Je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement du livre de Lenotre avec un autre recueil d'articles de petite histoire, que l'on m'a aimablement offert il y a quelque temps, les Feuillets bordelais publiés par Maurice Ferrus en 1930. Ce sont trente-six articles consacrés à des personnages, des rues, des places, des bâtiments ou des coutumes de la ville. J'avais déjà eu l'occasion de feuilleter son Histoire de Talence, qui fait référence, et je regrette de ne pas mieux connaître cet érudit local sur lequel il est difficile de se renseigner. On ne trouve en ligne aucun article sur lui, ni dans Wikipédia ni ailleurs, mais tout au plus, dans les catalogues des biblis et des libraires, des mentions de ses livres, pratiquement tous consacrés à Bordeaux et aux environs. Ses Feuillets sont indéniablement intéressants, même si son style n'a pas la grâce de celui de Lenotre. Le volume est orné de trois belles gravures sur bois, dues à un certain Gautier-Constant, qui joue de chatoyants effets d'ombre et de lumière. La première représente la fontaine de Sainte-Croix, la deuxième une vue surprenante de la tour Pey-Berlan depuis le coin sud-est de la place, c'est-à-dire l'angle de la rue Duffour-Dubergier et du cours Alsace-Lorraine, avec en fond la cathédrale Saint-André, sous un ciel où roulent d'énormes nuages, tandis que les bâtiments sont entourés de toute une buissonnerie fort différente des lignes d'arbres d'aujourd'hui (DOC161117_001). La troisième gravure m'a plu car avant même de lire la légende, j'y ai tout de suite reconnu l'ambiance unique de ce que l'on appelait jadis le pavé des Chartrons, aujourd'hui le cours Xavier-Arnozan, qui relie les quais au Jardin public (DOC161117_002). C'est une de mes rues préférées dans Bordeaux, une avenue dont les deux voies de circulation sont séparées par un large terre-plein propice à la promenade, encadré de marronniers et de bancs. Un de ses charmes est que sur pratiquement tout le côté nord, les balcons des maisons sont dotés d'un élégant soubassement de forme évasée. Une grande consolation des inconforts de ma vie actuelle est d'avoir souvent à passer par là.