Aujourd’hui, 15). 65 p.
> 1986 – Seins. Présent. par Florence Delay, trad. par Jean Cassou, Valery Larbaud et Mathilde Pomès. [Marseille] : Ryoan-Ji. 87 p.
> 1992 – Seins. Bruxelles : Babel. 317 p.
> 1992 – Seins. Traduit de l'espagnol et présenté par Benito Pelegrin. (Texte intégral). Marseille : André Dimanche. xxvii-310 p.
> 1995* – idem. Trad. idem. Arles : Actes Sud (Babel, 136). 316 p. Autres tirages, 1998, 2006.
1924 – LA VEUVE BLANCHE ET NOIRE (La viuda blanca y negra, 1921, roman). Traduction de Jean Cassou, préface de Valery Larbaud. Paris : Editions du «Sagittaire», chez Simon Kra (Collection de la Revue européenne, 8). 261 p.
> 1986 - réédition Paris : G. Lebovici. 248 p. Retirage 1995 (Ivrea).
> 1996* - réédition (sans préface) Paris : 10-18 (n° 2718, Domaine étranger). 248 p.
1925 – Préface à IL Y A, de Guillaume Apollinaire. Traduite par Jean Cassou. Paris : A. Messein (Collection La Phalange). 245 p.
> 1949 - nouvelle édition, Messein, 192 p.
> Réédition Messein 1969 ?
1925 – LE DOCTEUR INVRAISEMBLABLE (El doctor inverosímil, 1914, roman). Traduction de Marcelle Auclair, introduction de Jean Cassou. Paris : Editions du Sagittaire Simon Kra (Collection de la Revue européenne, 17). 287 p.
> 1984 - trad. idem, Paris : G. Lebovici, 229 p.
1927 – LE CIRQUE (El circo, 1917, essai). Première chronique officielle du cirque, avec une illustration et un portrait de l’auteur. Traduction et avertissement de Adolphe Falgairolle, prologue des Fratellini. Paris : Simon Kra (Les Documentaires). 219 p.
> 1927 aussi : Gravures et dessins de (Marcel) Vertès, trad. Adolphe Falgairolle. Paris : M. P. Trémois. 32 p. Tirage 103 exemplaires.
1927 – GUSTAVE L’INCONGRU (El incongruente, 1922, roman). Traduit de l'espagnol par Jean Cassou et André Wurmser. Paris : S. Kra (Collection de la Revue européenne, 33). 246 p.
> 1985 - Trad. ... par André Soucas, Paris : G. Lebovici. 222 p.
1928 – CINE-VILLE (Cinelandia, 1925, roman). Traduit de l'espagnol par Marcelle Auclair. Paris : Simon Kra, éditeur (Les Documentaires). 215 p.
> 1987 - trad. idem, Paris : G. Lebovici (Champ libre). 221 p.
> 1995* - trad. idem, Paris : 10-18 (n° 2627). 221 p.
1928 – “Loin et près de Pombo. J’attends seul.” – Voyages. Traduit par André Wurmser. Sans lieu. 2 feuilles. Extrait de Chantecler, 21 janvier 1928.
> La BN signale aussi, sans lieu ni date, “Le marin et le marinier”, traduction de Adolphe Falgairolle. 1 feuille. Extrait des Nouvelles littéraires.
1945 – LE TORERO CARACHO (El torero Caracho, 1926, roman). Traduit de l'espagnol par Georges Pillement. Paris : Nouvelles Editions Latines (Les maîtres étrangers). 219 p.
> 2006 - Traduit de l'espagnol par François-Michel Durazzo et Marie-Pia Gil. Marseille : A. Dimanche. 228 p.
1946 – POLYCEPHALE (Policéfalo y Señora, 1933, roman). Traduit de l'espagnol par Carmen Abreu. Paris : Editions des Portes de France. 228 p.
> 1992 - Polycéphale et Madame. Trad. de l'espagnol par Carmen Abreu, revue. Marseille : André Dimanche. 262 p.
> 2002 - idem, préface de Michel Déon. Paris : LGF (Le Livre de Poche Biblio, n° 3366). 191 p.
1947 – LE ROMAN DU ROMANCIER (El novelista, 1925, roman). Traduit de l’espagnol par A. de Falgairolle. Paris : Editions des Portes de France. 398 p.
1963 – APOLOGIE DE LA LINOTYPE. Traduit de l’espagnol par Valery Larbaud, présenté par Franz Hellens. Liège : Editions Dynamo (Brimborions, 113). 15 p. Tirage 51 exemplaires.
1979 – DALI. Avec la collaboration de Sebastiano Grasso et Eleonora Bairati. Traduit de l'espagnol par Nadine Chaptal. Paris : Flammarion. 238 p.
> 1989 - réédition idem.
> 2003 - Autre? édition, Flammarion.
1988* – LE RASTRO (El Rastro, 1914, essai). Traduit de l'espagnol par Roger Lewinter et Monique Tornay. Paris : Editions Gérard Lebovici. 317 p.
1991 – LES MOITIES (Los medios seres, 1929, théâtre). Mi-préfacé et mi-traduit de l'espagnol par Florence Delay et Pierre Lartigue. Paris : Bourgois (Le répertoire de saint Jérôme). 148 p.
1993 – LA FEMME D’AMBRE (La mujer de ámbar, 1927, roman). Traduit de l'espagnol et présenté par Danièle Robert. Marseille : André Dimanche Editeur. XIV-270 p.
> 2000* - Repris dans Le Livre de Poche Biblio, n° 3326, par la Librairie Générale Française. 220 p.
1993* – INTERPRETATION DU TANGO (Interpretación del tango, 1949). Traduit de l'espagnol par Danièle Robert, illustré par Antonio Seguí. Marseille : André Dimanche Editeur. 159 p. (Contient une anthologie de tangos, textes et traduction en regard, p. 83 sq).
1994* – LETTRES A MOI-MÊME (Cartas a mi mismo, 1956, essai). Traduit de l'espagnol et présenté par Robert Amutio. Marseille : André Dimanche Editeur. 150 p.
> 2006 - repris avec les Lettres aux Hirondelles.
1998 – LE LIVRE MUET (SECRETS) (El libro mudo – Secretos, 1911, essai). Précédé de Morbidesses? Présentation et traduction Jacques Ancet. Marseille : André Dimanche. 319 p.
2001* - L’HOMME PERDU (El hombre perdido, 1947, roman). Traduit de l'espagnol et présenté par François-Michel Durazzo. Marseille : André Dimanche Editeur. 321 p.
2006* – LETTRES AUX HIRONDELLES ET A MOI-MEME (Cartas a las golondrinas, 1949, essai). Traduit de l’espagnol et présenté par Jacques Ancet. Marseille : André Dimanche Editeur. 191 p.
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INDEX alphabétique des titres originaux :
Cartas a las golondrinas > 2006.
Cartas a mi mismo > 1994.
Cinelandia > 1928.
El Circo > 1927.
El Doctor inverosímil > 1925.
Greguerías > 1923.
El Hombre perdido, > 2001.
El Incongruente > 1927.
Interpretación del tango > 1993.
El Libro mudo > 1998.
Los Medios seres > 1991.
La Mujer de ámbar > 1993.
El Novelista > 1947.
Policéfalo y Señora > 1946.
El Rastro > 1988.
Senos > 1924.
El Torero Caracho > 1945.
La Viuda blanca y negra > 1924.
lundi 11 mai 2009
Saint Sé
Je n’avais pas tellement envie de me déplacer et finalement je ne regrette pas de m’être laissé entraîner à passer ce week-end dans la ville natale de Pío Baroja. J’ai trouvé que San Sebastián était vraiment une jolie ville, agréable à regarder. Naturellement j’en ai profité pour m’empiffrer de morue, de coquillages et de plein de choses que je devrais m’interdire. Je me suis offert un livre illustré sur les jardins japonais, ainsi qu’un béret, qui me va assez bien, et j’ai trouvé sur un banc un chapeau pointu de sorcière! qui ne me va pas mal. Sur place et en chemin, j’ai pu visiter une bonne demi-douzaine d’églises (belle surprise à Urrugne, où pour à peine une dizaine de vitraux on ne compte pas moins de 4 signatures et autant de dates, s’étalant de 1856 à 2004). Ci-dessous, une Annonciation en bois doré, photographiée dans la cathédrale du Buen Pastor.
jeudi 23 avril 2009
Lorca
Je vais sans doute aggraver ma réputation en avouant que je n’ai jamais réussi à trouver intéressante une seule phrase, ou une ligne écrite par Federico García Lorca. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui ont manqué au cours de ma vie, mais chaque fois que j’ai ouvert une de ses œuvres, théâtre ou poésie, je me suis senti accablé d’un tel ennui, que j’ai bientôt refermé. Dernièrement, parcourant sa notice dans Wikipedia, j’ai vu que l’on donnait parmi les citations les plus mémorables de lui des sentences comme «Lo mas importante es vivir», ou encore «Rien n’est plus vivant qu’un souvenir», ce qui n’est pas d’une profondeur vertigineuse. Cet écrivain est pourtant fameux, ce doit être je crois le seul espagnol avec Cervantès, à qui la collection de la Pléiade ait accordé l’honneur d’un volume personnel. Aurait-il aussi grande réputation, s’il ne jouait le rôle posthume du parfait martyr humaniste, assassiné dans des circonstances sordides par des phalangistes brutaux, dans les premiers moments de la Guerre civile? J’en doute un peu. Les circonstances de sa mort sont non seulement sordides, mais paraît-il plus troubles que ne le raconte l’histoire sainte, s’il est vrai que lui-même, malgré son engagement républicain, avait de solides amitiés en milieu phalangiste, et c’est d’ailleurs chez des phalangistes de ses amis qu’il avait cherché refuge quand il s’était senti menacé. Il avait une bonne tête. Il avait été grand ami de Dali, qui n’était pas très à gauche non plus. Dans sa vieillesse, le peintre a confié qu’il n’y avait pas eu de rapports sexuels entre lui et le poète. Lorca aurait tenté deux fois de le sodomiser mais en vain, le cul de Salvador est resté aussi imprenable que l’Alcazar de Tolède.
mardi 21 avril 2009
Discréto 12
Discréto n° 12, Gómez de la Serna, Brouillages, Avril 2009. 8 pages A6.
dimanche 19 avril 2009
Lettre documentaire 463
NOUVELLE THEORIE DES REVES
par Ramón Gómez de la Serna
Les rêves, selon ma nouvelle théorie, sont tramés par les diables, et quand les diables n’y suffisent pas, ils sont inventés par les instincts, ou s’ils ont un argument dramatique et logique, ce sont des augures du destin personnel de chacun.
Dans la grotte obscure du rêve, l’ange ne peut entrer. Dans l’égout des bas-fonds libérés, qui est en vérité au fond des rêves, aucun élément divin ne peut se trouver. On peut assurer que les rêves sont abandonnés de la main de Dieu.
Seuls les naïfs peuvent échafauder ces croyances qui idéalisent les rêves.
Les façons d’agir et de se transformer du diable sont innombrables et inouïes.
Naguère, me trouvant dans un jardin, il arriva un insecte aux ailes rouges qui disparut en s’enfonçant dans la partie éclairée du sentier, où il n’y avait ni n’est resté aucun orifice, qui puisse expliquer cette disparition. Cela m’a fait penser que la diablerie n’a pas besoin de se déguiser en Méphistophélès de théâtre, mais qu’elle peut prendre l’aspect d’un simple insecte. Pourquoi appelle-t-on petit cheval du diable un insecte aux grandes ailes bleues? N’est-ce pas la meilleure façon pour les diables, de se promener de par le monde sans attirer l’attention?
Dans les rêves, toute la profondeur de l’être est souterraine et obscure, c’est un cloaque où le diable se régale, où l’esprit du mal court en tous sens comme un rat.
Tout ce qui entre dans la perversion dormante abandonnée de Dieu, suit un chemin préparé par les tire-lignes et les compas lucifériens. Ne voit-on pas que s’il n’en était ainsi, les rêves ne seraient qu’un fatras de choses et d’illusions, un brassage présidé par le hasard le plus bête?
Si nous examinons bien la façon dont commence le sommeil, nous observerons la présence d’une sorte de maître nageur qui nous emmène par la main à la mer ou à la piscine des rêves, où nous éprouvons une sensation de froid d’abord, puis de bien-être.
Ce qui est occulte joue dans le sommeil, et seul le vilain démon peut avoir l’idée de faire ce qu’il fait avec ceux qui s’aiment, à savoir que quand ils sont endormis l’un à côté de l’autre, ils ont des rêves de trahison, leurs cauchemars les pervertissent.
De même qu’aux heures diurnes et nocturnes, avant de tomber dans le sommeil, l’esprit du mal vient du monde de l’or, de la domination et de la région des vents mauvais, dans le sommeil il vient de l’intérieur, du sous-sol canalisé.
Il y a des nuits où les rêves sont ourdis par le diable père, ou par quelque diable de première catégorie, alors surviennent des rêves à la manière de Bosch, qui a si bien peint comme des rêves les tentations de saint Antoine. Il y a tout, dans ces rêves spéciaux, admirablement miniaturisés et dont l’effet de réalisme est de ce fait encore plus terrible. (Ceux qui meurent en dormant, c'est qu'ils ont fait l'erreur, pour fuir un mauvais rêve, d'ouvrir la porte de la Mort au lieu de celle de la Vie.)
Lorsque ces diables majeurs se relaient auprès du couple d’amoureux, l’homme doit réveiller sa femme en même temps que lui, pour ne pas la laisser sous l’empire de Lucifer, qui est le grand abuseur des femmes endormies.
Vous ne sentez pas que vous êtes libre, quand vous sortez d’un rêve?
C’est pourquoi l’homme supérieur veille, ne veut pas se coucher, fait tout ce qu’il peut pour passer la nuit blanche à parcourir les rues nocturnisées, car à l’état de veille Dieu nous protège en surveillant depuis là-haut ce qui arrive.
La clairvoyance du noctambule lui permet d’échapper au Ténébreux, lequel agit outrageusement comme tel sur ceux qui dorment, profitant de ce qu’ils sont reclus jusqu’au matin dans des alcôves fermées, enfoncés dans le souterrain des rêves.
«Nueva teoría de los sueños», in Nuevas páginas de mi vida, 1957. Traduction Philippe Billé.
mardi 24 mars 2009
Lettre documentaire 460
LA NUIT PLUS ETOILEE
par Ramon Gomez de la Serna
Cette nuit, les astronomes en diront ce qu’ils veulent, mais il y a dans le ciel plus d’étoiles que jamais. Les étoiles nous bombardent, elles nous lancent des cailloux de lumière.
A travers les pinèdes bleues de la nuit obscure, on voit les étoiles saupoudrer les cieux comme si toutes les feuilles d’or s’étaient évaporées.
- Tu ne crois pas que si c’était vrai, on en parlerait demain dans les journaux? me dit une voix intérieure.
- Si, c’est vrai. D’ailleurs j’en parlerai moi-même demain dans les journaux.
- Ce n’est pas ça, me coupe la voix intérieure. Ce sont les astronomes, qui en parleraient.
- Les astronomes? Comment peux-tu croire ça? Les astronomes sont endormis, l’oeil appuyé contre leur télescope, et le ciel en profite pour faire des surprises aux hommes.
Les gardiens des Observatoires se sont endormis, et le ciel sans surveillance fait ce qui lui plaît.
(«La noche con mas estrellas», in Disparates (1921), traduction Ph Billé)





