mezos

 

Dans les jours qui ont suivi la mort de Michel Ohl, en octobre 2014, j’ai consacré quelques soirées à relire ses lettres, que j’avais toutes conservées. Pour les relire avec plus d’attention, et pour pouvoir à l’occasion m’y reporter plus facilement, je les ai copiées dans un fichier d’ordi. Elles forment un ensemble où je retrouve la matière de notre commerce, les affaires et les chimères qui nous ont occupés. Puis je me suis dit qu’elles pouvaient intéresser d’autres lecteurs que moi, pour les considérations littéraires, les anecdotes, ou que sais-je, et je rends maintenant public le fichier où je les ai copiées. Je remercie Nicolas, l’héritier de Michel, de m’y autoriser. Je ne pense pas que ces lettres contiennent rien d’indiscret, ou de blessant pour les personnes citées. Si Michel était volontiers ironique, il n’était pas hargneux. «Cela est gai, cela n’est point méchant», comme disait Voltaire à Palissot. Une correspondance présentée de la sorte, pour ainsi dire à sens unique, sans l’écho de l’interlocuteur, peut paraître obscure par endroits, et moi-même en certains points je ne sais plus très bien de quoi il est question. J’ai apporté quelques notes et références, qui permettent d’éclaircir certains propos. Je peux encore aider les exégètes, si besoin.

Michel a été mon ami dès notre rencontre en 1988, rencontre ou retrouvailles, car nous pensions nous être déjà croisés auparavant. Je l’ai fréquenté surtout les premières années, quand j’étais encore chômeur et libre, lui pas encore malade, et reclus. Puis nous nous sommes éloignés quand nous prîmes l’exil vers les banlieues, moi d’abord et lui ensuite, mais nous continuâmes de nous adresser des lettres en papier, si bien qu’au bout du compte nous nous sommes sans doute plus souvent écrit que rencontrés. Un sage a dit qu’il n’y a pas d’amis, qu’il n’y a que des moments d’amitié. Cela est peut-être vrai dans notre cas, il y eut des hauts et des bas, la statistique des lettres en témoignerait. Nous n’étions d’ailleurs pas l’un pour l’autre un alter ego. Nos tempéraments divergeaient en bien des points. Par exemple il se foutait doucement de mon intérêt pour l’histoire naturelle, et je n’adhérais pas toujours à sa passion de la dérision et de la scatologie. Mais nous avions assez de goûts en commun pour bien nous entendre, comme des complices. Je n’aimais pas toujours ses histoires, souvent trop obscures à mes yeux, et pour m’en être fait expliquer plus d’une par l’auteur, je sais que je n’étais pas leur lecteur idéal. Mais j’en aimais certaines et j’en ai même publié quelques unes. J’aimais mieux ses poèmes, ses essais loufoques, ses blagues, ses notes. J’ai parfois publié des extraits de ses lettres. Et je l’ai souvent cité : l’entrée à son nom est une des plus copieuses, dans l’index de mon Journal.

Les lettres de Michel étaient plus brèves et légères, dans les débuts, parfois plus longues et graves, par la suite. En les relisant, je retrouve des sujets récurrents (Céline, Brassens, les cartes postales dessinées par Ducourtioux…) et l’univers de l’auteur (l’enfance, les Landes, les Slaves, les disparus…). Je relis parmi d’autres cinq phrases que je n’avais jamais oubliées et qui pour diverses raisons m’avaient si bien marqué, que je me les suis souvent redites : «Je dors le plus possible» (11 III 1991), «Plus à droite que moi, le mur» (citation d’un certain Ivanov, 12 III 2001), «Tout ça se tassera, tout finit toujours par se tasser» (19 II 2003), «… et les Lettres, oh maman l’aimable refuge!» (une citation de lui, que je l’avais prié de me retrouver, 10 X 2006), enfin «Tout est bien qui finit» (proverbe qu’il avait encore plus magistralement abrégé, ailleurs, en «Tout est qui finit», 31 VIII 2009). Je redécouvre deux belles trouvailles que je n’aurais pourtant pas dû oublier : l’anagramme «maudite encor», pour «documentaire» (28 IX 1997), et l’adjectif «billéen(ne)» (15 VII 2006). J’éclate encore de rire chaque fois que je relis la scène où sa buraliste lui chante Barbara (17 XII 2008).

Michel évoque lui-même par endroits son abondante correspondance («Cette nuée de lettres de toute la vie…» - 26 X 2009, «j'ai expédié 3 quintaux de lettres environ» - 23 I 2011). Je n’en mesure pas l’étendue, que l’on peut supposer vaste, ainsi que l’exposition à lui consacrée ce printemps à Talence en a donné un aperçu. Je ne sais quel statut il accordait à ses lettres, dans le cadre de ses oeuvres. Pour ma part elles sont de ses écrits que j’ai eu le plus grand plaisir à lire - et à relire.

 

biarritz

 

Voici ce fichier de courrier : ohl-mail.
Il s'agit donc d'une simple transcription, qui ne reproduit ni la calligraphie, ni les ornements.
En compensation, j'illustre cette page de deux fac-similés, deux petites cartes dessinées par Michel dans ses lettres : en haut une de la "Mézossie" (23 1 2011) et en bas une du quartier Saint-Charles à Biarritz (3 III 2005).
Merci de me signaler toute coquille ou anomalie, que l'on remarquerait.