lundi 21 décembre 2009
Photocopie du vide
Lorsqu’on photocopie un livre, dont la surface n’occupe pas toute la vitre de la machine, il se crée autour de lui une ombre, qui forme des marges noires sur la photocopie. Je me dis que le noir de ces marges inutiles requiert souvent à lui seul plus d’encre qu’il n’en faut pour la reproduction du texte. Dans ces cas, paradoxaux mais pas rares, la plus grande part de la matière est gaspillée à figurer le vide.
vendredi 18 décembre 2009
P.S.
J’ajoute à ma note de l’autre jour qu’un gentilhomme de mes amis, familier du Basque Pays et sachant ma passion alphonsine, a découpé pour moi dans ses archives quelques anecdotes, parmi lesquelles je retiens en particulier qu’un beau jour «le roi Alphonse XIII, vainqueur des régates Saint-Sébastien-Biarritz, débarqua sur les blocs et gagna à quatre pattes l’esplanade du Rocher de la Vierge, échappant ainsi à la curiosité de la foule et à la réception officielle». Signe que le monarque était en pleine forme, et ne cherchait pas à paraître.
mercredi 16 décembre 2009
Affaires courantes
Je me suis fait arracher une vilaine dent de sagesse, qui est venue aussi facilement qu’une briquette de Lego. J'ai eu plus de mal avec une angine, pour laquelle j’ai dû aller deux fois chez le médecin, la deuxième pour me faire prescrire un antibiotique «non substituable», le générique du premier coup n’ayant servi à rien. Ces médicaments génériques me semblent caractériser une certaine médiocrité d’aujourd’hui : ils soignent à peu près comme les journaux gratuits informent. Et parfois valent à la sécu plus de dépense que d’épargne.
Suite à la mort subite et successive du disque dur de mon ordi, puis de son lecteur de disques, je récupère ce que je peux et je tâche de me réorganiser. Pas découragé pour autant, je diversifie mes activités numériques en lançant deux blogs littéraires consacrés à mes deux écrivains réacs préférés, Nicolás Gómez Dávila (Studia daviliana) et Albert Caraco (Studia caracoana). On verra bien où ça nous mène.
Je résous mes problèmes de transport en louant une piaule à Pessac, près de la fac. Elle me coûte les yeux de la tête, mais j’y ai la paix. Redevenant banlieusard, je considère le bilan mitigé de mon rapprochement de Bordeaux, ces derniers mois. J’ai renoué assez de relations pour être invité à visiter des expositions, mais quant à être invité à y participer, c’est une autre affaire.
Une Pessacaise de mes amies, qui a la chance de faire construire sur le Bassin, raconte l’histoire dans un blog, que je signale aux amateurs d’artisanat.
jeudi 10 décembre 2009
Evocation d'Alphonse XIII
Je ne saurais dire au juste pourquoi j’éprouvais une légère aversion envers Alfonso XIII, les premières fois que je l’ai vu en photo, il y a des années. Peut-être soupçonnais-je dans sa silhouette mince ou dans son air mélancolique le signe d’une fragilité, qui me mettait mal à l’aise. Peut-être ressentais-je encore le vague a priori négatif de tout républicain mal dégourdi à la vue d’une altesse. Ma sympathie pour lui s’est formée à mesure que j’ai été amené à connaître quelque peu le singulier destin de ce fils posthume, venu au monde en 1886 après la mort de son père, et de ce fait roi dès la naissance, mais les premières années sous la régence maternelle jusqu’en 1902. Et un cœur simple comme le mien est sensible à l’image de l’homme qui baisse les bras, du roi écoeuré qui renonce en 1931 et se casse finir sa vie en exil, abandonnant l’ingrate patrie à la république qu’elle réclamait à grands cris, et dont elle ne va pas faire une réussite mais c’est une autre histoire. Il y a eu aussi l’affaire pénible de sa succession incertaine, ses deux premiers fils handicapés, mal partis pour lui succéder, puis le troisième, don Juan, comte de Barcelone, un grand costaud avec un grand nez de vrai roi, mais à qui le généralissime interdira de régner, réservant le retour dynastique à Juan Carlos, le petit-fils d’Alphonse. Je ne sais quelle était sa vigueur réelle, mais je suis frappé de l’impeccable maintien dont il fait montre en toute circonstance, à pied, à cheval et en voiture, debout, assis ou à genoux, sur les dizaines de photos de lui que j’ai vues, et je crois qu’il me paraît un peu plus séduisant à chaque nouvelle, que je découvre. Ses tenues me font souvent sourire par leur étrangeté vis-à-vis de mes propres habitudes vestimentaires, telle certaine vue où il porte l’uniforme d’amiral de la marine suédoise. Je ne m’imagine pas accoutré de la sorte pour aller au boulot, ni pour aucune autre circonstance ordinaire de ma vie. Par contre, moi qui suis amateur de couvre-chefs, je dois dire que je suis épaté en songeant à la collection que Sa Majesté devait posséder, après l’avoir vue porter alternativement casquette de chasse et casquette militaire, casque à panache et casque à pointe, chapeau mou et chapeau melon, canotier, bicorne, haute forme, que sais-je encore.
jeudi 3 décembre 2009
Action de grâce
Seigneur, je vous suis infiniment reconnaissant d’avoir bien voulu, pour compenser mes misères, que je devienne maître d’une jeune frênaie, puis d’une ormée et de trois parcelles de chênaies. Ces bois sont petits mais aimables, ils suffisent à ma joie. Que demander de plus, comme chantonnait Ray, can anyone ask for more? Vraiment Seigneur, si vous permettiez que je m’empare encore d’une peupleraie, même exiguë, d’une châtaigneraie, même modeste, et à la limite aussi d’une pinède, même étroite, je ne saurais comment vous en remercier. Mais j’y parviendrais, Seigneur, n’en doutez pas.
lundi 30 novembre 2009
Un individu vaguement instruit, peu capable de pensée originale : un untellectuel.
vendredi 27 novembre 2009
A l'écoute
Je n'écoute jamais la radio dans les bois, ni rien du genre. J'y ai songé parfois, ça ne m'attire pas. La première raison à cela est que pour ma tranquillité, je préfère me sentir en mesure de déceler le plus tôt possible l'approche d'un marcheur, ou d'un moteur. La deuxième est que je n'ai pas besoin d'être diverti, j'ai toujours à faire. La troisième est que même quand il est silencieux dans l'ensemble, le paysage sonore est plein de petits bruissements qui sont autant d'indices plus ou moins utiles de ce qui se passe, par exemple j'aime savoir quel oiseaux sont dans le coin. Et puis j'ai de la sympathie pour les vieux bruits de la forêt, ceux des oiseaux ou des insectes, celui du vent dans les feuilles, celui du feu, les mêmes qui résonnaient déjà aux oreilles du glaneur il y a mille ans, il y a dix mille ans. A défaut des actualités, j'écoute les éternités, ce n'est pas plus mal. Mais quelque plaisir que j'aie à traîner dans mes bois, je n’oublie pas que je me trouve là non seulement en un point précis de l'espace mais aussi à un moment particulier du temps. Je dois prendre garde à ne pas marcher sur une vipère, à ne pas me faire gifler par une branche, mais je n'ai plus à craindre les loups ni les ours, on oublierait facilement qu'ils ont existé. Il ne me surprendrait pas que le goût de la nature se soit affirmé à mesure qu'elle devenait inoffensive. Il reste les dangers de l'homme, selon les aléas de l'histoire. Je visite mes arbres sans crainte de me faire détrousser, ou estourbir, ou de sauter sur une mine. Mais cela peut changer, rien n'est assuré.
mardi 24 novembre 2009
Cassandrine
Cassandrine. J'ai eu l'inspiration de ce nom composite. Puis j'ai vu qu'il servait déjà ici et là, comme nom de lieu surtout.
lundi 23 novembre 2009
Le cachet de Le Goff
J'ai lu et beaucoup aimé, il y a quelques années, le livre d'un certain Jean-Pierre Le Goff intitulé Le cachet de la poste (feuilles volantes) paru chez Gallimard en 2000. J'étais même allé m'acheter un exemplaire de ce curieux ouvrage, que l'on m'avait d'abord prêté. Il se présente comme un recueil de textes plus ou moins brefs, qui sont des invitations ou des comptes rendus de cérémonies en quelque sorte artistiques, au cours desquelles l'auteur symbolise ou commémore tel ou tel fait en disposant de menus objets ou traces, souvent des perles. Ces actions charment par l'excellence des choix, la subtilité des calculs, la clarté de l'expression, le goût de la précision, la discrétion des opérations parfois menées en secret. Les quelques fois où, depuis lors, j'ai voulu me renseigner sur l'auteur, je n'ai pas trouvé grand chose. Les recherches sur internet sont malaisées, du fait que Jean-Pierre Le Goff a deux homonymes plus célèbres que lui, un mathématicien né en 1948 à Innsbruck et un sociologue né en 1949, avec lesquels il ne faut pas le confondre s'il est vrai que lui-même serait né à Douarnenez en 1942, selon les indications par ailleurs brumeuses de la couverture. Cependant, même en triant les informations, on est surpris d'en trouver aussi peu sur ce mystérieux personnage, qui pourtant déclare quant à lui être familier du net. Une des rares références disponibles est son amusante étude sur "Le poids de l'âme" (qui serait de 21 grammes) trouvée sur le site de la galerie parisienne Satellite. D'un auteur si fantomatique, avec des accointances dans le milieu de la pataphysique, c'est-à-dire des orfèvres en supercherie, on finit par se demander s'il existe bien, s'il n'est pas en fait le masque trompeur derrière lequel se cache quelqu'un d'autre. Mais je n'ai pas les moyens, ni d'ailleurs grand besoin de mener l'enquête plus avant.
dimanche 22 novembre 2009
Libre Max
Je remarque aux pages 10-11 du numéro de novembre-décembre de la Nouvelle Revue d'Histoire, dans un entretien avec Max Gallo, cette anecdote concernant le père ouvrier communiste de l'académicien : "Il avait fait la connaissance d'un baron balte, Stakelberg, qui avait connu Lénine et Trotski avant la révolution de 1917. Il avait légué toutes ses terres à ses paysans et s'était retiré à Nice. C'était un grand esprit éclairé qui a poussé mon père à s'intéresser à des questions aussi diverses que l'astronomie, la biologie, la diététique, favorisant chez lui l'acquisition d'une vaste culture d'autodidacte, un désir de savoir, de penser par soi-même, qui était le propre d'une partie du monde ouvrier français avant que ne s'abatte le totalitarisme marxiste". Je me dis que l'on trouve là concentrés en quelques phrases bon nombre d'éléments propres à faire s'étrangler le marxiste moyen : un noble (argh!) éclairé (aargh!) désintéressé (aaargh!) et généreux (aaaargh!), c'est trop. Bon, je ne me tracasse pas pour la santé des marxistes, je sais bien qu'ils ne lisent guère la NRH.
