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Un beau jour du mois dernier, en passant à l'Emmaüs d'Asnières la Giraud, je suis tombé sur un petit livre que je souhaitais retrouver depuis longtemps, le Carnet d'un biologiste de Jean Rostand, non dans l'édition originale de 1959 mais dans sa réédition de 1971 en Livre de Poche, dont j'ai tout de suite reconnu la couverture à fond bleu et rose. Ce fut dans ma jeunesse une de mes premières lectures de livre pour adulte, et sans doute la première dans le genre des pensées, qui deviendrait plus tard un de mes favoris. Rostand donne à un moment une définition concrète, pour ainsi dire spatiale, des «maximes», qui sont «une réflexion placée entre deux blancs». «Quand j'admire un livre, c'est que j'y ai trouvé quelques phrases à mâchonner», observe-t-il, et pour ma part celle-ci est une des trop rares que j'aie retenues de ce mince volume non sans charme, mais qui dans l'ensemble m'a paru assez fade. J'en citerai aussi cette pique, que l'on pourrait aujourd'hui encore, soixante ans après, adresser aux pleurnicheurs professionnels de l'université : «Recherche scientifique. Alibi trop commode que de se retrancher derrière l'insuffisance des crédits. Cela ne coûtait rien de découvrir la pénicilline, de fonder la théorie chromosomique de l'hérédité en croisant des mouches du vinaigre, de réaliser la parthénogenèse traumatique de la grenouille, de transplanter dans l'oeuf des noyaux d'embryon, etc.»