Je voudrais tenter d'expliquer ma perplexité devant certaines affaires de «race», qui ont agité l'actualité ces derniers temps. D'une part le cas du ci-devant sénateur Jean-Vincent Placé, qui s'est fait expulser d'un débit de boisson où il était ivre, et où il aurait importuné une dame. N'étant pas présent, je ne peux juger des bonnes ou mauvaises raisons qu'avait le politicien assoiffé, mais je lis qu'à la suite de cet incident il est poursuivi par la justice, entre autres motifs, pour «injure à caractère raciste» ou «racial» envers le videur ou un agent, qu'il aurait apostrophé en ces termes : «On n'est pas au Maghreb, ici. Je vais te renvoyer en Afrique, moi.» Le propos n'est pas aimable, certes, ni bien fin, il faut d'ailleurs dire qu'en général les injures sont rarement des modèles de mesure, mais enfin je me demande ce qu'il y a de spécialement raciste, ou seulement racial, dans cet énoncé, tel qu'il est rapporté par les gazettes. D'autre part le cas de la malheureuse Mireille Knoll, une vieille dame juive qui s'est fait massacrer par son voisin arabe, meurtre dans lequel entrerait pour une part la motivation antisémite. Une fois de plus j'entends parler ici et là de «la circonstance aggravante de l'antisémitisme» et je me demande en quoi le crime inspiré par ou teinté d'antisémitisme est plus grave que les multiples meurtres et assassinats quotidiens, tout aussi sordides et injustifiés, mais non racistes ou non antisémites, dont l'opinion, ou du moins la presse, ne fait pas si grand cas? Est-ce que l'injustice est moins injuste? Est-ce que la cruauté est moins cruelle? Est-ce que les coups font moins mal?