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Mazarin consacre deux pages (107-108) de son Bréviaire des politiciens à la conduite "En voyage". Voici ces maximes, copiées et annotées.

Ne révèle à personne combien tu as d'argent sur toi. Au contraire plains-toi sans cesse de ne pas en avoir assez. (Sur le second point, on croirait entendre un syndicaliste. Pour ma part, si j'estime avoir assez de pèse, je ne m'en vanterai ni ne pleurnicherai.)

Si des indiscrets te demandent d'où tu viens, réponds évasivement. (Ou bien dis juste au curieux, Qu'est-ce ça peut te foutre?)

Ne confie à personne le but de ton voyage, mais tâche de savoir où vont les autres, et pose-leur adroitement toutes sortes de questions. (En général peu m'importe où vont les autres. Qu'ils aillent au diable si ça leur chante. Quant à rester discret sur le but de mon voyage, sans problème, d'autant que souvent je ne le connais pas moi-même.)

Ne t'approche pas de gens en train de se battre : il est fréquent que les voleurs simulent une bagarre afin d'attirer un voyageur pour le dépouiller et piller ses bagages. Si tu te fais traiter de lâche, fais comme si tu n'avais rien entendu. (Oui, la bagarre indique la direction dans laquelle il ne faut pas avancer. Surtout si ce sont des vermines qui se fritent entre elles. Il m'étonne que Mazarin se déplace sans une garde rapprochée, qui lui permette de mettre de l'ordre.)

Ne te fie pas aux inconnus trop bien vêtus et parés comme des personnages de haute naissance, ce sont souvent des voleurs déguisés. (Cela fait penser à la réflexion du marquis de Maricá, que Les riches se déguisent en pauvres pour ne pas être importunés, les pauvres en riches pour obtenir crédit et confiance.)

Ne te mets jamais au lit sans avoir d'abord inspecté les alentours. De même, sois très prudent avant de manger. (L'inspection me rappelle la fois où, hébergés dans une modeste demeure de la côte brésilienne, nous avions dû, une fois couchés, écraser une énorme blatte qui se présentait sur le sol près du lit. Réveillés plus tard dans la nuit, nous avions découvert quarante-cinq mille fourmis occupées à grignoter le cadavre.)

Ne laisse pas les domestiques de ton hôte se précipiter pour porter tes bagages, ils pourraient en profiter pour y mettre leur nez. (Cela est connu : Autant de valets, autant d'indiscrets, autant de voleurs.)

Emporte toujours un livre avec toi pour passer le temps. (Impossible de lire ce conseil sans penser à celui meilleur encore de l'ami Ramón Eder : Pour partir en voyage, il nous faut emporter au moins deux livres : un très bon, et un autre au cas où le très bon ne nous dirait rien.)

Ne voyage qu'avec des compagnons de confiance, et même ainsi, fais en sorte qu'ils te précèdent plutôt que de te suivre. (Bah, ça dépend, ça me rappelle quand j'ai fait du canoë dans l'Ardèche avec mon aide de camp. J'étais installé à l'arrière, parce que mes compétences me permettaient de gouverner l'esquif, et elle m'accusait de ne pas en foutre une ramée.)

Sur les routes glissantes ou très en pente, il est prudent de porter des souliers ferrés et de marcher sur la pointe des pieds. (Il manque là une gravure, du cardinal faisant des pointes.)

Parle le moins possible : c'est le meilleur moyen de ne pas mettre en péril ta bourse ou ta vie par des paroles imprudentes. (Excellent conseil, mais valable aussi dans d'autres circonstances qu'en voyage. Et puis il est connu que statistiquement, moins on parle et moins on dit de conneries.)

(En haut, buste de Mazarin visible au seuil de la Bibliothèque mazarine, à Paris. Photo D Berton)