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En feuilletant le Voyage en Espagne (en 1840) de Théophile Gautier, qui est un long et attentif reportage sur le pays, je me suis arrêté au chapitre VII, où il décrit une corrida à laquelle il vient d'assister. Je sais bien qu'il ne faut pas trop juger les sentiments de jadis avec les conceptions d'aujourd'hui, mais je ne peux m'empêcher d'être choqué de ce qu'il ne le soit pas davantage devant un tel spectacle. La mort d'un cheval éventré lui procure bien une «sensation pénible», mais il juge que dans l'ensemble «La course avait été bonne : huit taureaux, quatorze chevaux tués...» Il précise que ce jour-là, «un seul taureau en tua cinq» (c'était l'époque où l'on n'avait pas encore eu l'idée de les caparaçonner, comme on le fera à partir de la dictature de Primo de Rivera, à la fin des années 1920). Il nous fait le coup de l'affrontement homme-bête à l'issue incertaine : «cette situation qui vaut tous les drames de Shakespeare : dans quelques secondes, l'un des deux acteurs sera tué. Sera-ce l'homme ou le taureau? Ils sont là tous les deux, face à face, seuls...» Aujourd'hui, les statistiques nous permettent de savoir qu'il ne meurt en moyenne qu'un torero pour plus de trente mille taureaux, ce qui affadit un peu le suspense. Ce chapitre m'a agacé et ne m'a pas donné envie d'en lire plus. 

(J'avais écrit sur le sujet une note en août 2011).