vitrail-noel

Je suis en stage de survie à La Croix-C depuis sept jours et pour encore dix. Il y avait longtemps que je n'avais passé Noël seul, mais je ne déteste pas cette option, loin d'être la pire à mes yeux. L'isolement ne m'empêche pas de goûter le charme de la Nativité. Ce trait de la mythologie chrétienne m'enchante autant que la Passion m'épouvante. Ma crèche n'est pas très accueillante en cette saison. Il faisait 6 ou 7 degrés dans la maison à mon arrivée. La température a maintenant doublé dans le salon, sous la faible action du feu de cheminée quand je l'entretiens, et de l'aération quand il fait moins froid dehors que dedans. La seule pièce vraiment vivable est ma chambre, où chauffe un radiateur électrique. Je reste beaucoup au lit, à lire, à réfléchir, à ranger les fichiers de mon ordi. Je suis en vacances. J'ai aussi passé du temps à nettoyer le hangar et l'appentis, que les ouvriers ont sali en refaisant la couverture. Jacky m'a dit qu'il avait trouvé un loir en hibernation, quand il a enlevé les vieilles tuiles. Je pense qu'il veut dire un lérot. Au moins un que les chats n'avaient pas encore massacré. L'animal restait endormi malgré le remue-ménage. Je lui ai demandé s'il l'avait tué, comme j'aurais cru, mais il m'a dit qu'il s'était contenté de le réveiller, et de le laisser fuir Dieu sait où, sans doute pas loin. Il y a dans les champs des flopées de petits oiseaux que je ne connais pas, des tarins peut-être. Je connais bien les oiseaux des jardins et des bois, moins bien ceux des champs, moins encore ceux de la mer. Au Nord du village, un jour il y avait cinq chevreuils, je n'en avais jamais vu autant ensemble. Renée aussi en a vu cinq vers l'Ouest, probablement la même famille. En voiture samedi matin je suis tombé sur l'émission de Benoît Duteurtre, une des rares qui me plaisent toujours, sur France-Musique. La musique légère ne me passionne pas, mais il y a matière à sourire, et le présentateur séduit par sa voix et son érudition. Qui plus est il recevait ce jour-là un autre charmeur savant en la personne d'Alain Duault, qui vient de consacrer un livre aux Johann Strauss père et fils, bonne occasion de raconter des anecdotes intéressantes. Duault est aussi poète et je me suis renseigné sur son activité dans ce domaine, laquelle ne m'a pas emballé. Je me suis tapé la corvée de rapporter au Bricomarché de Saint-Jean un lot inutilisé de treize tuiles, et sept qui étaient cassées. J'en tire un avoir de quinze euros, c'est toujours ça. Pour me récompenser je suis allé traîner un moment à Noz. J'éprouve une espèce de satisfaction bizarre à considérer l'énorme quantité de marchandises dont je n'ai aucun besoin, et qu'en effet je n'achète pas. Mais enfin je me suis laissé tenter par quelques unes, comme des bouteilles de bières exotiques vendues à l'unité : une allemande, une suédoise, deux norvégiennes, et du vin blanc sud-africain. Noz est la porte ouverte sur des mondes lointains, j'en profite pour m'instruire.