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J'aime bien que le mois commence un lundi, je devrais aimer mieux encore que ce soit comme présentement celui de janvier, et donc l'année entière, qui semble ainsi partir du bon pied. Mais hélas chaque fois un peu plus l'euphorie du premier de l'an est rabattue par le mauvais présage des voitures brûlées par centaines, plus de mille paraît-il ce coup-ci. Ce n'est là qu'un indice de la sauvagerie qui hante le pays, mais d'autant plus inquiétant que les «autorités» n'y réagissent qu'avec la pire mollesse, le rôle des «forces de l'ordre» consistant le plus souvent à se laisser massacrer en ne faisant surtout pas usage de leurs armes. Un ministre ou un autre bougonne vaguement devant les micros, et on en reste là. Or «Une injure soufferte en appelle aussitôt une autre», estimait le bon Oyhenart (Ld 488), et il m'est avis que l'on n'a pas fini de déguster cette leçon. Malgré quoi, bonne année à tous.

Je cite Oyhenart car j'ai passé beaucoup de temps dernièrement à mettre de l'ordre dans mon ordi et à relire ce qui s'y trouve. J'ai aussi passé du temps à réparer les dégâts occasionnés par les ouvriers qui ont remanié le toit du hangar et celui de l'appentis attenant. Ces hommes ont un savoir-faire indéniable, sans quoi on se passerait de leurs services, mais on ne se méfie jamais assez du pouvoir de nuisance qu'ils exercent parallèlement. En relisant le vieux Raymond Lulle, je me suis dit que plusieurs de ses Proverbes de l'écuyer (Ld 466) vaudraient aussi bien pour l'ouvrier, en changeant ce seul mot : «Si tu veux te réjouir, aie un bon ouvrier ... Change d'ouvrier jusqu'à ce que tu en trouves un bon ... Donne à ton ouvrier ce que tu lui as promis ... Nul ne donne autant de tracas, qu'un mauvais ouvrier ... L'ouvrier négligeant, il n'est pas ton ami ... Ne prolonge pas ta conversation avec l'ouvrier ... Ne ris pas souvent, avec ton ouvrier ...»

Je n'ai pas eu beau temps pendant ces vacances, il a plu je crois chaque jour, malgré quoi j'ai pu bricoler un peu au jardin, en pataugeant dans la boue. Il me faudrait plus souvent de la sorte un week-end de dix-sept jours. J'ai complété le bardage de mon nouveau bûcher et dallé le sol à ses pieds. Surtout j'ai enfin terrassé le sol dans l'angle droit formé par les deux trottoirs qui bordent la maison. Il y avait des mois que je méditais cette opération. Sur une petite surface à peu près triangulaire, d'environ un mètre et demi de côté, j'avais creusé la terre sur quelques centimètres, préparé des pièces de feutre géotextile à la bonne mesure, je suis enfin allé acheter une quantité suffisante de gravier pour revêtir cet espace. J'aime beaucoup ce matériau rugueux, à la fois meuble et ferme, facile à égaliser, et qui crisse agréablement sous le pied. Je le vois gris, mais au magasin ils appellent cela du gravier bleu. Cette ambiguïté de couleur m'a fait penser au plumage des pigeons, qui paraît globalement gris, mais le nom latin du biset est Columba livia, soit le pigeon bleuâtre.

Un jour dans le jardin j'ai ramassé par terre ce qui ne semblait être qu'un caillou informe, et en le retournant il s'est avéré être un fossile d'escargot, de même forme et taille que ceux d'aujourd'hui. Je me demande quel âge peut avoir cette cagouille pétrifiée dans le calcaire.

J'ai regardé un peu la télévision, c'est à dire internet, et j'ai découvert une émission intéressante, malgré son titre improbable, Historiquement show, animée par Jean-Christophe Buisson sur la chaîne Histoire. Ces derniers jours j'en ai regardé un numéro à chacun de mes repas.

J'ai mangé plusieurs fois des fruits de mer, dont des amandes, des vanets et des buccins, que je passais à la braise. Et avant d'aller répandre leurs coquilles sur l'entrée de bois que j'empierre indéfiniment, je sentais encore leur bonne odeur de coquillages cuits.

Pendant ce séjour j'ai fait beaucoup de feu et je suis enfin venu à bout du fagot que m'avait offert Louis il y a des années, quand il avait cessé de se chauffer au bois. A l'époque ce stock de bois d'allumage me semblait excessif au regard de mes faibles besoins, surtout que mon jardin et mes bois me permettent d'en produire à volonté. J'avais parfois envisagé d'en jeter une partie, mais j'en avais été retenu par respect pour ce vieux paysan, qui a toute ma considération. Ce fagot comportait une leçon d'économie. Il provenait je suppose de la taille des arbres et des arbustes du jardin de Louis, et contenait toutes sortes de branchettes, jusqu'aux plus fines, et même des tiges de lierre. En fin de compte je n'en ai rien laissé perdre et c'est bien ainsi.