Il n'y avait pas grand monde aux obsèques de ma mère, avant-hier samedi à Mérignac. Nous étions une dizaine. Il avait été convenu que je fasse un discours commémoratif, et j'avais pris quelques notes à ce propos. Je prévoyais une première partie rappelant l'histoire de la défunte, et une seconde évoquant sa personnalité à travers quelques anecdotes dont j'ai le souvenir. Mon grand souci était de ne pas me laisser emporter par l'émotion, mais le Xanax m'a maintenu serein. Le problème imprévu fut que le temps manquait, il m'a fallu abréger. Si possible je reviendrai par écrit, plus tard, sur la chronologie de cette vie. Pour le moment on comprendra que j'éprouve après ces événements un mélange de lassitude et de soulagement que tout cela soit enfin fini, et je ne souhaite pas en parler plus. Il faisait beau le matin mais après midi il est tombé sur Bordeaux un abat de grêle hors du commun. Les trottoirs étaient couverts de feuilles arrachées aux arbres par l'averse. Et le soir depuis mon toit j'ai vu que s'élevait à quelque distance une grosse colonne de fumée, j'ai su depuis que c'était un garage Citroën qui avait brûlé, rue Fondaudège. Hier dimanche, comme il faisait un temps idéalement gris et frais sans menace de pluie, j'ai réalisé un projet auquel je pensais depuis longtemps. J'ai pris le tram sur les quais près de chez moi, à l'arrêt CAPC, et je suis allé jusqu'au terminus, dit Berges de la Garonne, situé au Nord de la ville, au-delà du pont d'Aquitaine, puis je suis rentré à pied. Le secteur du pont est quasi rural, on y entend chanter des coqs. Je redoutais un peu d'avoir à traverser des quartiers à la mauvaise réputation, mais tout s'est bien passé. Le plus inquiétant était que les rues fussent totalement désertes, avec par endroits l'aspect sinistre des maisons décaties et des terrains vagues. J'étais assez content de moi. En une heure de marche, de 10 à 11, j'ai rejoint les Chartrons, c'était un trajet d'environ quatre kilomètres. L'après-midi je suis allé avec mon frère récupérer quelques affaires de ma mère dans son hospice, vers la barrière Saint-Genès, et en en repartant, comme j'étais à pied, je me suis arrêté regarder le petit calvaire que d'habitude je ne vois qu'en passant, depuis le tram. Il est situé dans un renfoncement de la placette où se rejoignent la rue Saint-Genès et le cours de l'Argonne. J'avais lu quelque part qu'il datait du onzième siècle, et donc d'il y a quelque mille ans, or j'ai vu que dans sa partie supérieure est gravée la date de 1606, ce qui relativise l'antiquité du monument. Mais la partie basse paraît plus ancienne, en effet.