Dirk-Bouts-The-Gathering-of-the-Manna

Mes regrets de quitter Bruxelles mercredi matin ont été tempérés du fait que j’échappais ainsi à la «Gay Pride», qui devait se dérouler peu de jours après notre départ. L’événement était annoncé à grands renforts d’affiches omniprésentes, de panneaux lumineux, de passages cloutés repeints aux couleurs de l’arc en ciel, et que sais-je encore, tout cela j’imagine aux frais du contribuable, à qui l’on a la prudence de ne pas demander son avis. Autant je suis pour que l’on foute la paix aux homosexuels, autant j’apprécierais qu’en retour ils la foutent également au reste du monde, au lieu de nous assommer avec ces démonstrations d’un mauvais goût ridicule. Je reste attaché à la conception, héritée de mon éducation catholique, selon laquelle on ne peut juger un homme que sur la qualité individuelle de son âme, et non sur son appartenance à quelque troupeau sexuel, social ou racial que ce soit, appartenance dans laquelle je ne vois pas qu’il y ait en soi aucun motif de fierté.
En rangeant mes affaires, de retour au pays, j’ai mis de côté une carte postale achetée un peu par hasard l'autre jour dans l’église Saint-Pierre de Louvain. Je ne collectionne plus les cartes postales comme jadis, mais j’étais incité à emporter celle-ci par le charme de la peinture ancienne qu’elle reproduisait, et par le mystère de la scène représentée, que je n’identifiais pas. Elle montre quelques personnages, hommes et femmes, aux beaux habits et au regard paisible, agenouillés ou accroupis dans un paysage désertique, et occupés à ramasser quelque chose d’invisible. Les indications portées au verso m’apprenaient que l’auteur était Dirk Bouts, peintre du quinzième siècle, mais je ne comprenais pas la légende en néerlandais, Mannaoogst. J’apprends maintenant qu’il s’agit de la récolte de la manne, épisode rapporté au chapitre 16 du livre de l’Exode, dont je n’avais pas souvenir. A un certain moment, où les Hébreux en exil se plaignent de la faim, voici qu’apparaît chaque matin sur le sol une sorte de dépôt semblable à du givre, que les affamés prélèvent et dont ils se nourrissent. J’aime beaucoup cette image, et j'y distingue en quelque sorte le reflet de ma propre condition d’éternel affamé, s’employant à collecter comme il peut les menues aumônes de la providence. Si au moins je pouvais être aussi bien habillé que les personnages du tableau...