pic

Je ne lirai peut-être jamais les oeuvres de l'écrivain péruvien Julio Ramón Ribeyro, auteur notamment de nouvelles, mais j'ai lu récemment le deuxième volume de son journal, La tentación del fracaso (la tentation de l'échec, 1960-1974, publié à Lima en 1993, l'année d'avant sa mort), qui m'était arrivé entre les mains. Ce ne sont j'imagine que des extraits de ses carnets. L'on y découvre par certains côtés la caricature de l'intello-latino-gaucho-tiers-mondiste de ces années-là, issu de bonne famille et installé à Paris, hésitant en novembre 64 à s'acheter un «manuel d'économie politique édité à Moscou» et jugeant en décembre 65 que «la véritable aventure à notre époque est la politique révolutionnaire». Il gagne ma sympathie cependant par sa clarté d'expression, parfois par son talent narratif (voir la très drôle relation d'une soirée passée dans les bars et les restaurants en décembre 74), accessoirement par la pitié qu'inspirent ses problèmes de santé (même s'il les a cherchés, ayant la dalle en pente). Curieusement il a l'air de tenir le journal personnel en piètre estime, c'est un «nain maléfique et dévorant» (novembre 60) qui lui fait perdre le temps qu'il devrait consacrer à des formes dont il se fait une plus haute idée, comme le roman, «agglutination de fragments non nécessaires qui forment un tout nécessaire» (septembre 64). Dans une réflexion non datée, placée en 1968 mais qui semble se référer plutôt à l'année suivante, il dit à propos de de Gaulle et des Français que «Pour ne pas avoir toléré un Quichotte, ils se sont condamnés à être gouvernés par une cohorte de Sanchos» (il n'est sans doute pas le seul à avoir comparé le Général et le Chevalier à la triste figure). J'ai bien aimé aussi un aphorisme non daté de 1973, selon lequel «La grande admiration que suscite en nous un écrivain se traduit par le fait qu'il nous impose non seulement la lecture de son oeuvre, mais aussi la lecture de ses lectures préférées».