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Je reproduis ci-dessous le collage d'onze fragments extraits de mes journaux, dont certains retouchés, et portant alternativement sur la Terre et le Ciel, par lequel je contribue très discrètement à une exposition où le texte n'est pas affiché, et n'est lisible que dans un document payant.

ONZE PROPOSITIONS SUR LA TERRE ET LE CIEL

Peuplé de nuages, ou semé d’astres, le ciel devient un paysage.
Accroupi sous les fusains, j’arrache du lierre sur le sol. Une pierre se met à bouger sous mes doigts. C’est un énorme crapaud.
Une nuit d'août. Lors d’une insomnie, grand ciel morcelé de petits nuages lumineux, et la lune dérivant au beau milieu.
Quand je nettoie le sol au pied de mes arbustes, je ramasse des cailloux qui n'apparaissaient pas quelques semaines plus tôt, ou seulement quelques jours, et j'ai l'impression que la terre, lassée de les mâcher depuis l'éternité, vient enfin de les recracher.
Il n'y a de beau ciel que peuplé de nuages en certaine quantité. Le gris uni ou le bleu uni ne sont pas très intéressants. Même le lever et le coucher du soleil ne sont vraiment somptueux que lorsqu'ils peuvent accrocher leurs couleurs aux formes des nuages.
Printemps au bois. Je trouve un oeuf dans les broussailles. Un petit oeuf bleuâtre de je ne sais quoi, de grive peut-être, tombé de je ne sais où, sans doute égaré par un prédateur, et resté coincé entre les ronces, à deux pieds du sol. A peine cassé, le jaune perlant.
Le spectacle des nuages me séduit par leur forme, et par la pensée qu’il s’agit sans doute d’un des rares tableaux inchangés que l’homme a déjà pu contempler tel quel dans la plus lointaine préhistoire.
Automne au bois. Les érables ont déroulé le grand tapis jaune. A chaque souffle du vent, d’autres feuilles tombent, avec un petit bruit de pluie sèche. Grand feu de vieilles branches, beau ciel gris, et personne.
Une après-midi de juillet, nous roulons sous un ciel radieux, où stationne une gigantesque armée de nuages floconneux.
Il faut se promener dans le jardin et faire des petits trucs précis et calmes. Peu de gens le savent, sans quoi il y aurait foule au jardin et il perdrait son intérêt.
Il y a toujours un beau matin de la fin août où l'on se réveille trop tôt, avant la nuit finie, où l'on sort prendre l'air, et où l'on constate avec un pincement au coeur que la belle constellation d'Orion est de retour.