En fin d'après-midi, mercredi dernier, ayant un peu de temps devant moi, je descendis du tram en ville et finis le trajet à pied, en me promenant au hasard des rues. Entre autres je passai dans la rue des Remparts, où je visitai une assez belle exposition de photographies, qu'une lectrice m'avait recommandée. A mi-parcours de la visite, je m'arrêtai pour bavarder un peu avec la galeriste, dont le bureau était installé dans un renfoncement de la salle. Tout en discutant je m'avisai qu'il y avait au mur, derrière la dame, un tableau sans rapport avec l'exposition, et dont je croyais bien reconnaître le style. Mon interlocutrice me confirma que ce portrait d'un pèlerin d'Emmaüs avait été peint par Michel Ciry. Quelle surprise. Je n'ai jamais été grand fan des peintures de Ciry, je le fus plutôt du Journal de ce ronchon magistral, dont j'ai lu plusieurs volumes, voilà quelques années. Mais enfin je le savais peintre, j'avais vu ici et là des reproductions de ses oeuvres, sans en avoir encore jamais eu une sous les yeux, et cette rencontre soudaine éveillait un flot de souvenirs. J'étais un peu gêné de sentir que pour moi le portrait maintenant ravissait la vedette à l'expo, d'ailleurs charmante, que j'étais venu voir. Cette apparition inattendue avait comme l'aspect d'un signe, dont le sens toutefois pour l'instant se dérobe.