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La grande affaire  de la journée fut que j’avais incroyablement rendez-vous avec Geof Huth, un de mes poètes américains préférés, avec qui j’avais été lié principalement dans le début des années 90, mais seulement par correspondance, et que je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer en personne. Comme il raconte volontiers sa vie dans Facebook, j’ai su qu’il venait d’atterrir voilà quelque jours à Bruxelles, d’où il allait participer à une rencontre de poésie visuelle à Aix-la-Chapelle et visiter quelques villes de la région avant de revenir dans la capitale belge. Voulant profiter de la coïncidence providentielle de nos calendriers, je lui proposai un rendez-vous que nous fixâmes pour ce lundi à midi, sur la Grand Place. A l’heure dite mon coach et moi fûmes sur place, et bientôt parmi la foule clairsemée nous rencontrâmes le cher Geof, en compagnie de sa bien-aimée, la très aimable Karen. Geof est un peu plus grand que moi, un peu moins polyglotte, et nettement moins frileux, lui en chemise et moi en veste. Après avoir en vain cherché quelque estaminet de choix où boire et manger, le premier étant impraticable pour cause de travaux, un autre fermé pour cause de lundi, nous finîmes par nous installer rue de Rollebeek à la terrasse d’un établissement au nom ingrat, C’est Bon C’est Belge, mais qui servait des salades potables, devant de beaux vieux murs de brique rouge. Nous causâmes de chose et d’autre, assez peu de nos métiers, bien que nous fussions tous les quatre plus ou moins collègues, un peu de l’actualité, et de tout ce qui nous venait, comme le traitement du nom Huth, que Geof tient à prononcer à l’allemande, mais que ses compatriotes anglophones soumettent à plusieurs variations sonores. J’évoquai nos rares mais substantielles actions communes dans le passé. Geof et moi nous sommes connus probablement par l’intermédiaire de la revue qu’animait alors Lloyd Dunn, Photostatic. Comme nous partageons un penchant pour les mots inventés, j’ai publié dans ma Lettre documentaire n° 13, en 1990, un article sur lui avec la transcription intégrale de tous les néologismes jusqu’alors publiés dans sa micro-revue, le Subtle Journal of Raw Coinage, puis il fut en 1992 le co-éditeur de la Ld XX, où j’ai publié la première version de mon Verbier, qui comprenait alors 365 néomots (je continue d’enrichir lentement ce fichier, qui en totalise maintenant quelque 450). Par ailleurs j’ai traduit trois articles de Geof : Praecisio (sur la notion de blanc dans le texte, Ld 49, 1992), Après-propos (sur sa découverte du langage dans l’enfance et sa sensibilisation précoce à la poésie de la lettre, Ld LIII, 1993), et plus récemment De nulle part (sur son existence cosmopolite et son sentiment de non-enracinement, Ld 461, 2009). De son côté Geof a écrit sur moi, à l’occasion de mon cinquantenaire, un article que j’aimerais traduire un jour. Nous avons aussi évoqué le cas de ses Paralipomena, une série de cinquante-deux poèmes qu’il a entreprise voilà longtemps, et qu’il destinait à publier en version quadrilingue anglais-espagnol-portugais-français, avec l’aide de son frère et la mienne, un projet dont j’aimerais beaucoup qu’il soit un jour mené à terme. Après deux ou trois heures passées ensemble nous quittâmes cette charmante compagnie et fûmes passer un moment à l’ombre des arbres, ceux d’abord du Petit Sablon, puis ceux du plus forestier Warandepark, avant de regagner les ruelles centrales.

Lien pour visiter le blog de Geof, dbqp.