QUESTIONNAIRE DIT DE PROUST : LES REPONSES DE REMY DISDERO

Quel est votre principal trait de caractère ?
La duplicité.

Quelle qualité appréciez-vous le plus chez un homme ?
La sagacité.

Quelle qualité appréciez-vous le plus chez une femme ?
La propreté.

Qu’appréciez-vous le plus chez vos amis ?
Lorsqu’ils m’insufflent le désir de m’améliorer.

Quelle est votre vertu préférée ?
La persévérance.

Quel est votre principal défaut ?
La paresse.

Quelle est votre occupation préférée ?
L’affabulation.

Quel est votre rêve de bonheur ?
Je ne comprends pas la question. Ma définition du bonheur, peut-être ? Ou c’est le mot bonheur, que je ne comprends pas.

Quel serait votre plus grand malheur ?
Avoir un accident et être paralysé à vie.

Qui aimeriez-vous être ?
Désirer être un autre ? Il faudrait que ça en vaille la chandelle, un sicaire, par exemple, ou un tueur en série, mais cela impliquerait-il que je me souvienne de mon ancienne enveloppe, pour me féliciter de mon choix ? Non, je suis tellement vaniteux que je ne voudrais pour rien au monde céder ma place (de plus, on peut répondre untel ou untel, sans pour autant savoir comment on sentira dans la bouche).

Où aimeriez-vous vivre ?
Je n’ai pas d’envie particulière à ce sujet. J’aime déménager, ne pas rester toujours dans la même ville, dans la même maison. D’un autre côté, il est bien agréable d’avoir un pied-à-terre qui puisse servir d’entrepôt. Un critère décisif : pas trop de voitures.

Quelle est votre couleur préférée ?
Il me semblait très important de pouvoir répondre à cette question lorsque j’étais enfant. Je préférais alors le orange. A présent je n’ai plus de couleur favorite, ce qui est normal, il me semble.

Quelle est votre fleur préférée ?
Je ne connais pas assez les fleurs pour répondre. Je pense à des fleurs en forme de cloche. Il y aurait un jeu de mots à oser ici, les sempervirentes, et nous ririons de concert, ou d’un air entendu.

Quel est votre oiseau préféré ?
Le coucou, qui a ce comportement si surprenant d'enfant gâté illégitime, que d'aucuns jugeront ignoble, que personnellement je trouve extrêmement bouffon. Le petit oiseau qui ne se pose jamais, aussi, qui vole comme un perdu toute sa vie, auquel je m'identifie sans peine.

Quels sont vos prosateurs préférés ?
Dostoïevski, Hamsun, Walser, Beckett, Fallada.

Quels sont vos poètes préférés ?
Roger Gilbert-Lecomte, René Daumal, Isidore Ducasse, Arthur Rimbaud.

Quels sont vos héros favoris dans la fiction ?
Torpédo, Simon Tanner, August (seconde trilogie du vagabond, de Knut Hamsun).

Quelles sont vos héroïnes préférées dans la fiction ?
Kriss de Valnor, Laïna.

Quels sont vos compositeurs préférés ?
Eddie Harris, Roy Shirley, Captain Beefheart, Tom Waits.

Quels sont vos peintres préférés ?
Les Ambulants.

Quels sont vos héros dans l’histoire réelle ?
Les Amérindiens, en particulier les derniers résistants du 19ème siècle.

Quelles sont vos héroïnes dans l’histoire réelle ?
Maman.

Quels sont vos noms favoris ?
Je ne sais pas.

Que détestez-vous par-dessus tout ?
La déréliction physique.

Quels personnages historiques méprisez-vous le plus ?
Je ne me sens pas assez proche des «personnages historiques» pour les mépriser.

Quel fait militaire admirez-vous le plus ?
La désertion.

Quelle réforme estimez-vous le plus ?
Celle qui me pourrait me libérer de la douane.

Quel don naturel aimeriez-vous avoir ?
Un métabolisme très élevé.

Comment aimeriez-vous mourir ?
Au bout du coït.

Quel est votre état d’esprit présent ?
Magnanime (je viens de faire un grand pas pour éviter une colonne de fourmis).

Quelles fautes tolérez-vous le mieux ?
Tolérer une faute implique de posséder les moyens de ne pas la tolérer. Si je ne tolère pas que les citoyens omettent de ramasser les crottes de leurs chiens, est-ce pour autant que j’aurai la capacité à éradiquer cette grande malpropreté ? Ainsi puis-je répondre que je tolère le mieux toutes les fautes que je suis obligé de tolérer. Autrement je tolère assez bien les fautes de prononciation des mots jungle et désuet.

Quelle est votre devise ?
Le franc.

(Recueilli par Philippe Billé, juillet 2018)