junger-falaises-marbreJe retombe sur cette phrase des Falaises de marbre, déjà lue et copiée, ailleurs me semble-t-il, peut-être dans les journaux de l'auteur : «Les plus beaux présents des dieux sont gratuits». Elle me plaisait, dans le temps, je lui trouve maintenant l'air un peu niais : les présents sont-ils pas gratuits par définition, d'où qu'ils viennent? Ou bien c'est un problème de traduction. J'avais déjà lu Les falaises par obligation, au temps du lycée, un prof admirable ayant assuré qu'elles faisaient partie des lectures nécessaires. Je ne dois pas y avoir compris grand chose, en tout cas je n'en gardais aucun souvenir, que le titre original, la formule m'était restée, Auf den Marmorklippen. Il y a quelques années j'ai récupéré dans une benne un exemplaire de l'édition originale allemande, avec joli petit tampon aux ailes d'aigle, et je l'ai laissé filer trop bon marché à la brocante, ce n'était pas malin. Récemment je me suis mis en tête de relire ce roman et je n'y pipe toujours pas grand chose, sans doute parce que je ne suis pas devenu plus malin entre temps. Et puis je dois avouer qu'il m'ennuie, malgré ma grande estime pour Jünger je n'arrive pas vraiment à m'y intéresser, je lambine depuis des jours à le lisoter par courtes bribes et je finis par le laisser tomber aux deux tiers. Tout ne m'y a pas déplu, il y a de belles images, des phrases bien sensées. Il m'a amusé d'y voir citer des personnages réels du passé, aussi différents que Villon et Linné. La figure du Grand Méchant Forestier correspondrait au Führer pour certains, plutôt à Staline selon d'autres. Pour ma part certaines expressions me font penser à une autre sorte de tyrannie : «le juste et l'injuste se mêlaient désormais inextricablement (p 71) ... dans le pays le crime prospérait comme le réseau des moisissures sur le bois pourri (85) ... Il n'est personne à qui le déclin de l'ordre ne soit funeste (96)». C'était peut-être un roman d'anticipation...