Le Nouvel Obscurantiste

Le blog de Philippe Billé, misanthropologue. Contenant son Journal documentaire (des notes de lecture, et des notes du reste) ainsi que de belles Lettres documentaires, etc.

samedi 19 septembre 2009

Ombre et lumière

interieurA un ami, que de sérieuses raisons tiennent à l’écart du siècle, je donne maintenant rendez-vous à l’église, où l’on n’est pas bousculé. Ainsi toutes les quelques semaines hantons-nous Saint-André,  parfois Saint-Ferdinand... Nous nous installons discréto dans un coin et discutons de nos affaires à voix basse, dans la pénombre et l’encens. Lors de notre dernière entrevue, il m’a remis un manuscrit, dans lequel il a recopié avec soin et dans un certain ordre des citations de Georges Simenon, qu’il a augmentées de ses propres gloses. J’ignorais ce secteur de ses activités. Dans la jeunesse il a méprisé le grand Sim, car c’était un auteur préféré de son père. Puis à la quarantaine, pris de curiosité, il s’est mis à le lire et l’a lu en entier, ce n’est pas rien. Chemin faisant il a glané des phrases, qu’il voulait retenir. Dix ans plus tard, reprenant ce recueil, une sentence le frappe en particulier : «Il vivait parce qu’il était né, et qu’il n’était pas encore mort.» Or elle est la seule sans référence. Dans l’espoir de la repérer, il se lance «à la recherche de l’épitaphe perdue», pour cela relit l’œuvre complète, avec en outre les 3000 pages des Mémoires. Mais la maudite phrase est restée introuvable. Mystère. Au moins le double voyage a-t-il donné lieu à ce soigneux florilège. «Il y a sept calembours dans Simenon», y lit-on quelque part. On mesure bien là que le patient lecteur a lu le romancier en faisant attention. Je note parmi les observations que dans le sommeil, «on n’a plus d’âge», cela me paraît avéré dans les rêves. Sur ce, me reportant à la bio de Simenon dans Wikipedia, j’apprends que «ce chien» (disait de lui ce pauvre con de Sartre), qui a résidé quelques années en Charente maritime, l’a évoquée comme «une région lumineuse». Impossible ici de ne pas repenser au Normand Levionnois, frappé de trouver dans le département une lumière «florentine» ou «toscane». A ce propos j’ai remarqué un autre aspect italien de la Charente, la façon de réduire à i certains L, dans le parler local le blanc est bianc, façon bianco, etc.

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dimanche 23 août 2009

Sur Jean Fonteneau

imagesLA FAUNE BRESILIENNE DANS LA COSMOGRAPHIE DE JEAN FONTENEAU.

Le navigateur charentais Jean Fonteneau, dit Alfonse de Saintonge ou le Saintongeais, naquit vers 1483 à Saint-Même, dans le canton de Jonzac, et disparut à une date et dans des circonstances incertaines, vers le milieu du seizième siècle. «Cappitaine-pillothe» de François Ier, il est connu surtout pour ses explorations des côtes canadiennes, où il accompagna des pionniers comme Roberval et Cartier. Toutefois ses nombreux voyages le conduisirent sous des latitudes fort éloignées de là, et jusqu’en Asie. Il a laissé de rares écrits, dont le principal est une somme de ses connaissances géographiques intitulée La cosmographie, avec l’espère et régime du soleil et du nord. Ce volumineux traité achevé en 1544 resta à l’état de manuscrit inédit jusqu’à sa publication à Paris en 1904 chez Ernest Leroux Editeur, par les soins de l’archiviste-paléographe Georges Musset, qui a enrichi l’ouvrage d’une introduction, de notes et d’autres documents. Le copieux volume ne compte pas moins de 599 pages, dont plus de 450 sont occupées par le texte de la Cosmographie. Dans ce vaste panorama le Brésil tient une place assez discrète, puisqu’il n’en est question que sur une quinzaine de pages (p. 406-422). Comme dans le reste du livre, c’est essentiellement la côte du pays qui est présentée, depuis la «rivière de Mareignan» (l’Amazone) jusqu’à la «rivière de Prate» ou «d’Argen» (Rio de la Plata). Pour la plus grande part le texte a la teneur d’un routier, donnant les indications utiles à la navigation, portant sur la configuration de la côte, la distance entre les points remarquables, la situation des embouchures et des îles, etc. Il s’en éloigne par instants pour fournir ponctuellement quelques informations ethnographiques (par exemple sur l’anthropophagie, p. 412), botaniques (sur l’ananas, p. 413) ou zoologiques. Ces dernières sont laconiques et peu nombreuses, en voici le détail.
    OISEAUX.
    La plupart des animaux brésiliens évoqués par Fonteneau sont des oiseaux. Il recourt quelques fois à une appellation générale : telle île abrite «forces oiseaulx de mer» sans autre précision (p. 409), il y a dans le pays «plusieurs vollatrices» (ou «vollatines», p. 413, le transcripteur hésite sur la forme de ce terme qui semble équivaloir à «volatile») et «toutes aultres manières d’oyseaulx» (p. 422). Les oiseaux cités plus précisément sont les suivants.
    Certain «cap de l’Alouette», qui se situerait par 2 ° de latitude sud, est mentionné trois fois de suite page 409. L’identification de ce toponyme disparu me paraît impossible. L’Alouette en question n’étant pas un animal brésilien, l’appellation se réfère peut-être au nom d’un marin ou d’un navire.
    Les «autruces» (soit évidemment les nandous) et les «perroquetz» sont cités ensemble à deux reprises, p. 411 et 422, comme étant en abondance dans le pays. Si les perroquets sont les oiseaux brésiliens le plus communément signalés par les voyageurs de l’époque, les «autruches» du pays ne l’avaient guère été, jusqu’alors, que dans le Diário de navegação de Pero Lopes de Sousa (1525).
    «Forces poulles blanches comme celles de nostre pays» se trouveraient en certaine région (p. 413). Comme il n’existe pas de poules indigènes au Brésil, il faut supposer que celles-ci étaient ou descendaient de celles importées par les Européens.
    Les «faisans» et «perdrix» signalés à la même page n’existent pas en Amérique, mais c’est régulièrement sous ces noms que les Européens ont désigné les oiseaux dont l’allure et le statut de gibier recherché sont équivalents. Ce sont d’une part les tinamous (famille des tinamidés, famille unique de l’ordre des tinamiformes) dont les voyageurs d’antan ont régulièrement présenté les espèces, selon leur taille, comme des cailles, des perdrix ou des faisans (certaines aujourd’hui encore sont communément appelées perdizes). D’autre part les oiseaux galliformes de la famille des cracidés, soit les hoccos, dont le gabarit est plus proche des faisans.
    L’auteur mentionne à la suite «une aultre manière d’oyseaulx noirs qui ont le bec rouge et sont fort bons à manger», dont on peut remarquer que les couleurs correspondent exactement à la plus grande espèce brésilienne des cracidés, le mutum-cavalo ou mutum-etê (Mitu tuberosa).
    ANIMAUX AQUATIQUES.
    Ils ne sont évoqués que dans deux phrases consécutives, pages 421-422.
    Dans la première, l’auteur signale que dans le Rio de la Plata, «y a forces vers qui mangent les navires et fauldroit plomber les navires pour y passer». On reconnaît là les tarets, bivalves vermiformes appartenant donc à l’embranchement des mollusques, et connus pour perforer le bois et le calcaire. Ce témoignage a quelque valeur historique, car à ma connaissance il n’y a pas d’autre rédacteur qui ait mentionné la présence de ces animaux dans le pays avant Gabriel Soares de Sousa, évoquant les mêmes «gusanos» dans son Tratado descritivo do Brasil, en 1587.
    Dans la phrase suivante, Fonteneau déclare que «aux rivières d’Argen et de Mareignan y a de plusieurs sortes de poyssons et de grandz lisars et y a des poissons fort dangereux lesquelz mangent les hommes, s’ilz les peuvent attraper.» Ici apparaissent deux classes de vertébrés, les poissons nommément cités, et les reptiles représentés par les «lisars». C’est à propos de cet énoncé que Georges Musset produit son seul commentaire zoologique, en avançant dans une note en bas de page que «Les grands ‘lizars’ et les poissons qui mangent les hommes, seraient les caïmans». Cette hypothèse est plausible, sans être certaine. Il est vrai que les Européens ont régulièrement désigné les sauriens américains comme de grands lézards (le mot anglais alligator n’est d’ailleurs qu’une déformation de l’espagnol «el lagarto») mais l’expression s’applique aussi bien aux iguanes vivant sur les rives. Et si ce sont les caïmans que l’auteur a nommés lézards, on ne voit pas pourquoi immédiatement après il leur donnerait le nom de poisson. Ce dernier terme peut très bien s’appliquer à certaines espèces de poissons anthropophages, marines comme les requins, qui s’aventurent volontiers dans les embouchures, ou fluviales comme les piranhas.
    MAMMIFERES ?
    J’examinerai enfin le cas incertain d’animaux que Fonteneau évoque à deux reprises, sous les dénominations presque identiques de «furetaulx» («y a forces autruces et perroquetz et furetaulx noirs les plus beaulx de toute la terre du Brésil», p. 411) et «furtetz» («y a ... forces oyseaulx comme perroquetz, furtetz, autruces et toutes aultres manières d’oyseaux», p. 422). L’auteur fournit peu d’indications quant à ces êtres, qui sont nombreux (il y en a «forces»), dont certains sont noirs selon le premier énoncé, et qui selon le second semblent appartenir à la classe des oiseaux. Les noms qui les désignent n’appartiennent ni au français moderne, ni à l’ancien, ni au parler saintongeais, ni au tupi. A vrai dire je me demande s’il ne faut pas tout simplement voir en eux le radical «furet», prolongé d’une terminaison diminutive : fureteau et furetet. S’il s’agit de petits furets, ce sont donc des mammifères et non des oiseaux. Les animaux que le voyageur a ainsi désignés ne sont probablement pas des furets à proprement parler, ni quelque autre espèce de la famille des mustélidés, car ces petits carnivores mènent sous tous les cieux une existence fort discrète, et il serait surprenant qu’ils apparaissent dans une relation, où il n’est question d’aucune autre espèce plus voyante de mammifère. Comme par ailleurs les témoignages contemporains sont unanimes à rapporter que la faune la plus visible du pays était constituée par les perroquets et les singes, dont les marins faisaient grand commerce avec les natifs, je pense que ce sont bel et bien les singes, que Fonteneau a désignés comme de petits furets. Cette assimilation peut nous sembler inadéquate, mais elle n’est pas injustifiée : les furets, qui sont la variété domestiquée du putois, peuvent coexister avec l’homme aussi familièrement que les singes apprivoisés, et sont comme eux de petits quadrupèdes velus, soyeux, et agiles à grimper. On se souviendra à ce propos que les caractéristiques similaires ont conduit plus d’un chroniqueur de l’époque à désigner les singes comme des chats : ainsi les «gatos» de l’anonyme Livro da nau Bretoa (1511), de Fernández de Oviedo (1526) et de Cabeza de Vaca (1555), les «petites chattes» de Pigafetta (1525) et les «Meerkatzen» de Staden (1557). Mais à ma connaissance Jean Fonteneau est le seul à avoir eu l’idée de considérer les petits singes comme des furets.
    EN RESUME, on peut dire que l’évocation de la faune brésilienne ne constitue qu’un sujet très marginal dans la Cosmographie de Jean Fonteneau. On retiendra cependant, parmi ses observations les plus intéressantes, la description probable d’une espèce de hocco, la mention précoce des tarets, et l’évocation des singes présentés comme de petits furets.

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samedi 22 août 2009

Journal roman

images_1J’ai lu un peu, dans la mesure de mes moyens en temps et en énergie, dans le sympathique Journal roman, tome 2, de Louis Levionnois (extrait) que m’a prêté Talmont. Ce journal d’un an (1980-1981) a été imprimé en 2004 au Poiré-sur-Vie (Vendée) par l’Imprimerie Graphique de l’Ouest, probablement aux frais de l’auteur. Né en 1944 en Normandie, il a enseigné dans la région des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime (Niort, Melle, Aulnay, Saint-Jean d’Angély, c’est-à-dire dans nos coins, à Talmont et moi). Il y a été subjugué par la lumière qu’il qualifie de florentine et raconte ses extases devant de petites merveilles d’art roman rural, comme il s’en trouve à Saint-Etienne-la-Cigogne (juste derrière Villeneuve-la-Comtesse), au Cormenier (prendre la première à gauche après l’Inter de Beauvoir) ou Prin-Deyrançon (où j’entends me rendre prochainement, près de Mauzé-sur-le-Mignon).

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mercredi 8 avril 2009

Hirundo rustica

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A la Croix, le printemps est arrivé le 23 mars, sous les espèces d’une hirondelle entrée dans la maison et tranquillement installée sur la porte de la salle d’eau. Elle m’a laissé la photographier, et traverser la pièce pour la rephotographier. Puis il a fallu que je la vire gentiment et que je ferme la fenêtre un moment. Ce n’aurait pas été le meilleur service à lui rendre, que de la laisser croire qu’elle allait pouvoir bâtir son nid là.

CrC090323_2

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mardi 3 mars 2009

Les Charentais en Amérique du Sud

charentaisLa parution du Dictionnaire biographique des Charentais (et de ceux qui ont illustré les Charentes) aux éditions Le Croît vif, en 2005, a mis à la disposition des curieux un gisement documentaire considérable, ne réunissant pas moins de 5321 notices, distribuées en un corpus de plus de 1300 pages. Qui plus est l’ouvrage, ayant mobilisé pendant dix ans quarante-six rédacteurs sous la direction de François Julien-Labruyère, est assorti de précieux instruments annexes, qui en facilitent l’exploration, pour ne pas dire qu’ils y invitent. Il s’agit pour l’essentiel de trois index, totalisant quelque 140 pages supplémentaires : un Index des noms de lieux (lui-même subdivisé en deux parties, les Communes charentaises et les Communes hors Charentes), un Index des personnages cités dans les notices, enfin un Index thématique. Cet équipement méthodique permet diverses voies de pénétration dans l’ouvrage, pour des recherches ponctuelles ou systématiques, et fournirait un appui non négligeable au chercheur étudiant l’histoire locale. Il va de soi, par exemple, que les 40 notices auxquelles renvoie l’entrée au nom du village de Talmont, ou les 300 et quelques touchant une seule petite ville comme Saint-Jean d’Angély, sont autant de pistes s’ouvrant à l'investigation.

Attaché à ma Saintonge natale, mais ayant voué la plus grande part de mes études à la culture latino-américaine, l’idée m’est venue de voir en quoi le copieux DBC pouvait m’aider à connaître les points, sur lesquels ces deux domaines éloignés se sont parfois rejoints. En fixant les termes de mon enquête, j’ai décidé pour l’heure de la limiter à l’Amérique méridionale, laissant donc de côté la zone mésoaméricaine et les îles des Caraïbes.

Pour commencer, j’ai d’abord parcouru la trentaine de pages, sur deux colonnes, de l’Index des Communes hors Charentes, à la recherche de toponymes sud-américains. J’en ai trouvé 24, qui sont les suivants (avec les patronymes auxquels ils renvoient) : 

Bahia > Even.

Bogotá > Goujaud.

Buenos Aires > Berque, Boucheron, Bouilloux, Chevalier, Clemenceau, Deuil, Goujaud, Loizeau.

Cayenne > Coudreau, Debien, Fontorbe, Fresneau, Froger, Gravouille, Marck, Saulces.

Falkland (ou Malouines, îles) > Dessalines, Gaudichaud, Saulces.

Governador (île du) > Plauchut.

Guyane > Faivre, Jean, Marck, Salis, Tisseuil, Zélé.
Kourou > Faivre.
La Paz > Thouar.
Lima > Goujaud, Vicard.
Manaus > Chouchan.
Maranham > La Tousche.
Montevideo > Dessalines, Goujaud, Pineau.
Natal > Bouilloux.

Pâques (île de) > Viaud.

Pará > Coudreau.

Quito > Goujaud.

Restauración (au Paraguay) > Goujaud.

Rio de Janeiro > Bouilloux, Dupont, Marchoux, Parent, Plauchut, Renart, Thévet, Thibault.

Salsipuedes (en Uruguay) > Dessalines.

Salvador de Bahia > Lecharentais.

Santiago de Chile > Bouilloux, Chevalier, Piraud, Thouar.

São Paulo > Couturier, Dumas, Favre, Glénisson, Latour.

Valparaiso > Angibaud, Dupuy, Loizeau.

On peut estimer qu’en réalité ces 24 toponymes ne correspondent qu’à 22 ou 23 lieux, Salvador n’étant qu’un doublet de Bahia, et l’île du Governador faisant partie de Rio de Janeiro. L’index ne relevant pas les noms de pays, la plupart de ces noms sont ceux de villes, à l’exception des cinq unités administratives ou géographiques particulières, que sont le département de la Guyane (française), l’archipel des îles Malouines ou Falkland, les états brésiliens du Maranham (graphie ancienne pour Maranhão) et du Pará, enfin l’île du Governador. Tous les autres toponymes correspondent donc à des villes ou à des localités, parmi lesquelles se trouvent sept capitales (Bogotá, Buenos Aires, La Paz, Lima, Montevideo,Quito et Santiago) c’est à dire presque la totalité des capitales sud-américaines, desquelles manquent seulement Asunción et Caracas, le Venezuela étant d’ailleurs totalement absent de la liste. Le Brésil tient une place éminente dans cet ensemble, où il est représenté par 9 toponymes, quand les autres pays ne le sont qu’au maximum par trois unités (cas de la France et du Chili, la première avec la Guyane, Cayenne et Kourou, le second avec Santiago, Valparaiso et l'île de Pâques). Au vu du nombre d'entrées, les liens de la Charente avec l'Amérique du Sud semblent donc concerner en particulier le Brésil, la Guyane et le Chili. Ces données ne sont qu'en partie confirmées si l'on examine le nombre de renvois par entrée, car alors prédominent, avec 8 renvois pour chacune, non seulement les villes de Cayenne et Rio de Janeiro, mais également la capitale argentine, Buenos Aires.

Quant aux personnages auxquels renvoient ces 24 entrées géographiques, leur nombre s’élève presque au double, il y en a 46. Je ne saurais, dans le cadre de cet article, les évoquer tous en détail. Je renvoie pour cela au dictionnaire et, à travers lui, à la documentation existante. Je me contenterai ici d’en donner la liste, en indiquant pour chacun le métier, le nom et les dates, et d’en tirer quelques observations générales. Ce sont les suivants :

L’industriel Louis-André ANGIBAUD (1853–1913).

L’ouvrier maquisard Amédée, dit Georges BERQUE (1917–1944).

Le politicien Jean-Michel BOUCHERON (1946-).

Le banquier et entrepreneur Marcel BOUILLOUX-LAFFONT (1871–1944).

Le peintre Ernest CHEVALIER (1862–1917).

Le festivalier Lionel CHOUCHAN (1937-).

Le médecin patoisant Pierre CLEMENCEAU, dit Pétras Zoufit (1848–1943).

L’explorateur Henri-Anatole COUDREAU (1859–1899).

Le sculpteur Robert COUTURIER (1905-).

L’historien Gabriel DEBIEN (1906–1990).

Le naturaliste Alcide DESSALINES d’ORBIGNY (1802–1857).

L’ingénieur et entrepreneur Gérard DEUIL (1921–2002).

Le peintre naïf Antoinette DUMAS (1888–1977).

Le luthier Maurice DUPONT (1959-).

Le prêtre ouvrier Pierre DUPUY (1928-).

L’archiviste et historien Pascal EVEN (1955-).

Le professeur et historien Roland FAIVRE (1939-).

Le peintre Jean-François FAVRE (1940-).

Le médecin et historien Georges FONTORBE (1850–1901).

L’ingénieur François FRESNEAU (1703–1710).

L’officier de marine Michel FROGER, seigneur de l’Eguille (1668–1728).

Le pharmacien et botaniste Charles GAUDICHAUD-BEAUPRÉ (1789–1854).

L’historien Jean GLÉNISSON (1921-).

Le botaniste Aimé GOUJAUD, dit BONPLAND (1773–1858).

Le marin Jean-Baptiste-François GRAVOUILLE (1780–1865).

Le médecin patoisant Athanase JEAN, dit Yan Saint-Acère (1861–1932).
Le colon Daniel de LA TOUSCHE de RAVARDIERE (1570-?).
Le consul Jehan-Marie de LATOUR de GEAY (1913-1991).

Le polygraphe Jean LECHARENTAIS (2005–2105).

Le médecin et amiral Georges LOIZEAU (1869–1945).

Le médecin Emile MARCHOUX (1862–1943).

Le notaire et député Louis-Gustave MARCK (1811–1891).

Le conservateur de musée Alain PARENT (1944–1986).

Le peintre et architecte Pierre-Dominique PINEAU (1842–1886).

L’entrepreneur Auguste PIRAUD «l’Américain» (1885–1973).

L’homme de lettres Edmond PLAUCHUT (1824–1909).

L’officier de marine Claude-Thomas RENART de FUCHSAMBERT (1690–1772).

Le médecin Philippe SALIS (1827–1887).

Le marin Louis-Henri SAULCES de Freycinet (1777–1840).

Le franciscain géographe André THÉVET (1504–1592).

L’officier de marine Pierre THIBAULT (1790–1856).

L’explorateur Emile-Arthur THOUAR (1853–1908).

Le médecin Jean-Rémi TISSEUIL (1891–1983).

L’écrivain Julien VIAUD dit Pierre Loti (1850–1923).

Le douanier et tireur Christophe VICARD (1967-).

Enfin, le professeur et romancier Dieudonné ZÉLÉ (1944-).

Avant d’aller plus loin, il faut observer l’importance très inégale du lien au continent sud-américain, des divers Charentais ainsi recensés. On notera donc quelques cas extrêmes, dans lesquels ce lien est peu significatif. Ainsi des artistes Couturier, Dumas et Favre, seulement cités pour avoir eu des œuvres exposées outre-mer, ou du luthier Dupont pour fabriquer des guitares en palissandre de Rio, toutes activités qui n’imposent pas même de s’être rendu sur place. Citons aussi le cas problématique du secrétaire de George Sand et voyageur Edmond Plauchut, qui voulut émigrer au Brésil et n’y mit jamais les pieds, mais dont la notice est recensée car on y mentionne également son neveu et homonyme, qui vécut bel et bien dans ce pays, où il fut un pionnier de l’aviation.

Par ailleurs, de même que l’ouvrage dans son ensemble s’intéresse aussi bien aux Charentais de souche, ou au moins de naissance, qu’aux Charentais d’adoption, et parfois seulement de passage, de même le statut identitaire de nos Charentais d’Amérique du Sud est-il très variable. On relèvera que trois d’entre eux sont nés dans le continent lointain (Berque, Deuil, Marck) et que quatre y ont trouvé la mort (Bouilloux, Coudreau, Goujaud, Pineau). On remarquera en particulier la coïncidence par laquelle Buenos Aires se trouve être la ville natale à la fois du résistant Berque, et du pétainiste Deuil.

Un examen chronologique de la liste fait ressortir qu’une majorité de ces personnages sont nés au XIXe siècle, en second lieu au XXe. Précisément, 2 seuls sont nés au XVIe siècle (le géographe André Thévet est le doyen), autant au XVIIe, 6 au XVIIIe, 19 au XIXe, 16 au XXe, et même un au XXIe (je reviendrai plus loin sur ce cas énigmatique).

Sous le rapport du genre, il faut bien constater que l’ensemble des Charentais d’Amérique du Sud forme un milieu extrêmement viril, où apparaît pour unique dame la peintre Antoinette Dumas.

Pour ce qui est des métiers, la colonie charentaise est aussi variée que la population générale du dictionnaire, quoique peut-être plus particulièrement fournie en marins et en médecins.
Voilà, rapidement esquissés, les principaux traits par lesquels se caractérise, selon les données du Dictionnaire biographique, la compagnie composite des Charentais d’Amérique du Sud.
Je ne saurais conclure cet exposé sans revenir un instant sur le cas particulier du «polygraphe» Jean Lecharentais. Je renvoie au Dictionnaire le lecteur curieux d’en savoir plus sur ce personnage, dont je rappellerai seulement que ses dates biographiques supposées (2005-2105) indiquent assez que la notice le concernant est une pure plaisanterie, comme pourrait bien l’être aussi celle de Charles Marchant (1724-1810), «écrivain du dimanche» aux ouvrages copieux mais tous disparus, et sur qui l’on n’a aucune référence à donner. Il me plaît d’évoquer ces détails, en ce qu’ils sont symboliques de certaines qualités du dictionnaire. En effet, quiconque l’a quelque peu manipulé aura remarqué que ce n’est pas seulement un bon instrument scientifique, à la rigueur documentaire impeccable, mais qu’il s’avise aussi, le cas échéant, d’apporter plus que ce à quoi l’oblige sa stricte mission biographique. Un des charmes de l’ouvrage tient par exemple à une certaine musardise intellectuelle apparaissant en diverses occasions, comme quand, à propos du Prince d’Oléron, on discute de l’orthographe de ce toponyme (qui devrait s’écrire sans accent, comme Quiberon) ou quand, à l’entrée «X.», on médite sur la possible identité d’une belle Marandaise androgyne et anonyme, apparaissant sur des cartes postales de jadis. Le cas de Lecharentais atteste que, par ailleurs, le scrupule documentaire n’a pas interdit, ici ou là, quelque échappée vers la fantaisie.

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mercredi 11 février 2009

Ville rose

Je relis une carte postale de hasard, achetée dans une brocante l’été dernier. Elle était partie de Toulouse à 12 h 45, le 24 septembre 1952, si je déchiffre bien le cachet. Une certaine Andrée s’y adressait d’un ton amer à un habitant de Dampierre sur Boutonne. « Monsieur – Mes cartes de Gréoulx étant une conclusion définitive, il n’était nul besoin d’inventer une histoire, fort touchante du reste, pour poser un point final à votre tour. Ne pas me répondre eût été plus grand seigneur. Comme quoi, en définitive, c’est vous qui aviez raison. Afin de s’éviter des maladresses blessantes, il faut se résigner à rester dans le milieu social où on a été élevé. Je vous souhaite bonne chance, de tout cœur, très sincèrement. » Il est troublant de songer au drame qui a dû précéder ces lignes, une rupture certainement. En n’écrivant pas sous enveloppe, favorisant ainsi la publicité du conflit, qu’espère Andrée, aggraver la dispute ? Au contraire tend-elle une perche, avec l’air de ne pas y toucher, en répondant à son tour à une réponse qu’elle déclarait pourtant déjà superflue ? Les voeux appuyés de la conclusion me font soupçonner qu’elle continuait de rechercher le contact humain, si je puis dire. D’ailleurs n’écrit-elle pas sur une vue aérienne représentant au premier plan un pont ? Quant à ce thème des barrières sociales qui empêchent de s’entendre, il ne m’a jamais convaincu. Le milieu d’origine peut être une gêne, évidemment il l’est souvent, mais tout aussi souvent les individus s’en affranchissent, on en a mille exemples. Comme disait mon sociologue préféré : « Alors deux races si distinctes ? Les patrons ? Les ouvriers ? C’est artificiel 100 pour 100 ! C’est question de chance et d’héritages ! Abolissez ! Vous verrez bien que c’étaient les mêmes ! » Par contre, si l’on n’est pas fait pour s’accorder, on a beau être du même niveau, inutile d’insister, c’est peine perdue.

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mercredi 21 janvier 2009

Délices de Véry

v_ryL’écrivain charentais Pierre Véry (1900-1960) est connu surtout pour ses romans, dont certains furent adaptés au cinéma (Les disparus de Saint-Agil, Goupi Mains Rouges). Un charitable «pharmacien de l’esprit», qui sait que je ne lis guère de fiction, m’a prêté de lui un charmant ouvrage, Léonard ou les délices du bouquiniste, écrit en 1928, publié en 1946, reparu en 1975 dans la collection Les Introuvables, des Editions d’Aujourd’hui. C’est un petit essai plein d’humour sur les joies et les peines d’une profession que l’auteur exerça quelques années, de 1925 à 1932, dans la capitale. Avec des observations, des anecdotes, par exemple sur les voleurs («ceux qui lui volent ses livres» & «ceux qui lui vendent des livres volés»), les visiteurs étranges, les achats en province, etc. Je crois lire le portrait d’un alter ego dans quelque lignes touchant les mœurs et coutumes : «Si frais, si exactement cotés que soient ses volumes, il lui faut découvrir sur une page une tache, un trait de crayon, et il les efface ; une corne, et il la déplie ; un prix qui soudain lui semble exorbitant ou dérisoire, et il le change. ... A-t-il tout nettoyé ? Il faut aussitôt qu’il range. Sans fin, il classe ; il invente des combinaisons à l’infini...»

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lundi 12 janvier 2009

Sonnet des rues de Saint-Jean d'Angély

Rue du Coi, Rue Jélu, Rue des Bénédictines,
Rue Béguin, Rue des Bancs, Rue de la Grosse Horloge,
Ruelle des Charrons, Rue de l'Echevinage,
Place du Pilori, Place de l'Espingole.

Rue des Bouchers, Rue des Lavoirs, Rue des Remparts,
Rue des Douves, Rue du Palais, Rue Lachevalle,
Rue Tour Ronde, Rue Tronquière, Rue de la Fourche,
Rue de l'Aireau, Rue des Fossés, Rue de l'Echelle.

Rue du Tivoli, Rue Porte de Niort,
Rue de l'Orme Vert, Chemin des Justices,
Square des Lussaut, Place du Marché.

Rue des Maréchaux, Rue de l'Abbaye,
Rue des Capucins, Rue du Jeu de Paume,
Rue des Jacobins, Rue du Jeu de Billes.

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dimanche 11 janvier 2009

Poème des rues de mes villages

Rue du Château, Rue du Vivier, Rue de l’Eglise,

Rue des Tilleuls, Rue des Fresnaies, Rue de l’Effort,
Rue d'Aunis, Rue de la Chevalerie, Rue Basse,
Passage des Noyers, Rue du Puits, Rue des Douves.

Rue de l'Abreuvoir,
Chemin du Moulin,
Rue des Petits Prés,
Chemin du Bois Plan,
Rue de la Cigogne.

Chemin des Sources, Rue de la Bâtarderie,
Chemin du Maréchal, Rue des Champs de la Grange,
Chemin de la Vallée, Chemin des Diligences,
Rue Derrière le Bois, Rue du Canton des Prunes.

Posté par Ph B à 07:07 - Journal documentaire - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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