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Avec mon coach vendredi dernier nous fûmes visiter une exposition aux extrémités septentrionales de Bordeaux, dans l’ancienne Base sous-marine, solidement construite par les Allemands jadis, et maintenant dévolue aux Beaux-Arts. Le bâtiment est remarquablement mal desservi par le principal transport collectif, le tram, qui nous laissa sur les quais assez loin de notre destination. Les lieux ne me sont plus aussi familiers qu’à l’époque lointaine où j’y traînais volontiers, en outre ils ont été réaménagés depuis lors, si bien que je jugeai de bonne foi mais à tort, que nous atteindrions au plus vite notre but en contournant les bassins à flot par le Nord. C’était sans compter avec d’interminables dévoiements, qui nous valurent un trek de trois quarts d’heure dans des zones peu amènes, pour arriver sur place. Au retour nous pûmes vérifier que le contournement par le Sud fait gagner un bon quart d’heure de marche.

L’exposition de Yannick Lavigne n’était pas facile d’accès, mais elle nous réservait les plaisirs que nous en attendions, connaissant déjà quelque peu les oeuvres du maître, photographe et aviateur. La surprise venait de la quantité, car au lieu de quelques tirages sagement encadrés et accrochés, on voyait là à profusion, par centaines, des vues aériennes distribuées en trois diaporamas simultanés, consacrés l’un à Bordeaux même, un autre à l’agglomération, le troisième au département. Toitures, quartiers, lotissements, rues, routes, places, plages, rives, carrefours, jardins, parcs, chantiers, etc. Par son ampleur, cette Summa photographica avait des airs de rétrospective. Il y a au moins deux façons de regarder ces photos. La plus intellectuelle est de les considérer comme les compositions artistiques qu’elles sont en effet, c’est à dire comme des cadrages ou des recadrages, des agencements de lignes, de masses et de couleurs. La plus naïve, qui a aussi mes faveurs, consiste en la joie simple que procurent ces vues prises depuis les airs, d’où le monde paraît soudain lisible, dominable, et innocent comme une miniature. Il faut se méfier de cette jubilation trompeuse, par laquelle une méchante décharge suburbaine se trouve bientôt parée des charmes d’un dripping de Pollock. Mais après tout ces images ne sont pas là pour démontrer quoi que ce soit. Elles ne font que révéler et transmettre ce que le regard d’un artiste a su voir, de son aéroplane.

Expo jusqu'au 15 octobre, renseignements ici.