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Je sais maintenant bien distinguer le chant stupide de la Tourterelle turque et le chant stupide du Pigeon ramier, assez semblables, mais ce dernier formé de cinq notes scandées puis répétées au lieu de trois, prononcées sur un ton plus grave, et généralement mais pas toujours suivies d'un point final marquant le retour au silence. Leur chant m'agace un peu mais je les aime bien. Je crois aussi reconnaître le pfiw-pfiw des ailes de la première et le flap-flap de celles du second. Ces deux oiseaux sont les plus corpulents des usagers habituels de mon bassin, comparés à la menue volaille des étourneaux, merles, moineaux, chardonnerets et autres. J'ai trouvé un chardonneret noyé dans le bassin début juillet, et un autre jour un autre oiselet. Je ne comprends pas comment ils ont fait. Etait-ce à la suite d'une attaque de chat? (Ce qui est plus sûrement l'oeuvre des chats, c'est l'hirondelle de cheminée trouvée morte dans la pelouse.) Quand un petit mort flotte ainsi à la surface du bassin, cela ne semble pas gêner le moins du monde les poissons, ils continuent à virevolter paisiblement. Cette indifférence de la nature nous est étrangère et nous écoeure, non? Dans le bassin la population des carassins est étrangement stable depuis au moins deux ans : quatre poissons vraiment rouges, et un rouge et blanc. Par contre l'autre espèce que j'héberge, les petites gambusies, pullule. Avec Flo de passage, jeudi dernier, je suis allé en rejeter un seau à la rivière, au lavoir de Saint-Séverin. La veille on avait fait un tour dans le vieux Saint-Jean. Je n'avais jamais remarqué que l'on a installé sur un contrefort de l'église, du côté sud, une croix de pierre qui viendrait du Sacré-Coeur de Montmartre, avec l'inscription Stat crux dum volvitur orbis. C'est paraît-il la devise des Chartreux : La croix demeure tandis que le monde tourne. Je songe à détourner cette belle formule : La Croix-Comtesse demeure tandis que le monde tourne.