Mardi dernier j'ai donc enfin pu consulter mon médecin pour faire le point sur ma santé de fer-blanc et déchiffrer les oracles de la clinique mutualiste. Mes problèmes de coeur lui semblent sérieux mais pas trop graves, de sorte qu'il me recommande de rencontrer un cardiologue dès que possible, sans toutefois intervenir pour que je sois vu en urgence. Je m'alarmais d'autre part quant à l'état de mes poumons d'ancien fumeur et récidiviste occasionnel, la clinique ayant eu l'indiscrétion de me faire une radio du thorax, qu'elle jugea souhaitable de compléter quelques jours plus tard par un scanner. Je me voyais perdu. Il a fallu toute la force de persuasion de mon aide de camp pour me résigner à subir cet examen supplémentaire, dont le résultat fut une imagerie et des commentaires parfaitement illisibles pour le commun des mortels, qui a toutes les raisons d'y lire des menaces. Or mon chamane généraliste n'y a vu aucun motif d'inquiétude, à mon grand soulagement.
Consulter un cardiologue, et pour cela prendre rendez-vous. Depuis ma brousse, j'ai le choix de me tourner vers ma bonne ville natale de Saint-Jean d'Angély, située à dix-huit kilomètres au Sud, et la redoutable capitale des Deux-Sèvres, Niort, à trente kilomètres au Nord. La première a ma préférence, naturellement. Mercredi matin dès la première heure, j'appelle le cabinet de Saint-Jean. Il y a deux numéros de téléphone. Le premier sonne indéfiniment dans le vide. Le second est pourvu d'un répondeur automatique, indiquant que le secrétariat est fermé le mercredi toute la journée. Nous attendrons, je ne suis pas à un jour près. Le lendemain matin, je rappelle. Cette fois-ci, le répondeur m'annonce qu'exceptionnellement le secrétariat est fermé encore ce jour-là. C'en est trop, j'abandonne et m'en remets au pôle Niort, où j'obtiens un rendez-vous pour le vendredi 16 août. Si je suis encore vivant à cette époque, je ne manquerai pas d'y aller.