51GKRKRxcuLA priori la lecture de Saint-Exupéry ne m'attire pas beaucoup, mais j'ai pris dans une boîte à livres son Terre des hommes, pour le donner au copain qui collectionne les vieux numéros du Livre de Poche. En fait il possédait déjà celui-ci et comme j'avais la flemme d'aller le remettre où je l'avais pris, j'ai voulu en faire mon livre de tram pendant quelques jours, surtout après avoir constaté qu'il s'agissait d'un recueil de souvenirs et non d'un roman. Je pensais seulement survoler ce livre d'aviateur, finalement je me suis laissé prendre au charme de ses belles histoires au style limpide et je l'ai lu d'assez près. Tout ne m'a pas plu, je regrette sa tendance à l'emphase ou à la vanité, quand l'auteur nous explique que seuls les êtres d'exception comme lui ont connu les vraies épreuves, les vrais dangers, le vrai courage, les vraies valeurs. Il y a des moments où c'est un peu lassant. J'ai reconnu au passage des formules célèbres, dont je ne savais pas qu'elles venaient de là, comme au deuxième chapitre le mot de Guillaumet «Ce que j'ai fait, je le jure, aucune bête ne l'aurait fait», ou au huitième l'aphorisme ampoulé selon quoi «aimer ce n'est point nous regarder l'un l'autre mais regarder ensemble dans la même direction». Et j'ai remarqué au coeur d'une longue phrase du sixième chapitre la formule «tristes tropiques», dont un autre ferait un fameux titre quinze ans plus tard. A un moment, évoquant la guerre civile espagnole, qui n'était pas finie au moment où l'auteur écrivait, il semble éprouver une égale compréhension pour celui qui passe la nuit «dans une cave d'anarchistes à Barcelone» et «celui qui aura une fois monté la garde pour protéger un peuple de petites nonnes agenouillées, épouvantées, dans les monastères d'Espagne». Ce livre n'était déjà pas en bon état, il s'est encore abîmé au fil de mes voyages, les pages se sont cornées, la couverture s'est mise à tomber en morceaux, si bien que maintenant il n'est même plus donnable. Me revoici à La Croix, pour quelques jours. D'ordinaire les ramiers que je vois, ici ou en ville, vont seuls ou par couple, mais là je suis passé à côté d'un champ où il en stationnait une grande troupe, de plusieurs dizaines. Des palombes en migration, je suppose.