Je me suis amusé à feuilleter les Colloquios transatlanticos d'un certain Luiz Annibal Falcão (Rio, 1941). L'auteur y transcrit les propos qu'il a recueillis, la plupart par correspondance, auprès d'écrivains français dans les années 20 et 30 (Miomandre, Cendrars, Chardonne, Nemirovsky, etc) et il esquisse des portraits. Il y aurait là quelques miettes littéraires à glaner, pour les amateurs. L'échange le plus drôle est peut-être celui avec une Colette d'humeur massacrante («Ne regrettez-vous pas d'avoir abandonné tel personnage? - Cela ne vous regarde pas...»). Je connaissais déjà le néomot «capillotracté», je relève ici sous la plume de Roger Vercel la notion plus ancienne de «tétracapillotomie», action de couper les cheveux en quatre. Au moment de refermer l'ouvrage, emprunté dans une collection publique, je vois qu'il porte une dédicace manuscrite de l'auteur à une certaine Gabrielle Mineur. En voulant me renseigner sur elle, je ne trouve qu'un vieil entretien, réalisé par le CNRS en 1986. C'est une fenêtre entrouverte sur les milieux de la recherche scientifique avant, pendant, et après la deuxième Guerre mondiale. Où l'on apprend que «dans ce CNRS de la Libération, c'était un atout d'être de gauche» et qu'«on ne confiait aucun poste important à des gens très marqués à droite», quelle surprise. Et où l'on peut lire les bizarres confidences de cette dame, qui dit avoir été battue chaque nuit pendant dix ans par son mari astronome alcoolique...