R11060901L'autre jour je traînais dans les rues en attendant l'ouverture de certaines boutiques à 14 heures, quand je suis passé près de l'énorme boîte à livres, à vrai dire une bibliothèque-potlatch, installée derrière le Palais des Sports. Je me disais qu'il ne faudrait pas que je me charge du moindre bouquin, j'en ai assez et même trop, cela suffit, mais comment résister quand vous tombez sur un exemplaire du pimpant Collins handguide to the birds of the Indian sub-continent (including India, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka and Nepal), écrit et joliment illustré par Martin W Woodcock (Londres, 1980)? Je n'avais pas besoin de ce livre, du moins je n'ai pas besoin de l'étudier, je me contente de le contempler en le feuilletant. Il est bizarrement, pas très commodément scindé en deux parties, où sont représentées dans l'une 273 espèces d'oiseaux en couleurs, dans l'autre 272 en noir et blanc. Comme on peut s'y attendre, certaines sont les mêmes qu'en Europe (je vois qu'il y a les mêmes Oedicnèmes criards que l'on entend à la Croix les nuits d'été, les mêmes Faucons crécerelles, les mêmes Hérons cendrés ...), certaines en sont des variantes (il y a des Pigeons verts, des Tourterelles rouges, des Grives bleues ...) et bien sûr beaucoup sont totalement étranges, au premier rang desquelles les Perruches et les Calaos. Cette région du monde est aussi l'habitat naturel du Gallus gallus, d'où dérivent toutes nos races de poules domestiques. Je n'ai lu que quelques notices au fil des pages, mais j'ai voulu lire en entier les six pages de bibliographie en fin de volume. Chaque entrée est assortie de quelques mots d'explication ou de commentaire. C'est ainsi que j'ai été amené à me renseigner sur la vie et les oeuvres d'un certain Allan Hume (1829-1912). C'était un aristocrate hyperactif, qui avait le bon goût de consacrer ses moyens à faire des choses intéressantes. Il passe pour avoir été le père de l'ornithologie indienne et l'un des fondateurs du Congrès national indien, il a financé des écoles, réuni d'amples collections (il en reste quelque 82.000 spécimens au British Museum) et a institué les jardins botaniques du South London Botanical Institute. On lui doit quelques livres, sur les oiseaux et sur ses voyages. Par coïncidence avec l'actualité, il avait mené une expédition aux îles Andaman et Nicobar, où les indigènes, qui ne pratiquent pas le culte de l'Autre (l'altérophilie, je ne m'en lasse pas), viennent de massacrer un malheureux Asian-American, qui voulait leur apporter les lumières de l'Evangile. Il paraît que Hume avait malheureusement laissé tomber l'ornithologie par écoeurement, après s'être fait voler de précieux manuscrits par un domestique, qui les a vendus dans un bazar au prix du papier. Autant de valets, autant de voleurs, disait un pessimiste. En tout cas, il faut toujours se méfier.